Bastien, Jean, Charles
Biographie
Né le 17 décembre 1795 à Frouard (Meurthe). Fruitier. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Ve arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement. Il sollicita une place d’inspecteur des halles et marchés. Il signa, le 7 septembre 1831, le certificat suivant en faveur de Morand, Charles, Emile, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Nous, soussignés, attestons et certifions que dès le premier signal de la révolution de juillet 1830 le sieur Charles, Emile Morand, agent d’affaires, demeurant à Paris, alors rue Notre-Dame-de-Nazareth n° 29, et actuellement rue de la Glacière n° 3, s’est mis sous les armes et s’est rendu à la place des Petits-Pères, qu’il s’est battu successivement à la rue Saint-Honoré, au Palais-Royal, au Louvre, aux Menus-Plaisirs, où il a été un des chefs du poste pendant la nuit du 27 au 28 ; aux portes Saint-Denis et Saint-Martin, ayant travaillé activement aux barricades de cette dernière ; qu’enfin il s’est rendu à la barrière des Vertus, où il a commandé le poste pendant deux jours et qu’il a fait ensuite partie de l’expédition de Rambouillet. Nous certifions également que ledit Morand s’est conduit partout avec zèle et dévouement et qu’il a rempli avec honneur les devoirs d’un bon citoyen ; que s’étant engagé dans la garde nationale mobile, il est parti pour faire partie du 4e régiment d’infanterie légère, qu’il a quitté depuis, contraint par une faible complexion et que son éloignement de Paris l’a seul empêché de faire valoir ses droits à une récompense nationale qu’il a légitimement méritée. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. En 1832, il était marchand ambulant et fut arrêté le 29 septembre 1832, pour vente d’objets séditieux. Son arrestation fut l’objet du procès-verbal suivant, en date du 1er octobre 1832, accompagné de la mise sous scellés de huit gravures : « Cet homme a été arrêté avant-hier vers 10 heures du soir dans la rue des Arcis, où il étalait aux regards du public diverses gravures entre autres les portraits coloriés de la branche déchue, ceux des enfants de la duchesse de Berry, ceux de Charles X et du duc d’Angoulême et enfin une lithographie sur laquelle apparaissent les fleurs de lys. Interpellé sur l’origine de ces objets et sur les motifs qui l’avaient porté à les exposer en vente, il a répondu qu’il les avait achetés avec un grand nombre de dessins et de vieilles gravures dans une vente faite il y a trois jours, rue du Four-Saint-Germain n° 74 et qu’il n’avait point cru mal faire en les exposant publiquement puisque l’effigie du roi actuel se trouve avec celles des autres membres de la branche des Bourbons. Perquisition faite dans son domicile, on n’y a rien trouvé de suspect. Le nommé Bastien est décoré de la médaille de Juillet. » En 1834, il était colporteur ou brocanteur et fut arrêté le 15 avril 1834 à une des barricades de la rue Saint-Merri par des officiers du 32e. Une perquisition faite à son domicile, le 20 avril 1834, permit de saisir : un fusil de munition, garni de sa baïonnette ; un sabre-briquet ; un sabre à poignée recouverte ; une paire de pistolets, canons en cuivre ; une canne dite rotin, à dard ; une caisse dite tambour ; une corbeille contenant quinze pièces d’artifice de diverses grosseurs et un paquet de mèches ; six enveloppes contenant des cartes de visite au nom de M. Chasseloup-Laubat, capitaine au corps royal d’état-major. Il fut incarcéré à Sainte-Pélagie. Les conditions de son arrestation et les accusations portées contre lui étaient ainsi retranscrites par la Cour des pairs : « Le 13 avril, au soir, peu de temps après que le colonel Chapuis eut été blessé, le capitaine Périot, du 32e de ligne, à la tête de ses voltigeurs, enleva une première barricade, rue Saint-Martin. Des