Berrier-Fontaine, Camille, Louis

Biographie


Né le 4 vendémiaire an XIII (6 octobre 1804) à Argentan (Creuse). Etudiant en médecine, interne à la maternité. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) VIe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIe arrondissement (sous le nom de Berrier-Fontaine, Camille, Louis sur les listes de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39 et sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel). Il reçut de la même manière la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement (sous le nom de Berriéfontaine, Camille, Louis, sur les listes de cette mairie et sur les listes de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39, sous le nom de Berrié-Fontaine sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel). Il signa (bien sous le nom de Berrier-Fontaine), le 3 septembre 1830, le certificat constatant les circonstances dans lesquelles avait été tué Labarbe, Marie, Adolphe, Ferdinand : « Nous, soussignés, attestons que M. Marie, Adolphe, Ferdinand Labarbe, étudiant en médecine, a combattu le 28 juillet 1830 pour la cause constitutionnelle et qu’il a reçu le même jour une blessure à l’attaque de l’Hôtel de ville, par suite de laquelle il a succombé le 16 août. Nous certifions en outre qu’il a laissé un enfant actuellement existant, né le 12 juillet 1830. » Il reçut, auprès de la mairie du (ancien) VIe arrondissement, une gratification, en tant que décoré non blessé, de vingt-cinq francs en 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de la révolution de Juillet. Il restitua les vingt-cinq francs qui lui avaient été alloués par la mairie du (ancien) Xe arrondissement, affirmant que c’était à la mairie du (ancien) XIIe (sic !) arrondissement de les lui payer. Il reçut, en tant que décoré non blessé et nécessiteux, un secours de vingt-cinq francs, sur les fonds de la Commission de la souscription nationale, à l’occasion du premier anniversaire de la révolution de Juillet. Il fut l’un des prévenus du procès d’avril 1835 qui s’évada de la prison de Sainte-Pélagie, en juillet 1835, avec la complicité du mouvement républicain. Son signalement fut ainsi communiqué par les autorités pour faciliter sa recherche et son arrestation : « […] Taille 1,75 m, nez ordinaire, bouche moyenne, cheveux et sourcils châtains, menton à fossette, visage ovale, yeux petits, gris-bleu, front ordinaire. » Nous empruntons au Dictionnaire du mouvement ouvrier français, de Maitron, la notice biographique suivante le concernant : « […] Il adhéra tout de suite à la Société des Amis du peuple et participa, le 1er juin 1832, à la réunion qui se tint dans le local fermé par les scellés. Arrêté avec ses compagnons de la Société des Amis du peuple, il fut inculpé de bris de scellés au procès du 12 août 1832 et au procès du droit d’association du 15 décembre 1832. Il adhéra à la Société des Droits de l’Homme, fut membre de son comité central à l’automne 1833 et en fut secrétaire, comme le montrent de nombreux ordres du jour signés par lui. A cette date, il était en outre membre, en compagnie de Buonarroti, Zael Efrahem, du tailleur Grignon, de Félix Mathé et Voyer d’Argenson, d’un comité d’action ou de propagande fondé au sein de la Société en septembre-octobre 1833, comité de propagande dont, avec Napoléon Lebon et Jean-Jacques Vignerte il était l’un des trois membres quasi permanents. C’est à l’initiative de ce comité que devait être créé le journal ouvrier l’Association (dont seul un fragment d’article est connu). A ce titre, lors d’une réunion de la commission chez Lebon et Vignerte, 27, rue Saint-Jean-de-Beauvais (sic, lire 27, rue Jean-de-Beauvais) […] Berrier-Fontaine fut arrêté avec Mathé et les autres, le serrurier Allard, le cambreur Etienne Dupuis et le bonnetier Zéphir Seigneurgens, etc., le 8 décembre 1833. Ils étaient accusés avec une quinzaine d’ouvriers, dont Efrahem et Grignon déjà incarcérés d’être les instigateurs des coalitions d’ouvriers. Inculpé de provocation à commettre des crimes et délits, il fut incarcéré le 10 décembre 1833 à Sainte-Pélagie, où il semble être resté jusqu’au procès du 25 avril date à laquelle il fut condamné. C’est donc probablement en son absence qu’une perquisition eut lieu en son