Antony-Béraud

Biographie


(sous le nom de Béraud, Antoine, Nicolas) le 11 janvier 1792 à Aurillac (Cantal). Homme de lettres, membre de l’Institut historique, auteur entre autres de poésies, de livres historiques (Histoire pittoresque de la Révolution française, Introduction à toutes les Histoires de France), de romans (Veillées dune captive, Les Trois Cousines, Le Pendu) de comédies et de drames (La Duchesse et le Page, Cardillac) et d’un grand nombre d’ouvrages joués dans différents théâtres. A propos de son ouvrage Trois jours de promenade dun étudiant en droit, paru en 1822, Bertier et Ferro donnent les indications biographiques suivantes : « Chef de bataillon placé en demi-solde à la Restauration, Antony Béraud fait de vagues études de droit tout en vivant de sa plume. Il décrit ici les troubles agitant Paris au début de mars 1822, mais sans aucune date, de façon subjective et assez imprécise. Il s’agit plus d’un pamphlet que d’un témoignage. » Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement (sous le nom de Béraud, Antoine, Nicolas sur les listes de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39, et sur celles de la mairie, sous celui de Berraud, Antoine, Nicolas sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel). On trouve dans le récit que fit Pasteur d’Etreillis de sa propre participation aux combats, un récit intitulé Procès-verbal des faits qui se sont passés dans le (ancien) VIIe arrondissement les 28, 29, 30 juillet et le 1er août 1830, en date du 12 août 1830 et qui contient des indications sur la conduite d’Antony-Béraud pendant les combats de Juillet ; ce récit était ainsi rédigé : « Les principaux habitants de l’arrondissement se réunirent à l’hôtel Saint-Aignan, rue Sainte-Avoye, chez MM. Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis) et Pagès (voir Pagès, Louis, Antoine). Au premier bruit du canon, l’assemblée se sépara, chacun revêtit l’uniforme de garde national et courut à la mairie, d’où l’on partit pour s’emparer de tous les postes et se transporter au lieu du combat. Un grand nombre de ces citoyens dévoués se rendirent aussitôt à l’Hôtel de ville et y prirent position. La garde royale arriva, suivie de l’artillerie. M. Marchand (voir Marchand, Louis, François) s’avança, avec deux gardes nationaux et le sergent Debeine, pour parlementer et éviter l’effusion de sang : ils furent accueillis par une décharge de mousqueterie, qui renversa deux gardes nationaux et plusieurs autres citoyens. Le canon ayant été ensuite tiré à mitraille, on fut obligé d’abandonner le poste et de se replier dans les rues. Les habitants du quartier y firent la guerre, en tirailleurs jusqu’à 2 heures du matin, moment où la troupe fut obligée de se retirer. Quelques instants avant cet engagement, sur l’exhortation de M. Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), une troupe de trente soldats du 50e de ligne s’était réunie à lui et était venue déposer les armes à la mairie, où elles furent distribuées ainsi que des cartouches aux citoyens qui allaient combattre. Un poste fut établi à la caserne des gendarmes d’élite, qui est situé rue des Francs-Bourgeois, vis-à-vis la mairie : quelques gardes nationaux parvinrent à les sauver de l’indignation du peuple qui se précipitait contre les portes ; le lendemain matin, les gendarmes rendirent leurs armes. Le citoyen Mancey (voir Mansais, Jean-François) commandait ces gardes nationaux. Dès le commencement du combat, une foule de citoyens de toutes conditions se présentèrent à la mairie, demandèrent des armes et des munitions. Après deux heures de recherches on parvint à découvrir quatre cents fusils, qui furent aussitôt distribués. Ceux qui ne purent en avoir n’en coururent pas moins à la défense de la patrie, en s’armant de tout ce qui se trouvait sous leurs mains. Une fabrique de cartouches fut établie chez M. Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis) et chez son frère (voir Pagès, Louis, Antoine) ; par leurs soins, il en fut confectionné vingt-cinq mille. 29 juillet. Le matin, Paris était sans chef, sans direction pour mettre un terme à cette situation funeste et parer aux maux de tout genre qui devaient en être le résultat, MM. Pagès, après avoir été chez M. Vassal (voir Vassal, Jacques, Claude, Roman), député, prendre des conseils, parcoururent l’arrondissement pour convoquer chez eux les principaux habitants. La réunion fut nombreuse ; personne ne craignit de s’y rendre. En ce moment, on entendait des décharges continuelles d’artillerie dans la direction des Tuileries. Ils exposèrent qu’il était urgent de nommer un gouvernement provisoire et d’organiser la garde nationale. Ces deux mesures ayant été adoptées à l’unanimité, sur leur proposition, deux commissions furent choisies à cet effet par acclamation. Les citoyens qui composèrent la commission chargée de l’organisation de la garde nationale étaient MM. Marchand (voir Marchand, Louis, François), Adrien (voir ce nom), Desprez, Antoine Fessard (voir Fessart, Antoine), Lecreux. Les citoyens qui composèrent la seconde : M. Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), Pagès (voir Pagès, Louis, Antoine), Faudon, Jouet (voir sans doute Jouet aîné), Pasteur d’Etrailly (sic), Chevallier, Lahautière. Cette seconde commission fut chargée de se transporter auprès du général Lafayette, du général Gerard et du duc de Choiseul, désignés par l’assemblée pour former le gouvernement municipal de la Ville de Paris. Des citoyens furent aussitôt envoyés vers d’autres arrondissements, pour les inviter à s’organiser de la même manière. La députation se rendit chez M. Laffitte et offrit à M. le général Lafayette et à M. le général Gerard le gouvernement de la ville. Le général Lafayette, après avoir communiqué avec les députés rassemblés, qui confirmèrent ce choix, s’empressa d’accepter le commandement de la garde nationale. Le général Gerard fut nommé au commandement militaire. Une commission municipale fut sollicitée et reconnue par la députation du (ancien) VIIe arrondissement. M. Pagès, un des membres de cette députation, fut chargée par elle d’accompagner le général Lafayette à l’Hôtel de ville. Le général y fut reçu par M. Fessard (voir Fessart, Antoine), commandant un détachement de la VIIe légion. Pendant les deux premiers jours, la VIIe légion occupa seule de poste d’honneur. Tandis que la députation du (ancien) VIIe arrondissement remplissait si heureusement son mandat, la commission chargée d’organiser la garde nationale remplissait le sien avec le même bonheur : elle s’était rendue à la mairie auprès de M. de Saint-Gobert et agissait d’un commun accord avec lui. M. de Saint-Gobert, malgré ses soixante-seize ans, resta constamment à la tête de la commission municipale ; il mérite la reconnaissance générale. Honneur à l’homme de bien ! Honneur au fonctionnaire dévoué à sa patrie. Le bruit du tambour appelait les gardes nationaux de toutes parts. Les postes nombreux placés dans l’arrondissement protégèrent les établissements publics du quartier tel le mont-de-piété, l’imprimerie du gouvernement, la caisse de Poissy, les Archives. Les prisonniers de La Force s’étant révoltés, de tous les postes de l’arrondissement on y accourut et l’on réussit à empêcher une évasion qui aurait été funeste à la capitale. On tira sur quelques-uns, leur mort apaisa le trouble. Des élèves de l’Ecole polytechnique, qui s’étaient présentés à la mairie du (ancien) VIIe arrondissement pour offrir leurs services furent envoyés sous le commandement du capitaine Chauveraux, pour s’adjoindre au capitaine Fessard (voir Fessart, Antoine), qui commandait la garde du général Lafayette. Des patrouilles parties du (ancien) VIIe visitèrent les points les plus reculés de la capitale. Les premiers postes occupés par la garde nationale au milieu du danger furent commandés avec toute l’ardeur du plus pur patriotisme par