Aronsshon, Nestor
Biographie
Né le 4 août 1800 à Sarre-Union (Bas-Rhin). Avocat (banquier sur les listes – peu fiables – de la mairie in Archives de Paris VD6 3 mais bien avocat in Archives nationales F/1dIII/39 ; négociant in Archives nationales F/15/2557-2559). Il fit partie avec Brame Jules, Chapuis Michel Marie, Crampel Louis André, Daniel, Ernest, Duclos-Blerzy Pierre Louis Joseph Etienne, Dufour Louis, Gillard Louis, Jacob Jean-François, Lepage Nicolas Séverin, Perlé André Théodore, Tassin Jacques Nicolas, Verdot Jean Maurice, Massot Théodore, Leymarie Jean Léonard Repaire, des quinze membres composant le jury de la Commission des récompenses nationales pour le (ancien) IVe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement (sous le nom de Aronssohn in Archives nationales F/1dIII/39, d’Arronsolin, Nestor sur les listes du Bulletin des lois et sous celui d’Arronssohn, Nestor sur celles du Moniteur universel). Il apostilla (comme banquier et capitaine de la garde nationale, demeurant 4, rue Etienne, un certificat présenté par Nivert, René, Rose, pour faire valoir ses droits auprès de la Commission des récompenses nationales. Il certifia, auprès de la même Commission, avoir vu « le sieur Saint-Denis (voir ce nom), combattant dans la rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois, le 29 juillet ». Boulard, Elie, Nicolas, Germain (voir ce nom), dans une lettre de protestation auprès de la Commission des récompenses nationales, parce la seule médaille lui avait été accordée, porta contre Aronsshon l’accusation suivante : « […] Je signalerai au mépris public ceux qui ont obtenu la décoration sans l’avoir méritée ainsi que ceux qui ont accumulé leurs réclamations sachant qu’elles étaient injustes. Je dirai que le jury du IVe arrondissement avait admis dans son sein et favorisé de la décoration M. Aronsshon, qui ne s’est pas battu […]. » Aronsshon signa, le 29 août 1831, le certificat suivant en faveur de Garouste, Géraud : « Nous, soussignés, combattants de Juillet, certifions que le sieur Garouste, Géraud, menuisier, rue Bethizy, n° 11, a fait partie des masses qui s’opposaient à l’exécution des ordonnances du 25 juillet ; que n’ayant pu se procurer d’arme il revint au quartier du Louvre et que, le premier, au moyen d’un merlin, il a commencé les barricades de la rue Bethizy, au vu du 15e léger stationné dans la rue de la Monnaie ; qu’il a aidé à faire ensuite les barricades de la rue Boucher ; qu’il a passé la nuit du 28 au 29 juillet à veiller près des barricades de la rue Bethizy afin de prévenir ses voisins s’il y avait un mouvement de la part de la troupe et enfin que le 29 il a vainement couru partout pour avoir des armes et s’est porté avec la foule dans le Louvre lorsqu’il fut pris par le peuple. » Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la Croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la Croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Il fut cependant l’un des signataires (voir la liste des signataires à Fribourg, François) de la pétition suivante, qui protestait contre les différentes contestations qui repoussaient les délais de remise des décorations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps à voir briller sur leur poitrine un signe de liberté et d’honneur. La Commission des récompenses nationales avait arrêté le modèle des décorations et même le ruban, il était rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpétuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombé dans la glorieuse lutte de la liberté contre le despotisme. Cette décision a reçu son exécution, la croix et le ruban ont été fabriqués et, la Commission ayant terminé son travail, rien ne s’oppose à ce que les décorations soient distribuées dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fête de Votre Majesté. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir ôter de la décoration les mots qui la caractérisent, la date de nos immortelles journées, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indéfiniment l’exécution des promesses sacrées. Les blessés et tous les combattants de Juillet sont persuadés, Sire, que vous ignorez ces misérables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de déprécier une récompense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils éprouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changé aux dispositions arrêtées par la Commission et déjà exécutées et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre Majesté, les très fidèles sujets. » Aronsshon prêta son serment de décoré de la Croix de Juillet, le 17 mai 1831 à la mairie du IVe arrondissement, reçut sa croix le 16 juillet et son brevet le 22 août 1831. Une dépêche est ainsi rédigée aux Archives nationales : « M. Carel (voir Carel, Eustache, Auguste), commandant militaire du Louvre, recommande la pétition formée par M. Aronsshon à l’effet d’obtenir la décoration de la Légion d’honneur. » Il signa, le 4 août 1848 et comme « ancien avocat au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation, ex-maire adjoint à la mairie du (ancien) Ve arrondissement », la recommandation suivante en faveur de Maugin, Octave, César, quand ce dernier sollicita devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février un grade de sous-lieutenant dans l’armée ou dans la garde républicaine : « Maugin, Octave, qui sollicite d’être présenté au citoyen ministre de la Guerre pour un emploi de sous-lieutenant dans l’armée ou dans la garde républicaine, m’est particulièrement connu dans sa vie politique depuis 1830 et je puis affirmer en conscience que c’est un républicain austère dont les convictions n’ont jamais été douteuses. Sa conduite et son courage lui méritent de figurer dans notre armée comme officier et je puis dire qu’il n’en est pas de plus digne. Sa présentation est un acte de justice en même temps qu’un bon acte d’administration ; Je ne puis douter, citoyens, que vous demanderez avec insistance sa nomination, fondée sur de beaux états de service comme militaire et comme citoyen. » Aronsshon demeurait 4, rue Etienne (mais 5 ou 6, rue Etienne in Archives nationales F/15/2557-2559) en 1830-1831 ; 25, bd Bonne-Nouvelle en 1848. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris Vbis1K4 1 Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 277 in dossier Boulard, Elie, Nicolas, Germain, idem in dossier Dasfeld, Jean, Alexandre, Latapie ; Archives de Paris VD6 278 in dossier Nivert, René, Rose, idem in dossier Saint-Denis, Jean, Charles, Louis ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/42 ; Archives nationales F/1dIII/89 in dossier Garouste, Géraud ; Archives nationales F/15/2557-2559, état nominatif des membres de la Commission des récompenses nationales et des membres des jurys ; Archives de la préfecture de police AA 402 in dossier Maugin, Octave, César ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations.