Arago, Etienne, Vincent

Biographie


Né le 9 février 1802 à Perpignan (Pyrénées-Orientales). Ancien carbonaro, il rejoignit, en 1823, les révoltés espagnols contre le régime de Ferdinand VII, et tenta de s’opposer à l’intervention de la France en Espagne pour rétablir le trône légitime (complot de la Bidassoa). Directeur du théâtre du Vaudeville. Le National, en date du 2 août 1830, rapportait à son sujet : « Dans la journée du 28, MM. Gauja, gérant du National, et Arago, directeur du Vaudeville, s’étaient portés dans le faubourg Saint-Germain, pour y combattre les ennemis de la France. Ils étaient accompagnés d’une foule d’hommes demandant des armes à grands cris. MM. Gauja et Arago pénétrèrent dans la boutique d’un armurier et s’engagent, par leurs signatures, à lui payer la somme de 1.500 (attention la somme nest pas trop lisible) francs, à laquelle il estimait le montant des armes contenues dans sa boutique. Ces armes ont été distribuées par MM. Gauja et Arago aux braves qui les attendaient. » La chronique de l’époque rapportait aussi à son sujet les faits suivants : « Au plus fort des groupes, partout où se trouvait le péril, partout où il y avait à vaincre et à périr, un jeune Bordelais, dont les frères servent la cause de la liberté, l’un au Mexique avec son épée, l’autre à Bordeaux avec sa plume, Etienne Arago, directeur du Vaudeville, marchait à la tête d’une troupe intrépide. C’était plaisir de voir sa figure méridionale, forte et caractéristique, vivement animée. Il semblait là dans son élément, et plus d’une femme, du haut de son balcon, électrisée par l’expression de cette physionomie, a prodigué des bravos et fait des vœux pour ce jeune écrivain. » Alexandre Dumas fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet. Il en laissa un récit impartial et bien renseigné. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Arago, et ainsi rédigé : « Or, ma conviction était toujours la même, c’est-à-dire qu’avant vingt-quatre heures, on se tirerait des coups de fusil. Pendant que j’étais au Café du Roi, Etienne Arago y entra. Notre liaison, je l’ai dit, avait pris date du compte rendu qu’il avait fait de mon Ode au général Foy de mes Nouvelles contemporaines dans La Lorgnette et dans Le Figaro.

Ce jour-là, nous avions un autre motif pour nous rechercher, c’est que nos opinions étaient les mêmes.

Nous sortîmes ensemble – il était une heure et demie ; à deux heures, son frère François devait prononcer un discours à l’Académie. Ayant un billet à sa disposition, Etienne me proposa de me faire entrer à la séance. Je n’avais jamais vu que l’extérieur de l’Institut ; je pensai que de longtemps une aussi bonne occasion me serait donnée d’en voir l’intérieur, et j’acceptai.

A l’entrée du pont des Arts, nous rencontrâmes un avocat de nos amis, Mermilliod, je crois. A la première nouvelle des ordonnances cinq ou six journalistes et autant de députés s’étaient rendus chez maître Dupin, pour savoir de l’illustre jurisconsulte s’il y avait moyen de publier les journaux sans autorisation ; mais l’illustre jurisconsulte, au lieu de résoudre le problème qu’on lui proposait, s’était contenté de répondre :

– Messieurs, la Chambre est dissoute... Messieurs, je ne suis plus député...

Et, quelques instances qu’ils eussent faites, journalistes et députés n’avaient pu tirer autre chose de lui. Les journalistes s’en étaient allés furieux ; les rédacteurs du Courrier français, du Journal du Commerce, du Journal de Paris avaient déclaré qu’ils allaient introduire un référé qui aurait pour but d’obtenir du président du tribunal de première instance, M. de Belleyme, une ordonnance prescrivant aux imprimeurs de prêter leurs presses aux journaux non autorisés.

Mais le moyen d’espérer que M. de Belleyme rendrait un arrêt, quand M. Dupin avait refusé de donner une simple consultation !
Néanmoins toutes ces démarches indiquaient déjà un commencement de résistance. Etienne, de son côté, prétendait que son frère ne prononcerait pas son discours, et prendrait pour prétexte de son silence la gravité de la situation.

Le courage et le patriotisme de François Arago étaient assez connus pour que l’on ne trouvât rien d’étonnant à cette opinion émise par son frère.

Nous arrivâmes à l’Institut. Il y avait grande agitation parmi tous ces immortels, d’habitude si calmes dans leurs habits bleus brodés de vert.

On n’était pas encore en séance. Le bruit courait qu’Arago ne parlerait pas. Quelques académiciens disaient qu’il parlerait, attendu qu’il était trop honnête homme pour compromettre l’Académie par son silence.

– Parlera-t-il ? ne parlera-t-il pas ? demandai-je à Etienne.

– Nous allons le savoir me répondit-il ; le voici là-bas.

– Eh ! dis-je, n’est-ce point avec le duc de Raguse qu’il cause ?

– Oui ; le duc de Raguse est un de ses plus vieux amis.

– Avançons donc... Je suis bien aise de savoir ce que le signataire de la capitulation de Paris dit des signataires des ordonnances.

– Pardieu ! reprit Etienne, il dit qu’ils viennent de défaire, aujourd’hui 26 juillet 1830, ce qu’il avait fait, lui, le 30 mars 1814.

Nous continuâmes notre route ; mais ce n’était pas chose facile que de se frayer un chemin au milieu de tant d’illustrations, à qui l’on devait au moins une excuse par bourrade.

Aussi le duc était-il déjà loin de François Arago quand nous arrivâmes près de celui-ci.

– Tu quittes Marmont, demanda Etienne ; que dit-il ?

– Il est furieux ! Il dit que ce sont des gens qui se perdent et il ne craint qu’une chose, c’est d’être obligé de tirer l’épée pour eux.

– Bon ! fis-je, il ne lui manquerait plus que cela pour se populariser !

– Et toi, que dis-tu ? demanda Etienne à son frère.

– Moi, je dis que je ne parlerai pas.

Cuvier passait ; il s’arrêta à ces mots, qu’il avait saisis à la volée.

– Comment ! vous ne parlerez pas ? s’écria-t-il.

– Non, répondit Arago.

– Et tu auras bien raison ! dit Etienne.

– Voyons, mon cher, venez donc par ici, et causons raisonnablement, dit Cuvier.

Et il entraîna François Arago loin de nous.