gardes nationaux lui dirent qu’une autre barricade, très forte et bien gardée était formée dans la rue Saint-Merri, près celle du Poirier : le capitaine Périot marcha pour l’enlever. La rue du Poirier était très obscure ; le capitaine et ses soldats demandaient en vain que les habitants éclairassent leurs fenêtres. Arrivés à quelques pas de la barricade, ils essuyèrent une décharge des insurgés. Le capitaine s’élança avec ses hommes ; mais une corde tendue au-devant de la barricade l’arrêta quelques instants ; cependant il était à cheval sur la barricade, quand à main gauche, tout auprès de lui, il vit de la lumière à travers une porte entrouverte, dans laquelle lui parurent se précipiter des hommes, qui cherchèrent à la refermer sur eux. Le capitaine Périot, mettant son sabre dans l’ouverture de cette porte, empêcha qu’on la refermât, et s’élança seul dans la boutique. Il y trouva trois hommes, qui cherchèrent à se cacher. Ces trois hommes étaient Bastien, Jean, Charles, brocanteur, demeurant rue des Arcis, n° 8 ; Roger, Antoine, Bernard, cardeur de matelas, demeurant rue du Poirier, n° 10 ; et Berroyez, Pierre, boulanger, demeurant hôtel de Riom ; il les fit amener au poste du marché des Innocents. Après avoir été enlever une autre barricade qui se trouvait dans la même rue, le capitaine Périot retourna au marché des Innocents, et retrouva les trois hommes qu’il venait d’arrêter lui-même et d’y faire conduire. Bastien avait, dit le témoin, le visage noir de poudre ; Roger portait également des traces de poudre sur les lèvres, et le sieur Périot le vit en outre déposer sur la fenêtre du poste où il était renfermé un paquet de cartouches défait, et dont on semblait avoir fait usage. Dans l’instruction, Bastien, Roger et Berroyez ont été de nouveau représentés au capitaine Périot ; il les a reconnus très positivement, déclarant que Bastien et Roger avaient tous les deux le visage noirci par la poudre. Le lieutenant Carréac, qui conduisit, sur l’ordre de son capitaine, ces trois individus au poste du marché des Innocents, déclare que d’abord ils donnèrent de faux noms et de fausses adresses. Le sieur Post, lieutenant de la garde municipale et commandant le poste du marché des Innocents, où furent amenés les trois inculpés, déclare que Roger avait le visage noirci par la poudre, et qu’une odeur de poudre s’exhalait de ses mains. Clerc, garde municipal de service à ce poste dans la même soirée, dépose du même fait, à l’égard de Roger, et dit que cet inculpé, qu’il reconnaît pour l’avoir vu vendre des contremarques à la porte des spectacles (ce dont Roger convient), avait, quand il fut amené, les lèvres toutes noircies par la poudre. Charriot, sergent de la garde municipale, dépose également de ce fait. Il ajoute, qu’étant entré dans le violon pour en extraire Roger, il le vit, monté sur le lit de camp, la main placée sur l’appui extérieur de la fenêtre ; il le fit descendre, et en même temps il trouva, à la place où Roger avait mis ses mains, une douzaine de cartouches. Dans ce premier moment Roger n’osa nier ce fait qu’il a nié plus tard. L’instruction a encore ajouté à ces charges, qui pesaient sur les inculpés. En effet, un sieur Morlet, qui était venu passer la journée chez le sieur Tissier, rue Saint-Merri, n° 34, reconnaît positivement Bastien pour l’individu qui, vers deux heures de l’après-midi, ce jour, 13 avril, se présenta chez ledit sieur Tissier, accompagné d’un autre individu resté inconnu, et demanda impérieusement des objets nécessaires à la construction d’une barricade qu’on élevait rue du Poirier; sur le refus qui lui fut fait, Bastien s’était retiré eu menaçant, et disant : Cela commence, mais cela n’est pas fini ; nous verrons bien.. La boutique de Tissier donne à la fois rue du Poirier et rue Saint-Merri. A 8 heures