Bellery, Jacques
Biographie
Né vers 1799 à Paris. Artiste dramatique. Il s’illustra à la Grève et au Louvre. Il ne fit aucune demande devant la Commission des récompenses nationales. Il déposa un dossier à la Société des réclamants de la rue Bourg-Labbé, lui adressant la lettre suivante : « J’ai l’honneur d’exposer à votre Commission qu’ayant fait partie des braves qui ont combattu pendant les trois immortelles journées de juillet 1830, je sollicite non une récompense pécuniaire mais la croix accordée à ceux qui se sont montrés dans les 27, 28 et 29. […] Voici ma conduite pendant les trois jours. Le mardi 27, je sortis de chez moi à 1 heure après-midi, en parcourant quelques-uns des quartiers de la capitale, les boulevards, la place Vendôme, les rues Saint-Honoré, de Richelieu, de l’Echelle, de Rohan, la place du Palais-Royal, les rues de Chartres et Saint-Thomas-du-Louvre, où nous eûmes à soutenir plusieurs charges de lanciers. Vers 7 heures du soir des décharges furent faites rue Saint-Honoré, au coin de la rue des Boucheries. Là, quelques personnes furent atteintes de coups de feu ; particulièrement un homme, d’une mise élégante, qui tomba sur moi, frappé d’une balle à la poitrine. Je le transportai, aidé d’une autre personne, dans un passage qui conduit de la rue de Richelieu en face le nouveau théâtre du Palais-Royal (ci-devant café de la Paix), où il expira quelques instants après. Ensuite nous le portâmes sur la place de la Bourse, accompagnés d’une multitude nombreuse en criant Vengeance !!! Nous revînmes par la rue Neuve-des-Petits-Champs, où nous fûmes dispersés par la gendarmerie, qui nous chargea avec fureur. Je rentrai chez moi à 11 heures du soir. Je sortis le lendemain 28 à 7 heures du matin, dans l’intention de me procurer des armes. Je marchais avec plusieurs amis vers le corps de garde de la rue Mauconseil, qui fut désarmé à 9 heures et demie du matin et je n’eus pas le bonheur d’avoir un fusil. En arrivant au poste du Châtelet, le poste venait d’être désarmé ; un homme était armé d’un fusil, alors je l’accostais en lui disant que je n’avais que neuf francs dans ma poche mais que j’en donnerais bien huit pour avoir un fusil. Il me proposa le sien, en me disant qu’il était certain de s’en procurer un autre, et bientôt le marché fut conclu dans une allée de la rue Saint-Germain-l’Auxerrois. J’écrivis alors au crayon sur une feuille de mon souvenir, un reçu qu’il signa et que je joins à ma demande. Je remontais la rue Saint-Denis, en traversant les rues Aubry-le-Boucher et Saint-Merri. Là, je trouvais les nommés de Tilly (voir Tylli, François, Appollinaire et reporter ?) et Parent (voir Parent-Aubert, Philippe, Joseph), travaillant à une barricade près la rue du Renard. Je me dirigeais ensuite avec le nommé Parent vers le pont d’Arcole, en passant par les rues Bar-du-Bec, de la Verrerie, du Marché-Saint-Jean, les rues Saint-Antoine, de Jouy, des Nonaindières, le pont Marie, le pont de la Tournelle, le port aux Tuiles, au moment où un biscayen parti de l’Hôtel de Ville vint frapper sur une maison du port aux Tuiles. Nous continuâmes notre route par le petit pont de l’Hôtel-Dieu, le parvis Notre-Dame, la rue Saint-Pierre-aux-Bœufs et celle du Chevet-Saint-Landry. Je restais dans les environs du pont d’Arcole. Là, on nous apporta des cartouches à plusieurs que nous étions et, pour ma part, j’ai combattu avec courage, en présence des nommés Parent (voir Parent-Aubert, Philippe, Joseph) et Lefèvre (nom à retrouver). Je reçus une balle dans le haut de la manche de ma redingote. J’en reçus une autre dans la forme de mon chapeau. Après la prise de l’Hôtel de Ville, je parcourus le quartier et je reconnus M. Pichard, médecin, domicilié rue Beaubourg, prodiguant des soins à des hommes qui avaient été blessés. Je passais la nuit dans les environs, après avoir mangé fort peu de choses chez un marchand de vin rue de la Tixéranderie. Le 29 à 6 heures du matin, exténué de fatigue, je montais chez un de mes amis, rue des Barres, chez lequel je me reposai jusqu’à 10 heures et demie. De là, je partis pour aller au Louvre, où je restais en parcourant les environs jusqu’au moment où nous fûmes vainqueurs. Voici, messieurs, l’exacte vérité. Si, après ce récit fidèle et lorsque vous aurez examiné les pièces que je joins à ma demande, vous me croyez digne de porter la décoration, veuillez m’honorer d’une réponse. Agréez, etc. » Il joignait à sa demande les deux certificats suivants. Le premier, ainsi rédigé : « Je reconnais avoir reçu de M. Bellery la somme de huit francs, pour un fusil provenant du poste de la place du Châtelet et qui avait été désarmé le matin. » Signé : Duflot, Thomas. Le second ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que le nommé Bellery, Jacques, artiste dramatique, a pendant la mémorable journée du 28 juillet 1830, combattu en ma présence au pont d’Arcole. » Signé, le 22 juin 1831 : Parent, Philippe, Joseph (voir ce nom), étudiant en médecine, décoré de la médaille de Juillet. Bellery demeurait 6, rue Notre-Dame-de-Nazareth en 1831. Archives de la préfecture de police AA 372.