De l’endroit où nous étions, nous pouvions juger, par la vivacité des gestes, de l’animation des paroles. M. Villemain venait de joindre les deux interlocuteurs, et paraissait avoir pris Cuvier à partie. Plusieurs autres académiciens que je ne connaissais pas de visage, et peut-être pas même de nom, entouraient Arago, et semblaient, au contraire de M. Villemain, insister, comme Cuvier, pour qu’il parlât.

Au bout d’un quart d’heure, il était décidé qu’Arago parlerait. Du reste, la décision avait, si l’on peut dire cela, été prise à la majorité des voix, et il avait été impossible à l’illustre astronome de résister à ce désir de la plupart de ses confrères, qui déclaraient tout haut qu’ils regarderaient son silence comme factieux.

Il repassa près de nous pour aller prendre sa place.

– Eh bien, tu parles donc ? lui demanda Etienne.

– Oui mais sois calme, répondit-il ; je t’assure qu’à la fin de mon discours, ils penseront qu’il vaudrait autant que je n’eusse point parlé.

– Que diable va-t-il pouvoir dire à propos de Fresnel ? demandai-je à Etienne.

C’était l’éloge de Fresnel qui était l’objet du discours.

– Oh ! dit Etienne, sous ce rapport, je suis tranquille ! Fût-il question du Grand Turc, il trouvera bien moyen de leur glisser ce qu’il a sur le cœur.

Et, en effet, à propos de l’habile ingénieur des ponts et chaussées, du savant physicien, du sévère examinateur de l’Ecole polytechnique, de l’illustre inventeur, enfin, des phares lenticulaires, Arago trouva moyen de jeter aux passions politiques d’ardentes allusions que l’assemblée accueillit par de frénétiques applaudissements.

Cuvier et les autres académiciens qui avaient insisté pour qu’Arago parlât, avaient eu raison ; seulement, ils avaient eu raison à notre point de vue, et non au leur.

Ce ne fut pas un simple succès qu’obtint Arago, ce fut un triomphe.

A la vérité, il est impossible d’être plus pittoresque, plus grand, plus beau même, que ne l’est François Arago à la tribune, quand une véritable passion l’emporte, qu’il relève la tête en secouant ses cheveux noirs de 1830 ou ses cheveux gris de 1848. Qu’il attaque les violateurs de la charte royaliste ou défende la Constitution républicaine, c’est toujours le même éloquent orateur, parce que c’est toujours le même poète inspiré, le même législateur convaincu.

C’est qu’Arago est non seulement la science, mais encore la conscience ; non seulement le génie, mais encore la probité !

[…] Une petite troupe d’une douzaine d’hommes déboucha en ce moment de la rue Filles-Saint-Thomas. Elle était conduite par Etienne Arago, et criait :

– Pas de spectacle ! fermez les théâtres ! on égorge dans les rues de Paris !...

Elle vint se heurter contre le cadavre de la femme tuée.

– Portez ce cadavre sur les marches du péristyle, afin que tout le monde le voie, dit Etienne ; je vais faire évacuer la salle...

Un instant après, en effet, la salle était évacuée, et le flot des spectateurs, s’ouvrait comme fait un torrent devant un rocher, pour ne pas fouler aux pieds le cadavre.

Je courus à Arago.

– Que fait-on, lui demandai-je, qu’y a-t-il de décidé ?

– Rien encore... On fait des barricades... On tue des femmes, et on ferme les théâtres comme tu vois.

– Où se retrouve-t-on ?

– Demain matin, chez moi, rue de Gramont, 10.

Puis, se retournant vers les hommes qui l’accompagnaient :
– Aux Variétés, mes amis ! dit-il ; les théâtres fermés, c’est le drapeau noir sur Paris !

Et toute la petite troupe disparut avec lui dans la rue de Montmorency.

Elle avait passé devant la sentinelle et le corps de garde, sans que la sentinelle et le corps de garde eussent donné signe de vie.

Voici comment le mouvement avait commencé, et d’où venaient les coups de fusil que j’avais entendus avec Carrel.

Etienne Arago – qu’on me pardonne de citer toujours le même nom, mais je m’engage à donner la preuve irrécusable qu’Etienne Arago fut la cheville ouvrière du mouvement insurrectionnel –, Etienne Arago, dis-je venait de dîner avec Desvergers et Varin, et s’en retournait avec eux au théâtre du Vaudeville, situé alors rue de Chartres, lorsqu’un attroupement lui barra le chemin, rue Saint-Honoré, en face de la galerie Delorme.

On y annonçait qu’un homme venait d’être tué rue du Lycée.

Une charrette de moellons attendait, pour passer, que l’attroupement fût dissipé ; quatre ou cinq voitures arrêtées comme elle par le même obstacle attendaient à la file.

– Pardon, mon ami, dit Etienne au conducteur en dételant le timonier, nous avons besoin de votre voiture..

– Pour quoi faire ?

– Mais pour faire une barricade, donc !

– Oui, oui des barricades ! des barricades ! crièrent plusieurs voix.

En un clin d’œil, les chevaux furent dételés, la voiture jetée sur le côté, les moellons dressés en travers de la rue.

– Bon ! dit Arago ; vous n’avez plus besoin de moi ici, et, moi j’ai besoin ailleurs.

Et, laissant la barricade à la garde de ceux qui avaient aidé à la construire, il traversa le passage Delorme, longea la rue de Rivoli, et arriva au Vaudeville.

On commençait à entrer au spectacle.

– Pas de spectacle quand on se bat ! dit-il ; rendez l’argent à ceux qui ont payé !

Puis, à ceux qui persistaient à vouloir entrer :

– Pardon, messieurs, dit-il ; mais on ne rira pas au Vaudeville, tandis qu’on pleure dans Paris.

Et il se mit en devoir de pousser la grille.

– Monsieur, demanda une voix, pourquoi fermez-vous le Vaudeville ?
– Pourquoi ?... Parce que je suis le directeur du théâtre, et qu’il me convient de le fermer.

– Oui ; mais cela ne convient pas au gouvernement, et, au nom du gouvernement, je vous ordonne de le laisser ouvert.
– Qui êtes-vous ?

– Parbleu ! vous me connaissez bien...

– C’est possible ; mais je désire que ceux qui nous écoutent et qui assistent à ce débat vous connaissent aussi.
– Je suis M. Mazug [Mazug et non Mazue, comme indiqué dans le texte original, N.D.A.], commissaire de police.

