Berteloitte, Henri, Louis

Biographie


Né le 16 février 1802 à Saint-Omer (Pas-de-Calais). Commis ordinaire de 4e classe au service ordinaire du bureau de la Guerre aux appointements de mille huit cents francs par an avant la révolution. Il adressa à la Commission des récompenses nationales le récapitulatif suivant de sa participation aux combats : « Dès le 26 juillet, jour de la publication des ordonnances, il offrit aux administrateurs du journal le Temps, sa coopération à la résistance insurrectionnelle et s’attacha, le lendemain, à répandre le plus possible parmi le peuple des exemplaires de ce journal (attestation écrite des administrateurs). Le 27, il fit construire des barricades et résista avec énergie aux attaques de la gendarmerie. Le 28, il enleva, acheta et distribua au peuple des armes et des munitions et se battit sur les boulevards, rue des Prouvaires, rue Hauteville et quai de la Cité (témoignages verbaux). Le 29, à 4 heures du matin, il occupa l’un des premiers l’Hôtel de ville, y accompagna plus tard le général Lafayette, se battit encore contre les Suisses, rue de Richelieu, en sauva deux qui avaient mis bas les armes et que des hommes justement exaspérés voulaient tuer (témoignage des habitants de la maison où il les a fait entrer). La nuit du 29 au 30, à l’Hôtel de ville, auprès du général Lafayette, qui lui donna des preuves d’estime et de confiance, et des généraux Gerard, Subervie et Fabvier. Il fut chargé de mettre le général Fabvier en communication avec les membres du gouvernement provisoire. Il reçut dans la nuit plusieurs missions périlleuses du général Subervie (attestations écrites de MM. Subervie et Bonnet, sous-intendant militaire et témoignage verbal du général Fabvier). Du 30 juillet au 4 août, il resta à l’hôtel de l’état-major de la 1re division, à la disposition de lieutenant-général commandant provisoire (attestation écrite). Le 3 août, par son courage et sa présence d’esprit, il sauva le colonel d’état-major, baron Mathieu, commandant provisoire de la place de Paris, du massacre dont il était menacé dans les Champs-Elysées, où des hommes armés, qui partaient pour Rambouillet, le signalaient, par méprise, comme officier de Charles X. A partir du 5, il reprit au ministère de la Guerre son emploi dont il avait fait le sacrifice dès le 26 juillet. » Sans doute oublié dans le travail de la Commission des récompenses nationales de son arrondissement, on trouve dans son dossier la lettre suivante d’Audra, Elie (voir ce nom), administrateur du Temps, en date du 3 mai 1831 et adressée à Payen, membre de la Commission des récompenses nationales : « Je prends la liberté de vous adresser M. Berteloite (sic), qui avait été porté pour la décoration par le jury de l’arrondissement de Paris et pour lequel j’avais signé un certificat, sachant personnellement combien il le méritait. S’il y avait moyen de lui être utile pour le faire porter sur la liste supplémentaire, je vous serais bien reconnaissant. Votre tout dévoué… » Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il fut fait commis principal de 3e classe aux appointements de trois mille francs en récompense de sa conduite en juillet. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Berteloite), auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il déposa (son dossier est ouvert au nom de Berteloite, Henri, Louis) un dossier à la Commission des récompenses nationales créée après la Révolution de février. Il faisait parvenir la lettre suivante à la Commission : « Vingt-six ans de service, dont six dans l’administration militaire active et vingt dans l’administration centrale de la Guerre. Admis, par décision du 3 juin 1848 à faire valoir ses droits à la retraite, par suite de nouvelle organisation et de la suppression du bureau administratif qu’il dirigeait depuis près de dix ans. Le citoyen Berteloite a toujours été républicain ; il n’a jamais agi, écrit ou parlé dans un sens différent, et, au contraire, dans toutes les circonstances où l’occasion s’est présentée pour lui de manifester