Berjaud, Jean-Baptiste, Marie
Biographie
Docteur en médecine, reçu le 31 juillet 1827, à la faculté de médecine de Paris, remplissant les fonctions de chirurgien à l’Institution des sourds-muets. Le 29 juillet 1830, au Palais-Royal, il combattait au côté de Dubray, quand celui-ci fut touché d’un coup de feu au genou. Il le pansa sommairement : « J’entourai son genou de mauvais linges que j’avais sur moi et, notre position étant fort critique, je le forçai à se retirer. » Il lui donna son adresse pour, par la suite, se faire soigner. Il délivra par la suite, le 18 septembre 1830, le certificat suivant pour expliquer les circonstances de son décès : « Je, soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, certifie avoir donné mes soins à M. Jacques, Alexandre Dubray, âgé de vingt-cinq ans, exerçant l’état de maître maçon, à l’occasion d’une blessure légère qu’il avait reçue au genou droit, le 29 juillet 1830 ; la balle, dans son trajet, avait enlevé seulement une partie des téguments recouvrant la rotule. La réalité de cette blessure a été également certifiée par un de mes honorables confrères ; mais ce qui ne peut l’être que par moi c’est ce qui suit. Le brave Dubray, qui n’avait cessé de se battre ou de faire des barricades pendant les trois jours, était allé à Rambouillet, malgré sa blessure. Depuis ce voyage, sa tête, fortement excitée par tous les événements de notre immortelle révolution, les fatigues d’un voyage précipité, ne rêvait que combats au milieu de ses élans patriotiques. Dubray fut en outre vivement affecté de la cessation subite de tout travail et de la perte d’un emploi lucratif qu’il occupait. Toutes ces conditions physiques et morales ont réagi avec une telle force sur le centre nerveux que ce malheureux jeune homme, frappé d’une fièvre cérébrale, qui a résisté aux moyens les plus énergiques employés pour la combattre, vient de succomber en ne songeant qu’à sa patrie et s’écriant qu’il mourait pour la liberté La patrie, à son tour, ne pourrait-elle faire quelque chose pour le brave citoyen qui meurt on peut dire pour elle ? » Il soigna gratuitement les blessés. Il signa, le 5 août 1830, le certificat suivant en faveur de Receveur, Jacques, Philippe : « Je, soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, remplissant les fonctions de chirurgien de l’Institution des sourds-muets de Paris, certifie avoir donné mes soins le jeudi et le vendredi à M. Jacques, Philippe Receveur, âgé de soixante ans, blessé d’un coup de feu dans la rue de la Cordonnerie (quartier des halles). La balle dont M. Receveur a été atteint a pénétré dans la poitrine à travers l’intervalle qui sépare les deux premières côtes du côté droit et est sortie du côté gauche à la même hauteur, un peu en avant de l’épaule gauche. Dans son trajet le projectile a enlevé un pouce et demi environ des téguments et muscles intercostaux unissant les deux premières côtes du côté droit, est passée derrière le sternum, effleurant la substance même des deux poumons dans leur sommet et a enlevé encore dans l’intervalle des deux premières côtes du côté gauche une partie assez considérable des parties molles, de telle sorte que cette blessure grave était nécessairement mortelle. » Il donna des soins à Pellerin, François, Marie, blessé par balle à la jambe. Il appliqua, dans son cabinet du 18, rue du Four-Saint-Honoré, le premier appareil à la blessure reçue par Pujau, Amable. Il délivra, le 7 septembre 1830, le certificat médical suivant en faveur de Blé, Louis : « Je, soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, remplissant les fonctions de chirurgien de l’Institution des sourds-muets, certifie avoir donné mes soins et avoir pratiqué une saignée à M. Louis Blé, couvreur de son état, à l’occasion d’un violent coup de crosse de fusil qu’il a reçu sur la poitrine le 28 juillet dans la