Bayonne ville de

Biographie


« Le courrier du 30 juillet apporta à Bayonne les fatales ordonnances, et l’on attendit avec impatience le courrier du 31, pour savoir comment elles auraient été accueillies à Paris. Enfin, il arriva, et donna des nouvelles des premières attaques du peuple. Le lendemain matin toute la jeunesse se rassembla, et nomma des commissaires pour servir d’interprètes entre les autorités et le peuple, et guider celui-ci au besoin. Depuis lors on resta sans nouvelles de Paris ni de Bordeaux, jusqu’au 5 au matin ; on eut cependant indirectement connaissance de l’installation du gouvernement provisoire. La ville avait pour garnison le 7e léger et le 9e de ligne ; celui-ci, à l’exception de deux officiers, était tout pour les citoyens ; mais le colonel du 7e et un bataillon étaient tout à fait contre, et l’autre bataillon très douteux. Ils avaient cependant déclaré que dans aucun cas ils ne feraient feu sur le peuple. Malheureusement ce régiment occupait la citadelle, et s’y était renfermé avec son drapeau et sa caisse. Le 4, ayant passé deux jours dans la plus cruelle incertitude n’ayant aucune nouvelle de Paris, car le général Janin arrêtait toutes les lettres à Bordeaux, la jeunesse bayonnaise apprit que le 55e qui se trouvait dans cette ville, se mettait en route sur Bayonne, et l’on soupçonna le général de vouloir venir se renfermer à la citadelle avec ce régiment et le 7e, afin d’en faire le boulevard d’une contre-révolution. Pour déjouer ces projets, les officiers du 9e engagèrent les citoyens à se procurer des armes, et cela n’était pas difficile, car très peu en étaient dépourvus. Ils promirent aux bourgeois de les conduire dans la nuit avec leur régiment au pied de la citadelle, dont ils espéraient s’emparer par un bon coup de main et avec la connaissance qu’ils avaient des localités. Heureusement on n’eut pas besoin d’en venir à ces extrémités. Le commandant de la place, qui ainsi que toutes les autorités n’avait pris aucune part au mouvement, donna ordre aux deux régiments d’arborer les trois couleurs, que les citoyens avaient placées depuis la veille sur la mairie et sur la bourse. Le colonel du 9e entra dans la citadelle et répondit de tout. Quatre heures après une dépêche télégraphique de Bordeaux annonça que le 55e avait rebroussé chemin. Depuis lors tout marcha fort tranquillement à Bayonne. La garde nationale volontaire, forte de 1000 hommes, a la tenue et la discipline d’un beau régiment de ligne. Drapeaux tricolores et gardes nationales sont arborés et organisées à l’envi dans les arrondissements de Pau Mauléon Oléron, Orthez et dans les communes de Lescar, Saint-Jean-de-Luz et Saint-Jean-Pied-de-Port.

On croyait la paix et la tranquillité de retour pour longtemps, mais le 13 octobre Bayonne offrit de nouveau l’aspect d’une place en état de siège Le sous-préfet, craignant le départ des réfugiés espagnols, et voulant prévenir leur jonction avec ceux qui se trouvaient établis dans les communes voisines, de Villefranque, Ustaritz et Sare, feignit un ordre ministériel défendant la sortie de Bayonne des Espagnols réfugiés. II communiqua cette injonction au maréchal de camp commandant la subdivision, lequel fit effectivement donner aux postes militaires placés aux portes de la ville la rigoureuse consigne d’empêcher la sortie des Espagnols. Aussi, dès 11 heures du matin, des groupes de ces étrangers commencèrent-ils à être repoussés aux postes vers l’intérieur de la ville, sans même en excepter un grand nombre de jeunes étudiants venus récemment de Paris pour aider à la cause des Espagnols, et qui se trouvaient par cette mesure privés de rentrer dans les villages qu’ils habitent aux alentours de Bayonne. Des murmures s’élevèrent de toutes parts, les places se couvrirent de monde, des représentations furent adressées au sous-préfet, qui les renvoya au général, lequel, à son tour, s’excusa vis-à-vis du sous-préfet ; l’infraction des droits des citoyens indigna tout le monde ; l’autorité municipale envoya un message au général, il se tut ; elle réclama auprès du sous-préfet, celui-ci répondit en assurant qu’il avait des instructions et deux régiments pour les faire exécuter. La jeunesse de Bayonne fut indignée de cette menace ; elle courut aux armes, et en un instant la garde nationale fut sur pied. Alors le coupable fonctionnaire écrivit au général pour le prier de faire lever la consigne, et commença à accorder des permis de sortie à ceux que son