MM. Antoni-Berau (sic), Moinery (voir Moinery, Pierre, Emile ? mais l’arrondissement ne correspond pas), Bourgeois, Théodore Jouet (voir sans doute Jouet aîné), Faudon, Plessy, Sabattaud, Boullard. La commission municipale qui s’était déclarée en permanence fut constamment aidée dans ses travaux avec un zèle au-dessus de tout éloge par MM. de Cormeil (voir Decormeil, Claude), Felman (voir ce nom), Riglet (voir ce nom), Antoni-Béraud. Le 30 juillet. Pendant cette journée, on s’empressa d’établir l’ordre ; on reçut des secours, qui furent envoyés de toutes parts par les habitants de l’arrondissement pour les blessés et les ouvriers sans travail. On s’empressa de les distribuer pour soulager les malheureuses victimes de ces jours mémorables. On fournit des vivres aux casernes des environs ainsi qu’à La Force. On continua l’organisation de la garde nationale. MM. Marchand (voir Marchand, Louis, François) et Adrien (voir ce nom), membres de la commission municipale ont apporté un zèle infatigable à la mission dont leurs concitoyens les avaient chargés. Le 3 août au matin un exprès de M. le général Lafayette vint annoncer à la mairie que l’ennemi paraissant vouloir faire encore quelque résistance, le gouvernement provisoire requérait à l’instant même cinq cents gardes nationaux de bonne volonté par arrondissement pour marcher sur Rambouillet. A cet ordre, les braves du (ancien) VIIe arrondissement, pleins encore de l’ardeur qui les avaient animés dans les glorieuses journées des 27, 28 et 29 se présentèrent en foule. Tous voulaient marcher mais tous n’avaient pas d’armes. Le capitaine Pasteur d’Etreillis en réunit sous ses ordres quatre cents qui étaient armés et M. Antony-Béraud qui s’était offert pour remplir sous lui les fonctions de sergent se mit à la tête du reste. Le rendez-vous général des détachements des diverses légions avait été indiqué aux Champs-Elysées ; c’est là, avait-on dit, qu’on distribuerait des fusils à ceux qui en manqueraient. Cette promesse ne fut point exécutée et M. Antony-Béraud dut, par ordre de M. le colonel Carbonnel, engager les trois ou quatre cents braves qui s’étaient progressivement réunis à la troupe qu’il commandait à se retirer paisiblement dans leurs demeures ; ils obéirent mais non sans peine ; quelques-uns voulurent absolument suivre MM. Pasteur d’Etreillis et Antony-Béraud, en disant, comme dans les journées du 28, Nous saurons bien nous procurer des armes sur le champ de bataille. On connaît les événements de Rambouillet mais nous sommes heureux de trouver ici l’occasion d’accorder à M. Pasteur d’Etreillis les éloges qui lui sont dus. On l’a retrouvé en 1830 tel qu’il était en 1814. Toujours prêt à voler à la défense de la patrie ; grâce à sa prudence et à sa fermeté, le détachement qu’il commandait, en marchant sur Rambouillet, a observé constamment la plus exacte discipline. Chaque homme, animé par lui, ne demandait qu’à combattre. M. Antony-Béraud l’a dignement secondé. Le détachement de la VIIe légion était le plus fort de toute cette journée improvisée, c’était aussi le mieux tenu ; il est rentré dans Paris, comme s’il était revenu de la revue, tambour battant et drapeau déployé. Depuis le 29 les diverses compagnies composant la VIIe légion ont été successivement organisées sous la présidence du maire et des adjoints. M. Decormeil (voir Decormeil, Claude), chargé de ce travail, a su remplir cette mission avec un dévouement et une habilité remarquables. Nous regrettons de ne pouvoir citer les noms de tous ceux qui se sont distingués dans ces mémorables journées. Nous sommes heureux de pouvoir dire que dans le ancien) VIIe arrondissement tout le monde a fait son devoir. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Béraud, Antoine, Nicolas), auprès de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il fut fait chevalier de la Légion d’honneur le 10 décembre 1830. Sachant qu’il était inscrit sur les listes de promotion, il en remerciait ainsi le ministre de l’Intérieur, en le priant qu’on lui remît au plus vite sa décoration : « […] Vieux soldat, écrivain patriote sinon bon écrivain, cette croix que j’avais déjà gagnée sur le champ de bataille de Ligny, cette croix était la seule récompense que j’ambitionnais. […] Cette semaine, je vais garder à mon tour le palais de notre roi. Qu’il me serait doux et glorieux de me présenter devant notre excellent monarque avec cette croix que je tiendrai de sa bonté […]. » En 1830, il était chef du 3e bataillon de la VIIe légion de la garde nationale. Il signa, le 30 mars 1848 et comme directeur du théâtre de l’Ambigu, le certificat suivant en faveur de Altroffe, Louis (voir Altroffes, Louis), pour constater sa participation à la Révolution de Février : « Nous, soussignés, tous présents à la mairie du (ancien) VIe arrondissement le 24 février dernier, attestons la vérité de ce qui suit. A 7 heures du matin, au moment où la garde nationale encore incertaine de ce qu’elle avait à faire, recevait la nouvelle d’un changement de ministère, au moment où plusieurs habitants du quartier parlaient d’une régence possible, le citoyen Altroffe (décoré de Juillet), le premier, en pleine rue, en face des barricades, s’écria qu’il fallait proclamer la république et jeter bas un pouvoir honteux qui non seulement avait depuis longtemps déserté la cause nationale mais encore n’avait favorisé que la corruption et abjuré toutes les promesses de 1830, qu’il fallait donc profiter de l’élan populaire, faire place nette et illisible à l’état de vraie liberté. Ces paroles enthousiastes et généreuses eurent de l’écho dans la foule des citoyens qui se pressaient aux environs de la mairie. Beaucoup d’entre eux coururent achever la barricade commencée à la hauteur de la rue du Puits-Vendôme et peu d’instants après partagèrent leurs armes avec les ouvriers. Nous attestons en outre qu’à 3 heures le citoyen Altroffe, de retour des Tuileries, où il avait conduit bon nombre d’ouvriers entraînés par son exemple, fut le premier qui, dans la cour de la mairie, en présence de l’ex-maire et de l’ex-colonel de la légion, proclama la république. » On trouve sa trace dans le récit que fit Parent-Aubert, Philippe, Joseph (voir ce nom), en août 1848, pour justifier sa conduite, suite à son arrestation après les émeutes de juin 1848. Le passage le concernant était ainsi rédigé : « […] [Le 25 juin] De là, il fut à l’hôpital Saint-Louis prier M. le docteur Jobert de Lamballe (voir Jobert de Lamballe, Antoine, Joseph), chirurgien en chef de cet hôpital d’envoyer chercher huit blessés dans la maison de M. Antony-Béraud […]. » Il demeurait 30, rue Vieille-du-Temple en 1831-1835. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Almanach des 25000 adresses des principaux habitants de Paris pour lannée 1835, contenant les noms et demeures de tout ce que Paris renferme de personnes distinguées par leur rang ou par leurs fonctions… 21e édition, Dulac, Paris, chez Panckoucke éditeurs ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la médaille de Juillet du (ancien) VIIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique (où son nom est inscrit alors que cest une liste du (ancien) XIIe arrondissement) ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) VIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) VIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/70 in dossier Parent-Aubert, Philippe, Joseph ; Archives nationales F/1dIV/B/6 ; Archives nationales F/15/4240 in dossier Altroffe, Louis ; Archives de la préfecture de police AA 406 in dossier Pasteur d’Etreillis in Procès-verbal des faits qui se sont passés dans le (ancien) VIIe arrondissement les 28, 29, 30 juillet et le 1er août 1830 ; Bibliographie critique des Mémoires sur la Restauration écrits ou traduits en français, Bertier de Sauvigny et Ferro, Genève, Droz, 1988, p. 28.

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