Asselineau, Charles, Henri
Biographie
Né le 16 décembre 1808 à Paris. Teneur de livres. Le 28 avril 1848, il adressa une lettre à la Commission des récompenses nationales instituée après cette révolution et dans laquelle il faisait aussi état de sa participation à la révolution de Juillet. Cette lettre était ainsi rédigée : « J’ai l’honneur de vous soumettre une note constatant mon patriotisme et signée de plusieurs personnes honorables qui certifient que les faits y énoncés sont d’une parfaite exactitude. La Commission des récompenses nationales ayant à examiner les titres des combattants républicains prendra, je l’espère, en considération la demande que je lui adresse d’être compris dans les états de ceux auxquels la Nation décerne une récompense comme patriotes. Toute récompense nationale est un honneur mais cependant, je dois le dire, si d’après le décret qui institua la Commission des récompenses nationales je crois y avoir droit mon caractère se refuserait à y recourir si ma position pécuniaire ne m’en faisait un devoir : père de deux enfants et n’ayant pu depuis plusieurs années malgré tous mes efforts trouver un emploi qui puisse subvenir entièrement aux besoins de ma famille, je suis tombé dans un état de dénuement complet ; peu habitué à faire montre de ma misère, je n’ai nullement participé aux dons que l’Etat a fait distribuer dans ces derniers jours de crise tant en nature qu’en argent aux malheureux, c’est pourquoi aussi ma position s’est de plus en plus aggravée et est aujourd’hui à toute extrémité. Veuillez donc aussi, citoyens, en prenant une décision favorable à ma demande ordonner les mesures les plus propres pour qu’immédiatement j’en ressente les effets. » Sa lettre était apostillée par Theil, commandant du 2e bataillon de la XI e légion de la garde nationale et professeur au lycée Corneille. Il joignait à sa demande une Note historique concernant le citoyen Asselineau dans les journées de 1830, 1832 et 1848, et ainsi rédigée : « 1830. A cette époque, le citoyen Asselineau revenait dans ses foyers après un an de service et fut un des premiers à prendre la défense du peuple. Le 28 juillet matin, il fut de ceux qui, après avoir fait replier le 1er bataillon du 32e, échelonné par compagnies sur le boulevard Saint-Martin, désarmèrent, devant les trois bataillons de ce régiment, le poste du Château d’eau. 1832. Le 5 juin, au moment où on venait de tirer sur le peuple, place Saint-Antoine, il rencontra sur le boulevard du Temple un élève de l’Ecole polytechnique, qui demandait des armes ; il engagea cet élève à l’accompagner et, par leur élan et celui de quelques hommes qui les suivaient, bien qu’ils n’eurent pas un seul fusil, ils désarmèrent onze hommes du 1er de ligne, qui étaient munis de cartouches (sept de ces soldats tenaient le poste de la Grange-aux-Belles et quatre autres le poste de la place qui depuis servit à l’entrepôt. Cette poignée d’hommes vinrent après s’établir à la porte Saint-Martin, sous les ordres de l’élève et ils n’avaient pas eu le temps encore d’élever des barricades qu’ils furent chargés par un escadron du 2e carabiniers. Devant cette charge, ils firent bonne contenance et par un coup de feu heureux (le cheval du commissaire qui était chargé des sommations fut abattu), ils furent sauvés d’une destruction complète. Un instant après, ils furent encore chargés au pas de course par un bataillon du 3e léger et ils défendirent contre les compagnies de ce bataillon l’entrée de la rue Sainte-Apolline pendant plusieurs heures et cette rue ne fut occupée que par eux et jusqu’à une heure très avancée de la nuit. Le lendemain 6 juin le citoyen Asselineau fut mis pendant deux heures en état d’arrestation dans la maison rue Sainte-Apolline 11 bis, où demeurait Me Pelleport, avocat, par la brigade d’agents habillés en gardes nationaux, qui venaient mettre à exécution un mandat d’amener lancé contre cet avocat et c’est pendant les recherches qu’on faisait dans les maisons nos 9, 11 et 11 bis, qui, la veille, nous avaient servi de centre d’opération que des dames, profitant d’un moment de non-surveillance, purent faire évader le citoyen Asselineau. 