Anonyme. (le mort se prénomme Augustin)
Biographie
« Une jeune femme cherchait son mari, en pleurant sur le sort des victimes que l’on enlevait pour les porter dans une tombe commune. Augustin ! Augustin ! s’écrie-t-elle, en reconnaissant son époux parmi les morts. Elle se jette sur lui, l’embrasse, et s’évanouit. Revenue à elle : “Oui, les misérables t’ont assassiné ! s’écrie-t-elle avec un calme plein d’une sainte indignation. Eh bien ! tu seras vengé ; du moins, tu n’auras pas de leurs prières ! Elle saisit une arme, s’élance… mais, retenue par la foule qui l’entoure, bientôt elle verse un torrent de larmes, revient à elle peu à peu, et s’approchant du corps d’Augustin, plaçant la main sur le cœur Eh bien ! oui, dit-elle avec un accent inexprimable, oui, nos enfants te vengeront… Après quelques instants de silence : Mon ami, je te jure amour éternel ; je mourrai ton amie ! Elle marque alors le corps d’Augustin, supplie qu’on lui permette de lui donner elle-même la sépulture dans une fosse à part, pour pouvoir y conduire ses enfants, et leur inspirer, sur les débris de leur père, la haine qu’elle voue aux scélérats qui lui ont arraché la vie. Je ne sais si je m’abuse ; mais qu’il me semble grand, ce trait d’une femme que l’on appelle du peuple ! Qu’est-elle devenue ? J’ai lieu de croire que l’on nous transmettra son nom. » In Esquisse du mouvement héroïque du peuple de Paris, dans les journées immortelles des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830 ; ou Lettre adressée au lieutenant-colonel Boyer, l’un des soldats de la Grande Armée, par son ami, Fabré-Palaprat, médecin à Paris, Paris, 1830, chez A. Guyot, éditeur, rue Neuve-des-Petits-Champs, n° 37 et Amyot, libraire, rue de la Paix, n° 6, p. 43-45.