Alis, Jean-Pierre
Biographie
Né le 4 novembre 1788 au Bourg-du-Vals (Ardèche), d’Alis, Barthélemy et de Lantÿ, Marie, son épouse. Ancien sous-officier au 18e léger, ayant servi huit années et s’étant trouvé à l’arrestation du duc d’Angoulême à La Palud (en mars 1815, lors du retour de Napoléon) il donnait les indications biographiques suivantes sur son compte : « Licencié à Nîmes en 1814, après de glorieux services dans nos mémorables campagnes de 1812, 1813 et 1814, fut proscrit de son pays natal en 1815, pour avoir arboré le drapeau tricolore sur le pont de la Drôme, étant en partisan sous les ordres du général Gelli [lire Gilly, N.D.A.] et du général Debel [lire Rebelle N.D.A.], et perdit ainsi une fortune de six mille francs. Depuis ce temps, après avoir essuyé bien des peines, il était parvenu à occuper un emploi à Charenton, qui lui rapportait trois cents francs et la table et vivait heureux ». En 1830, avant d’être employé depuis deux ans à l’hôpital de Charenton, il avait servi pendant huit années dans les hôpitaux militaires. Le 28 juillet, quand il apprit que le drapeau tricolore flottait de nouveau dans la capitale, il quitta Charenton et rejoignit les combattants à Paris. Il fit le récit suivant de la conduite qu’il avait tenue pendant les événements : « […] Le 28 juillet, partit de Charenton à 9 heures du matin, se rendit au Marché aux fleurs. Entre 10 et 11 heures, après avoir reconnu plusieurs de ses pays du 15e léger, il leur paya quelques litres de vin, en leur disant en patois de ne pas tirer sur le peuple. A 4 heures et demie, je m’armai d’un fusil et d’un paquet de poudre et de balles qu’un bourgeois eut la bonté de me céder. A 5 heures moins un quart, j’étais au milieu du pont d’Arcole, à genou, en faisant feu sur les Suisses. [Après avoir tiré dix-sept ou dix-huit coups de fusil, N.D.A.] J’ai été blessé d’un coup de feu venant de l’Hôtel de ville et ce fut au bras gauche particulièrement. Plus de vingt bourgeois me criaient Vous vous exposez en vous mettant si fort à découvert. Je fus reçu rue Basse-des-Ursins n° 15, où l’on me pansa ma blessure et où on me donna tous les soins possible, comme on pourrait s’en assurer. Je me rendis ensuite à Charenton. Le 30 juillet, on me dit que quarante mille hommes venaient sur Paris avec deux régiments qui passaient à Vincennes. Je m’armai d’un pistolet. Je revins à Paris pour braver la mort au champ d’honneur mais je ne trouvais plus d’hostilité, mais la tranquillité. Je me rendis aux Invalides au moment où l’on proclamait le général Fabvier gouverneur de l’hôtel. Les trois élèves de l’Ecole polytechnique, un noiraud, un grand et un très mince de constitution, je leur donnai un prompt moyen pour avoir des drapeaux tricolores, en leur disant que le maître tailleur de l’hôtel avaient des draps des trois couleurs et des ouvriers pour confectionner les drapeaux. Le plus jeune des élèves s’est trouvé indisposé ; je lui offris tous mes services, jusqu’à ma bourse, qu’il me refusa mais en me disant qu’il se rappellerait de mes bontés. Telles sont les preuves de mon dévouement à ma patrie. Les trois élèves précités pourraient en témoigner au besoin. J’oubliai de dire qu’en me retirant à Charenton [le 30 juillet, N.D.A.] j’eus le malheur de tomber dans une barricade sur un pavé, dont j’ai eu les côtes enfoncées et cet accident est si dangereux que la mort en sera probablement la suite. » Il sollicita, le 12 septembre 1830, un grade de sous-lieutenant dans un régiment. Il était porteur de plusieurs certificats. Le premier, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, propriétaires et marchands patentés, habitant le quartier de la Cité de la ville de Paris, certifions et attestons que le nommé Jean-Pierre Alis, ex-sous-officier militaire, employé (ainsi qu’il l’a déclaré à la maison de santé à Charenton, y demeurant). Que le mercredi 28 juillet dernier Alis, Jean-Pierre armé d’un fusil et le déchargeant sur les Suisses qui rentrés à l’Hôtel de ville continuant un feu des plus nourri, le dit Alis, se trouvant sur le pont d’Arcole en ripostant par la décharge de son fusil, un coup de feu l’a atteint et lui a fait une blessure des plus graves au bras droit, dont il a été percé d’outre en outre par une balle, après avoir percé sa redingote aux boutonnières et au