Balla, Vincent
Biographie
Né le 19 juillet 1801 à Neuville-sur-Ornain (Meuse). Rentier. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Un rapport officiel relatait ainsi sa participation aux combats : « Ancien sous-officier, a organisé un peloton à la tête duquel il a vaillamment combattu principalement le 29 au Louvre, où il est entré un des premiers par la porte du Pont des Arts, ensuite aux Tuileries. Après la victoire, a organisé un poste pour la conservation des tableaux du musée. Dans ce service, il a risqué sa vie en empêchant un individu de détruire le tableau de la Vierge au rocher de Léonard de Vinci. Cet homme, armé d’un sabre et de deux pistolets, avait déjà enfoncé son canif dans la toile, afin d’enlever plus facilement ce chef-d’œuvre. Il tourna ses armes contre Balla, qui s’en rendit maître. Il le fit sortir et par ce trait de fermeté et de courage empêcha la destruction du musée. » Il adressa la lettre suivante à Delestre, membre du jury de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement (sic) : « Monsieur, je m’empresse de répondre à votre demande. La circonstance toute particulière dans laquelle je me trouve me force à solliciter votre indulgence en ma faveur. Dans mon premier interrogatoire, vous devez vous rappeler m’avoir entendu dire que ma femme est accouchée deux jours après les événements. Les suites de ses couches ont été terribles. Voilà six mois qu’elle est malade, sans espérance de la sauver, cependant le médecin m’avait dit que l’air de la campagne pouvait peut-être améliorer son état ; je l’ai envoyée chez mes parents dans le département de la Meuse et, aujourd’hui, je reçois une lettre qui me fait pressentir que sa fin est prochaine. Ne voulant pas quitter Paris, avant de savoir quel sera mon sort et si les sacrifices que j’ai été obligé de faire par les malheurs qui m’ont accablé depuis quelque temps (ma belle-mère est morte chez moi quatre mois avant les événements ; indépendamment des frais considérables que cela m’a occasionné elle avait une pension de mille francs. que nous avons perdue). Si mes malheurs, dis-je, ne seront point allégés par l’état auquel j’aspire et que j’aime par goût. Ce préambule vous paraîtra peut-être déplacé, cependant Monsieur, daignez considérer l’homme dans l’adversité et celui qui est comblé de biens. Vous verrez ce dernier rempli d’enthousiasme et n’oublier aucune particularité de ce qui le rend heureux tandis que l’autre, l’œil morne et la tête baissée, se concentre dans sa triste pensée. Monsieur, comme j’ai eu l’honneur de vous l’expliquer devant le jury, le 27 je n’ai pas tiré de coups de fusil pour la raison que je n’en avais pas. Cependant j’ai agi moralement et je suis persuadé que dès ce jour-là la police connaissait mon nom. Le 28, parcourant les groupes de très bonne heure, j’assistais aux déplacements de plusieurs écussons fleurdelisés, notamment devant le palais de justice, café d’Aguesseau, si je ne me trompe. Vers 11 heures, peut-être avant, je me procurais un fusil, au désarmement du poste du palais de justice. N’étant pas assez près pour entendre ce que l’officier répondit à la sommation qui lui fut faite, je ne pourrais pas vous le répéter. Dans le même poste j’eus deux paquets de cartouches, qui furent employés à tirer sur la Grève entre 3 et 5 heures du soir. A 3 heures, j’étais dans la rue du Gros-Chenet, tantôt plus ou moins rapproché du pont d’Arcole. J’ai parlé au jeune Arcole dix minutes avant son passage et, sans flétrir ses lauriers, je dois dire qu’il était un peu échauffé par le vin. En vain, je lui représentais que son entreprise était inutile, que nous n’étions pas en nombre, il ne l’exécuta pas moins et son immortalité lui coûta la vie. Je ne vous parlerais pas des volées qui partaient de la Grève ; les cicatrices doivent se trouver sur la maison qui avance un peu et qui doit être un marchand de vin, si je ne me trompe pas, et à la jambe d’un homme que j’ai cherché depuis les trois jours, infructueusement, âgé de 54 à 58 ans qui fut atteint à dix pas de moi. Je rentrai ce jour-là à 5 h 45 chez moi et je cédai mon arme à un de mes amis, ne pouvant rester davantage, vu l’état dans lequel ma femme se trouvait. Le lendemain 29, après avoir trouvé une excuse plausible pour m’absenter de chez moi une partie de la journée, je me rendis dans la rue Saint-Martin, plus haut que le passage de l’Ancre, où effectivement j’avais affaire. Il était 7 h 30 et je sortis une heure après. Je me dirigeai du côté du palais, espérant m’armer de la dépouille d’un mort. Mais le destin me favorisa, en passant dans la rue Mandar, on distribuait des armes chez un armurier qui les avait enfouies dans sa cave, où je pénétrai et j’avoue dans ce moment que j’aurais donné dix fusils pour être dehors tellement on y étouffait. Je parvins cependant à obtenir un fusil à deux coups que j’échangeai dans la rue de la Monnaie avec un fusil de munition, ne pouvant me servir des cartouches que je m’étais procurées. Je me rendis sur-le-champ par la rue des Prés-Saint-Germain-l’Auxerrois, je crois que c’est ainsi que s’appelle la petite rue qui conduit sur la place devant l’église. Sur cette place, je déchargeai cinq ou six fois mon arme, visant dans les colonnes du Louvre où les Suisses ripostaient. Pour la recharger, je me suis retiré presque chaque fois dans l’encoignure qui se trouve à droite de la place venant du côté du Louvre. Il était 10 heures passées, je revins dans la rue de la Monnaie. Je passais la barricade qui se trouvait au bout du Pont-Neuf et me serrais contre les maisons