– Eh bien, monsieur Mazug, commissaire de police, gare à vous ! reprit Arago en le serrant contre la grille ! on écrase ici ceux qui ne s’en vont pas !

– Monsieur Arago, demain vous ne serez plus directeur du Vaudeville !

– Monsieur Mazug, demain vous ne serez plus commissaire de police (le commissaire restera bien en place sous le gouvernement de Louis-Philippe, N.D.A.].

– C’est ce que nous verrons, monsieur Arago !

– Je l’espère, monsieur Mazug !

Et, aidé de deux machinistes, Etienne, malgré les efforts du commissaire de police, avait refermé la grille, et, sortant de la porte des acteurs, il avait commencé l’œuvre de la fermeture des autres théâtres. Fermeture qui eut une influence immense sur le mouvement du soir et du lendemain.

Tous ces détails nous étaient donnés au café Gobillard, dont la porte était soigneusement close. […] Il y avait un grand rassemblement rue de Beaune, chez un pharmacien nommé Robinet (voir Robinet, Stéphane) ; le rassemblement se composait d’électeurs et de gardes nationaux du (ancien) Xe et du (ancien) XIe arrondissement.

On ne demandait pas mieux que de marcher, mais personne n’avait d’armes.

– Pas d’armes ? dit Etienne Arago en entrant. Si vous n’avez pas d’armes, il y en a chez les armuriers !

On connaissait, au National et à la Petite-Jacobinière, la réunion qui avait lieu chez Robinet, et on y avait député Arago.

Depuis le matin, il n’avait pas perdu son temps.

“Pas d’armes !” était le cri général à la Petite-Jacobinière, comme partout, on disait : “Pas d’armes !”

Le théâtre du Vaudeville venait de jouer Le Sergent Mathieu ; il y avait, par conséquent, dans le magasin d’accessoires, une vingtaine de fusils, de sabres et de gibernes.

Gauja (voir Gauja, Jean, Raymond, Prosper, Mélanie, Thérèse) et Etienne coururent au Vaudeville, mirent fusils, sabres et gibernes dans de grandes mannes d’osier qu’ils recouvrirent de toiles, recrutèrent commissionnaires et machinistes, et suivirent le cortège avec chacun un habit d’officier de la garde impériale sous leur redingote.
La place du Palais-Royal était encombrée de troupes. Un capitaine sortit des rangs.

– Que portez-vous là ? demanda-t-il aux commissionnaires.

– Un déjeuner de noces de chez Parly, capitaine, répondit Arago.

Le capitaine se mit à rire : la pointe des sabres et la pointe des baïonnettes passaient à travers les cloisons d’osier. Il tourna le dos, et rentra dans les rangs.

Fusils, sabres et gibernes arrivèrent à bon port à la Petite-Jacobinière, où ils furent distribués.

C’était à la suite de cette distribution qu’Etienne avait été envoyé chez Robinet.

A ces mots : “Si vous n’avez pas d’armes, il y en a chez les armuriers !” chacun sortit.

Etienne courut chez le plus proche ; il était avec Gauja et un nommé Lallemand.

Cet armurier le plus proche demeurait rue de l’Université. Après avoir indiqué à Etienne sa boutique, située à gauche de la rue de Beaune, je tournai à droite pour aller prendre mon fusil.

Etienne et Lallemand se précipitèrent dans la boutique de l’armurier au moment où celui-ci essayait de fermer sa porte. Plus heureux avec l’armurier que, la veille, ne l’avait été avec lui le commissaire de police, Etienne parvint à entrer dans la boutique.

– Mon ami, dit-il, ne vous effrayez pas... Nous ne venons point prendre vos armes ; nous venons les acheter.

Il prit cinq ou six fusils, en garda un pour lui, un pour Gauja, un pour Lallemand, et distribua les autres. Puis il vida ses poches, dans lesquelles il y avait trois cent vingt francs, et, pour le surplus de la fourniture, donna un bon sur son frère François, de l’Observatoire, qui paya religieusement.

Lallemand endossa le billet.

Ce Lallemand était un garçon fort instruit et fort spirituel, que nous appelions le Docteur, parce qu’il parlait toujours latin.

Je donne cette explication afin qu’on ne le confonde pas avec le professeur Lallemand.

On prit tout de suite, chez le même armurier, de la poudre et des balles ; on n’allait pas, comme on le verra, tarder à en avoir besoin.

J’étais remonté chez moi ; j’avais appelé mon domestique Joseph ; je m’étais fait donner mon costume de chasse complet. C’était, pour l’exercice auquel nous allions nous livrer, le costume le plus commode et qui surtout devait le moins attirer les yeux.

J’étais à moitié de ma toilette quand j’entendis une grande rumeur dans la rue du Bac ; je me mis à la fenêtre : C’étaient Etienne Arago et Gauja qui appelaient la population aux armes.

On se souvient que je demeurais au-dessus du café Desmares. Mais ce que j’ai oublié de dire, c’est que trois de mes fenêtres donnaient sur la rue du Bac.

En ce moment, du côté du pont, à l’entrée de la rue, parurent deux gendarmes. Que venaient-ils faire là ? Quel hasard les y conduisait ? Nous n’en sûmes rien.

En les apercevant, la foule qui encombrait la rue poussa de grands cris.

Les gendarmes parurent se consulter ; mais, s’ils avaient hésité un instant, leur hésitation ne fut pas longue. Ils mirent la bride aux dents, tirèrent d’une main leur sabre, et de l’autre un pistolet.

La foule était sans armes ; elle rentra dans les allées, dans les boutiques ouvertes, ou s’esquiva par la rue de Lille.

Arago et Gauja s’embusquèrent aux deux coins de cette rue ; l’un d’eux, je ne sais lequel, cria à l’autre :

– Allons ! il est temps de commencer !

Au même moment, les deux gendarmes fondirent sur eux au grand galop.

Les deux coups de feu d’Etienne et de Gauja partirent en même temps.

Tous deux avaient visé le même homme ; celui qu’ils avaient visé tomba percé de deux balles.

L’autre gendarme rebroussa chemin. Le cheval qui avait perdu son cavalier continua sa course, et s’enfonça dans la rue du Bac.

On se précipita vers le gendarme gisant à terre ; il était mourant. On lui prit son sabre, son pistolet et sa giberne, et on le porta à la Charité.

Lorsqu’ils virent entrer un gendarme blessé dans la salle, et qu’ils apprirent qu’il avait été blessé en chargeant sur le peuple, les malades voulaient l’achever.