ses opinions politiques, il l’a fait résolument, au risque de perdre son emploi, qui cependant était son unique ressource et l’a aidé pendant vingt ans à élever ses onze frères et sœurs devenus orphelins et dont il était l’aîné. Ainsi, par exemple, il a pris les armes en juillet 1830 et en juin 1832 [l’émeute républicaine des 5 et 6 juin 1832, N.D.A.], a fait partie de plusieurs sociétés républicaines, entre autres celle de l’Union de Juillet, celle pour l’Instruction du peuple, et a pris part à diverses souscriptions patriotiques, que le gouvernement royal considérait comme des actes d’opposition, notamment l’Association nationale contre les Bourbons, la souscription Laffitte, etc., des pétitions pour la réforme électorale, banquets républicains. Il a constamment voté avec l’opposition comme électeur. Après les événements d’avril 1834, n’ayant plus à craindre pour lui-même il est parvenu à soustraire aux recherches de la police plusieurs patriotes compromis, entre autres ses amis Mourre, Imbert, Landolphe, Godefroy Cavaignac. C’est chez lui que Godefroy s’est abrité, avant de se constituer prisonnier. Il était dans le secret du projet d’évasion des détenus de Sainte-Pélagie, auxquelles il faisait de fréquentes visites, et, après l’évasion, il en a caché plusieurs. Menacé plusieurs fois de destitution, il a répondu à ces menaces, en confessant de nouveau sa foi politique ; jamais sur ce point on n’a pu l’amener à aucune concession (si ce n’est, dans les derniers temps, la déclaration sur l’honneur à l’un des précédents ministres qu’il s’abstenait de tout acte tendant au renversement de la royauté, déclaration qu’il pouvait faire alors en toute conscience). Du reste son emploi au ministère de la Guerre ne touchait en rien à la politique et il était bien déterminé à refuser tout avancement qui l’eût obligé à traiter des questions de cette nature. Quelques travaux administratifs hors ligne et l’ancienneté de ses services lui ayant valu la décoration de la Légion d’honneur, en 1842 [nommé chevalier le 24 avril 1842, N.D.A.], il ne voulut pas faire, pour avoir droit de porter cette décoration, ce qu’il avait refusé de faire en 1831 pour se parer de la Croix de Juillet. Dans cette nouvelle circonstance, comme dans la précédente, il s’abstint de prêter le serment exigé. On pense que ces antécédents témoignent assez de l’indépendance du caractère et des opinions politiques du citoyen Berteloite. Trop jeune encore pour renoncer au travail, n’ayant pas de fortune, ayant charge de famille, il désire obtenir, dans une administration civile ou financière, un emploi équivalent à celui dont il vient d’être privé prématurément par suite de réorganisation […]. » La Commission le recommanda pour une sous-préfecture de première classe et pour recevoir la distinction honorifique qui devait être créée pour commémorer la Révolution de février, distinction qui ne fut jamais créée. En date du 5 septembre 1848, on trouve dans son dossier cette lettre adressée « à son cher camarade » mais dont l’identité ne nous est pas parvenue : « Je viens de faire un voyage dans plusieurs départements, dans le but de découvrir quelque endroit écarté où je puisse vivre le mieux possible au moyen de la pension de retraite que je dois à la reconnaissance du gouvernement républicain. A mon retour, je trouve ta lettre. Merci, ami, de l’affectueux intérêt que tu m’y exprimes, comme membre de la Commission des récompenses. Je croyais t’avoir dit, en présence de plusieurs de tes collègues, quelle position pourrait m’être faite. Je serais bien aise de retrouver, ne fût-ce que pour cinq ou six ans, l’équivalent de ce qui m’a été retiré en juin dernier par suite de réorganisation. J’étais chef de bureau de 1re classe, avec huit mille francs d’appointements ; depuis près de dix ans, j’étais en mesure d’avoir de l’avancement (c’est-à-dire douze à quinze mille francs de traitement) et je l’eusse certainement obtenu si, en faisant un pas de plus il ne m’eût fallu mêler la politique à l’administration. Je viens de feuilleter l’Almanach