rue Saint-Honoré et par suite duquel il fut jeté à la renverse. Je déclare en outre qu’il m’a été certifié par les camarades de Louis Blé que c’est en défendant la cause nationale qu’il a été frappé par un soldat de la garde royale. La contusion musculaire et la douleur profonde qui ont suivi le coup ont mis Louis Blé dans l’impossibilité de travailler pendant trois semaines. » Il signa, le 27 septembre 1830, le certificat médical suivant en faveur de Louchelart, Marie, Françoise, Augustine : « Je, soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, remplissant les fonctions de chirurgien à l’Institution des sourds-muets, certifie que mademoiselle Louchelart, à qui j’ai donné gratuitement mes soins pendant tout le mois d’août, a perdu l’œil droit, par suite du coup de feu qu’elle reçut le 28 juillet. Je me suis assez longuement étendu sur la gravité de la blessure de la demoiselle Loucherlart dans un certificat que je lui délivrais en août, aussi ne ferais-je qu’ajouter ici que le coup ébranla vivement le cerveau (il y eut une fièvre cérébrale) car depuis cette époque la raison de la demoiselle Louchelart en a été et en est encore tout étourdie et qu’il serait possible que cet ébranlement passager fût devenu la cause d’une sorte d’aliénation mentale incurable. » Il signa, le 1er avril 1848, pour s’être trouvé « aux barricades du Palais-Royal pour y panser les blessés », comme docteur en médecine, le certificat suivant en faveur de Brandon, Léon, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février : « Nous, soussignés, certifions avoir vu le citoyen Brandon, dans les journées des 23 et 24 février, armé d’un fusil et défendant les barricades des rues Saint-Germain-l’Auxerrois, de l’Arche-Pepin, de la Monnaie et des rues de l’Arbre-Sec et du Roule. Nous attestons en outre l’avoir vu également à la prise du Palais-Royal, essuyant le feu de la troupe. » Il tenta de se faire élire aux élections qui suivirent la Révolution de Février. Sa profession de foi est ainsi retranscrite dans les Murailles révolutionnaires : « Frères et amis. Médecin de quatre sociétés d’ouvriers, médecin de votre société et votre camarade ; médecin depuis vingt ans des pauvres et d’une foule d’ouvriers que je soigne gratuitement, je connais mieux que personne leurs douleurs, leurs besoins, et mieux que personne je connais les remèdes à leurs maux. Je suis en outre patriote éprouvé. C’est en ces qualités que je viens vous demander votre vote pour la députation à l’Assemblée nationale. Pour me donner votre vote, allez au plus tôt à la mairie vous faire inscrire comme électeur, c’est une affaire de quelques minutes ; entraînez-y vos amis et camarades, et nous ferons ainsi triompher les beaux principes de liberté, d’égalité et de fraternité. Je vous salue fraternellement, et en étant toujours votre tout dévoué, je vous prie, si ma demande vous convient, comme le l’espère, d’écrire mon nom dans votre bulletin, comme il est dans ma signature, et vous le mettriez alors en place d’un nom qui ne vous conviendrait pas. » Il demeurait 18, rue du Four-Saint-Honoré en 1830-1831 ; 9, rue du Four-Saint-Honoré en 1838 ; 54, rue de l’Arbre-Sec en 1848. Archives de Paris VD4 11 pièce 3164 Préfecture du département de la Seine, Liste des médecins et chirurgiens, docteurs en médecine et en chirurgie, officiers de santé et sages-femmes, dressée le 31 décembre 1838 ; Archives de Paris VD6 281 n° 1 in dossier Pellerin, François, Marie, idem in dossier Pujau, Amable ; Archives nationales F/1dIII/54 in dossier Dubray, Alexandre, Jacques ; Archives nationales F/1dIII/64 in dossier Louchelart, Marie, Françoise, Augustine ; Archives nationales F/1dIII/73 in dossier Receveur, Jacques, Philippe ; Archives de la préfecture de police AA 373 in dossier Blé, Louis ; Murailles révolutionnaires, chez Bry aîné, volume 1, p. 444.