du soir on frappa avec violence à la porte de la boutique qui était fermée; comme on hésitait à ouvrir, les coups devinrent si forts, que les barres de fer de la fermeture commencèrent à s’ébranler. Morlet descendit, laissant Tissier auprès de sa femme qui était en couches. Il ouvrit : trois hommes entrèrent ; c’étaient Bastien, Roger et Berroyer. Morlet reconnut Bastien pour celui qui, précédemment, était venu demander des tonneaux pour la construction de la barricade ; un de ces hommes avait un pistolet à la main. Bastien dit à Morlet : Nous savons que vous avez des armes, il me les faut ; vous avez montré de la mauvaise volonté ce matin, je ne vous crois plus ; nous allons fouiller la maison. L’effet suivit la menace ; une perquisition fut faite ; et malgré les instances de Tissier, Bastien entra dans la chambre de la dame Tissier ; il se fit conduire, toujours suivi des deux hommes qui l’accompagnaient, dans divers appartements et jusque dans la cave. Morlet dit qu’il paraissait le chef des deux autres, et, selon son expression, que c’était le plus acharné. Il se fit donner de la chandelle ; à ce moment on entendit des coups de fusil et des cris : Eclairez ! Bastien dit alors : Voilà les camarades qui demandent de la lumière ; si nous en redemandons, ayez soin d’en mettre sur vos fenêtres. Morlet ouvrit la porte, et les trois inculpés se disposaient à partir, quand tout à coup ils se rejetèrent brusquement dans la boutique, et repoussèrent la porte sur eux en se cachant derrière. Aussitôt parut le capitaine Périot. Morlet affirme que personne autre que ces trois individus n’est entré dans la boutique, et qu’aucun d’eux n’a pu sortir. Morlet a constamment reconnu Bastien, qui est resté muet devant cette reconnaissance énergiquement exprimée. Le témoin ne reconnaît pas d’une manière aussi positive Bernard Roger, cependant il croit que c’est lui qui tenait le pistolet ; c’était du moins un homme de sa taille, de sa corpulence; et l’indice de reconnaissance le plus certain est le bégaiement de cet homme, qui l’a frappé. Or, Roger bégaye d’une manière sensible. Quant à Berroyer, il semblait ne faire que suivre les autres ; Morlet dit qu’il ne peut affirmer qu’il le reconnaisse positivement ; mais c’était un jeune homme de sa taille et de son âge qui accompagnait les deux autres. On fera également observer, à l’égard de Roger, qu’il a été arrêté dans la boutique avec Bastien et Berroyer ; que Morlet affirme que les individus n’étaient que trois, et qu’aucun n’a pu sortir. Le pistolet n’a pu être retrouvé. II est inutile de remarquer qu’un des voltigeurs de la compagnie du sieur Périot, nommé Rivot, a déclaré qu’au moment où son capitaine entrait il a entendu un bruit semblable à celui que ferait un pistolet ou un fusil qui raterait. Tissier, le propriétaire de l’établissement, dépose des mêmes faits que Morlet ; comme lui il reconnaît très positivement Bastien. Il le signale comme celui qui est venu demander des tonneaux pour la barricade ; qui, le soir, est venu demander ses armes, a fait une perquisition minutieuse, semblait le chef de ceux qui le suivaient, et était le plus violent. Il croit bien que Roger était celui qui portait le pistolet ; il croit le reconnaître à sa grosseur, à sa taille, et surtout à son bégaiement. Il ne reconnaît pas Berroyer. Seulement le troisième homme, qui était le plus jeune (et cette circonstance s’applique à Berroyer), avait une veste de la couleur de celle de Berroyer. Or, la veste de ce dernier est une de ces vestes gris-blanc que portent les garçons boulangers, profession de Berroyer. Roger s’est renfermé, à l’égard de toutes les charges, dans un système complet de dénégation. Il a déclaré demeurer rue Maubuée, et ce n’est que lors d’une perquisition ordonnée à ce domicile, qu’il a dit demeurer