Barbaroux, Charles, Ogé
Biographie
Né le 16 août 1792 à Marseille (Bouches-du-Rhône), fils de Barbaroux, Charles, Jean, Marie, membre de la Convention, né à Marseille le 6 mars 1767 et exécuté à Bordeaux le 25 juin 1794. Nous empruntons au Dictionnaire des parlementaires français de Robert et Cougny, la notice concernant Barbaroux, Charles, Jean, Marie et ainsi rédigée : « Membre de la Convention, né à Marseille, le 6 mars 1767, exécuté à Bordeaux, le 25 juin 1794, fit ses études au collège de l’Oratoire et s’adonna un moment aux études scientifiques. Ses débuts au barreau de Marseille furent marqués par la défense d’une colonie de pêcheurs catalans établis près de la ville et qu’on voulait expulser ; il réussit à les y maintenir. La Révolution l’entraîna alors dans la politique : il fut secrétaire de la commune de Marseille, et, en qualité d’envoyé extraordinaire de cette ville, vint déposer, le 27 juillet 1792, sur le bureau de l’Assemblée législative, les procès-verbaux des 23 sections de Marseille demandant la déchéance du roi et le renouvellement du pouvoir exécutif par le peuple. Ce fut dans ce voyage qu’il s’affilia au club des Jacobins et devint l’ami des Girondins qui y dominaient alors, surtout du ministre Roland. Barbaroux prit, avec les Marseillais, une grande part à la journée du 10 août ; à son retour à Marseille, il fut nommé président de l’Assemblée électorale du département, et, le 5 septembre, élu membre de la Convention par les Bouches-du-Rhône à la quasi-unanimité de 775 voix sur 776 votants. Dans cette Assemblée, il ne manqua pas une occasion de dénoncer l’ambition de Robespierre et d’attaquer Marat, demanda qu’on poursuivît les massacreurs de septembre, exigea des règlements de comptes de la Commune de Paris, et proposa la dissolution des sections ; il fit rendre des décrets établissant la responsabilité pécuniaire des fonctionnaires publics, la répartition des grains dans les départements du Midi ; il vota contre l’emprunt forcé d’un milliard, contre la taxe des grains, et proposa des mesures économiques pour les travaux publics, les dépenses des armées, etc. Dans le procès de Louis XVI, il répondit, au 2e appel nominal : “Le serment que j’ai prêté dans l’Assemblée électorale des Bouches-du-Rhône de juger Louis Capet n’exclut pas la sanction du peuple. Je vote donc pour cette sanction, parce qu’il est temps que le peuple des quatre-vingt-quatre départements exerce sa souveraineté, et qu’il écrase, par la manifestation de sa volonté suprême, une faction au milieu de laquelle je vois Philippe d’Orléans, et que je dénonce à la République, en me vouant avec tranquillité aux poignards de ses assassins (On murmure). J’ajoute que, comme dans des temps orageux, l’homme n’est pas sûr de voir le lendemain, je dois à moi-même de déclarer que le tyran m’est odieux, que j’ai fortement coopéré à le renverser au trône, et que je prononcerai contre lui la peine la plus sévère. Je dis oui.” Au 3e appel nominal, il dit : “Je déclare que je vote librement, car jamais les assassins n’ont eu d’influence sur mes opinions. Louis est convaincu d’avoir conspiré contre la liberté. Les lois de toute société prononcent contre les conspirateurs la peine de mort. Je vote donc pour la mort de Louis ; dans quelques heures je voterai pour l’expulsion de toute la race des Bourbons.” Il avait demandé pour l’accusé la plus grande liberté de défense, et avait protesté contre la proposition de Robespierre de faire fusiller les défenseurs du roi. Robespierre ne lui pardonna pas son opposition constante, et, même avant le 31 mai, l’Assemblée recevait des pétitions réclamant la mise en accusation de Barbaroux ; successivement secrétaire de l’Assemblée, membre du Comité de constitution, membre du Comité de salut public, dont il avait en vain demandé la dissolution et où il avait combattu la création du tribunal révolutionnaire, il