L’esprit de révolution était entré jusque dans les hôpitaux !

J’avais passé ma veste, pris mon fusil, ma carnassière, ma poire à poudre ; j’avais bourré mes poches de balles, et j’étais descendu.

Arago et Gauja avaient disparu tous les deux.

[…Le 29 juillet, après la victoire] Dans la rue Neuve-Saint-Marc, à la porte du National, La Fayette aperçut Etienne Arago avec une cocarde tricolore.

– Monsieur Poque (voir Poque, Beauvais), dit-il en s’adressant à l’une des personnes qui l’accompagnaient, allez donc prier ce jeune homme d’ôter sa cocarde.

Arago s’approcha de La Fayette.

– Pardon, général, dit-il, mais je n’ai pas bien compris.

– Mon jeune ami, je vous fais prier d’ôter cette cocarde.

– Et pourquoi cela, général ?

– Parce que c’est un peu tôt... Plus tard, plus tard, nous verrons.

– Général, répondit Etienne, je porte depuis hier le ruban tricolore à la boutonnière de mon habit, et la cocarde tricolore à mon chapeau depuis ce matin... Ils y sont, ils y resteront !
– Mauvaise tête ! murmura le général.

Et il continua son chemin.

[…] Bohain (voir Bohain, Alexandre, Victor) et Nestor Roqueplan (voir Roqueplan, Louis, Victor) attendaient Etienne Arago à déjeuner chez Gobillard, place de la Bourse. En se rendant du National au café, Arago rencontra le domestique de Bohain qui cherchait son maître.

– Ah ! monsieur, dit le brave garçon en apercevant Etienne, savez-vous où est monsieur ?

– Il doit être chez Gobillard, répondit Etienne ; que lui veux-tu ?

– Je veux le prévenir, de la part de M. Lhuillier (voir Leullier, Armand), son beau-frère, que le duc de Chartres est arrêté à Montrouge 1.

– Qui l’a fait arrêter ?

– Mais M. Lhuillier... Il est maire du village. Il désire savoir ce qu’il doit faire du prince.

– Hein ? dit un homme assis sur le trottoir avec un fusil entre les jambes, et mangeant un morceau de pain ; ce qu’il doit en faire ? Nous allons aller le lui dire !..

Puis, se levant :

– Hé ! les amis ! cria-t-il tout haut, le duc de Chartres est arrêté à Montrouge. Que ceux qui veulent manger du prince viennent avec moi !

– Que dites-vous là, mon brave ? s’écria Etienne en posant la main sur l’épaule de cet homme.

– Je dis qu’ils ont tué mon frère, et que je vais tuer le duc de Chartres aujourd’hui !

Il n’y avait pas de temps à perdre. Etienne s’élance dans le café.
– Pardieu ! dit-il à Bohain, votre domestique vient de faire un beau coup !

– Qu’a-t-il donc fait ?

– Il vient de répandre la nouvelle que le duc de Chartres était prisonnier de votre beau-frère, et voilà une vingtaine de gaillards qui se mettent en chemin pour l’égorger.

– Diable ! firent ensemble Nestor et Bohain, ça ne peut pas aller comme cela.

– Que faire ?

– Charge-toi de les conduire, dit Nestor, mets-moi à leur tête ; retiens-les le plus longtemps possible ; et l’un de nous ira prévenir le général La Fayette du danger que court le prince... On expédiera un homme à cheval à M. Lhuillier, et le duc de Chartres sera remis en liberté avant que toi et tes hommes soyez arrivés à Montrouge.
– Bien ! dit Etienne, mais ne perdez pas de temps !
Puis, s’élançant à la tête d’un groupe d’une trentaine d’hommes :

– A Montrouge ! cria Etienne Arago ; mes amis, à Montrouge !

Chacun répéta : “A Montrouge” et l’on partit pour la carrière du Maine, tandis que Nestor Roqueplan – autant que je puis me le rappeler, c’était Nestor – courait à la place de Grève.

Le Vaudeville se trouvait sur la route de la barrière du Maine : on traversa le jardin du Palais-Royal, puis la place, puis on enfila la rue de Chartres.

Un machiniste était sur la porte du théâtre. Arago lui fit signe de l’œil de s’approcher de lui, le machiniste comprit le signe, et s’approcha.

Arago eut l’air de recevoir de lui une confidence.
– Bon ! mes amis, dit-il, en voici bien d’une autre ! Vous ne savez pas ce que l’on m’annonce ? C’est qu’il y a une conspiration de royalistes pour venir mettre le feu au Vaudeville, attendu que c’est du Vaudeville, comme vous ne l’ignorez pas, qu’est partie l’insurrection... Commençons d’abord par visiter le théâtre, n’est-ce pas ?

Il n’y eut pas d’objection contre la visite. D’ailleurs, beaucoup de ces braves gens n’étaient pas fâchés de voir un théâtre de près ; celui qui avait provoqué le voyage de Montrouge, et qui était un tonnelier du quartier du Roule, voulut bien faire quelques objections, mais il ne fut pas écouté.

On s’arrêta donc au Vaudeville. Arago, une lanterne à la main, conduisit ses hommes du second dessous aux galeries ; il ne leur fit pas grâce d’un portant, d’un trappillon, d’un châssis.
On perdit une bonne heure à cette visite.

Puis on se remit en route pour la barrière du Maine.
Pendant ce temps, le général La Fayette était prévenu, et envoyait à Montrouge M. Comte (voir Comte, Auguste ?), l’un des plus brillants élèves de l’Ecole polytechnique qui, depuis, a fait un excellent ouvrage sur la philosophie positive.

M. Comte était porteur d’une lettre conçue en ces termes :

“Dans un pays libre, laissez circuler chacun librement ; que M. le duc de Chartres s’en retourne à Joigny, et, à la tête de ses hussards, attende les ordres du gouvernement.

La Fayette Hôtel de ville, le 30 juillet 1830”

Lorsque j’appris le danger que courait le duc de Chartres, je voulais rentrer chez moi, faire seller mon cheval et courir à Montrouge ; mais on me fit observer qu’avant que je fusse à la rue de l’Université M. Comte serait à Montrouge, et que mieux valait attendre les nouvelles à l’hôtel de ville.

J’attendis donc.

Les heures me parurent longues, je l’avoue, de huit heures du matin à deux heures de l’après-midi.

A deux heures, Etienne rentra couvert de sueur et de poussière.

Le duc de Chartres était sauvé.

En effet, grâce au retard du Vaudeville et à un second incident que nous allons rapporter tout à l’heure, le messager était arrivé à temps.

Le duc de Chartres avait avec lui le général Baudrand et M. de Boismilon.

M. Lhuillier fit remonter dans la voiture du prince l’aide de camp et le secrétaire, les invita à partir et à attendre le duc de Chartres à la Croix-de Berny.

Lui se chargeait de conduire le prince sain et sauf au même endroit.
En effet, tandis qu’en calèche le général Baudrand et M. de Boismilon sortaient par la grande porte, et prenaient la grande route, M. le duc de Chartres montait en cabriolet avec M. Lhuillier, sortait par une porte de derrière, et, par une route de traverse, regagnait le chemin de Joigny, à un quart de lieue au-dessous de l’endroit où M. Baudrand et M. de Boismilon attendaient le prince.

Une circonstance particulière avait encore servi cette fuite et la bonne volonté d’Arago. En arrivant à la barrière du Maine, les hommes avaient été arrêtés ; il y avait défense de laisser sortir de Paris aucune troupe armée.

Le premier mouvement fut de forcer l’obstacle ; puis l’on consentit à parlementer avec le poste du corps de garde ; puis, enfin, on fraternisa. Une partie des hommes entra dans le corps de garde même ; l’autre s’assit dans ces fossés creusés entre les arbres pour recevoir les eaux de pluie. Arago fit venir du pain et quelques bouteilles de vin, et se chargea d’aller aux nouvelles.

Une heure après, il était à Montrouge. M. le duc de Chartres venait d’en partir.

Arago prit une copie de la lettre du général La Fayette, afin de justifier de la relaxation du prince, et rapporta cette copie à ses hommes.

La nouvelle fut mal reçue par eux. Etienne ne parvint à les calmer qu’en leur promettant qu’il allait les ramener à l’hôtel de ville, et leur faire donner de la poudre à cœur joie.

Etienne était donc revenu dans ce double but de rapporter au général La Fayette la nouvelle de la fuite du duc de Chartres, et de faire donner de la poudre à ses hommes.

Mais on eut quelque peine à le relever de cette promesse ; on avait tant gaspillé de poudre, qu’on ne savait plus où en prendre.
– Je vous donne ma parole d’honneur, disait La Fayette à Etienne, qui ne pouvait pas croire à cette pénurie de munitions, que, si Charles X revenait sur Paris, nous n’aurions pas quatre mille coups de fusil à tirer ! […] » Et, sur les premières résistances à l’arrivée au pouvoir de Louis-Philippe : « Au moment où le duc d’Orléans, triomphant et joyeux, rentrait au Palais-Royal, six ou huit jeunes gens se réunissaient au-dessus des bureaux du National, dans l’appartement commun à Paulin et à Gauja.

Ils se regardaient les uns les autres avec un silence d’autant plus menaçant qu’ils étaient encore armés comme au jour du combat.

Ces jeunes gens étaient Thomas (voir Thomas, Pierre, Charles), Bastide (voir Bastide, Jules), Chevalon (voir Chevallon, Alexandre), Grouvelle (voir Grouvelle, Philippe), Boinvilliers (voir Boinvilliers, Ernest, Eloi), Godefroy Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), Etienne Arago, Guinard (voir Guinard, Joseph, Auguste). Peut-être un ou deux autres encore dont les noms m’échappent.

Chacun, selon son impatience, était assis ou debout.

Thomas était assis dans l’embrasure d’une fenêtre, avec son fusil de chasse à deux coups entre les jambes. C’était, à cette époque, un beau et brave garçon plein de loyauté, de courage, de franchise ; une tête froide et un cœur ardent.

On en était donc là ; on se racontait les détails de cette odyssée de l’hôtel de ville, et l’on se demandait ce qu’il fallait faire. M. Thiers entra.

Le matin avait paru, dans le National, un article sur l’arrestation du duc de Chartres à Montrouge.

Dans cet article, tout avait changé d’aspect.

Le duc de Chartres venait à Paris pour mettre son sabre à la disposition du gouvernement provisoire !

M. Lhuillier lui avait offert l’hospitalité. Le duc de Chartres avait quitté Montrouge dans l’enthousiasme des événements qui se passaient à Paris et avait promis de revenir avec son régiment.

Quelques jours après, grâce à cet article, M. Lhuillier fut décoré. L’article était du fait de M. Thiers.

L’apparition du futur ministre au milieu de nos six ou huit républicains ne fut donc pas heureuse.

Il s’était complétement dessiné depuis la veille au matin. Il était orléaniste.

En sa qualité d’orléaniste, il s’était inquiété de cette réunion qui avait lieu au-dessus de sa tête ; résolu d’attaquer ce taureau par les cornes, il monta au premier étage, et, comme nous venons de le voir, il entra sans être annoncé.

Un murmure significatif accueillit sa venue.

M. Thiers paya d’audace.

– Messieurs, dit-il, le lieutenant général désire avoir une entrevue avec vous.

– Et pour quoi faire ? demanda Cavaignac.

– Qu’y a-t-il de commun entre lui et nous ? demanda Bastide.

– Ecoutez toujours, messieurs, dit Thomas.

M. Thiers crut que, de ce côté-là, il allait trouver un soutien. Il s’avança vers Thomas et, lui posant la main sur l’épaule

– Voici un beau colonel, dit-il !

– Ah çà ! répondit Thomas en secouant doucement son épaule, est-ce que, par hasard, vous me prenez pour une p...

M. Thiers retira sa main.

– Continuez, dit Thomas, nous écoutons.

Alors, M. Thiers expliqua le but de l’entrevue.

Le duc d’Orléans voulait, pour sa politique à venir, prendre les conseils de ces braves jeunes gens dont l’héroïque insurrection avait fait la révolution de juillet. Il devait, toujours au dire de M. Thiers, les attendre, le soir, entre huit et neuf heures, au Palais-Royal.

Les républicains secouaient la tête.

Mettre le pied au Palais-Royal, c’était, leur semblait-il, pactiser avec le pouvoir nouveau, qui s’élevait à la fois contre leur conscience et contre leur volonté.

Mais Thomas vint encore en aide au négociateur.

– Voyons, dit-il en se levant, prouvons-leur jusqu’au bout que nous sommes de bons enfants.

Et, allant déposer son fusil dans l’angle de la cheminée :

– A ce soir, neuf heures, monsieur... Vous pouvez dire au lieutenant général du royaume que nous nous rendrons à son invitation.

