Aubert, Joseph, Brebis
Biographie
Né à Châteaurenard (Bouches-du-Rhône), Boulanger. Il fit parvenir la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales : « En 1815, j’habitais avec mon défunt père la commune de Châteaurenard (Bouches-du-Rhône), mon pays natal, Cette même année et quarante jours avant le débarquement au Cannet de Napoléon, tous les habitants de la commune, ainsi que mon père et moi, nous prîmes les armes pour aller au-devant et soutenir le passage de l’Empereur. Plus de quinze jours avant son arrivée, le drapeau tricolore flottait sur la commune. Ce fut alors qu’une troupe de Marseillais, forte de huit cents hommes et soutenue de deux pièces de canon, arriva à Château-Renard, pour retirer le drapeau chéri. Ces misérables, d’abord en force, exercèrent dans la commune des ravages et des atrocités de toute espèce. Mais, la première surprise passée et tous les habitants s’étant promptement réunis, il ne nous fut pas difficile de les mettre en fuite en abandonnant leurs bagages et leurs canons. Peu de temps après l’arrivée à Paris de Napoléon, il fut formé à Avignon, par ordre du ministre de la Guerre, une fédération, dans laquelle mon père et moi nous nous incorporâmes des premiers. Trompés dans notre attente et nos désirs, nous fûmes obligés de subir toutes les conséquences de la seconde rentrée des Bourbons et cette fatale époque fut pour moi, mon père et tous mes parents, le signal de la proscription et de la vengeance dont furent victimes tous les partisans du gouvernement impérial. Je n’eus d’autre moyen que la fuite ; mon père et moi, pendant deux années, nous abandonnâmes notre maison et nos propriétés pour errer de ville en ville, sans pouvoir nous établir dans aucune et en absorbant journellement notre avoir. Après deux années de fatigues, de malheurs et de chagrins, nous résolûmes de rentrer à Château-Renard, dans l’espérance que notre absence et deux années écoulées auraient calmé les esprits et ramené la tranquillité. Nous fûmes cruellement trompés. A peine deux mois s’étaient écoulés depuis notre retour que, croyant au calme apparent (surtout ayant toujours agi avec la prudence et la circonspection que commandait notre position), le jour de Noël, mon oncle réunit le soir toute la famille, sans aucun soupçon. Mais il était à peine 8 heures que la maison fut entourée et envahie par une multitude furieuse qui ne respirait que meurtre et pillage. Il ne leur fut pas bien difficile de pénétrer dans la maison. Non seulement elle fut pillée et entièrement dévastée mais deux de mes tantes furent assassinées, une dame de mes voisines, mon oncle furent massacrés et tués sur la place, mon père, blessé dangereusement, fut transporté chez un parent, pour ne pas quitter le lit et succomber après huit mois des plus cruelles souffrances et des dépenses exorbitantes. Je ne fus pas plus épargné que mon père, mais, plus jeune et plus robuste alors, je parvins, dans un mauvais état, à m’échapper, car ma mort était certaine. Je fus quinze jours sans asile dans mon pays et au sein de ma famille, pour éviter de les compromettre et me soustraire aux recherches de ces assassins, ce qui m’a occasionné une maladie d’un an et m’a entièrement mis sans moyens. Je fus réduit à entrer au service militaire en 1818, et je fus réformé en 1830 pour cause de mauvaise santé. Rentré dans la vie civile, il ne me reste que les tristes souvenirs de tous mes malheurs et de ceux de ma famille ; par eux, j’ai perdu un père, un oncle, deux tantes, la destruction de nos propriétés et enfin deux maladies qui ont absorbé jusqu’à ma dernière ressource. Sans aucun espoir maintenant d’un avenir aisé, qui m’était assuré par la position sociale de ma famille et particulièrement de mon père, j’ai recours avec confiance à la justice et à la bienveillance pour obtenir une indemnité pour toutes les pertes et les malheurs irréparables dont j’ai été la victime. Arrivé depuis peu à Paris, lors des événements des mémorables journées de Juillet, j’ai été assez heureux pour manifester de nouveau et dans toute sa pureté mon patriotisme, en me joignant le premier jour aux braves qui ont si vaillamment combattu pour la cause sacrée de nos institutions et de nos libertés. Si je n’ai reçu aucune blessure, je n’en n’ai pas moins rivalisé de zèle, de dévouement et de courage pour l’anéantissement de nos oppresseurs. » Il joignait à sa lettre plusieurs certificats. Le premier, signé de Mougeault (ou Mougenelt ?), Virginie, ouvrière en dentelles, demeurant 13, rue du Four-Saint-Honoré, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie à qui il appartiendra et pour rendre hommage à la vérité, que M. Joseph, Brebis, Aubert, boulanger, demeurant rue de la Ferme-des-Mathurins, n° 15, est venu rue du Four-Saint-Honoré, n° 13, y donner des soins à un jeune homme qui y était blessé dans la journée du 28 juillet dernier, lequel lui a fait prodiguer tous les traitements possibles à sa situation, en recommandant de ne rien négliger pour soigner le blessé, qu’il se chargeait de payer de sa poche tous les frais occasionnés pour cette circonstance. » Demolliens, restaurateur 11, rue de l’Arbre-Sec, certifia qu’il était venu chez lui « les 27, 28 et 29 juillet dernier, dans un état de fatigue, qui annonçait qu’il venait de prendre part aux événements qui se sont passés à cette époque et pour la défense de la cause sacrée de la liberté » et que « chaque fois qu’il s’est présenté à la maison, il était tellement agité et dans un état d’enrouement et de transpiration que je craignais beaucoup qu’il en fît une forte maladie ». Selmy dit Prosper, artiste au théâtre des Nouveautés, demeurant hôtel de Mayenne, rue du Four-Saint-Honoré, lui délivra le certificat suivant : « Je, soussigné, déclare […] que le nommé Joseph, Brebis Aubert, boulanger, demeurant rue du Four-Saint-Honoré, hôtel de Mayenne, où je demeurais alors moi-même, est parti le 29 juillet au soir pour se rendre à Rambouillet, que je l’ai accompagné moi-même jusqu’à la voiture et qu’il n’est revenu à l’hôtel que 30 au matin (le 29 !! ?). » La femme Chammartin, tenant l’hôtel de Mayenne, lui délivra le certificat suivant : « M. Joseph, Brebis Aubert, boulanger, a logé chez moi pendant un mois et demi. […] Durant cette époque il a manifesté des opinions très libérales et […] s’est comporté comme un honnête homme et galant homme. […] Dans les mémorables journées des 27, 28 et 29 juillet dernier, il est à ma connaissance qu’il a combattu pour la défense de la cause sacrée de nos libertés. » Le député de l’Ardèche, Boissy d’Anglas et le pair de France du même nom, son frère, appuyèrent la demande d’Aubert. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il demeurait 14, rue du Four-Saint-Honoré, hôtel de Mayenne en juillet 1830 ; 15, rue de la Ferme-des-Mathurins en 1830. Archives de Paris VD6 277 (son dossier y est confondu avec celui d’Aubert, Jean, sans rapport ?).