bras. Nous certifions en outre que quantité de personnes l’ont sollicité de le recueillir et même lui offrirent de l’argent, ce qu’il a constamment refusé et n’a accepté que les soins des sieur et dame Magot, Mlle Marcotte, Marcotte, Nicolle teinturier rue Basse-des-Arcis n° 2 ainsi que leurs demoiselles, qui se sont empressées de le panser. Ayant déclaré qu’il avait vingt-deux ans de services militaires, nous n’avons point été surpris de son intrépidité à la poursuite des ennemis de nos libertés. Ayant justifié du plus grand courage en affrontant les dangers que nous n’hésitons point, en rendant justice à la vérité, de signer le présent pour lui servir et valoir ce que de droit. » Signé, le 4 août 1830 : Morel, demeurant dans le quartier de la Cité. Le deuxième, un certificat médical, ainsi rédigé : « Je, soussigné, chevalier de la Légion d’honneur, docteur en médecine, chirurgien en chef de la maison royale de Charenton, membre de l’Académie de médecine, certifie que le nommé Alis, Jean-Pierre, infirmier à la maison royale de Charenton, a été blessé le 28 juillet dernier par une balle qui l’a frappé à la face intérieur du bras droit. Ce projectile a pénétré sous la peau d’avant en arrière et est sorti à huit ou dix lignes du lieu où il est entré. Cette blessure n’aura aucune suite fâcheuse et dans peu de temps Alis sera susceptible de reprendre ses travaux habituels. » Signé, à Charenton le 6 août 1830 : Deguise, chirurgien. En lui faisant passer un secours de cinquante francs de la part du sous-préfet de Sceaux et en lui signant ses certificats, le directeur de la maison de Charenton lui demanda quel besoin il avait eu de venir à Paris en juillet et le renvoya. En septembre 1830, il était toujours à l’Hôtel-Dieu et fut ensuite traité dans divers hôpitaux. Le 2 octobre 1830, il était soigné depuis un mois à l’hôpital de la Charité et avait reçu un secours de seize francs de la part du maire de Vincennes. Le 5 mars 1831, le même docteur Deguise lui délivrait le certificat médical suivant : « Je, soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, chirurgien en chef de la maison royale de Charenton, membre de l’Académie de médecine, chevalier de la Légion d’honneur, certifie que le nommé Alis, Jean-Pierre a reçu un coup de feu à la face interne du bras gauche. Cette blessure n’a intéressé que la peau et le tissu cellulaire sous-jacent. Il s’est plaint à la même époque (le 29 juillet 1831) d’avoir éprouvé une violente contusion sur le côté droit de la poitrine. Depuis ce temps, cet homme est dans un état de souffrance qui le met dans l’impossibilité de s’adonner au travail auquel il se livrait avant cet accident. » Le 9 mars 1831, il était soigné à l’hôpital du Val-de-Grâce et il lui fut délivré le certificat suivant : « Nous, soussignés, officiers de santé en chef de l’hôpital militaire de Paris Val-de-Grâce, certifions que le nommé Alis, Jean-Pierre […] est atteint de pleuropneumonie chronique du côté droit, déterminée par l’enfoncement de la sixième cote du côté droit, qu’il dit être le résultat des événements de Juillet. Cette maladie, dont il a été traité au Val-de-Grâce pendant trois mois ne paraît pas susceptible de guérison et laisse cet homme dans un état de souffrance habituel et ne lui permet de pourvoir à sa subsistance. » Le 14 mars 1831, on trouve cette apostille sur une de ses demandes de secours : « Le sieur Alis pourrait mériter tout l’intérêt de la Commission mais d’après les règles suivies jusqu’à ce jour c’est dans l’arrondissement qu’il habitait au moment où ses blessures ont été reçues qu’il doit être secouru. Je n’ai encore disposé que de deux cent trente francs sur les quatre cents francs de Guyot ; il me semble que nous pourrions lui accorder un secours de trente francs sur ce qui reste de cette somme, en attendant qu’il ait passé au jury médical. » Il fut recommandé auprès du général Fabvier, président de la Commission des récompenses nationales, par le ministère de la Guerre (sans qu’on connaisse les raisons et l’objet de la recommandation). Il est inscrit pour avoir reçu un secours de trois cents francs « de M. Guyot ». Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la sous-préfecture de Sceaux. En 1830, il était sous-officier à la 11e compagnie de Vétérans, avant d’être rayé des contrôles par les ordres du général Dariule, comme incapable d’aucun service militaire. En janvier 1831, « sans pain et hors d’état de pouvoir en gagner », il fit une demande de secours, ainsi rédigée : « Après m’être trouvé dans quatre batailles, proscrit de mon pays. J’ai quitté ma place [à l’hôpital de Charenton] pour venir me battre pour la patrie. Depuis ce temps, je gémis misérablement d’hospice en hospice, et je suis réduit pour le présent dans un mauvais cabinet où je meurs de misère et de douleur, attendant avec impatience une mort, trop lente et que j’ai gagnée à la défense de la liberté. Ne pouvant plus me présenter chez vous, j’ose implorer votre protection et vous prier de me faire passer ce qui m’est accordé pour le présent. » Il reçut la médaille de Juillet auprès de l’arrondissement de Sceaux. Le Comité de médecine et de chirurgie près la Commission des récompenses nationales chargé de juger la nature et les conséquences des blessures pour chacun des blessés, donna à son sujet les conclusions suivantes : « A été atteint, dans les journées de Juillet, d’une blessure par arme à feu à la partie moyenne et interne du bras gauche, cicatrisée ; d’une fracture avec enfoncement de partie antérieure de plusieurs des cotes supérieures de la poitrine du côté droit, provenant d’une chute qui a suivi sa blessure et qui a produit et entretiendra toujours une affection grave de la poitrine. » Il fut admis dans la 5e classe des blessés et pensionné de six cents francs. Il lui fut accordé par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. En avril 1831, il sollicitait auprès du sous-préfet de pouvoir « aller prendre les eaux minérales dans mon pays natal et rester trois mois dans mes foyers ». Sa veuve reçut un secours de cinquante francs en 1850, en 1851 et en 1852, à titre de veuve d’un décoré de la Croix de Juillet. Il demeurait à Charenton en 1830 ; chez M. Rouffier, tambour-major de la Xe légion de la garde nationale, 12, rue de la Boucherie-des-Invalides, en 1830-1831 ; sa veuve, 5, rue Bizot en 1850-1851 ; 15, avenue Montaigne en 1852. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Liste n° 7, des blessés de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Citoyens blessés pendant les événements de juillet, qui ont obtenu, aux termes de l’article 5 de la loi, la pension de 300 fr. à 1.000 fr., le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes de l’arrondissement de Sceaux lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 114 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 2 ; Archives de Paris DM13 1, idem même référence état nominatif des personnes domiciliées dans les cantons de Charenton et de Vincennes (arrondissement de Sceaux) qui ont succombé lors des événements de juillet 1830, soit sur la voie publique, soit à leurs domicile, ou dans les hospices de Paris, par suite de leurs blessures ; Archives de Paris VK3 40 ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIVe arrondissement, état des sommes payées aux blessés pensionnés pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la sous-préfecture de Sceaux, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille, arrondissement de Sceaux ; Archives nationales F/1dIII/42 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) XIVe arrondissement, arrondissement de Sceaux, blessés de 5e classe ; Archives de la préfecture de police AA 369, Envoi d’un état nominatif de décorés, blessés ou combattants de Juillet, sur le compte desquels il y a lieu de prendre des renseignements, à la date du 27 février 1850, minutes 100-104, idem Proposition, en date du 18 juin 1850, d’accorder à 194 décorés, combattants et veuves de Juillet 1830, domiciliés dans le département de la Seine, des secours s’élevant à la somme de 10.390 francs, minutes 110-116, idem, Proposition, en date du 6 mai 1851, d’accorder à 153 décorés, médaillés, veuves, combattants et orphelins de Juillet 1830, des secours s’élevant à la somme de 8.025 francs, ladite somme imputable sur le chapitre 26 du budget de l’Intérieur, exercice 1851, minutes 181-184, idem Proposition d’accorder à 130 décorés, veuves et blessés de juillet 1830 des secours s’élevant ensemble à 7.510 francs, imputables sur le chapitre 6 du budget de 1852, minutes 225-229, en date du 19 juin 1852.