rue du Poirier, où il demeure en effet. Cette dernière circonstance est une nouvelle charge, car rien ne lui était plus facile que de rentrer chez lui, et sa présence sur les lieux de l’insurrection paraît dès lors volontaire. On le signale dans le quartier comme prenant part à toutes les émeutes. II avait annoncé le samedi 12, à son propriétaire, “qu’il partait en campagne”. Enfin il a déjà été condamné à huit mois de prison pour vol en 1826, et à deux ans de prison, le 25 janvier 1832, pour provocation à la rébellion et au meurtre. La perquisition faite chez lui n’a produit aucun résultat. Berroyer prétend n’être entré dans la boutique qu’au moment où on a tiré. Du reste, il ne peut justifier de ce qui l’a amené à cette heure sur le théâtre de l’insurrection. Les circonstances de son arrestation, la reconnaissance de Morlet et de Tissier, incertaine il est vrai, sont fortifiées par la circonstance que les trois hommes signalés par ces deux témoins n’ont pu sortir, et que personne autre qu’eux n’est entré après leur introduction. Quant à Bastien, les reconnaissances étaient trop positives pour qu’il pût nier. Aussi a-t-il dit que c’étaient des hommes armés qui l’avaient forcé d’entrer dans cette boutique ; qu’il n’avait agi que comme contraint et pour éviter un plus grand danger ; mais les déclarations de Morlet et de Tissier repoussent ce système de défense. On n’oublie pas que les militaires le signalent comme ayant en outre le visage noirci de poudre. Une perquisition faite chez lui a amené la saisie d’armes et de pièces d’artifice ; mais la profession de brocanteur qu’exerce Bastien peut expliquer et justifier la possession de ces objets. Bastien paraît faire partie de la société des Droits de l’Homme. On a saisi chez Rousseau, chef de la section Viala, une liste que Rousseau déclare être celle des hommes composant sa section, sur laquelle se trouve un nommé Bastien, demeurant passage des Arcis. » Accusé d’avoir commis ou tenté de commettre un attentat dont le but était soit de détruire soit de changer le gouvernement, soit d’exciter les citoyens ou habitants à s’armer contre l’autorité royale, soit d’exciter la guerre civile en armant ou en portant les citoyens ou habitants à s’armer les uns contre les autres, Bastien comparut devant la Cour des pairs. Selon le dictionnaire de Maitron, « il fut condamné par la Cour des Pairs le 22 janvier 1836 à trois ans d’emprisonnement et à cinq années de surveillance. Il fut incarcéré à Sainte-Pélagie en 1835 et dans le quartier politique de la maison centrale de Clairvaux en 1837 d’où il sortit après l’amnistie du 8 mai 1837 ». Il demeurait 3, rue des Forges en 1830-1831 ; 8, rue des Arcis en 1832. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 334, liste des médaillés de Juillet du (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/33 état nominatif des emplois présentés par la Commission des récompenses nationales à M. le préfet de police ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Ve arrondissement ; Archives de la préfecture de police AA 404 in dossier Morand, Charles, Emile ; Archives de la préfecture de police AA 422, année 1834, dossiers A à Z ; Procès d’Avril, Cour des pairs, tome 1er, Bordeaux, imprimerie de Villeneuve, 1836, p. 57 ; Répertoire général des causes célèbres anciennes et modernes, rédigé par une société d’hommes de lettres sous la direction de B. Saint-Edme, Paris, chez Louis Rosier, 1835, p. 142 ; Cour des pairs, affaire du mois d’avril 1834, procès-verbaux d’attestations et autres, Paris, Imprimerie royale, 1834, p. 198-199 ; Cour des pairs, affaire du mois d’avril 1834, rapport fait à la Cour par M. Girod de l’Ain, tome 3e, faits particuliers de Paris, Epinal, Lunéville et Perpignan, compétence, Paris, Imprimerie royale, 1834, p. 215-219, 424, 429.