Baudry, Jean-Baptiste, dit Poitevin
Biographie
Fils de Baudry, marchand charron. Charron. Il était garde national à Sainte-Hermine (Vendée) en 1831. Il était présent à Paris au moment de la révolution de Juillet. De retour à son pays natal en 1831, il sollicita auprès de la Commission des récompenses nationales de la préfecture de Vendée. Il fournit comme justificatif une lettre qu’il avait écrite à ses parents, datée depuis Paris à la date du 11 août et ainsi rédigée : « Mon cher père et ma chère mère. Mon long silence vous aura sans doute mis dans l’inquiétude mais si j’ai tardé jusqu’à ce moment c’est que je voulais attendre que tout ce qui s’est passé dans Paris soit fini. Je vous dirai que le lundi 26 de juillet le peuple murmurait beaucoup ce de que Charles X avait défendu la liberté de la presse, dissous la Chambre des députés et renversé la charte, ce qui mettait plus de quatre-vingt mille amis sur le pavé, et beaucoup de ce nombre étaient accablés d’une nombreuse famille. Le mardi, un certain nombre d’hommes armés et munis d’un drapeau tricolore criaient Vive la charte ! Vive Napoléon II ! et En bas les Bourbons ! En bas les ministres ! Ils entraient dans cet état chez tous les marchands cabaretiers et dans les ateliers et invitaient tout le monde à les suivre pour faire face à la garnison qui marchait dans toutes les rues de Paris, les armes chargées pour maintenir le bon ordre. Le mercredi, les uns sont allés à l’Hôtel de ville, d’autres à la porte Saint-Martin, à la porte Saint-Denis, dans la rue Saint-Honoré, rue Richelieu et enfin dans tous les quartiers de Paris. Moi, je suis allé dans le faubourg Saint-Antoine. Nous étions au plus huit cents hommes, bientôt nous nous sommes trouvés plus de vingt-cinq mille. Ouvrard (voir sans doute Ouvrard, Jean-François), en me voyant de sa chambre, malgré les larmes de son épouse et de sa petite fille, est venu se placer à mon côté. Bientôt un régiment de la ligne est arrivé, ensuite un régiment d’infanterie de la garde royale, un régiment de lanciers, un régiment de cuirassiers, presque toute la gendarmerie et l’artillerie de Vincennes. L’aide de camp du duc de Raguse est venu et nous a invités à nous retirer si nous ne voulions bientôt mordre la poussière ; mais nous lui avons répondu que la mort ne nous épouvantait pas, qu’il n’avait qu’à crier Vive la charte ! et En bas le roi ! que nous retirerions. Outré de colère, il a commandé le feu ; nous leur avons répondu et depuis 10 heures du matin jusqu’à 6 heures un quart du soir, malgré les grandes pertes que nous avons essuyées ils n’ont pas pu nous faire reculer ; au contraire ils ont commencé à plier et nous avons profité du moment pour avancer et les poursuivre la baïonnette dans les reins. On nous a détaché à peu près mille hommes pour aller prendre possession de la poudrière. En y arrivant, nous avons défait le peu de troupes qui la gardait ; mais bientôt les cuirassiers sont venus pour la reprendre ; mais il n’était plus temps : nous nous étions emparés de deux pièces de canon que nous avions braquées sur le bout du pont d’Austerlitz et trois fois ils ont chargé sur nous, trois fois ils ont été repoussés avec la rapidité de l’éclair, ce qui ne laissait pas de leur faire éprouver beaucoup de pertes et à nous aussi quoiqu’elles n’étaient pas si grandes de notre côté que enfin maîtres absolus de la poudrière, nous sommes allés prêter main forte à ceux qui se battaient devant l’hôtel de ville depuis 10 heures. La fusillade et le canon n’ont pas cessé pendant quatorze heures de temps mais enfin nous en sommes restés les maîtres à minuit. Mais hélas quelle compassion ! il n’était guère possible de faire un pas sur la place de Grève sans marcher sur un cadavre, malgré cinq bateaux qui en étaient chargés. A la porte Saint-Martin, l’on s’est battu à peu près sept à huit heures de temps. Toute la nuit du mercredi au jeudi a été pour nous une nuit d’alarme. Au moindre bruit, on criait aux armes ; cependant il n’est rien survenu et toute