le plus près possible j’atteignis le tertre ou la palissade qui renferme aujourd’hui le champ des morts. Il est à remarquer, Monsieur, que j’encourageais non seulement de mes paroles mais bien de mon exemple ceux qui étaient avec moi. Pendant très longtemps, nous fîmes feu, à l’abri du mur qui nous protégeait, sur les croisées qui donnent sur le bord de l’eau. Je ne vous parlerai pas de l’homme étendu pas plus que du cheval puisque deux fois je vous l’ai dit, étant chez vous et devant Messieurs du jury, mais je pourrais vous montrer l’endroit où les balles que les Suisses, pour l’achever, lui envoyaient venaient frapper. Vers 11 heures et demie nous eûmes un homme de tué près du mur où je me trouvais. Il fut traîné par la veste jusqu’au bout du champ des morts et là transporté par ceux qui étaient au coin de la maison du marchand de vin. Je ne le suivis pas. Nous entrâmes au Louvre par la porte du pont des Arts, midi passé. Ici je ne puis préciser l’heure peut-être la demie ; ne vous en étonnez pas : les trois jours je n’ai connu vraiment l’heure qu’en rentrant chez moi. C’est par la hauteur du soleil que je vous les indique. Le mouvement commença par la retraite des Suisses de l’intérieur. Ne voyant plus faire feu par les fenêtres et d’ailleurs un fort détachement nous étant arrivé, nous nous portâmes en avant dans l’avenue qui est devant le pont. La pièce était déjà retirée, la diversion du côté de la rue du Coq-Saint-Honoré nous était favorable. Cependant il restait encore des hommes que la rapidité avec laquelle nous nous portâmes en avant ne permit pas de rejoindre ceux qui étaient en bon ordre. Sous le pavillon de l’Horloge, il était facile de me distinguer : dans ce moment j’avais mis le crêpe de mon chapeau au canon de mon fusil ; la moitié seulement et l’autre je l’avais donnée à un jeune homme de l’Ecole polytechnique encore dans la cour. Je faillis être tué par un maladroit qui, non content des balles des Suisses, tua mon voisin par derrière. Les Suisses dont je vous parlais plus haut furent faits prisonniers ; on ne leur fit aucun mal. Ceux en bataille se retiraient en faisant un feu meurtrier à la place du Carrousel et, nous, nous montâmes dans les appartements du Louvre ou des Tuileries, espérant leur rendre la monnaie de leur pièce ou leur faire voir l’avantage d’être pour la illisible ou dans la cour mais ils passèrent sous le pavillon de l’Horloge pour se rendre dans le jardin. Ceux des appartements suivaient le mouvement. C’est là où les gardes du musée me dire Monsieur, vous paraissez exercer quelque influence sur ces hommes qui vous accompagnent voulez-vous nous aider à conserver le musée. C’est une propriété nationale. Ma réponse fut affirmative et alors je pérorais ces hommes, qui furent de mon avis. En conséquence je plaçai deux hommes en faction, avec la consigne de ne laisser passer personne, de les détourner par la persuasion ou par la force. Nous étions tous armés, à l’exception des gardes qui ne l’étaient pas. Vinrent les vins de la cave de Charles le sot. Comme chef de poste je mériterais une réprimande pour les avoir laissé s’enivrer mais l’appât a été trop séduisant et la discipline pas assez bien établie. Je suis excusable. Nous fûmes obligés d’en mettre deux à la porte qui, tout en se promenant l’arme au bras, menaçaient incompréhensible. Vers 2 heures un homme, armé d’un sabre, de deux pistolets, s’introduisit, malgré nous, dans la galerie, disant qu’il voulait aussi participer à la conservation. Il but fréquemment des bouteilles que l’on nous apportait, cependant un des gardes n’étaient pas du tout rassuré de sa présence. S’attachant à ses pas, ces pressentiments se justifièrent. Après avoir fait plusieurs tours de galerie, il se décida à vouloir couper un tableau de Léonard de Vinci en manifestant franchement l’intention au garde qui l’accompagnait en l’excitant à en faire autant sans doute. Il ne le connaissait pas. Cet homme vint sur le champ m’en avertir. Il était temps quand j’arrivais car il tenait son canif et déjà il l’approchait de la toile. Je le pris par le col, en le menaçant de lui faire sauter la tête, s’il faisait de la résistance et l’entraînais dehors. Il pouvait être 4 heures. Je restais encore quelque temps et je revins chez moi à 5 heures passées. Voilà Monsieur, les détails que vous me demandez, autant que ma mémoire a pu les rappeler. Je serai peut-être obligé de partir incessamment et si vous m’écrivez de nouvelles lettres, ne vous impatientez pas du retard qu’elles pourront avoir car elles seraient obligées de me parvenir dans mon département avant de pouvoir y répondre. Je me recommande à votre bienveillance, etc. » Dans sa séance du 9 décembre 1830, le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se déclara à l’unanimité pour la Croix de Juillet. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il demeurait 10, rue Jean-Robert en 1831. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD3 8, révolution de 1830, lettres de polytechniciens, rapports divers, etc. (sous le nom de Bala, V.) ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives de Paris, VD6 672 n° 1 (cahier décorations) ; Archives de Paris VK33 Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, propositions honorifiques du 20 janvier 1831 (sous le nom de Bala, Vincent), idem jury du (ancien) XIIe arrondissement pour la décoration spéciale, séance du 9 décembre 1830, M. Maës président (sous le nom de Bala, Vincent) ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement. Voir presque sûrement Bala, Vincent ?