Barrier

Biographie


Il donnait ainsi le récit détaillé de sa participation aux combats : « Le 27, je passai l’après-dîner à parcourir les groupes qui se formaient dans les divers quartiers de la capitale et vis avec plaisir que chacun se disposait, ainsi que moi, à résister par tous les moyens aux agents de la tyrannie. Le 28, malgré les prières de mon épouse et les pleurs de mes six enfants, je me rendis à la Grève pour me consulter avec un de mes amis, certain que l’hôtel de ville serait un des points les premiers attaqués, attendu son importance. Il était alors 9 heures et demie. Je vis avec plaisir que nous occupions déjà le poste des gendarmes. Quelques instants après un piquet de gardes royaux commandés par un officier déboucha sur le quai, venant du pont Notre-Dame. Nous l’accueillîmes à coups de fusil, et sa riposte nous tua trois hommes, en blessa deux et une femme qui se trouvait sur le pont dit d’Arcole. C’est là où je tirai les premiers coups de fusil, me promettant de me venger des persécutions que l’on m’avait fait souffrir pour délits politiques. Ces gardes royaux ayant été repoussés, je rendis l’arme que j’avais empruntée au poste et nous ramassâmes les morts et les blessés que nous mîmes au poste. Un homme blessé au haut de l’estomac fut par moi placé sur la dalle de la grand porte de l’hôtel de ville. Une femme qui ne nous avait pas quittés suivait le brancard et criait vengeance.

»Pendant ce temps la multitude s’était accrue et l’on commença à jeter des pierres dans les croisées afin de les briser. Celle du concierge le fut et nous nous introduisîmes par chez lui dans l’intérieur de l’hôtel. J’empêchai qu’on ne continuât à briser, recommandant à ne s’attacher qu’à découvrir des armes, mais on en chercha vainement. Je laissai plusieurs personnes monter afin de sonner le tocsin et je revins sur la place après avoir ouvert la grand porte. Je vis un jeune homme en veste verte qui était en faction et mit en joue des cuirassiers qui se rendaient à la caserne du Petit-Musc et passa sans nous rien dire.

»Il y avait beaucoup de monde sur la place et la XIIe légion y arriva par le pont d’Arcole. Elle rentra dans la cour et comme le drapeau tricolore flottait déjà sur l’hôtel de ville, on partit pour en placer un sur les tours Notre-Dame.

»Les groupes assemblés sur la place demandaient des armes, on les dirigea par forts détachements sur tous les points où l’on pouvait présumer qu’on en trouverait. L’affluence était encore grande sur la place et, vers 11 heures et demie et midi, la garde royale nous attaqua par le quai de la Cité, après avoir jeté un peloton de tirailleurs qui se portaient vers le pont d’Arcole. Je fis sortir les hommes disposés à se battre et, ayant ramassé un fusil et des cartouches, je me plaçai avec quatre d’entre eux sur le portail de l’hôtel de ville. La garde royale s’était mise en bataille et fit sur nous un feu de peloton auquel nous répondîmes par tous nos efforts. La garde se reploya alors et j’entendis tirer deux coups de canon, peu de temps après j’aperçus les quatre chevaux attelés à l’avant-train et, comme on leur faisait beaucoup de mal de la rue la Mortellerie, ils pointèrent la pièce de ce côté et le boulet du troisième coup vint frapper sous l’arche Saint-Jean, et le quatrième sur l’hôtel de ville, et le cinquième au côté gauche du portail où j’étais placé avec mes quatre hommes, où je manquais d’être tué, ce qui fût arrivé si je n’avais eu la précaution pour faire feu de fermer le côté droit de la porte ; il est à présumer que bien que n’ayant que quatre hommes je les gênais beaucoup puisqu’ils employèrent l’artillerie pour me débusquer. Je traversai alors la place en demandant des hommes de bonne volonté pour enlever la pièce. J’en trouvais plus qu’il n’en fallait, je fus me placer avec eux dans la petite rue de la Tannerie et, leur ayant laissé faire feu sur le rue du Mouton et tirer le septième coup sur le port au blé, nous nous élançâmes alors sur la pièce et la prîmes au moment où l’on écouvillonnait. Je m’aperçus que la garde était reployée derrière et je criai au hommes qui me suivaient A leau ! A leau ! la pièce ! ce qui était facile le pavé prenant la pente jusqu’à la rivière ; mais on ne voulut pas, nous essuyâmes alors un feu de peloton qui nous fit tomber environ vingt hommes. Forcé de me reployer, je vins reprendre mon poste où je trouvai beaucoup plus de monde que je n’en avais laissé. La garde continuant d’avancer en force, je fus forcé d’abandonner mon poste et je fermai la porte et fus surpris de voir la cour déjà occupée par la garde. Je me réfugiai alors dans les lieux d’aisance, où je fus obligé de grimper à l’aide des pieds et des mains de façon qu’en ouvrant la porte il leur fut impossible de m’apercevoir. Après être resté longtemps dans cette fatigante position, n’entendant plus rien, je redescendis dans la cour où j’aperçus deux hommes occupés à laver la blessure d’un malheureux qui venait de recevoir une balle dans le bas-ventre. Je parvins à les faire sortir par la porte du tourniquet. J’avais trouvé un drapeau tricolore que je venais de cacher à l’entrée de l’une des caves. N’ayant plus de munitions pour le défendre, je m’avançai sur la place, où je vis un homme vêtu d’un habit noir et qui, avec une énergie étonnante, faisait signe d’avancer. Je me retirai alors par la porte que j’avais indiquée aux hommes qui venaient d’enlever le blessé que j’avais vu dans la cour. J’étais seul sur le portail lorsqu’on le canonna. Les hommes qui étaient avec moi se trouvant plus en arrière et occupés seulement à charger mes armes.