1848. En février, quoique alors père de famille, ce citoyen s’est trouvé le 24 à l’Hôtel de ville et a eu l’honneur de contribuer, par son vote, à l’élévation comme membre du gouvernement provisoire des citoyens Garnier Pagés, Dupont de l’Eure, Arago et Lamartine, qui réunirent les acclamations unanimes dans la salle du rez-de-chaussée ; plus tard, il a aussi signé une pétition en faveur des blessés. » Signé, le 17 avril 1848 : Briouse, médecin, président du club socialiste démocratique la Sentinelle constituante, demeurant 30, rue de Bondy, qui ajoutait l’apostille suivante : « Pour les faits de 1830 et 1832, j’atteste de plus qu’Asselineau, comme patriote dévoué et propagateur zélé des principes républicains, n’a jamais dévié de cette honorable ligne de conduite de cette noble et sainte mission. » Bazin, maître tourneur, demeurant 18, rue Corbeau, attestait les faits pour 1830 ; Tevez, teneur de livres à la maison Japy, demeurant 3, rue du Pont-aux-Biches, ajoutait l’apostille suivante : « Employé avec le citoyen Asselineau dans la maison Japy frères pendant deux ans qu’il y est resté, j’ai eu plusieurs fois l’occasion d’apprécier ses sentiments patriotiques. » Gareau, mécanicien, demeurant 64, rue du Faubourg-du-Temple, précisait : « J’atteste avoir vu le citoyen Asselineau les armes à la main, rue Sainte-Apolline, le 5 juin 1832, au moment où le 3e léger tenait la porte Saint-Martin. Je connais aussi depuis fort longtemps sa conduite franchement républicaine. » Briouse, employé, demeurant 43, rue Saint-Laurent à Belleville, précisait à son tour : « Camarade d’enfance du citoyen Henri, Charles Asselineau, je puis attester et certifier que sous le rapport de ses relations d’amitié et de famille, il n’a jamais varié. La probité, la conscience ont toujours été observées avec la plus scrupuleuse religion. Son patriotisme désintéressé le rend recommandable par les preuves qu’il a données en 1830, 1832 et récemment en 1848. » Descamps, élève médecin, demeurant 18, rue Corbeau, attestait la véracité des faits quant à 1830 et 1848. Lambert, Alphonse, fondeur en cuivre, demeurant 95, rue du Faubourg-Saint-Martin, attestait « l’esprit républicain qu’a toujours exprimé le citoyen Asselineau ». Laffon, sergent de la garde républicaine, attestait les faits pour les journées de Février. Rollet, « combattant de juin 1832 », fabricant de portefeuilles, demeurant 51, rue Aumaire, attestait les faits quant à l’émeute des 5 et 6 juin 1832. Le 8 mai 1848, il adressait une lettre à Marrast, maire de Paris, rappelant la première lettre qu’il avait écrite et ainsi rédigée : « […] Père de famille dans un dénuement complet, j’espérais un secours immédiat. J’avais aussi écrit au citoyen ministre des Finances pour obtenir un emploi. A ma première demande, je n’ai encore eu aucune réponse et, à la seconde, qui est il est vrai plus ancienne, le ministre m’a renvoyé au directeur des Forêts, lequel m’a dit qu’ayant quatre années de plus que trente-cinq ans, je ne pouvais rien obtenir dans son administration, à moins d’être appuyé par la Commission des récompenses nationales. La place que je sollicitais était celle d’une sous-direction dans les Eaux et Forêts. A bout de tout, voyant chaque jour mes enfants manquer du nécessaire, je me suis aussi déterminé à adresser une demande de secours, et cela par deux fois, au maire de mon arrondissement, et là encore je n’ai pas réussi, je n’ai pas eu de réponse car je ne peux pas regarder ainsi la note ci-incluse, qui ne fut suivie d’aucun effet, même après réclamation. Mon délaissement total tiendrait-il donc de ce que je ne suis d’aucune coterie ? Cette idée, je la repousse car elle ne ferait pas honneur aux citoyens qui sont à la tête des affaires et ne peut pas naître non plus sur ceux qui ont déjà fait tant de choses pour la patrie, mais, enfin, vous conviendrez, citoyen maire, qu’il est bien triste pour moi qu’après avoir vu le triomphe de nos idées et d’y avoir contribué d’une manière la plus active d’être plus malheureux car la crise actuelle me prive des faibles moyens qui m’aidaient à traîner mon existence, de me voir, dis-je, plus malheureux encore que sous cet abominable règne de corruption, que nous avons renversé. Mon seul espoir, citoyen maire, n’est qu’en vous et ce ne sera certes pas en vain que je vous aurai adressé ma réclamation, et votre patriotisme m’est un sûr garant que si vous daignez jeter les yeux sur mes titres que vous voudrez bien me faire accorder un secours et appuyer ma demande pour me faire obtenir une place en rapport avec mes capacités et les besoins de ma famille. » Il fut recommandé par la Commission pour un emploi de garde à cheval dans l’administration des Eaux et Forêts. Il était marié et père de deux enfants en 1848. Il demeurait 4, rue Saint-Jean-de-Beauvais en 1848. Archives de la préfecture de police AA 370.