M. Thiers sortit.

Il n’y avait pas la moindre invitation de la part du lieutenant général du royaume. M. le lieutenant général du royaume n’avait pas le moins du monde désiré voir MM. Thomas, Bastide, Chevalon, Grouvelle, Boinvilliers, Cavaignac, Arago et Guinard. M. Thiers avait pris le tout sous son bonnet, espérant qu’une entrevue concilierait les opinions. On a vu, par ce qu’il avait dit à Thomas, qu’il prenait les opinions pour des ambitions.

Le soir, les républicains furent exacts au rendez-vous. La duchesse d’Orléans, madame Adélaïde, les jeunes princes et les jeunes princesses venaient d’arriver, lorsqu’on annonça au duc d’Orléans qu’une députation l’attendait dans la grande salle.

Depuis le matin, les députations s’étaient succédé, et les salons n’avaient pas désempli.

Une députation n’étonnait donc pas le prince ; seulement, ce qui l’étonnait, c’était le personnel de la députation.

M. Thiers était là. En accompagnant Son Altesse, du salon où il était au salon où l’attendaient ces messieurs, il essaya de la mettre au courant prenant la moitié de la responsabilité sur lui, laissant l’autre aux républicains.

Tout cela avait pris un quart d’heure à peu près ; depuis un quart d’heure, ces messieurs attendaient. Ils commençaient à trouver l’attente un peu longue.

Tout à coup, la porte s’ouvrit et le duc entra, le sourire sur les lèvres ; seulement, le sourire n’avait pas eu le temps, si nous pouvons nous exprimer ainsi, de monter jusqu’aux yeux : la bouche souriait, mais le regard était encore interrogateur.

– Messieurs, dit le prince, vous ne doutez pas du plaisir que j’ai à vous recevoir ; mais...
Bastide devina, et regarda M. Thiers.

– Mais vous ne comprenez rien à notre visite ? Demandez, alors, une explication à M. Thiers, et M. Thiers voudra bien vous la donner, je l’espère, telle que la dignité du parti que nous représentons n’ait point à en souffrir.

M. Thiers, en effet, donna une explication équivoque, embarrassée à laquelle le duc d’Orléans coupa court en disant :

– C’est bien, c’est bien, monsieur... Je vous remercie de me procurer la visite de nos plus braves combattants.

Puis, se tournant de leur côté, il parut attendre que l’un d’eux commençât. Boinvilliers prit le premier la parole.

– Prince, dit-il, demain, vous serez roi...

Le duc d’Orléans fit un mouvement.

– Demain, monsieur ? dit-il.

– Si ce n’est demain, ce sera dans trois jours, ce sera dans huit jours... Peu importe le temps !

– Roi ! répéta le duc d’Orléans ; et qui vous dit cela, monsieur ?

– La marche que suivent vos partisans, la pression qu’ils exercent sur les choses, n’osant pas l’exercer sur les hommes ; les placards dont ils couvrent les murailles, l’argent qu’ils répandent dans les rues.

– Je ne sais pas ce que font mes partisans, répondit le duc, mais ce que je sais, c’est que je n’ai jamais aspiré à la couronne, et qu’aujourd’hui encore, je ne la désire pas, quoique beaucoup de gens me pressent de l’accepter.

– Enfin, monseigneur, supposons, cependant, que l’on vous presse de telle sorte que vous ne puissiez la refuser, nous est-il permis de vous demander quelle est votre opinion sur les traités de 1815 ? Faites-y attention, ce n’est point seulement une révolution libérale qui vient de s’accomplir, c’est une révolution nationale ; la vue du drapeau tricolore, voilà ce qui a soulevé le peuple ; c’est la dernière amorce de Waterloo que nous venons de brûler, et il serait plus facile encore de pousser le peuple sur le Rhin que sur Saint Cloud.

– Messieurs, répondit le duc, je suis trop bon Français, je suis trop bon patriote surtout pour être partisan des traités de 1815. Mais je crois la France fatiguée de guerres ; la rupture des traités, c’est la guerre européenne... Croyez-moi, il importe de garder beaucoup de mesure vis-à-vis des puissances étrangères, et certains sentiments ne doivent pas être exprimés trop haut.

– Passons donc à la pairie, prince...

– A la pairie, soit.

Et le duc se mordit les lèvres, comme un homme habitué à interroger, et qu’on force à son tour à subir un interrogatoire.

– La pairie, et vous serez forcé d’en convenir, continua Boinvilliers, la pairie n’a plus de racines dans la société... Le Code, en abolissant le droit d’aînesse, les fidéicommis et les majorats ; le Code, en divisant les héritages à l’infini, a étouffé l’aristocratie dans son germe, et l’hérédité nobiliaire a fait son temps.

– Peut-être, messieurs, vous trompez-vous sur cette question d’hérédité, qui est, à mon avis, la seule source d’indépendance qu’il y ait dans les institutions politiques... Un homme sûr d’hériter de son père ne craindra pas d’avoir une opinion à lui, tandis que l’homme à élire aura l’opinion qu’on lui imposera... Au reste, reprit le duc, c’est là une question à examiner, et, si la pairie héréditaire croule réellement, ce nest point moi qui la réédifierai à mes frais.

– Prince, dit alors Bastide, je crois que, dans l’intérêt même de la couronne qui vous est offerte, il serait bon de réunir les assemblées primaires.

– Les assemblées primaires ? dit le duc en tressaillant. Oui, en effet, je sais que je parle à des républicains.

Les jeunes gens s’inclinèrent ; ils étaient venus moins en alliés qu’en ennemis : ils acceptaient la qualification, au lieu de la repousser. Leur intention était de faire la situation bien nette entre eux et le pouvoir.

– Franchement, messieurs, dit le duc, croyez-vous la république possible dans un pays comme le nôtre ?

– Nous croyons qu’il n’y a pas de pays où le bon ne puisse être substitué au mauvais.

Le duc secoua la tête.

– Je croyais que 1793 avait donné à la France une leçon dont elle saurait profiter.

– Monsieur, dit Cavaignac, vous le savez aussi bien que nous 1793 était une révolution, et non une république ; d’ailleurs, continua-t-il avec une fermeté d’accent et une netteté de prononciation qui ne permettaient pas de perdre une seule syllabe de ce qu’il disait, autant que je puis me le rappeler, les événements qui s’écoulèrent de 1789 à 1793 obtinrent votre entière adhésion... Vous étiez de la société des Jacobins ?