»Le 29, je me rendis de grand matin aux Minimes où je pris le sabre et les pistolets d’un maréchal des logis chef. Je fus ensuite à la Grève et de là au Louvre, où nous eûmes affaire avec les Suisses. C’est là où je fis sauver le nommé Barbala, ancien caporal sapeur du 9e léger, régiment dans lequel nous avions servi ensemble. Après être entrés dans le Louvre, nous sortîmes par la rue Saint-Honoré et à quinze nous entrâmes chez un marchand de vin où après nous être rafraîchis nous fûmes aux Tuileries après avoir franchi la barricade formée par les voitures dont une était traversée par un boulet et plusieurs coups de mitraille. Arrivés près la rue de Rohan, nous fîmes feu sur les gardes royaux et les Suisses ; au coin de la rue, l’un de ces derniers me porta un coup de baïonnette qui me blessa au bras droit et fut cause de sa perte car, lui ayant lâché mon coup de fusil à bout portant, la balle lui traversa la poitrine. Comme nous essuyions le feu des Suisses placés rue de Rivoli, que beaucoup de braves tombaient à mes côtés et que je perdais considérablement de sang par ma blessure, je revins rue de Richelieu pour me faire panser. J’entrai dans une porte cochère où se trouvait un garde royal qui avait le bras gauche […] d’un coup de feu ; après être pansé, je retournai au feu et là j’eus le plaisir de voir dans la mêlée M. Ladvocat (voir Lavocat, Gaspard) et le brave capitaine Bacheville (voir Bacheville, Barthélemy). Je restai rue de Rohan où j’avais retrouvé plusieurs de mes gens qui, ainsi que moi, s’efforçaient de faire descendre des maisons les troupes qui s’y étaient cachées. En passant devant une allée, un sergent du 3e de la garde me fit signe d’entrer, ce que je fis en disant à mes hommes de ne pas s’éloigner et d’entrer si, sous cinq minutes, je n’étais pas ressorti. Je trouvai dans cette allée huit gardes royaux, qui mirent bas les armes. Après m’être emparé de leur fourniment, je les fis sortir et ce n’est qu’avec la plus grande peine que je parvins à les soustraire à la fureur du peuple. Après avoir commandé un peloton pour leur servir d’escorte, je les fis conduire à la Bourse par mon lieutenant. Ce trait peut être affirmé par le sergent, qui maintenant se trouve en activité dans un des corps de l’armée. Je rentrai ensuite chez moi où je me tins tranquille jusqu’au 2 août, jour où je reformai ma compagnie toute composée de vieux soldats. Arrivés à Trappes, le général Pajol se présenta au camp et nous fit mettre en bataille en dehors du village. Après avoir formé un peloton des hommes qui se trouvaient avec moi, il m’ordonna de me porter en avant au pas de route. Arrivés à Bormières, il reçut sans doute de nouveaux ordres car il nous fit faire demi-tour, mouvement qu’il fit exécuter contre les règles stratégiques, le faisant exécuter par la tête de la colonne, avant que la queue n’ait eu le temps de déboucher sur la route. Je revins alors chez moi pour rejoindre ma femme et mes six enfants. » Il comparut devant le jury de la Commission des récompenses nationales de l’arrondissement de Saint-Denis, sous le numéro 365, qui reconnut que tous les faits compris dans cette lettre étaient faux. Il demeurait sans doute à Courbevoie en 1830. Archives de Paris VK3 41 ; Archives de Paris DM13 1. Il sagit sans doute du même que Barrier, Claude, Croix de Juillet, qui lui aussi a tué un sergent suisse rue de Rohan.

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