Béranger, Pierre, Jean
Biographie
Né en 1780 à Paris. Chansonnier. Sous la Restauration, il composa de nombreuses chansons à la gloire de l’Empire, quoique selon Chateaubriand il eût avoué : « Mon admiration enthousiaste et constante pour le génie de l’Empereur, cette idolâtrie, ne m’aveuglèrent jamais sur le despotisme toujours croissant de l’Empire. » Il assista à la réunion organisée au domicile de Cadet de Gassicourt (voir ce nom) dès le 27 juillet, « pour concerter les moyens et prendre vent », selon le récit que fit Barthe, Charles, Laurent, Emile (voir ce nom), sur sa propre participation aux événements. A cette réunion, étaient présent entre autres Thiers. Alexandre Dumas fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet. Il en laissa un récit impartial et bien renseigné, dans lequel il tient Béranger pour un des principaux artisans de la révolution. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Béranger : « Nous allâmes au National. Taschereau était en train d’y faire un faux sublime ; il créait, avec Charles Teste (voir Teste, Charles, Antoine) et Béranger, un gouvernement provisoire composé de La Fayette, de Gérard et du duc de Choiseul. Il faisait plus : il rédigeait une proclamation qu’il signait de leurs trois noms. Il avait d’abord choisi, comme troisième membre du gouvernement, Labbey de Pompières ; mais Béranger avait fait effacer ce dernier nom pour y substituer celui du duc de Choiseul. Ainsi, Béranger, après avoir préparé la révolution par ses chansons, y prenait une part active de sa personne. On verra bientôt que c’était surtout par lui qu’elle allait arriver à son dénouement. Le lendemain, la liste du gouvernement provisoire devait être affichée sur tous les murs de Paris, et la première proclamation de ce gouvernement devait paraître dans Le Constitutionnel. Il va sans dire que le brave Constitutionnel était de bonne foi, et qu’il tenait pour de réelles et valables signatures les trois essais calligraphiques de Taschereau. Ainsi, Béranger, après avoir préparé la révolution par ses chansons, y prenait une part active de sa personne. On verra bientôt que c’était surtout par lui qu’elle allait arriver à son dénouement. » [Sur l’usurpation orléaniste] Tout à coup, la porte s’ouvre, et M. Sebastiani, la figure radieuse, jette aux trois ou quatre cents personnes qui encombraient la salle à manger, les antichambres et les corridors, ces paroles textuelles : – Messieurs, vous pouvez annoncer à tout le monde qu’à partir d’aujourd’hui, le roi de France s’appelle Philippe VII. En ce moment, Béranger passa ; je savais qu’il avait dû être pour beaucoup dans cette nomination. Je lui sautai au cou, moitié pour l’embrasser, moitié pour lui faire une querelle, et, riant et grondant à la fois : – Ah ! parbleu ! lui dis-je, vous venez de nous faire un beau coup monsieur mon père. J’appelais Béranger mon père, et il voulait bien m’appeler son fils. – Qu’ai-je donc fait, monsieur mon fils ? me répondit-il. – Ce que vous avez fait ? Pardieu ! vous avez fait un roi ! Sa figure prit cette expression doucement sérieuse qui lui est habituelle. – Ecoute bien ce que je vais te dire, mon enfant, reprit-il ; je n’ai pas précisément fait un roi... non... – Qu’avez-vous fait, alors ? – J’ai fait ce que font les petits Savoyards quand il y a de l’orage... j’ai mis une planche sur le ruisseau. Que de fois, depuis, j’ai réfléchi à cette triste et philosophique parole ! Elle a modifié une partie de mes idées ; elle a présidé à mes études historiques de 1831 et 1832 ; elle m’a inspiré, en 1833, l’épilogue de Gaule et France. Béranger s’éloigna. J’étais resté rêveur. Qu’eût-ce donc été, si j’avais pu prévoir que ce trône, le moins poétique des trônes de la terre, élevé par un poète en 1830 serait renversé par un poète en 1848 ? Quel étrange encadrement à ces dix-huit ans de règne que Béranger et Lamartine ! » Bérard laisse ce témoignage sur Béranger, le 30 juillet au matin : « Les craintes que je manifestais, relativement à l’établissement de la république, n’étaient que trop fondées. Environné de gens qui la désiraient, je connaissais et leurs projets et les moyens qu’ils employaient pour les faire réussir. Sur un grand nombre de points de la capitale des assemblées républicaines étaient déjà organisées, et toutes correspondaient avec une assemblée centrale, dont le siège était rue Richelieu, chez Lointier. Béranger, l’idole du peuple et de la jeunesse, avait cherché à faire comprendre à cette dernière assemblée que la république était, en ce moment, impossible ou tout au moins fort dangereuse ; et telle était l’exaspération des esprits, qu’il avait été presque maltraité. Avec la conviction profonde dans laquelle je suis, et que je t’ai déjà exprimée, que la république ne peut, quant à présent, être pour nous qu’une cause d’anarchie intérieure et de guerre étrangère, tu dois concevoir quel était mon effroi en la voyant prête à être proclamée. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement. Il demeurait 30, rue de La Tour-d’Auvergne en 1831. Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VK3 41 in dossier Barthe, Charles, Laurent, Emile ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) VIIe arrondissement ; Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, tome 2, p. 264 ; Souvenirs historiques sur la révolution de 1830, Bérard, Paris, Perrotin, 1834, p. 114-117. On lira son portrait in Le Parti libéral sous la Restauration, Thureau-Dangin, Plon, Paris, 1888, p. 60-67.