despotisme avait retenus prisonniers presque toute la journée. Les Espagnols sortirent, et avec eux le général Vigo, le colonel Valdès, ainsi que tous les étudiants parisiens. Il est bon d’observer que le poste d’une des portes, celle des Allées-Marines, était occupé depuis trois jours par la garde nationale, et que ce n’était pas celle-ci qui empêchait la sortie des Espagnols, mais bien les gardes douaniers placés hors la porte, et auxquels le sous-inspecteur de la douane était allé lui-même intimer la consigne du sous-préfet. Enfin la nuit arrivant, on appréhenda l’agglomération des réfugiés à Villefranque, et leur départ immédiat de ce point vers la frontière, quoiqu’on y eût placé depuis deux jours un bataillon du 7e de ligne, chargé de surveiller les mouvements des Espagnols réfugiés. M. le sous-préfet se proposa donc de s’y rendre pendant la nuit, accompagné, d’un nouveau renfort de troupes ; et prévoyant que la garde nationale, à son tour, s’opposerait à cette sortie, il conseilla au général de la faire relever par la troupe de ligne, ce qui fut essayé à onze heures du soir. Mais la brave garde nationale, jurant de se défendre jusqu’à la mort, conserva son poste ; la troupe eut ordre de s’en emparer ; la garde nationale chargea ses armes et se prépara à une vigoureuse résistance. La ville fut tout alarmée : partout des cris, des vociférations ; partout le peuple était prêt à en venir aux mains avec les soldats, lorsque l’autorité municipale se rendit auprès du général pour en obtenir la retraite de la troupe. Celui-ci, voyant le résultat des insinuations du sous-préfet, céda, non sans montrer les lettres de ce fonctionnaire, d’après le contenu desquelles il avait agi. Des cris d’indignation et de vengeance retentirent. On voulut assaillir la sous-préfecture ; mais une voix toujours respectable se fit entendre ; la juste exaspération du peuple fut calmée, la troupe de ligne se retira et la garde nationale veilla pendant toute la nuit. On sait quels ont été les résultats de ces coupables intrigues. Les réfugiés espagnols, jetés, sans être prêts à agir, dans les mains de leurs bourreaux, ont été battus, repoussés et massacrés jusque sur notre territoire, d’où le préfet de Bayonne les force encore d’interner. » Révolution des départements ou histoire complète et détaillée des troubles qui ont éclaté dans les départements et des événements qui ont eu lieu dans chaque ville en particulier depuis linsurrection de la capitale, par J.-B. Ambs, Paris, Terry jeune, libraire, Palais-Royal galerie de Valois, n° 185, 1831, p. 245 à 252. Sur la situation que put connaître la ville de Bayonne après les événements de Juillet, il reste ces différents rapports, conservés pour décider de l’attribution de la décoration de la Légion d’honneur à Balasque, maire de la ville de Bayonne. Les efforts que fit ce dernier pour ramener le calme dans la ville, dans les années qui suivirent la révolution, témoignaient en tout cas de l’effervescence que dut connaître la ville. Balasque, juge au tribunal de commerce de Bayonne en juillet 1830, fut un des membres de la commission municipale de cette ville, établie le 1er août, à la suite des journées parisiennes des 27, 28 et 29 juillet et fut nommé maire de la ville par ordonnance royale en date du 9 juin 1833. En juin 1836, le préfet des Basses-Pyrénées, sur la proposition d’accorder la Légion d’honneur à Balasque, maire de Bayonne, et à Daleman, son premier adjoint, envoyait le rapport suivant au ministre de l’Intérieur : « J’ai cru devoir communiquer confidentiellement à M. le sous-préfet de Bayonne votre lettre du 25 mai relative à la demande de la décoration de la Légion d’honneur qui vous a été adressée en faveur de M. Balasque, maire de cette ville. […] Sur ma proposition, le gouvernement a conservé sa confiance à M. Balasque. […] Ce magistrat, depuis sa nouvelle nomination, a continué de rendre à la ville et au gouvernement les plus grands services. Sous ce premier rapport, les éloges que lui donne M. le sous-préfet sont on ne peut mieux mérités. Quant au second, Votre Excellence peut se rappeler l’état d’effervescence, d’anarchie même, où était la ville de Bayonne quand le roi me fit l’honneur de m’appeler à l’administration de ce département. Elle peut se rappeler aussi la recommandation que me fit Sa Majesté, l’engagement que je pris lors de la prestation de mon serment, de mettre fin à cette déplorable situation. M. Balasque eut l’administration de