Berger, Aimable
Biographie
Il sollicita, par une lettre adressé au ministre de l’Intérieur, le 1er août 1832, la décoration de Juillet, pour la participation qu’il avait prise à la révolution de Juillet : « D’après les décorations et médailles qui viennent d’être décernées dans plusieurs départements aux patriotes de juillet 1830, il me semble que Cherbourg, département de la Manche, devrait être comprise au rang des autres villes qui viennent d’obtenir les suffrages au sujet de l’arboration du drapeau tricolore. Il paraît qu’il faut avoir été blessé pour obtenir une récompense honorifique, et bien ! Monsieur le ministre, j’ai reçu des blessures et des coups de poing, il ne me manquait plus que la mort ! j’ai entre les mains le couteau qui m’a frappé et dont j’ai désarmé l’individu dans la mêlée. J’ai donc joué ma vie contre une multitude de parjures, qui aujourd’hui occupent les premières places et dont j’aurais besoin de leur signature pour appuyer la mienne ; mais non. Je croirais m’avilir et froisser mon honneur et ma conscience en leur demandant à juste titre ce qui m’appartient. Cependant ces messieurs ont été les premiers à tourner le dos lorsque j’ai arboré cette couleur chérie à la mairie, malgré les efforts des autorités et le poste du 64e. J’ai aussi risqué ma vie en l’arborant sur une colonne qui fût digne d’en être parée pour la première fois. Les spectateurs tremblaient en me voyant sur son sommet vu que sa solidité ne dépend que de son aplomb. D’après tous ces faits, Monsieur le ministre, je suis regardé dans le pays comme un criminel vu que j’ai fait ce qu’aucun Cherbourgeois n’a ni n’aurait voulu faire en pareilles circonstances. Maintenant, Monsieur le ministre, j’ai à vous exposer que je suis le soutien d’une famille de 6 personnes dont 5 enfants en bas âge abandonnés de leur père. J’ai fait une demande par écrit à Monsieur Javain, maire, voilà environ sept mois, je suis encore en attendant sa réponse, au sujet d’une place quelconque dont je me crois capable de remplir. Mais un homme comme moi ne doit ni ne peut prétendre à une place du gouvernement vu mon trop grand zèle et mon dévouement patriotique. En conséquence, Monsieur le ministre, je désire vous faire connaître un des hommes le plus dévoué à son pays et à son roi qu’aucun Cherbourgeois. Ma conduite est morale et sans reproche, je ne suis que trop patriote voilà le seul crime que m’imputent mes compatriotes. Je dis un crime, oui, car aujourd’hui ce qui est un honneur devient un crime pour la cause sacrée de son pays aux yeux des vils et lâches parjures. Monsieur le ministre, si je suis digne d’une réponse de votre part, je vous prie de ne pas oublier celui qui pour vous et son roi et son pays sacrifierait ses jours. Veuillez etc. » Il demeurait 40, rue du Faubourg à Cherbourg en 1832. Archives nationales F/1dIII/80, Manche.