Il n’y avait pas à reculer ; on déchirait hardiment le voile du passé, et le futur roi de France apparaissait entre Robespierre et Collot d’Herbois.

– Oui, c’est vrai, dit le duc, j’étais de la société des Jacobins. Mais, heureusement, je n’étais pas de la Convention.
– Votre père et le mien en étaient, monsieur, dit Cavaignac, et tous deux ont voté la mort du roi.

– C’est justement pour cela, monsieur Cavaignac, reprit le duc, que je n’hésite pas à dire ce que je dis... Je pense qu’il est permis au fils de Philippe-Egalité d’exprimer son opinion sur les régicides. Au reste, mon père a été fort calomnié ; c’est un des hommes les plus respectables que j’aie jamais connus !

– Monseigneur, reprit Boinvilliers comprenant que, s’il n’interrompait pas la conversation, elle allait s’égarer sur le terrain des personnalités, il nous reste encore une crainte...

– Laquelle, messieurs ? demanda le prince. Oh ! dites, tandis que vous y êtes.

– Eh bien, nous craignons – et nous avons nos raisons pour cela – nous craignons, dis-je, de voir les royalistes et les prêtres encombrer les avenues du nouveau trône.

– Oh ! quant à ceux-là, s’écria le prince avec un geste presque menaçant, soyez tranquilles, ils ont porté de trop rudes coups à notre maison pour que je les oublie ! Une partie des calomnies dont je parlais tout à l’heure vient d’eux ; une barrière éternelle nous sépare... C’était bon pour la branche aînée, cela !

Les républicains, étonnés de l’expression presque haineuse avec laquelle le prince venait de prononcer ces mots : “C’était bon pour la branche aînée !” se regardèrent les uns les autres.

– Eh bien, messieurs, dit alors le duc, est-ce que, par hasard, j’avance une vérité qui vous soit inconnue en proclamant tout haut cette différence de principes et d’intérêts qui a toujours séparé la branche cadette de la branche aînée, la maison d’Orléans de la maison régnante ?... Oh ! notre haine ne date pas d’hier, messieurs ; elle remonte à Philippe, frère de Louis XIV ! C’est comme mon aïeul le régent, qui donc l’a calomnié ? Les prêtres, les royalistes ; car, un jour, messieurs, quand vous aurez mieux approfondi les questions historiques, fouillé jusqu’aux racines l’arbre que vous voulez abattre, vous saurez ce que c’était que le régent, les services qu’il a rendus à la France en décentralisant Versailles, et en faisant passer, par son système de finances, l’argent et l’or du pays jusque dans les dernières artères de la société. Ah ! je ne demande qu’une chose, c’est, si Dieu m’appelle à régner sur la France, comme vous le disiez tout à l’heure, c’est qu’il me soit accordé une portion de son génie

Alors, il s’étendit longuement sur les améliorations que la politique du régent avait amenées dans la situation diplomatique de l’Europe ; et, à propos de l’Angleterre, il dit quelques mots indiquant qu’il chercherait près d’elle le même point d’appui que son aïeul.

– Pardon, monsieur, dit Cavaignac, mais je crois que le véritable point d’appui d’un roi des Français doit être dans la France.

Le duc d’Orléans n’éluda pas l’explication, et, avec sa facilité d’élocution habituelle, il développa alors, il faut lui rendre cette justice, le système qui acquit, depuis, tant de célébrité sous le nom de système du juste milieu.

Cavaignac, auquel il s’adressait plus particulièrement, comme ayant soulevé la question, écouta avec la plus grande impassibilité le développement politique auquel se livra le prince.

Puis, lorsque celui-ci eut terminé.

– Eh bien, dit-il, nous pouvons être tranquilles ; avec ce système-là, vous n’en avez pas pour quatre ans !

Le duc sourit d’un air de doute.

Quant aux républicains, comme ils savaient tout ce qu’ils voulaient savoir, ils s’inclinèrent en signe qu’ils voulaient se retirer.

Ce que voyant le prince, il les salua à son tour.

Mais, pour ne pas leur laisser le dernier :

– Allons, messieurs, dit-il, vous me reviendrez... Vous verrez, vous verrez !

– Jamais ! articula nettement Cavaignac.

– Jamais est un mot trop absolu, et nous avons un vieux proverbe français qui prétend qu’il ne faut pas dire : “Fontaine...”

Mais, avant qu’il eût achevé sa phrase, ces messieurs avaient déjà gagné la porte.

Le duc les regarda s’éloigner d’un air sombre.

C’était le premier nuage qui obscurcissait son soleil.

Dans ce premier nuage étaient toutes les tempêtes de l’avenir, même celle qui devait le renverser.

Maintenant que l’on a vu les hommes et les principes face à face, on comprendra mieux, je l’espère, les 5 et 6 juin, les 13 et 14 avril, le 12 mai et le 24 février. »

Le Temps, en date du 3 août 1830, relatait aussi : « Hier, au théâtre du Vaudeville, entre la seconde et la troisième pièce, M. Arago, directeur du théâtre, qui, dans les belles et glorieuses journées du 27 et du 28, s’était mêlé aux rangs des braves, s’est avancé vers le public et a chanté d’une voix ferme un hymne patriotique dont il est l’auteur. Nous n’avons pas besoin de dire qu’il a été accueilli avec un enthousiasme universel. Ce chant national est intitulé la Parisienne. Les deux strophes suivantes ont été redemandées :

« L’étranger que solde la France

»Vient nous frapper d’un plomb mortel !!!…

»Est-ce là l’antique vaillance

»Des frères de Guillaume Tell ?

»LIBERTÉ (bis) ! quoi ! toujours des monts de l’Helvétie

»Tes enfants viendront-ils (bis) pour étouffer ta voix ?…

»Ils tombent… plus de tyrannie !

»Le peuple a reconquis ses droits.

»Mais tous ces bataillons informes

»Quels guides vont les diriger ?…

»Voyez ces jeunes uniformes

»Briller au plus fort du danger.

»LIBERTÉ (bis) ! quelle est donc ta puissance infinie !

»Qu’ils sont grands (bis) ! ces enfants accourus à ta voix !

»Victoire… ! plus de tyrannie !

