Barré, Jean, Joseph, Josse
Biographie
Né le 5 mars 1792 à Paris. Ancien militaire, ayant servi en 1813 et 1814 dans la Garde impériale, grièvement blessé sur le champ de bataille de Leipzig, fait chevalier de la Légion d’honneur en 1813. Propriétaire. Il rappelait ainsi sa participation à la révolution de Juillet : « Pendant les moments difficiles des 27, 28 et 29 juillet chacun sentait la nécessité de mettre la garde nationale sous les armes, mais très peu ont osé prendre l’initiative. M. le comte Delaborde, député de la Seine, est le premier qui ait pris l’uniforme. Il a bien voulu m’accorder sa confiance, et, suivant son exemple, je n’ai pas craint d’organiser, sous ses ordres, la IIe légion de la garde nationale. Nous avons établi notre état-major à la place Cadet, nous avons fait parcourir les rues de notre arrondissement par des hommes armés, habillés et précédés de tambours ; cette résolution qui devait amener inévitablement notre perte si les choses ne fussent pas tournées ainsi qu’elles sont aujourd’hui a donné l’élan, non seulement dans notre quartier mais bientôt dans tous les arrondissements avoisinants, qui étaient sans doute tout aussi bien disposés que le nôtre mais qui avaient besoin d’être mis en mouvement. » Adjudant major dans la IIe légion de la garde nationale, il demanda à passer adjudant major à l’état-major général de la place de Paris, ou au moins son classement comme adjudant major sur les contrôles de l’armée, en conservant encore ce grade qu’il occupait dans la garde nationale de Paris. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, alors qu’il avait sollicité la Croix de Juillet. En mars 1831, il expliquait : « Ma conduite pendant les mémorables journées de Juillet étaient à mes yeux tellement notoire que je n’avais pas cru nécessaire de produire à la Commission d’arrondissement d’autres pièces que celles que j’ai eu l’honneur de lui adresser pour établir mes droits à la décoration spéciale. Mais aujourd’hui je vois mon erreur et la commission d’arrondissement ayant terminé ses travaux je me trouve forcé, pour faire valoir mes nouveaux droits, d’avoir recours à la commission centrale. […] Comme il n’existe pas qu’un seul genre de courage, qu’une seule manière de servir son pays, vous apprécierez, Monsieur, si moi, ancien adjudant-major de la garde nationale de Paris, connu en cette qualité dans le quartier que j’habite et où je suis né, revêtu de l’uniforme de mon grade et ayant dirigé les combattants pendant les journées de Juillet, j’aurais pu, aussi facilement que d’autres, me soustraire au sort réservé à ceux qui ont pris les armes pour la défense de nos libertés. » Il adressa, en 1831, la lettre suivante au général Jacqueminot, chef d’état-major de la garde nationale, afin d’être promu officier dans l’ordre de la Légion d’honneur : « Au moment où il est question de décerner des récompenses à la garde nationale de Paris, permettez-moi de me rappeler à votre souvenir et de solliciter votre protection. J’abuserai le moins possible de vos moments, cependant je crois qu’il est nécessaire d’entrer dans quelques détails. Je suis, mon général, ancien élève du Lycée impérial. Je me suis engagé volontairement dans le régiment de dragons de la garde impériale, où servait déjà un de mes frères. J’ai rempli dans ce corps les fonctions de maréchal des logis chef et momentanément celles de secrétaire du général comte d’Ornano, qui commandait alors le régiment. J’ai fait les campagnes de 1813 et 1814 à la Grande Armée. Dans la première, j’ai eu un cheval blessé sous moi à la bataille de Leipzig. Dans la seconde, m’étant porté volontaire devant le front de l’escadron au moment d’une charge, mon cheval fut aussitôt tué sous moi et je fus blessé très grièvement. Cette action me valut la décoration de la Légion d’honneur : je comptais à peine vingt-deux ans. Le licenciement de l’armée eu lieu. Je fus réformé. Une pension m’avait été promise, elle est encore à venir. Ma blessure est cependant fort grave. Rentré dans ma famille à Paris en 1815, je fus appelé au service de la garde nationale et bientôt après au grade d’adjudant-major dans la IIe légion (où je suis encore aujourd’hui en la même qualité). Une mesure d’économie nécessita la réforme de deux adjudants-majors par légion : elle tomba sur moi. C’était probablement le fruit de la conduite que j’avais tenue peu de temps avant, en résistant avec quelques gardes nationaux à une attaque préméditée par un grand nombre de gardes du corps au café Lemblin, au Palais-Royal, notamment contre la personne d’un honorable député, M. de Corcelle, et de son ami, le colonel Varlet. Cet événement fit, à cette époque, beaucoup de bruit. Il me valut les félicitations d’une foule de citoyens honorables et en particulier celles de M. de Corcelle, qui m’en a souvent depuis témoigné sa reconnaissance. Mais ce n’était point alors un titre à la faveur du gouvernement : je fus donc réformé. Depuis, grâce à mon activité et à mon travail, je suis parvenu à me procurer sinon une grande aisance au moins une existence à peu près indépendante. Les fameuses ordonnances parurent. Je n’hésitai point à me mettre à la tête du mouvement qui éclata dans mon quartier. C’est moi qui, dans ce moment difficile, fut chargé le premier de l’organisation périlleuse et de la direction des détachements de gardes nationaux, dont plus tard le colonel Bro prit le commandement, à son arrivée à la place Cadet. M. le comte de Laborde, mieux que personne, peut