s’était attiré la haine de la Montagne. Après la proscription du 31 mai, il gagna la Normandie et chercha à soulever les départements contre la Convention. Thuriot demanda contre lui un décret d’arrestation, et Saint-Just le fit déclarer traître à la patrie. La mort de Marat le fit accuser aussi sans preuves, de complicité avec Charlotte Corday, qu’il n’avait vue que deux fois à Caen, et qui lui gardait reconnaissance d’un service rendu à une de ses amies ; la beauté remarquable de Barbaroux, qui avait déjà compromis Mme Roland, ne paraît point avoir touché le cœur de Charlotte. Poursuivi dans le Calvados, Barbaroux gagna Bordeaux par mer, et se cacha à Saint-Emilion avec Buzot et Pétion, chez un perruquier nommé Troquart. Après l’arrestation de Guadet et de Salles, la crainte de perdre leur hôte les fit partir de nuit pour Castillon. Entendant des cris de soldats, et se croyant poursuivis, Buzot et Pétion s’enfuirent dans les bois, et Barbaroux se brisa la mâchoire d’un coup de pistolet. Les soldats, qui n’étaient que des volontaires, accoururent au bruit, le transportèrent à Bordeaux, où, sur la constatation de son identité, la commission révolutionnaire le fit porter à l’échafaud, et exécuter. Il avait 27 ans. » En juillet 1830, Barbaroux, Charles, Ogé était rédacteur au Temps. Il fut un des quarante-quatre signataires (voir la liste complète à Dumas, Alexandre) de la protestation des journalistes, ainsi rédigée : « On a souvent annoncé depuis six mois, que les lois seraient violées, qu’un coup d’Etat serait frappé. Le bon sens public se refusait à le croire. Le ministère repoussait cette supposition comme une calomnie. Cependant le Moniteur a publié enfin ces mémorables ordonnances, qui sont la plus éclatante violation des lois. Le régime légal est donc interrompu ; celui de la force est commencé. Dans la situation où nous sommes placés, l’obéissance cesse d’être un devoir. Les citoyens appelés les premiers à obéir sont les écrivains des journaux, ils doivent donner les premiers l’exemple de la résistance à l’autorité, qui s’est dépouillée du caractère de la loi. Les raisons sur lesquelles ils s’appuient sont telles qu’il suffit de les énoncer. La charte, article 8, dit que les Français, en matière de presse, sont tenus de se conformer aux lois ; elle ne dit pas aux ordonnances. La charte, article 35, dit que l’organisation des collèges électoraux sera réglée par les lois ; elle ne dit pas par les ordonnances. La couronne elle-même avait reconnu jusqu’ici ces articles. Toutes les fois, en effet, que des circonstances prétendues graves lui ont paru exiger une modification, soit au régime de la presse, soit au régime électoral, elle a eu recours aux deux Chambres ; elle ne s’est arrogé, à l’égard des articles 8 et 35, ni une autorité constituante, ni une autorité dictatoriale qui n’existent nulle part. Les tribunaux, qui ont droit d’interprétation, ont solennellement reconnu ces mêmes principes. Leurs décisions établissent qu’en matière de presse et d’organisation électorale, les lois, c’est-à-dire le roi et les Chambres, peuvent seuls statuer. Aujourd’hui donc le gouvernement a violé la légalité. Nous sommes dispensés d’obéir. Nous essayons de publier nos feuilles, sans demander l’autorisation qui nous est imposée. Nous ferons nos efforts pour qu’aujourd’hui au moins elles puissent arriver à toute la France. Voilà ce que notre devoir de citoyens nous impose, et nous le remplissons. Nous n’avons pas à tracer ses devoirs à la Chambre illégalement dissoute ; mais nous pouvons la supplier, au nom de la France, de s’appuyer sur son droit évident, et de résister autant qu’il sera en elle à la violation des lois. Ce droit est aussi certain que celui sur lequel nous nous appuyons. La Charte dit, article 50, que le roi peut dissoudre la Chambre des députés ; mais il faut pour cela qu’elle ait été réunie, constituée