domicile, le 19 mars 1834, qui permit à la police de mettre la main sur les rapports fournis par les sections de la Société des Droits de l’Homme concernant l’état moral et matériel des arrondissements parisiens. Les registres d’écrou sont un peu contradictoires. Selon l’un, il aurait été libéré le 25 avril 1834 et réintégré le 9 mai 1835, selon les autres, version plus vraisemblable, il aurait été transféré à La Force le 30 septembre 1834, puis à la Conciergerie les 9 et 10 octobre sans doute pour un second procès. En fait, il fut condamné à trois ans de prison le 25 avril 1834, puis, sur appel du procureur général, à cinq ans de prison et à cinq années de surveillance de haute police en octobre 1834. Après deux séjours de plusieurs semaines, en décembre et mars-avril 1835 dans la maison de santé du Dr Pinel, faubourg Saint-Jacques, il fut réintégré le 9 mai 1835 à Sainte-Pélagie, d’où il s’évada le 12 juillet 1835. Indésirable en Belgique comme nombre de ses compagnons, il gagna Londres où il s’établit comme médecin. Contumace, il fut condamné à la déportation par la Cour des pairs au procès des accusés d’avril qui se termina le 23 janvier 1836. Berrier-Fontaine fut très actif dans l’émigration londonienne, il fonda une société de bienfaisance et fit la connaissance de Cabet, présent à Londres depuis mai 1834, dont il devint l’ami : lorsque ce dernier rentra à Paris en 1839, il fit appel à Berrier-Fontaine pour prendre en charge la propagande icarienne en Angleterre. Mais surtout très vite après l’arrivée des exilés, Berrier-Fontaine participa à la création de la Société Démocratique Française, dont on peut penser que les bases avaient été élaborées à Sainte-Pélagie dès 1834-1835, qu’il devait diriger de 1840 à 1844. Elle subsista jusqu’à la Révolution de Février. Il s’agissait d’un groupe de communistes néo-babouvistes français mal connu. Berrier-Fontaine s’était aussi fixé pour objectif de publier un périodique. Il prit langue dans ce but avec Louis Blanc et Pierre Leroux, mais Cabet s’efforça de l’en dissuader en faisant valoir qu’il était avant tout nécessaire de faire vivre le Populaire. A la suite de l’échec du soulèvement de mai 1839, en parallèle aux débats passionnés des chartistes britanniques sur la prise du pouvoir par la « force morale » ou la « force physique », et sous l’impulsion de Berrier-Fontaine, Jacques Chilmann, Napoléon Lebon, Jean-Jacques Vignerte et sans doute de Jacques Imbert et Joseph Villain depuis Bruxelles, la Société Démocratique Française débattit de ce thème de l’automne 1839 à septembre 1840. A cette date, elle consigna ses conclusions, « toutes marquées au coin du système communautaire », dans le Rapport sur les mesures à prendre et les moyens à employer, pour mettre la France dans une voie révolutionnaire, le lendemain dune insurrection victorieuse effectuée en son sein, Londres 1840. La brochure fut qualifiée de Manifeste communiste dans La Phalange en 1841. Entre-temps, la Société Démocratique Française avait aidé Carl Schapper, expulsé de France en novembre 1839, à fonder dès février 1840 la Société Démocratique Allemande (Deustche demokratische Gesellschaft) qui devint bientôt l’Association Communiste d’Instruction Ouvrière (Communistischer Arbeiter-Bildungs-Verein) et subsista à Londres jusqu’en 1814. Les deux sociétés siégeaient dans la même taverne de l’East End (il fut même question en 1847 de fusion, non réalisée) et débattirent ensemble à partir de 1844 du projet cabétiste d’émigration « en Icarie », ce dont témoigne la correspondance suivie de Berrier-Fontaine avec Cabet. Au cours de l’été 1845, Friedrich Engels, qui fréquentait les exilés allemands et français à Londres depuis 1843, mit en relation Berrier-Fontaine et Schapper avec George Julian Harney et Ernest Jones, dirigeants de l’aile gauche des chartistes, ce qui eut pour effet la création, le 22 septembre 1845, de l’association internationale liste des Démocrates Unis (Fraternal Democraty). Ce même jour était célébré l’anniversaire de la première République française par un meeting international où Berrier-Fontaine fut l’un des orateurs. Les Démocrates Unis entretinrent à partir de 1847 des relations relativement étroites avec les républicains français de La Reforme et l’Association