national et, eu égard à la nature de mes études et de mes travaux pendant vingt-cinq ans, voici les branches de services auxquelles je m’attacherais volontiers. Premièrement, préfectures, ou plutôt sous-préfectures, car m’est avis qu’il vaut mieux arriver au but en plusieurs bonds sans trop grands efforts que de vouloir l’atteindre d’un seul bond, au risque de se briser. Sans parler des sous-préfectures de la Seine, je citerais parmi celles que je préférerais, n’importe laquelle de l’Yonne, du Rhône, du Pas-de-Calais et du Nord, où je serai sous la coupe d’amis depuis longtemps connus de nous deux : Ambert, Durand, Saint-Amand, Degouves Denuncques etc. Il y a encore Loches dans l’Indre, qui ne doit pas être bien demandé mais qui m’a plu beaucoup dans mon dernier voyage. Deuxièmement, une direction d’établissement hospitalier, notamment la maison de Charenton, l’hospice des Quinze-Vingts, des sourds-muets, etc. Troisièmement, une recette de finances, sauf à atténuer la quotité du cautionnement en numéraire, car je n’ai plus d’espèce et il en reste peu à mes amis. Quatrièmement, un consulat en Europe. Je désire, mon bon camarade, que la Commission puisse et veuille bien agir d’après ces indications. Je serais fort embarrassé s’il fallait formuler une demande directe à chacun des ministères. Je n’ai jamais pétitionné pour moi. Je te serre la main tout fraternellement. P.S. Je compte aller passer un mois en Belgique et partir samedi. » Son dossier est apostillé de l’observation suivante : « […] Il a puissamment aidé à Château-Roncy (illisible) à faire accepter la république le 24 février. A caché Godefroy Cavaignac après les affaires de 1834 pendant six mois. » Il était un des signataires, avec Dubourg, Frédéric (voir ce nom), Lecocq (voir sans doute Lecocq, Louis, Octave, Amédée ?), fondateur et secrétaire, Delaberge (voir ce nom ?), Cogniard, Hippolyte (voir ce nom), Mendez (voir Mendez, Théodore, Auguste), Roger (c’est lequel ? faire les recherches), Pierquin (voir sans doute Pierquin, Claude, Charles ?), Patonnelle ou Patounelle (c’est qui ? faire les recherches), de la proposition faite, après la Révolution de Février, de la création d’une Association agricole de la légion nationale, chargée d’employer les décorés de Juillet, ou les blessés, ou leurs enfants à des travaux agricoles dans des établissements créés pour eux et qui devaient leur procurer des moyens d’existence (voir les statuts à Dubourg, Frédéric). Il était marié et père de trois enfants en 1848. Il demeurait 19, passage de l’Opéra en 1830-1831 ; 11, rue du Colisée en 1848 ; 140, bd Haussmann en 1872. Etat supplémentaire et définitif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat supplémentaire et définitif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, Le Moniteur universel 2 mai 1831 ; Archives de Paris Vbis7K4 1, Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, Xe arrondissement, liste supplémentaire des décorés de Juillet ; Archives de Paris VD6 545 n° 3 (liste des médaillés du [ancien] Xe arrondissement) (où il est compris par erreur et sous le nom de Berthetoite) ; Archives de Paris VK3 48 in dossier Milbert, Jean, Angélique, Edouard ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/38 A, ministère de la Guerre, récompenses accordées pour les événements de juillet 1830, état nominatif des citoyens qui ont obtenu soit des emplois soit de l’avancement dans les deux services relatés ci-après (sous le nom de Berteloite, Henri, Louis) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Xe arrondissement et liste supplémentaire des décorés de Juillet ; Archives de la préfecture de police AA 366, Condamnés politiques sous la Restauration qui résident à Paris, état des secours accordés pour le mois de septembre 1848 ; Archives de la préfecture de police AA 372 (il signe bien Berteloite) ; Archives de la préfecture de police AA 386 in dossier Dubourg, Frédéric (il signe bien Berteloite) ; base Léonore de la Légion d’honneur, LH/208/11.

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