Arrasse, Pierre, Nicolas
Biographie
Né le 2 mai 1790 au Chesnay. Ancien sous-officier au 136e de ligne d’ l’Ancienne Armée, devenu maître maçon. Il adressa la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales réunie dans le département de la Seine-et-Oise, afin d’obtenir que son fils, âgé de douze ans, fût élevé aux frais de l’Etat dans un établissement destiné à l’éducation des enfants de Juillet : « Dignement choisis pour balancer et apprécier les droits de chacun des héros de juillet 1830, veuillez agréer favorablement la réclamation, tardive à la vérité, que vous fait un ancien militaire c’est-à-dire un sous-officier congédié du 136e de ligne de l’Ancienne Armée, congédié sans pension quoiqu’il ait versé en trois fois différentes sont sang pour la patrie ; ayant reçu d’abord à Lützen une balle au talon, puis un coup de biscaïen en 1814 a la btte de Chaumont et plusieurs coups de lance sur la tête, un habitant de Versailles, sergent des sapeurs-pompiers de la garde nationale, nommé à l’unanimité par ses concitoyens, tout récemment vu son civisme et son dévouement à la cause de la liberté reconquise dont Louis Philippe Ier est reconnu par tous les vrais Français le régénérateur. Le certificat ci-annexé parle assez haut pour me dispenser d’entrer dans aucun détail, pour me prévaloir et vous décider en ma faveur ; car, Messieurs, si j’implore votre intercession et votre protection à l’effet de participer aux récompenses nationales, ce n’est point pour porter un signe distinctif, celui de la Légion d’honneur pour lequel j’ai été porté à Bautzen m’ayant échappé ainsi que ma pension, je sus me taire et ne point murmurer de l’espèce d’ingratitude de mes loyaux services. Si je sollicite quelque chose, ce n’est point dans mon intérêt particulier car si je me suis montré un des premiers dans nos journées mémorables, j’ai la conviction d’avoir rempli un devoir sacré pour un Français qui aime la liberté de son pays et le règne des lois. Cela me suffirait, ainsi que ma conscience, si je n’avais point de grandes charges dans mes enfants, dont l’aîné n’a encore que quinze ans et par conséquent ne rapporte rien à la maison. C’est seulement dans l’intérêt de celui de douze ans, nommé Pierre Arrasse, que je sollicite votre intervention pour son admission gratuite dans un des établissements destinés à recevoir les enfants des héros de Juillet qui ont versé leur sang pour le rétablissement de l’ordre ou qui ont failli périr pour la liberté et l’affermissement du trône constitutionnel sur lequel le peuple français a élevé sur le pavois notre roi citoyen Louis Philippe Ier. Fort des témoignages de mes concitoyens et des autorités locales, je me repose sur la décision la plus favorable de la part de la Commission de messieurs les membres, de laquelle, je reste le très simple et très obéissant serviteur. » Il joignait à sa demande le certificat suivant : « Nous, soussignés, habitants, propriétaires et gardes nationaux de cette ville, certifions à tous ceux à qui il appartiendra qu’il est à notre parfaite connaissance que le sieur Arrasse Pierre, Nicolas, ancien militaire, entrepreneur de maçonnerie et sergent dans la compagnie des sapeurs-pompiers, a été un des premiers de nous tous à donner l’éveil au patriotisme de notre cité dans les journées à jamais mémorables de Juillet, 1er, 2 et 3 août 1830, en faisant tous ses efforts pour que la générale soit battue ; que c’est lui qui, aux risques et périls de sa vie, son enthousiasme le porta lors du passage de Mme de Polignac par notre ville en chaise de poste escorté par des gendarmes d’élite, qui le tenaient en arrêt le pistolet à la main à saisir les chevaux attelés à sa chaise de poste et la détourna de manière à la faire entrer à la mairie ; que, le jour du départ de l’ex-roi pour Rambouillet, c’est lui qui a eu en sous-ordre de M. le capitaine Dorange (voir ce nom) et du colonel Koffk (voir Poque, Beauvais ?), tous deux aide-de-camp du général Lafayette, le commandement d’un détachement pour aller chercher des armes à l’école militaire de Saint-Cyr. Il est en parti à 11 heures du soir et rentré à la mairie avec soixante fusils, qui y furent déposés ; qu’à Coignières, le 3 août 1830, il a fait preuve du plus grand courage et du plus grand sang-froid contre un malentendu des patriotes de Paris, dont quelques-uns le prirent au collet, le culbutèrent et le terrassèrent de manière que, sans le secours du brave Soustrogne, alors sergent des pompiers et maintenant sous-lieutenant, aussi les jeunes gens de l’Ecole polytechnique, il serait immanquablement devenu victime de ces patriotes qui prétendaient que c’était du peloton qu’il commandait et avait la garde des poudres dont on lui avait confié la garde dans des fiacres, en guise de caissons, et qu’il a ramenés intacts à l’hôtel de ville, qu’ils avaient reçu des coups de fusil. Nous croyons remplir notre devoir et nous faisons même un vrai plaisir de donner au sieur Arrasse la présente attestation pour lui servir auprès de la Commission des récompenses nationales. » Signé, à Chaville, le 5 décembre 1831, suivent deux pages de signatures. Dans sa séance du 16 décembre 1831, la Commission des récompenses nationales réunie pour le département de la Seine-et-Oise donna l’avis suivant sur la demande d’admission de son fils, âgé de douze ans, dans une maison d’éducation aux frais de l’Etat, qu’il avait présentée : « Le sieur Arrasse a donné de grandes preuves de courage et de dévouement ; la Commission pense donc que sa demande doit être accueillie, elle pense en outre que la médaille est une récompense qu’il a méritée. » Il reçut la médaille de Juillet auprès de la Commission des récompenses nationales réunie dans le département de la Seine-et-Oise. En mai 1832, vu « l’état désespérant où se trouvent les travaux et la malheureuse position où il reste », il sollicita l’activation des promesses qui lui avaient été faites relativement à l’éducation de son fils. Il demeurait 11, rue d’Angévilliers à Versailles en 1831. Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances n° 26, 2e section, ordonnance n° 1137 du 17 juillet 1832, Paris, Imprimerie royale, mars 1833, p. 2, ordonnance du roi qui décerne la Croix de Juillet à quarante-deux citoyens et la médaille de Juillet à cinquante-huit citoyens ; Archives nationales F/1dIII/81, dossier Seine-dg-Oise (parfois orthographié Arasse, mais lui signe bien son nom de Arrasse).