Démocratique de Bruxelles. Berrier-Fontaine fit aussi en 1846 la connaissance de Louis-Napoléon Bonaparte, échappé de la citadelle de Ham. En 1847, il vendit son cabinet au Dr Conneau, médecin personnel du prince. A cette date, il essayait de faire traduire en anglais le Voyage en Icarie de Cabet. Ledru-Rollin envoya Berrier-Fontaine, en qualité de commissaire du Gouvernement provisoire, à Alençon, où il devait à partir du 2 mars 1848 rencontrer beaucoup de difficultés. La situation économique était mauvaise et Berrier-Fontaine s’employa à créer une espèce de fonds de chômage en partie avec une imposition départementale de dix centimes, en partie avec des crédits qui auraient dû revenir à l’agriculture. On l’accusa d’exciter le pauvre à la spoliation du riche. Ses interventions dans la préparation des élections des 24-24 avril à la Constituante et sa candidature furent présentées par les conservateurs du département comme des atteintes intolérables à la liberté. Il recueillit 36.906 voix quand le premier des élus du département en avait obtenu 91.476. Selon ses adversaires, il aurait sympathisé avec les insurgés parisiens de Juin au point de ne prendre parti que le 3 juillet en faveur du gouvernement Cavaignac. Grief tout à fait vraisemblable à cette époque, qui lui valut d’être remplacé le 6 juillet par un préfet plus à la convenance des conservateurs ornais. Il fut néanmoins pourvu d’un poste à Paris par le ministre Sénard. Berrier-Fontaine se rallia au coup d’Etat du 2 décembre 1851, devint médecin de Napoléon III, et jusqu’en 1869, date à laquelle on perd sa trace, soutint que l’Empereur était l’expression même de la démocratie. » L’ouvrage donne les sources biographiques intéressantes suivantes : Archives de Paris, registres d’écrou DY8/7-1164 ; DY4/24-6876 ; Bibliothèque historique de la Ville de Paris Ms 1052, papiers Cabet ; Cour des pairs, affaire du mois d’avril 1834, rapport fait à la Cour des pairs par M. Girod de l’Ain, Paris, Imprimerie royale 1834-1836 ; La Révolution de 1848 dans lOrne, Alençon, 1948 ; La Révolution de 1848 dans de département de lOrne, Alençon, 1848 ; De Buonarroti à Bakounine, Arthur Lehning, Champ libre, 1977. Berrier-Fontaine fut fait chevalier de la Légion d’honneur le 7 août 1867. Il mourut le 17 mars 1882. Il demeurait 30, rue de Seine en 1830-1831 ; 3, rue de la Bourbe en 1831 ; 37, rue Gauthey en 1867. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis (sous les noms de Berrié-Fontaine et de Berrier-Fontaine, Camille, Louis) ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 (sous les noms de Berrié-Fontaine et de Berrier-Fontaine, Camille, Louis) ; Archives de Paris Vbis7K4 2 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille Xe arrondissement (sous le nom de Berrié-Fontaine) ; Archives de Paris VD3 8 (sous le nom de Berrié-Fontaine) ; Archives de Paris VD 6 356 n° 6, Etat nominatif des décorés de Juillet qui ont pris part aux gratifications accordées à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet en 1831, 1833, 1834, 1835, 1836 ; Archives de Paris VD6 360 n° 5, V-VI Renseignements sur diverses victimes des 27, 28 et 29 juillet 1830, tuées ou blessées, V Etat des sommes payées par la Commission des récompenses nationales aux sous-lieutenants et aux décorés non blessés pour l’anniversaire de juillet 1830 du 8 octobre 1830 au 31 août 1831, idem Souscription nationale, secours accordés à l’occasion de l’anniversaire des journées de Juillet aux décorés de la croix ou de la médaille, non blessés et nécessiteux, lettre de M. le préfet du 25 juillet 1831 ; Archives de Paris VD6 545 n° 3 (liste des médaillés du [ancien] Xe arrondissement) (sous le nom de Berrié-Fontaine) ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) VIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) Xe arrondissement, une lettre du maire de l’arrondissement le concernant (sous le nom de Berrié-Fontaine) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) VIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Xe arrondissement (sous le nom de Berrié-Fontaine) ; Archives nationales F/1dIII/60 in dossier Labarbe, Marie, Adolphe, Ferdinand ; Archives nationales Légion d’honneur LH/205/21.

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