la nuit a été employée à monter des pierres dans tous les appartements depuis le premier étage jusqu’au dernier et tous les réverbères ont été brisés en morceaux, les arbres des boulevards ont été coupés partout pour faire des barricades pour empêcher la cavalerie de passer. Enfin dans toutes les rues, sur tous les boulevards et les quais, c’était barricadé partout et il aurait été bien difficile à la garnison de reprendre les postes qu’ils avaient perdus. Le jeudi au matin, la générale a battu ; ce que nous avions fait n’était rien ; il s’agissait de prendre le château des Tuileries, le Palais-Royal, la caserne de Babylone où étaient les Suisses, nos plus grands ennemis. A 9 heures, la caserne était à nous, à 11 heures nous sommes montés au château et nous étions les maîtres, mais au Palais-Royal nous nous sommes battus jusqu’à 5 heures du soir et nous avons éprouvé des pertes considérables. Les gardes royaux, les Suisses étaient embusqués dans le Théâtre-Français, dans les galeries du Palais-Royal et dans les maisons voisines ; ils faisaient un feu continuel qui nous écrasait ; cependant nous y sommes montés à la force de nos baïonnettes et il y en a bien peu qui nous ont échappé. Le vendredi, c’est passablement bien passé. Le samedi, nous sommes allés à la poursuite de l’ex roi Charles X. Nous avons eu une affaire à Sèvres avec les Suisses, le combat a duré à peu près trois heures, au bout duquel temps ils ont été taillés et mis en pièces. En arrivant à Saint-Cloud nous avons chassé les gardes royaux, pris deux pièces de canon et à peu près deux cents fusils mais nous n’avons pas trouvé le roi parce qu’il était parti pour Rambouillet. Mais nous avons eu le plaisir d’y trouver son dîner, que nous avons mangé sans façon et qui nous a fait plus de bien qu’à lui. Le dimanche au matin nous sommes revenus à Paris sains et saufs et je souhaite que la présente vous trouve de même. Vous ne manquerez pas de souhaiter le bonjour au père Ouvrard, de la part de son fils, de sa bru et de sa petite fille. Garet se porte bien, il en dit autant à ses parents. J’ai reçu des nouvelles de Nicolas Ouvrard qui est à Provins, il se porte bien aussi. Vous n’oublierez pas de me donner des nouvelles de Dougé, à qui vous ferez bien mes assurances de respect s’il est à Sainte-Hermine illisible prévu ce qui est arrivé je n’aurais pas resté à Paris car la révolution coûte un peu cher cependant il ne m’est rien arrivé de désagréable illisible ce qu’il y avait d’admirable c’est que le peuple s’entretenait illisible. Je finis en vous embrassant du plus profond de mon cœur et suis toujours avec le plus profond respect votre très humble et dévoué fils. Vous ferez bien mes assurances de respect à tous mes parents et amis, à ces messieurs et dames de la cure et vous n’oublierez pas dans la réponse que je vous demande incessamment à la présente reçue de me dire ce qui s’est passé à Sainte-Hermine et comment les travaux vont. Les lettres que j’ai reçues d’Isidore m’ont fait un sensible plaisir ; embrassez-le bien pour moi ainsi que tous mes frères et sœurs parents et amis. » Sa lettre était ainsi apostillée : « Mon cher père, s’il fallait vous citer tous les événements qui sont arrivés à Paris, il me faudrait huit jours sans cesser d’écrire, mais je ne vous parle seulement que des endroits où je me suis trouvé. » Sa demande fut rejetée par la Commission des récompenses nationales de la préfecture de Vendée, comme ne dépendant pas de sa compétence. Une dépêche du préfet de la Vendée était ainsi rédigée, le concernant : « Transmet la demande de décoration spéciale faite par M. le maire et différents gardes nationaux de Sainte-Hermine, en faveur du sieur Baudry, habitant de cette commune, en récompense des services qu’il a rendus en juillet. » Il demeurait 70, rue de la Contrescarpe place de la Bastille, chez M. Gaudinot, charron-serrurier en juillet 1830 ; à Sainte-Hermine (Vendée) en 1831. Archives nationales F/1dIII/43 ; Archives nationales F/1dIII/81, dossier Vendée.