en Chambre ; avant la réunion et la constitution de la Chambre, il n’y a que des élections faites. Or, nulle part la Charte ne dit que le roi peut casser les élections. Les ordonnances publiées aujourd’hui ne font que casser des élections, elles sont donc illégales, car elles font une chose que la Charte n’autorise pas. Les députés élus, convoqués pour le 3 août, sont donc bien et dûment élus et convoqués. Leur droit est le même aujourd’hui qu’hier. La France les supplie de ne pas l’oublier. Tout ce qu’ils pourront pour faire prévaloir ce droit, ils le doivent. Le gouvernement a perdu aujourd’hui le caractère de légalité qui commande l’obéissance. Nous lui résistons pour ce qui nous concerne ; c’est à la France à juger jusqu’où doit s’étendre sa propre résistance. » Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il fut décoré de la croix ce Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il fut nommé sous-préfet de Limoux (Aude) dès les premiers jours qui suivirent la révolution mais donna sa démission dès les premiers jours d’août. Il fut nommé, en 1831, procureur général à l’île Bourbon. A titre de récompense nationale, pour avoir signé la protestation des journalistes, il obtint pour son fils une demi-bourse dans un collège. De retour à Paris, en 1838, il demanda la délivrance de son brevet et dit avoir droit, de la même manière, à la médaille frappée en mémoire de la protestation de la presse du 26 juillet 1830. Il dit avoir été, dès le 30 juillet au matin, présent à Neuilly auprès de M. Oudard. Nous empruntons à Biographies et nécrologies des hommes marquants du XIXe siècle la notice biographique qui lui est consacrée et ainsi rédigée : « Ancien président de la cour d’appel de l’île de la Réunion, membre de l’Assemblée législative, commandeur de la Légion d’honneur. M. Barbaroux, fils de l’illustre et infortuné girondin de ce nom, est né à Marseille, en 1792. Il a été le compagnon d’études de MM. Thiers et Mignet, l’ami du général Lafayette, du député Manuel et de beaucoup d’hommes qui ont acquis une juste célébrité. En 1819, il adressa aux Chambres une pétition pour demander justice contre le célèbre Trestaillons et contre les assassins de dix-sept victimes de la réaction dans le département du Gard. En 1824, il publia l’unique partie des Mémoires de son père qui ait été sauvée, et dont le manuscrit, fort curieux, est aujourd’hui entre les mains de M. de Lamartine. En 1822, il publia un Résumé de l’histoire des Etats-Unis d’Amérique, qui a eu cinq éditions. Il est auteur de plusieurs autres ouvrages historiques et du pseudonyme intitulé Mémoires d’un sergent, qui eut beaucoup de succès. En 1830, il était attaché à la rédaction du journal le Temps. Lorsque la révolution éclata, il fut un des journalistes qui signèrent la fameuse protestation du 26 juillet. Décoré de l’ordre spécial de juillet, il fut nommé, en septembre de la même année, procureur-général à Pondichéry, et, en janvier 1831, à l’île Bourbon, où il est resté en fonctions jusqu’à la Révolution de Février. Chargé, dans cette colonie, de la haute et délicate mission de préparer l’émancipation des esclaves, il sut allier, avec autant de prudence que de fermeté, ce qu’il devait aux droits sacrés de l’humanité à ce que ses devoirs envers la vieille société lui imposaient, et contribua puissamment, par la sagesse de ses directions, à préserver la colonie des désordres qui éclatèrent si violemment ailleurs au moment où l’esclavage fut aboli. Il est auteur de l’un des projets d’émancipation qui obtinrent le plus de succès auprès de la grande commission présidée par M. le duc de Broglie. A cette occasion, il fut nommé officier de la Légion d’honneur. Ces services rendus à la cause de la liberté ne le préservèrent cependant pas des rigueurs du gouvernement provisoire. Appelé à d’autres fonctions, c’est-à-dire destitué après dix-sept ans