Bayonne quelques mois après mon arrivée dans ce pays. Une poignée de factieux, s’appuyant sur une mauvaise composition de la garde nationale de cette ville, bravait alors journellement l’autorité, en même temps qu’elle était un sujet d’alarmes continuelles pour les honnêtes gens. Aujourd’hui, ces honnêtes gens respirent ; quelques prolétaires égarés ont cessé d’écouter les suggestions des factieux ; ces factieux eux-mêmes se sont presque en totalité corrigés ou soumis. L’autorité, aujourd’hui, est respectée, obéie. Bayonne enfin est une des cités de France les plus paisibles. C’est un résultat que je suis heureux d’offrir au cœur du roi. Mais je n’hésite pas à reconnaître que je n’aurais pu l’obtenir sans le concours ferme, éclairé et fidèle de M. Balasque. La distinction sollicitée pour lui et sur laquelle vous me faites l’honneur de me consulter, est donc une récompense on ne peut mieux acquise ; et je ne pouvais tarder à vous la demander moi-même pour cet utile et courageux magistrat. Mais je m’empresse d’ajouter que la justice du gouvernement resterait incomplète, si elle ne comprenait pas dans la même faveur, M. Daleman, premier adjoint. M. Daleman a partagé tous les services, tous les dangers, tous les succès de la mairie. Je ne serais point parvenu à reconstituer cette mairie, il y a trois ans, si M. Daleman, qui était resté seul à son poste depuis plusieurs mois, quand tous les honnêtes gens épouvantés abandonnaient ou refusaient l’administration municipale. Si, dis-je, cet excellent citoyen n’avait consenti à entrer dans sa nouvelle organisation ; ce qui, à raison de diverses circonstances, fut fort méritoire de sa part. Ces circonstances et tous les titres de M. Daleman étaient développés dans une lettre que j’écrivis alors à l’un de vos prédécesseurs, M. le comte d’Argout. Je joins ici copie de cette lettre qui, contenait une proposition à laquelle il ne fut pas donné suite, par ce que, si je fus bien informé, il ne parut pas à M. le ministre chose convenable de décorer l’adjoint sans décorer le maire et que le moment ne m’avait pas encore paru venu pour celui-ci ; car M. d’Argout était personnellement fort édifié surtout les titres de M. Daleman. Quoi qu’il en soit le moment se présente pour moi de reproduire ma proposition, et, en le faisant, je crois provoquer un acte de souveraine équité, comme de souveraine convenance. Je vous supplie donc instamment M. le ministre, de solliciter des bontés du roi la décoration simultanée de MM. Balasque et Daleman. Quant à l’effet politique, rien ne manquera à sa puissance. Les citoyens dévoués et paisibles salueront ce double bienfait de toutes leurs sympathies y comprise celle de leur propre reconnaissance. Les quelques fauteurs de désordre, qui pourraient nous rester encore, trouveront une leçon salutaire dans un encouragement donné à qui les réprime. » Le sous-préfet de Bayonne donna l’avis suivant : « M. Balasque […] A rendu, comme le maire, de vrais services au gouvernement et à la ville de Bayonne. Après avoir accepté la mairie dans des circonstances difficiles et au refus de beaucoup d’honorables citoyens, il a su imposer aux brouillons par une fermeté mêlée de modération, qui a rétabli la tranquillité et l’ordre. Les soins qu’il a donnés et qu’il donne sans cesse à l’administration municipale ont fait sortir la ville de l’état d’abandon et d’incurie où elle végétait. De sages règlements de police, fermement exécutés, des travaux utiles, des constructions indispensables et monumentales, des établissements de charité signalent son administration ; et quand on compte tout l’argent que les administrations antérieures ont jeté au vent, pour ne pas doter la ville d’un seul établissement public, on s’étonne qu’en si peu de temps, il ait pu produire tant de choses. Quoi qu’il en soit, plutôt craint qu’aimé par la masse, la récompense dont il est question serait généralement bien vue ; car il y a toujours de la justice au fond des esprits. Quant aux citoyens recommandables, ils ne pourraient voir qu’avec plaisir l’homme de leur choix recevoir le prix du repos et du bien-être qu’il leur procure. Et enfin cette appréciation, dont l’auteur n’est pas connu : « […] Les journées de juillet avaient trouvé M. Balasque à la tête du comité directeur des élections. A peine furent-elles annoncées à Bayonne que la population presque entière le choisit pour son chef dans le mouvement qui devait seconder cette glorieuse révolution. Toujours dévoué