»Le peuple a reconquis ses droits. »

Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il fut question de nommer Arago directeur de l’Opéra, et Le Figaro, en date du 23 août 1830, relatait : « On annonce que M. Etienne Arago se met sur les rangs comme candidat à la direction de l’Opéra. Nous appuyons de toutes nos forces cette candidature ; et dans le cas où l’Opéra continuerait à recevoir une subvention de la liste civile, et où, conséquemment le directeur de l’Académie de musique serait au choix du roi, nous ne doutons pas que M. Etienne Arago n’obtienne la préférence. M. Arago est un de ceux qui n’ont rien sollicité du dernier gouvernement, et qui n’ont jamais dévié de leurs opinions. M. Arago, qui n’a pas craint de se déclarer dès le 26, a été un des plus intrépides combattants des trois journées ; à une grande capacité, il réunit une longue expérience des affaires des théâtres et des principes stricts d’ordre et d’économie. Quoi qu’il arrive, si l’on réduit à cinq cent mille francs la subvention de l’Opéra, on ne peut songer à laisser le gouvernail de cette administration entre les mains au moins inhabiles qui trouvaient moyen de créer des déficits avec un budget de près d’un million. »

On trouve, dans Archives de Paris VD3 1-2 in dossier Commission des récompenses nationales, correspondance (1830-1831), cette lettre envoyée par Menu, et sans doute adressée à Delestre, membre de la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement, ainsi rédigée et qui retraçait les différentes inquiétudes des décorés de Juillet au moment de recevoir leur décoration et de prêter le serment de fidélité au nouveau roi, serment qu’on semblait vouloir leur imposer : « En vous quittant, hier, je suis allé d’abord à la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, communication du registre pour le serment a été faite, quarante et une signatures y sont déjà apposées et je n’ai pas été peu surpris en voyant les noms de ceux sur le patriotisme desquels je pensais que l’on devait compter. De là, je me suis transporté au Courrier français, Moussette m’a dit que quelques instants auparavant M. Stuard s’y était présenté et avait réclamé la pièce que nous y avions déposée. Il s’est excusé de ne l’avoir point rendue publique parce que les journalistes ont pris la résolution de ne plus s’occuper pour le moment des décorations de Juillet. Je lui ai dit que je pensais que le National l’insérerait. Il m’a répondu qu’une démarche serait du temps perdu, que les rédacteurs de ce journal étaient dans les mêmes dispositions que ceux du Courrier. J’ai vu ensuite Arago, directeur du Vaudeville, il m’a fait connaître que l’on s’occupait en ce moment même de rédiger et faire imprimer l’exposé de toutes les machinations qui ont été employées pour engager les décorés à prêter le serment et à se soumettre aux exigences des ordonnances et qu’il serait à l’instant envoyé à chacun des décorés. Il eût été à désirer que cela eût été exécuté avant l’ouverture des registres à la mairie. Voilà tous les renseignements que je puis vous donner aujourd’hui. » Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la Croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la Croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Le 27 juillet 1831, pour l’anniversaire des trois journées, il offrit une représentation dans son théâtre, au profit de la souscription nationale organisée en faveur des enfants des combattants de Juillet décorés de la croix ou de la médaille. Il participa à la révolution de Février. Dans ses Mémoires, Chambolle (voir Chambolle, Michel, Auguste), raconte l’avoir vu parmi les manifestants : « A cent pas de la barricade, je fis une autre rencontre : c’était un groupe bruyant et bariolé de bourgeois, d’ouvriers en blouse et de gardes nationaux qui marchaient au son du tambour. Je reconnus quelques hommes de lettres, des artistes et de vieux républicains. Un d’entre eux m’appela. C’était Etienne Arago, frère de l’illustre astronome. “Ah ! ah ! s’écria-t-il, nous voici à la fête. A bas le système ! A bas Guizot ! Pas de Thiers !” J’imagine qu’un peu plus loin il ne se fit pas faute de crier à bas le roi ! et vive la République ! »

Arago apostilla ainsi le certificat délivré en faveur de Guerrier, Jean-Pierre, Claude devant la Commission des récompenses nationales instituée après la révolution de Février, et pour faire valoir les droits de ce dernier comme combattant de Février : « J’adresse au citoyen Guinard, président de la Commission des récompenses nationales, le citoyen Guerrier, combattant de février, qui s’est trouvé avec moi, comme il le dit dans cette pétition, à la barricade de la rue de Valois. » Il demeurait au théâtre du Vaudeville en 1831. Les Barricades immortelles du peuple de Paris, relation historique, militaire, anecdotique des journées des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830 et du voyage de Charles X jusquà son embarquement, par P. C., Paris, Leroi, 1830, p. 344-345-346 ; Révolution mémorable des journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, Cousin d’Avalon, Paris, Stahl, imprimeur-libraire, quai des Augustins, n° 9, p. 63 ; Souvenir glorieux du Parisien, précis historique des journées des 26, 27, 28, 29, 30 et 31 juillet 1830, par P. G. Prosper L***, nouvelle édition revue et augmentée, Paris, chez l’auteur, place Saint-André-des-Arts, n° 26 et chez les principaux libraires, p. 100 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, Nom des personnes qui se sont distinguées dans les mémorables journées p. 271 ; Linsurrection, par Barthélemy et Méry, Paris, Dénain, 1830, p. 50 ; Le Figaro, 23 août 1830 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD3 1-2 in dossier Commission des récompenses nationales, correspondance (1830-1831) ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 524 n° 3 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/89 in dossier Guerrier, Jean-Pierre, Claude ; Archives de la préfecture de police AA 392 in dossier Hollanders, Jacques dit Alphonse (pour lequel il signa un certificat pour attester sa présence sur la place du Palais-Royal pendant la Révolution de Février) ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Histoire de dix ans, 1830-1840, Louis Blanc, Paris, Pagnerre, 1841, tome I, p. 202 ; La République clandestine, 1818-1848, Gilmore, Jeanne, Aubier, Paris, 1997.

1.

Le duc de Chartres, qui regagnait Paris à la tête de son régiment, venait de faire allégeance à la famille royale. Le baron de Damas devait témoigner du fait suivant : « Le 1er août, nous fûmes heureusement surpris par l’arrivée de Mme la dauphine. Cette princesse, qui était à Vichy lorsque les ordonnances furent rendues, avait été insultée à son passage à Dijon et avait montré dans cette circonstance son courage habituel. A Joigny, elle avait rencontré le duc de Chartres à la tête le son régiment de hussards et ce prince l’avait assurée de son dévouement. » Mémoires du baron de Damas (1783-1862), tome IIe (1823-1862), Paris, Plon, 1922, p. 183.

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