Arnould, Pierre, Joseph
Biographie
Né le 27 mai 1797 à Paris. Médecin et homme de lettres. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. En juillet 1848, il adressa la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de février : « Ma pensée a toujours été que le dévouement qui ne sait pas se passer de récompense n’est pas un dévouement ; aussi, n’est-ce qu’après avoir éprouvé, par un enchaînement de circonstances malheureuses, un changement total dans ma position que je me suis trouvé forcé de réclamer près du gouvernement déchu, qui fut sourd aux justes demandes de ceux auxquels il devait son origine. Votre commission, citoyens membres, ayant mission d’informer le gouvernement de la république sur les réparations dues à ceux qui ont donné des preuves de dévouement à la patrie, c’est pour quoi j’ai l’honneur de vous exposer les faits qui me concernent et qui me rendent digne de fixer l’attention de votre commission, lesquels peuvent être appuyés des pièces que je puis produire aussitôt que vous me l’enjoindriez. Ayant embrassé la carrière de la médecine, j’ai été quatre années attaché au service des hôpitaux, en dernier lieu en qualité d’interne de l’Hôtel-Dieu. En juillet 1830, animé du désir de voir mon pays indépendant, j’ai combattu pour la cause de la liberté et j’ai porté aussi mes soins jusque sur la barricade, où je fus gravement blessé, ce qui m’a valu la décoration de Juillet. En 1832, lors de l’invasion du choléra, désigné par le doyen de la faculté de médecine, la commission de salubrité me chargea, en qualité de docteur médecin, d’un service permanent dans le (ancien) Xe arrondissement, quartier du Gros-Caillou, où sévit avec le plus d’intensité l’épidémie. A l’extinction du fléau dans la capitale, je fus envoyé par la même commission dans le département de l’Oise (commune de Montataire) pour combattre le choléra, qui frappait la presque totalité de la population. Le fléau ayant disparu, ma mission terminée, je venais de recevoir une médaille en témoignage de gratitude de la part des habitants, qui, j’ose le dire, me comblèrent de bénédictions, lorsque, épuisé par la fatigue et les veilles, je fus atteint d’une fièvre nerveuse, pour laquelle je reçus pendant deux années consécutives les soins assidus du professeur Fouquier. Seize ans avant que le mot fraternité fût inscrit sur nos drapeaux, la Ville de Paris a reconnu qu’il était gravé dans mon cœur car elle m’a décerné une médaille pour mon dévouement durant l’épidémie. Pendant ces deux années de maladies, des récompenses consistant en fonctions publiques, distinctions honorifiques furent données par le gouvernement d’alors aux médecins qui avaient déployé du zèle envers l’humanité. Je fus oublié à mon lit de douleurs et, par une fatalité, avant même d’avoir recouvré la santé (en 1834) je vis la fortune que je possédais s’engloutir par la disparition du spoliateur Morand, notaire à Paris. Après de tels désastres, obligé d’abandonner ma profession de médecin, c’est alors que, forcé de réclamer contre l’oubli de mes services rendus au pays et à mes concitoyens, j’ai pu me convaincre que cet oubli dont j’avais été l’objet n’était dû qu’au dédain du gouvernement pour les hommes des barricades. C’est avec courage et résignation que j’ai vécu pendant seize ans du faible produit de connaissances acquises par l’étude, ayant d’abord été réduit à professer les classes supérieures, dans l’institution Basse à Chaillot ; après j’ai été employé à des travaux et recherches médicales ; depuis 1836, j’ai été attaché à la rédaction de journaux français, anglais, le Courrier, l’Herald, etc. Croyant qu’il ne m’appartient pas de fixer moi-même le mérite de mes services, je les laisse, citoyens membres, à votre juste appréciation, ainsi que de juger par mon passé de l’aptitude que je puis posséder pour bien remplir tel emploi au service de la république, que votre commission voudra signaler pour moi au gouvernement. Je ne saurais trop exprimer à la commission combien il y a nécessité pour moi qu’elle veuille bien me faire rendre justice. Les événements politiques qui viennent de s’accomplir ayant tout à coup suspendu le travail auquel je me livrais depuis seize mois à un ouvrage sur l’alliance secrète du cabinet français avec l’Autriche et la Prusse me retire l’espoir de reconquérir une position perdue mais je n’en ai pas moins salué avec acclamation le triomphe de la liberté, cause à laquelle je consacre le dévouement le plus absolu. » Il était porteur du certificat suivant : « Les soussignés Daniel Glashin, chef d’institution, de Saint-Léger F., homme de lettres, ancien rédacteur du journal politique français anglais l’Herald, et Guillaume Maillard, contrôleur à la Monnaie, lieutenant de la garde nationale de Paris attestons connaître depuis grand nombre d’années le citoyen Arnould, Henry (sic), qu’il s’est toujours montré animé, par instinct, par sentiment et par conviction, du désir de voir se réaliser la république. Il s’y dévoua en homme de cœur, de probité et d’énergie, cherchant à la servir en développant dans sa conversation les bienfaits qui doivent en résulter. Il l’a servie en démontrant dans ses écrits, pleins de sens mais non d’exagérations nuisibles à la cause démocratique, qu’à la république seule appartient la gloire de féconder la terre généreuse de notre France et de la faire reine du monde. Par ses actions il l’a servie en 1830, en versant son sang pour la cause de la liberté. » Signé, le 30 août 1848 : de Saint-Leger, Ferdinand, demeurant 49, rue des Vieux-Augustins ; Maillard ; Glashin, D., demeurant 16, grande rue (sans doute à Auteuil). Brochot, blessé de février 1848, lui avait, le 23 août 1848, délivré le certificat suivant : « Je, soussigné, atteste que le citoyen Arnould m’a pansé la blessure que je venais de recevoir à la main droite, le 23 février 1848, chez le pharmacien rue Rambuteau et qu’il a également montré sa sympathie à la cause de la liberté que nous servions, en donnant ses soins à nos camarades sur le lieu où ils venaient d’être blessés. » Arnould était marié en 1848. Il demeurait 11, rue du Vieux-Colombier (trois fois dont in Archives de Paris VD6 3 et surtout en juin 1831 sur la lettre de convocation pour retirer sa médaille in Archives de Paris VD6 633 n° 1 et sur les listes de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39) ou 29, rue du Colombier en 1831 ; 168, rue Saint-Jacques en 1848. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des médaillés de Juillet du (ancien) XIe arrondissement (sous le nom de Arnoud, Henri, Joseph) ; Archives de Paris VD6 633 n° 1, liste des citoyens décorés de la médaille, XIe arrondissement (sous le nom de Arnould, Henry, Joseph), convocations des décorés à la mairie ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) XIe arrondissement (sous le nom de Arnould, Pierre, Joseph) ; Archives de la préfecture de police AA 370. Son nom n’est pas dans VD4 11 liste des médecins.