Bernard, Alphonse, Hippolyte
Biographie
Né le 28 mai 1799 à Saint-Arnould (Seine-et-Marne). Fils d’un ancien contrôleur-payeur des armées du Nord, de la république, ancien maire de Saint-Arnoult (Seine-et-Oise), qui refusa en 1823 de reprendre son emploi de payeur à l’armée d’Espagne parce qu’on y mettait comme « condition la dépendance de son vote électoral », maire qui interdit aux missionnaires l’entrée de sa commune, il était étudiant en droit en 1830 ou employé à l’Entreprise générale des déménagements, 31, rue du Faubourg-Montmartre. Il fit partie, dans la matinée du 29 juillet, du peloton Servatius (voir ce nom) qui se porta pour aller combattre, du manège de la rue Cadet à la rue Saint-Honoré. Il sollicita, en septembre 1830, un emploi de quartier-maître dans la garde municipale de Paris. Vernon de, Ed. blessé rue Saint-Honoré, apostilla sa demande « pour témoigner de [son] admiration sur la conduite » que Bernard avait tenue. Sa demande était aussi apostillée par Alexandre Delaborde (voir Delaborde, Alexandre, Louis, Joseph), député, et par Lafayette. En novembre 1830, il adressa à la Commission des récompenses nationales une demande ainsi rédigée : « Les journaux m’ont appris que plusieurs élèves en droit qui avaient pris une part honorable aux événements de Juillet, ont obtenu, sur votre rapport, de terminer leur droit sans être obligés de payer les inscriptions et examens ; et moi aussi je suis élève en droit et moi aussi j’ai pris à notre révolution une part que je crois honorable. C’est à ce titre que je réclame de vous, messieurs, la même faveur. Pour vous fixer sur ce que je demande il m’est indispensable de vous dire que j’ai trente et un an, qu’à vingt et un ans le mauvais état de la fortune de mon père me força d’abandonner mes études. J’avais toutes mes inscriptions, exceptée celle qu’on me fit perdre comme faisant partie du cours de M. Bavoux. J’étais bachelier ès lettres et j’avais subi mon premier examen de baccalauréat en droit. Je viens un peu tard, messieurs, en voici la cause : au 29 juillet, je croyais que tous ceux qui avaient pris une digne part aux événements obtiendraient facilement les emplois de l’administration que leur expérience ou leur éducation leur rendait propres à occuper. Pénétré de cette idée, j’adresse ma pétition au ministre de la Guerre pour lui demander une place que je lui indique ou tout autre qu’il voudra bien me désigner. C’était le premier du mois d’août, je cours au Palais-Royal faire signer ma pétition par Edouard de Vernon, qui commandait les volontaires du 29 juillet dont j’avais fait partie. Je les avais quittés pour entrer dans la garde nationale, dont je faisais le service avec tant de zèle que j’oubliai ma pétition pendant un mois. Le 31 août, je la reprends et pour prouver que je me trouvais pas par hasard ou comme curieux sur le champ de bataille, je vais la faire apostiller par des témoins dignes de foi : Messieurs Charles Comte et Alexandre de la Borde, sous les yeux de qui je m’étais enrôlé et enfin par Monsieur de Lafayette, qui m’avait appelé sous les drapeaux ; en foi de ce que j’avance je joints à la présente requête copie de ma pétition, afin que vous puissiez, messieurs, juger si je dis vrai. Avec ces signatures respectables, je me présentai chez le ministre de la Guerre, qui me dit : Ce que vous me demandez regarde le préfet de police. Le préfet de police me répondit : Ce que vous me demandez regarde le ministre de la Guerre. A ces paroles, je compris qu’on pouvait se passer de mes services : je retirai ma pétition pour recouvrer les mentions honorables dont elle est couverte : ces mentions que je tiens à conserver font que je vous adresse simplement, messieurs, copie de cette pièce, dont je vous représenterai l’original si vous le requérez. Enfin, j’étais décidé à fixer mon sort par moi-même quand les journaux me révélèrent qu’il existait un genre de récompense applicable spécialement aux étudiants en droit et