à la cause libérale et consultant bien moins ses intérêts privés que son patriotisme, il répondit aux vœux de ses concitoyens et fut appelé à faire partie de la commission municipale qui s’organisa aux premiers jours d’août. La garde nationale qui s’était, en quelque sorte, improvisée à sa voix, le porta à son organisation légale, l’un les premiers candidats au commandement de la légion. Cependant, à Bayonne comme en quelques autres villes, l’effervescence allait, en 1831, dépasser le but de la révolution de Juillet. L’anarchie régnait au sein même de l’administration locale ; une opposition déclarée entravait la marche de l’autorité départementale ; des lois étaient méconnues et les bons citoyens, découragés ; c’est dans de telles circonstances qu’il fallait mettre à exécution la loi communale. M. Balasque, déjà nommé conseiller municipal, fut vivement sollicité de composer l’administration. Il pensa qu’un nom recommandé par des souvenirs honorables, pourrait imposer confiance et respect ; il désigna M. Basterretche fils, alors député, ne se réservant que la troisième place, mais ne se dissimulant qu’à lui seul reviendraient des mesures de fermeté à opposer à la malveillance et à la turbulence déjà manifeste d’une faction qu’avait encouragée les imprudentes concessions de l’administration précédente. Il ne s’était pas trompé. Les désordres nocturnes eurent lieu ; seul, il s’y porta et seul il s’opposa aux vociférations des attroupements, le calme et l’énergie qu’il puisait dans la conviction de ses devoirs. Les manœuvres des anarchistes, fomentant chaque jour de nouveaux troubles, le maire, Basterretche donna sa démission. M. Balasque, collègue d’un adjoint plus que sexagénaire et valétudinaire, demeura seul chargé du poids de l’autorité municipale. Plus tard l’autorité supérieure, satisfaisant aux vœux des hommes amis de l’ordre et sincèrement dévoués à la révolution de Juillet, pria M. Balasque d’accepter la mairie. Il consentit, laissant au temps le soin de lui reconquérir cette popularité qu’il avait acquise sous le règne précédent et dont l’inimitié du parti déjà déclaré républicain allait tenter de le déposséder. M. Balasque avait compris sa position. Redoutée des perturbateurs par l’inflexibilité de son caractère, ceux-ci n’osèrent plus se montrer sur la place publique, quelle que fût la confiance que put leur donner leur influence sur la classe ouvrière, ils se bornèrent à exhaler leur haine et leur doctrine démagogique au sein de leurs réunions secrètes qui n’avaient cessé d’être l’objet d’une attentive surveillance, décidé qu’était M. Balasque à maîtriser au besoin ce parti par la force s’il osait sortir des bornes imposées par les lois. La conduite de M. Balasque, les services qu’il venait de rendre en faisant renaître la paix et l’ordre parmi ses concitoyens furent appréciés par l’autorité supérieure : elle l’appela au conseil d’arrondissement. Plus tard, les électeurs le portèrent au conseil général du département. Sollicité par ces derniers pour accepter la députation à la chambre, il se refusa à leurs instances, dans l’opinion qu’il serait plus utile à ses concitoyens en ne franchissant pas les limites du département. Que si l’on parle de son administration, une voix unanime, quelle que soit la couleur des opinions, lui rend cette justice qu’il satisfait aux vœux de la population par une prompte solution des réclamations d’intérêt privé ou d’intérêt général, par l’établissement d’institutions de charité et d’instruction publique qui ne sont même point indiqués par les lois, par l’ordre et la marche régulière qu’il a données aux finances de la ville et à toutes les parties de l’administration municipale. Et il faut ajouter qu’indépendamment des soins et des veilles que ses fonctions réclament, l’autorité supérieure l’a toujours trouvé disposé à la seconder et la secondant de tous ses moyens dans les opérations que le service de l’Etat nécessitait et nécessite en dehors de ses attributions municipales. » Le lieutenant général de la 20e division militaire et division des Pyrénées occidentales, et pair de France, Harispe, donna, le 15 mars 1836, l’avis suivant : « […] Les services de M. Balasque sont évidents, incontestables. C’est principalement à ses efforts, à sa fermeté, que l’on doit le retour complet à l’ordre d’une ville très agitée au moment où il fut chargé de l’administrer. » Archives nationales F/1dIV/B 1.

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