rendre compte de ma conduite pendant ces mémorables journées. Jusqu’à ce jour, mon général, je n’ai sollicité ni obtenu de récompense ; je crois néanmoins y avoir quelques droits mais je n’ai pas su les faire valoir. Aujourd’hui, mon général, je prends la liberté de m’adresser à vous. Les faits que je viens d’avoir l’honneur de vous soumettre peuvent être attestés par des personnages dignes de foi. J’ai de plus en mains des preuves écrites. Si ces faits, mon général, vous paraissent mériter quelque intérêt j’aurai l’honneur de vous prier d’avoir la bonté de ne pas m’oublier dans le cas où il serait question de décerner quelques récompenses dans la garde nationale et de me proposer pour la croix d’officier. » Sa demande était apostillée par de très nombreuses personnes, dont : Laborde (voir Delaborde, Alexandre, Louis, Joseph) qui devait « à la justice d’affirmer que dès le 29 juillet (sic), M. Barré se rendit au chef-lieu de la IIe légion, que je cherchais à réunir rue Cadet, et qu’il m’a été fort utile par son zèle, sa capacité et son patriotisme ». Son chef de bataillon et député, de Vatimesnil, louait cet « excellent officier, dont le zèle, la capacité, le dévouement au gouvernement fondé par la révolution de Juillet sont au-dessus de tout éloge ». Feisthamel, colonel de la garde municipale, ancien chef d’état-major de la garde nationale, précisait : « Lorsque j’étais sous-chef d’état-major de la garde nationale, je n’ai eu qu’à me louer du zèle et de l’exactitude de M. l’adjudant-major Barré et je m’empresse de me joindre aux honorables recommandations dont il est l’objet. » Lavenant (voir Lavenant, Ambroise, Louis), chef du 2e bataillon ajoutait que « cet officier, qui a toujours été auprès de moi dans les circonstances difficiles que nous avons traversées, a rendu des services importants particulièrement le 21 décembre au Luxembourg (au moment du procès des ministres, N.D.A.) par la fermeté qu’il y a déployée et à la Conciergerie en février ou le 2e bataillon, que je commande, a eu l’occasion de se faire remarquer ». Odilon Barrot (voir Odilon-Barrot, Camille, Hyacinthe) certifiait que la conduite « honorable de M. Barré m’est personnellement connue ». Le maire du (ancien) IIe arrondissement, Berger (voir Berger, Jean-Jacques), certifiait avoir « été témoin de sa belle conduite après la révolution de Juillet et j’ai vu les pièces qui constatent la part qu’il a prise à notre glorieuse lutte ». Bégé, Achille (maire du [ancien] IIe arrondissement) s’unissait « avec le plus vif intérêt » aux recommandations en faveur de Barré, dont il reconnaissait « chaque jour les bons et utiles services dans la IIe légion ». Apostillèrent aussi sa demande : Laffitte, Jacques (voir ce nom), le général Lafayette (voir ce nom), l’ancien député Corcelle, Logindre ? illisible, colonel de la IIe légion ; illisible, lieutenant-colonel de la IIe légion et Delessert, Gabriel ; …bray, chef de bataillon en second du 3e bataillon de la IIe légion ; Odiot, chef de bataillon à la IIe légion ; …elvu, chef de bataillon du 4e bataillon de la IIe légion ; Lefebvre, sous-chef du 4e bataillon de la IIe légion ; Foucher illisible, ancien chef de bataillon dans la IIe légion ; Chatry de la Fosse, ancien chef d’escadron aux dragons de la garde impériale, qui précisait : « J’ai connu au régiment M. Barré, comme un brave militaire et un homme distingué par son éducation et ses bons sentiments et je sais aussi que c’est lui qui, le premier, dans les journées de Juillet, a commencé la réunion de la IIe légion ; Reynault illisible, commandant le 3e bataillon de a IIe légion ; Ornano, ancien colonel des dragons de la garde impériale. On trouve effectivement dans Fastes des gardes nationales de France, par Alboize et Charles Elie, Paris, chez Goubaud éditeur, 1849, la relation de la conduite de Barré, au café Lemblin, place du Palais-Royal : « La garde nationale parisienne donna, elle aussi, un témoignage éclatant de respect aux membres de l’opposition. Déjà dans plusieurs occasions elle avait manifesté pour eux ses sympathies, et les avait protégés contre des insultes ; notamment le jour où des gardes du corps tentèrent d’envahir le café Lemblin, où se trouvaient M. de Corcelles et le colonel Varlet. M. Barré, adjudant-major de la IIe légion, s’y porta spontanément à la tête de gardes nationaux, et préserva les deux personnes menacées. Pour prix de cet acte de courage, M. Barré ne tarda pas à être destitué, sous prétexte de réduction dans les officiers qui exerçaient les fonctions d’adjudants-majors. » Barré signa le certificat suivant en faveur de Chéreau, Désiré, Florion : « Je, soussigné, déclare sur l’honneur avoir vu, dans la matinée du 28 juillet M. Chéreau, désigné d’autre part, revêtu d’un habit bourgeois avec les insignes d’officier de la garde nationale. Son enthousiasme pour la cause de la liberté était tel qu’on ne pouvait le voir sans admiration encourager les citoyens à la défense de nos droits. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il demeurait 8, rue Cadet en 1830-1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 in dossier Chéreau, Désiré, Floréal ; Archives de Paris VK3 41 ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales AB/XIX/15 papiers des Tuileries, décorés de juillet 1830, citoyens qui ont pris part aux événements de 1830 ; Archives nationales F/1dIV/B 3 ; Fastes des gardes nationales de France, par Alboize et Charles Elie, Paris, chez Goubaud éditeur, 1849, p. 319.