d’honorables services, M. Barbaroux repassa en France. Sous le gouvernement du général Cavaignac, il fut nommé procureur-général, chef de l’administration de la justice en Algérie, et là, comme à l’île Bourbon, il sut s’acquérir l’estime et la confiance de la magistrature et de ses concitoyens. Au mois d’octobre 1849, il fut nommé à la fois président de la cour d’appel de l’île de la Réunion et commandeur de la Légion d’honneur, et, le même jour, à 4.000 lieues de distance, les habitants de toutes les classes de cette colonie lui témoignaient honorablement leur estime et leur reconnaissance en l’appelant par leurs suffrages à l’Assemblée législative. M. Barbaroux est membre de plusieurs académies. » Nous complétons sa biographie par cet emprunt, toujours au Dictionnaire des parlementaires français de Robert et Cougny, de la notice concernant Barbaroux, Charles, Ogé et ainsi rédigée : « Fils du conventionnel Charles Jean Marie Barbaroux, représentant du peuple à l’Assemblée législative de 1849 et sénateur du Second Empire, né à Marseille le 16 août 1792, mort à Vaux (Seine-et-Oise), le 5 juillet 1867, il fit ses études au collège Louis-le-Grand et son droit à Aix. Nommé substitut du procureur impérial à Marseille pendant les Cent Jours, il se fit inscrire au barreau de Nîmes après la chute de Napoléon, et débuta par la rédaction d’une pétition à la Chambre des députés, au nom de plusieurs familles de Nîmes, qui avaient eu quelques-uns de leurs membres tués pendant la réaction de juillet 1815. Cette pétition ne vit jamais le jour, et attira à son auteur des haines violentes qui, deux fois, faillirent lui coûter la vie et l’engagèrent à se retirer à Paris. Là, il collabora à l’Encyclopédie moderne, publia une Histoire des Etats-Unis d’Amérique (1824), les Mémoires d’un sergent et une partie des Mémoires de son père, cachés par un ami dans le creux d’un chêne de la forêt de Montmorency. Nommé par le gouvernement de Juillet, le 31 août 1830, procureur général à la cour royale de Pondichéry, il passa avec le même titre à l’île de la Réunion, puis à Alger (1848). Elu représentant du peuple à l’Assemblée législative par l’île de la Réunion, le 28 octobre 1849, le premier sur deux, avec 5.398 voix sur 9.186 votants et 34.810 inscrits, il siégea à la droite de l’Assemblée, vota pour l’expédition de Rome et pour la loi du 31 mai restrictive du suffrage universel. Partisan du coup d’Etat du 2 décembre, il fut l’un des défenseurs les plus zélés de la politique du Second Empire et fut nommé sénateur le 8 février 1858. Il était commandeur de la Légion d’honneur, du 26 octobre 1849. » Il demeurait 1, rue Neuve-Saint-Augustin en 1831 ; 7, rue de Lille en 1838. Dictionnaire des parlementaires français de Robert et Cougny sur le site de l’Assemblée nationale ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Bulletin des lois IXe série, tome premier, 2e partie, n° 1, ordonnance n° 4, mars 1831, p. 5 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Le Courrier français, 15 août 1830 ; Evénements de Paris des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830, par plusieurs témoins oculaires, Paris, imprimerie et fonderie de Fain, 1830 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/33 état des places et faveurs accordées par le gouvernement, à la suite de la révolution de Juillet et des événements qui s’y rattachent et en considération de la part qu’y ont prise les impétrants ou leurs familles ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/43 ; L’Ami de la religion, journal politique, ecclésiastique et littéraire, tome soixante-sixième, 4 novembre 1830 n° 1706 p. 27 ; L’Ami de la religion, journal politique, ecclésiastique et littéraire, tome soixante-sixième, 2 décembre 1830 n° 1718 ; Biographies et nécrologies des hommes marquants du XIXe siècle, Lacaine et Laurent, tome sixième, Paris, 1849, p. 348-349.