en médecine. En m’adressant au ministre de la Guerre, je crus qu’il suffisait de lui prouver qu’une balle ne me faisait pas peur, quand il s’agissait de sauver le liberté de la patrie, mais quand je m’adresse à vous, messieurs, je dois vous signaler un fait. Voici le mien : un soldat suisse et cinq grenadiers du troisième régiment de l’ex-garde royale ayant jeté leurs fusils se sauvèrent successivement du Théâtre-Français, le 29 juillet. Sans moi, ils seraient tombés atteints d’un coup de feu tiré à bout portant ; je le détournai de leur poitrine, au nom de cette humanité qu’ils venaient d’outrager si cruellement, mais ils n’avaient plus d’armes, il me semblait que le repentir les leur avait arraché des mains. Romain, je réclamerai une couronne civique, Français, je demande que ce gouvernement que j’ai aidé à établir, me fournisse les moyens de me faire avocat pour que je puisse encore rencontrer l’occasion de protéger la vie de mes concitoyens, en écartant de leur tête le glaive quelquefois aveugle de la loi. Plein de confiance dans le succès de votre généreuse entremise, je vous prie d’agréer, etc. » Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de l’ancien IIe arrondissement. Il écrivit, conjointement avec Gilliard, Charles (son beau-frère, voir ce nom), la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIe arrondissement, afin de solliciter la décoration de Juillet : « […] Ils prouvent par des témoignages dignes de foi et entre autres par ceux de MM. Alexandre Delaborde, député, Charles Comte, procureur du roi et des trois frères de Vernon qu’ils ont fait partie de la compagnie qui dans la matinée du 29 juillet, s’étant formée au manège de la rue Cadet, s’est portée à la rue Saint-Honoré par la rue de Richelieu, où, en soutenant pendant quatre heures le feu des Suisses et des gardes royaux, elle les a successivement débusqués du Théâtre-Français et de toutes les maisons formant les encoignures des rues de Richelieu, Saint-Honoré, de Rohan, de l’Echelle, Traversière, du Rempart et autres. Ils ont non seulement, dans cette circonstance, payé leur dette à la patrie mais encore à l’humanité. Gilliard, qui avait vu tomber ses voisins de droite et de gauche, pansa lui-même l’officier qui le commandait, M. Edouard de Vernon, atteint d’une balle à la hanche. Bernard, au moment de la prise du Théâtre-Français, empêcha un de ses frères d’armes de tirer sur les Suisses et les gardes royaux qui fuyaient après avoir rendu leurs armes. Tous deux ont reconduit chez eux M. Edouard de Vernon, pour le remettre entre les mains de sa mère. Ce n’est qu’après avoir rempli ce pieux devoir qu’ils se sont empressés d’aller rassurer, l’un son vieux père, sa mère et sa sœur, l’autre sa femme, qui priait Dieu de conserver un père à son enfant. » Les trois frères Vernon leur délivrèrent le certificat suivant : « Nous, soussignés, officiers de la garde municipale (sic), certifions que MM. Gillard (sic) et Bernard ont pris part aux événements de la manière la plus courageuse ; que nous les avons vus dans la rue de Richelieu et avoisinantes rester sous le feu des gardes royaux, quoique plusieurs de leurs amis fussent déjà blessés à côté d’eux. Que ces deux messieurs se sont placés au premier rang dans la compagnie formée au manège Cadet, qu’ils n’ont obtenu aucune récompense, que leur seule ambition est d’avoir la croix, que l’on ne donnera jamais avec plus juste titre. » Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous la profession d’étudiant sur la liste), auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. En 1830, il était grenadier au 2e bataillon de la IIe légion de la garde nationale. Il demeurait 31, rue du Faubourg-Montmartre, chez son beau-père, Gilliard, Jean-François, chef de l’Entreprise générale des déménagements, en 1830. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 in dossier Gilliard, Charles ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIe arrondissement.