Audin, Jacques
Biographie
Né le 4 pluviôse an I à Lyon (Rhône). Ancien voltigeur au 84e régiment de ligne, il participa à la campagne d’Italie en 1814, pendant laquelle il s’illustra notamment le 14 mars 1814, où après avoir terrassé un cavalier autrichien il emmena son cheval au camp, et le 14 avril suivant sur la Mura près de Plaisance, il sauva la vie à son capitaine, qui, selon le certificat que lui délivra ce dernier, aurait « infailliblement succombé d’un coup de baïonnette qui m’était porté à la poitrine par les Napolitains, qui avaient fait cause commune avec les Autrichiens, et parmi lesquels je me trouvais pêle-mêle, sans l’intrépidité dudit Audin qui, parant le coup, fit jaillir la baïonnette qui me blessa à la tête, et après avoir tué un des assaillants et avoir dispersé les autres, il s’empressa de me donner tous les secours qui étaient en son pouvoir et que nécessitait ma position. Certifions en outre que, pour reconnaissance de ses actions et bons services, Audin fut désigné au colonel du régiment, avec recommandation de le porter pour la décoration de la Légion d’honneur mais que, deux jours après, le 16 avril, on nous annonça la déchéance de Napoléon et le changement de gouvernement, d’où il est résulté que la demande en faveur dudit Audin, Jacques est restée jusqu’à ce jour sans effet ». Il servit aussi dans la légion du Rhône, dont il avait, selon un certificat qui lui avait été donné, « tenu une conduite digne de servir d’exemple, ce qui lui a mérité l’estime de ses chefs et l’amitié de ses camarades ». Il était ouvrier en pianos chez Pleyel, facteur de piano 9, rue Cadet en 1830. Il participa à la révolution. Il était porteur du certificat suivant : « Nous, soussignés, principaux voisins du sieur Audin, demeurant au faubourg Saint-Martin, certifions à qui de droit avoir vu le dénommé s’exposer au milieu de la plus vive fusillade qui était dirigée par un détachement du 3e régiment de la garde royale à la porte Saint-Martin dans la journée du 28 juillet dernier sur un groupe de personnes ; que nous, Renguaine et Maligne étions dans la rue de l’Antéchrist et qu’en débouchant sur le boulevard il est arrivé une grêle de balles et dont ledit sieur Audin riposta et soutint le feu jusqu’au soir ; que ce détachement débusqua et se sauva par la porte Saint-Denis, se dirigeant vers La Chapelle, en faisant un feu continu. » Signé, le 12 février 1831 : Maligne ; Renguaine. Ce certificat était attesté sincère et véritable par Dumet, caporal à la 1re compagnie du 4e bataillon de la Ve légion de la garde nationale ; par Pleyel, Emile, demeurant 9, rue des Récollets ; par Goupil, lieutenant d’artillerie de marine, chevalier de la Légion d’honneur, demeurant 1, rue des Récollets ; par Royer ou Rayer, Jacques, chevalier de la Légion d’honneur. Un autre certificat, délivré par le maire de la commune de Charonne certifiait que « […] le sieur Audin, Jacques, accompagné du sieur Joubert, se présenta dans la commune le 29 juillet, que tous deux étaient armés et qu’ils étaient chargés, selon leurs déclarations, de pousser des reconnaissances dans les communes riveraines de Paris. Ces deux citoyens furent conduits par la garde nationale devant le maire, qui, ayant reconnu leur mission et leur zèle patriotique, les engagea à continuer le service dont ils étaient chargés ». Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement (sous le nom de Andin, Jacques sur les listes du Bulletin des lois, sur celles du Moniteur universel et sur celles de la in Archives nationales F/1dIII/39). Le 26 juillet 1831, ayant su qu’il n’avait reçu que la médaille, il faisait parvenir la lettre suivante au maire du (ancien) IIe arrondissement : « C’est avec le plus vif enthousiasme que j’ai combattu, dans les mémorables et glorieuses journées de notre révolution de Juillet, l’hydre qui méditait d’anéantir cette liberté que nous avions conquise par tant de nobles travaux. Aussi, je fais serment de la défendre, au péril de ma vie si jamais le trône du roi-citoyen était menacé par des factieux ou par l’étranger. Je reçois avec plaisir la décoration que Sa Majesté Louis-Philippe me décerne au nom de la Nation ; en même temps que je remercie la Commission de la sollicitude qu’elle a prise à récompenser les braves de Juillet. Mais, monsieur le maire, j’aurais été bien flatté de porter la croix, au lieu de la médaille que vous me donnez, parce que je crois que je n’en étais pas indigne par mes antécédents. Veuillez m’excuser si j’ose me flatter un moment mais, ayant sauvé la vie à mon capitaine en Italie dans la campagne de 1814, je fus désigné pour porter le signe de l’honneur, ainsi que je peux en justifier par des pièces authentiques, et jusqu’à ce moment (quoique j’aie l’espérance de le porter), il ne m’a pas encore été alloué. Quoi qu’il en soit, je fais serment d’être fidèle à mon roi, à notre généreuse nation et de faire respecter la décoration spéciale [il n’est pourtant titulaire que de la seule médaille, N.D.A.] que vous me décernez ainsi que celle que j’attends de la sollicitude de notre gouvernement. J’ai l’honneur, etc. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il participa à l’émeute républicaine des 5 et 6 juin 1832 mais sans doute du côté de l’ordre, en témoigne le certificat suivant qui lui fut délivré : « C’est à mon lit de douleurs, à l’hôpital Saint-Louis, en présence des sieurs Vagner, Michel, sergent-major, et Méyère, Henri, sergent à la 2e compagnie de voltigeurs du 3e léger, que, pour rendre hommage à la vérité, je certifie que le nommé Jacques Audin, ancien militaire, a eu la bienveillance de me sauver du danger auquel je me trouvais exposé, le 5 juin dernier au soir, dans l’instant où nous étions assaillis par une populace effrénée. Etant tombé sous les coups d’une balle qui m’atteignit à la cuisse gauche et me mit hors de combat, ce brave frère d’armes, me portant sur son dos au milieu de la fusillade, dans l’intention de me transporter chez lui place des Victoires n° 9 pour panser mes blessures ; mais ce qui arrêta cet élan fut la rencontre d’un ex-colonel, M. Lancry, et qui, par ses instances, décida le sieur Audin à me transporter chez lui, bd Saint-Denis n° 8, où, étant, ils firent à la fois le chirurgien et le pharmacien. Au bout de deux jours de séjour chez ce brave colonel, je fus transporté dans ce lieu, où le sieur Audin vint me visiter et me fait tout offre de service, que je ne peux accepter, attendu que je ne manque de rien. » Signé, le 14 juin 1832 : Vagner, Michel, sergent-major ; Méyère, Henri, sergent à la 2e compagnie de voltigeurs du 3e léger ; Fladingue, capitaine ; Urich, E., sergent au 3e léger ; le colonel du 3e léger, qui ajoutait l’apostille suivante : « Sans le généreux courage du sieur Audin, Jacques, ce voltigeur, après avoir été blessé et laissé sur le champ de bataille, aurait été inévitablement massacré par les rebelles. Ce digne citoyen a donc sauvé la vie à ce brave militaire. Je prends la liberté de le recommander à M. le ministre de l’Intérieur afin qu’une récompense lui soit accordée. » En 1848, il était employé chez Mayer, rue des Récollets dans le faubourg Saint-Martin et porte-drapeau de la Ve légion de la garde nationale. Il sollicita, le 11 mai 1848, une audience du maire de Paris. Il fit parvenir la lettre suivante au ministre de la Guerre, dans laquelle il expliquait sa conduite des dernières années : « […] En 1832, arrive l’enterrement du général Lamarque ; me trouvant au nombre des soit disant révoltés, mes principes ayant toujours été que tout ennemi à terre, sans arme et blessé doit être sauvegardé, je crus, en voyant un pauvre militaire du 3e léger, blessé, à la veille d’être massacré par mes frères, je crus, dis-je, devoir, par humanité même, m’élancer près de lui. Le couvrir de mon corps, le charger sur mes épaules et l’emporter en lieu de sûreté ne fut pour moi que l’affaire d’un moment. Et quoique notre ennemi en politique, le blessé m’a délivré le certificat ci-joint, qui témoigne des soins que je lui ai prodigués et pendant et après le combat. J’oubliais de vous dire, citoyen ministre, que j’ai été décoré par suite de ma conduite en 1830, en juillet. Et en 1848, j’aurais cru manquer à mes antécédents si je n’eusse figuré un des premiers à l’établissement des barricades du faubourg Saint-Martin, coopéré à la formation de divers postes afin de pourvoir à la défense du pays et au rétablissement du bon ordre. Aussi cette conduite, connue des habitants du quartier, mes antécédents militaires m’ont valu l’honneur d’être porté à l’unanimité au poste honorable de porte-drapeau. C’est pour ces causes, citoyen ministre, que le soussigné vient aujourd’hui auprès de vous pour obtenir une décoration qui depuis 1814 devrait briller sur sa poitrine. Ô vous, citoyen ministre de la république française, oublierez-vous, comme ces ministres de ces gouvernements déchus et perfides, de récompenser un enfant de la première république et qui a toujours rempli son devoir avec honneur et probité. Non, non, la république est appelée à payer les dettes de sa sœur aînée, de l’Empire même, et à rendre justice à tous ses enfants, indistinctement. Aussi, est-ce avec assurance que j’oser compter sur votre juste impartialité. Et avec plaisir mon sang coulerait encore pour mon pays qui ne délaisse pas ses enfants. En attendant l’effet de ma demande, si vous la trouvez juste, je vous prierais etc. » Sa demande fut rejetée. Il demeurait 9, rue Cadet (par exemple in Archives nationales F/1dIII/39), qui était l’adresse de son employeur, ou 9, rue du Cadran (par exemple in Archives nationales F/1dIII/34) en 1831 ; 9, place des Victoires en 1832 ; chez M. Mayer rue des Récollets dans le faubourg Saint-Martin en 1848. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis (sous le nom de Andin, Jacques) ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 (sous le nom de Andin, Jacques) ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement (sous le nom de Andin, Jacques) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIe arrondissement (sous le nom de Andin, Jacques) ; Archives de la préfecture de police AA 370.