Anonymes
Biographie
« Il me restait pour la journée du 31 [juillet, N.D.A.] une tâche bien importante à remplir, celle de faire les perquisitions nécessaires pour connaître les inhumations provisoires faites dans les rues ou dans les maisons par des particuliers et susceptibles de compromettre la salubrité publique. Il me fut donné avis que deux hommes tués le 28 étaient inhumés dans la rue de la Cordonnerie, au coin de celle du Marché-aux-Poirées, à la porte de leurs domiciles ; que l’exhumation ne pourrait peut-être se faire sans quelque difficulté de la part de leurs veuves, qui désiraient qu’on les laissât en ce lieu. Outre M. Lavitevelle, médecin, et M. Agy, ordonnateur des convois funèbres, j’invitai M. Fouqueré, commissaire de police du quartier des Marchés, à m’assister ; et par précaution, M. le maire m’autorisa à me décorer d’une écharpe noire frangée, comme marque distinctive de mes attributions, et douze gardes nationaux m’accompagnèrent. Je fis ouvrir la fosse qui n’était couverte que de sable, et à environ un pied de profondeur nous trouvâmes les deux corps enveloppés de leurs suaires, dans l’état le plus complet de putréfaction, offrant sur la presque totalité de leur surface de larges taches verdâtres, et laissant échapper des miasmes si infects, qu’il était à peine possible de les supporter dans l’intérieur d’une maison voisine où je m’étais renfermé pour y dresser mon procès-verbal. Aussitôt après leur extraction, les deux cadavres, sur lesquels je fis verser de la chlorure furent placés sur des brancards, recouverts de fleurs qui avaient été trouvées sur la tombe, et des hommes en grand nombre les chargèrent sur leurs épaules ; l’escorte forma la haie, et ce lugubre cortège traversa en silence le long espace du lieu de cette scène à la place devant la colonnade du Louvre, au milieu d’une foule immense, parmi laquelle on remarquait généralement les hommes découverts. Les deux cadavres furent de suite inhumés dans la fosse restée ouverte. » Notice sur les inhumations provisoires faites sur la place du Marché des Innocents, devant la colonnade du Louvre, etc., offrant le récit véritable et détaillé des circonstances qui ont précédé, accompagné et suivi ces inhumations, par N.-M. Troche, chef de bureau de l’état civil du IVe arrondissement, Paris, chez Delaunay, libraire au Palais-Royal, et à l’ancienne maison Postel, rue de la Monnaie, 22, 1837, p. 31-32.