Berthe-Noël, Etienne, René

Biographie


Né vers 1791 à Angers (Maine-et-Loire). Relieur. Il déposa un dossier à la Société des réclamants de la rue Bourg-Labbé, afin de solliciter la décoration de Juillet. Le 22 août 1831, il fit parvenir la lettre suivante à la Commission : « Croyant qu’un vrai patriote trouvait dans sa conscience la récompense de ses services, je ne demandais rien, mais plusieurs reproches me furent adressés et furent pénibles pour moi : l’on présumait que j’abandonnais la cause de Juillet, puisqu’on ne voyait aucune marque distinctive sur mon uniforme. Je viens donc, messieurs, vous demander comme justice de vouloir bien m’accorder la décoration de la médaille de Juillet, si vous m’en croyez digne. Né à Angers (Maine-et-Loire), foyer de guerres civiles, je fus dès mon enfance victime d’une cause qui pourtant m’est si chère. A cette époque, je perdis trois de mes oncles, morts officiers et mon frère, commandant, resta blessé parmi les morts ; il ne dut qu’au hasard et à de longues années son rétablissement et par suite il sacrifia son peu de fortune pour le bonheur de son pays. En 1814, quoique marié, je fis partie d’une réunion de deux cents volontaires qui marchèrent aux buttes Chaumont et Montmartre et qui n’eurent que des piques pour se défendre contre des boulets ennemis. Peu après, j’entrai dans le 1er bataillon, XIIe légion et là, comme dans la XIe, je refusai alors de porter cette croix, dite de la fidélité, malgré le blâme que l’on donnait à mon refus. Depuis environ sept ans, les élections craignaient la balance ministérielle ; je fis alors tous mes efforts pour acquérir une propriété qui me donnât le droit d’être électeur et, alors encore, je sacrifiais tout le temps qu’il fallait pour soutenir une cause aussi juste mais bien contestée. J’en appelle à MM. Vienouard, Gillet, Boulay de la Meurthe, Chardel, Bavoux, Chaudé, Buchet, Desgranges, etc. Différentes personnes qui pensaient avoir une opinion contraire à la mienne et qui pensaient avoir une influence sur moi, voulurent scruter ma pensée ; je ne la cachais point, je la disais tout haut, pour qu’elle eût de l’écho. Alors et dès ce moment, je vis mes intérêts menacés, mes pratiques me quittèrent et chaque année j’éprouvais une grande diminution de travail et un malaise dans mes affaires. Cependant, fidèle à la cause honorable que j’avais embrassée et que je soutenais avec zèle, je ne me décourageai pas et je fus encore de la réunion qi eut lieu chez M. Huzard Courcier le 27 juillet 1830. Le 28, j’endossais, un des premiers, l’uniforme. M. Tardieu le certifiera mais, après avoir été à l’Odéon, à la mairie, au télégraphe, sur les quais et ne pouvant, faute de cartouches, riposter plus longtemps aux décharges que nous recevions, je rentrai chez moi pour me procurer de la poudre ; mais, là, je trouvai mon épouse presque en démence ; je fus forcé de rester mais la nuit seulement. Le 29, je me rendis à la mairie, comme membre de la Commission, et ensuite conjointement avec des voisins j’établis un poste sur la place Saint-André-des-Arts et me plaçais moi-même en sentinelle au Moniteur. J’en favorisai l’impression. Le 30 enfin, je ne quittai la mairie que pour prendre le commandement du poste du Luxembourg. Ma moralité vous sera attestée par nos maire et adjoints de la XIe mairie, qui connaissent mon patriotisme et mon dévouement à la bonne cause. J’ose donc espérer que la décoration que je sollicite me sera accordée, croyant y avoir les plus grands droits, mettant toute ma confiance en votre justice. Je suis, etc. » Il joignait à sa demande la copie des certificats suivants. Le premier, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie qu’il est à ma connaissance que M. Berthe a toujours montré le plus grand zèle tant comme grenadier du 2e (sic) bataillon de la XIe légion que comme membre de la commission électorale ; que depuis plusieurs années je l’ai vu contribuer de tout son pouvoir au triomphe de la cause constitutionnelle et qu’il faisait effectivement partie de la réunion du 27 juillet. » Signé : Chaudé, capitaine. Le deuxième, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie avoir toujours vu M. Berthe donner des preuves de zèle pour le triomphe de la cause constitutionnelle et nous avoir aidé de tout son pouvoir lors des réunions électorales. » Signé : Buchère ; Thomine. Le troisième, ainsi rédigé : « Je certifie que le sieur Berthe faisait partie de la XIIe légion 1er bataillon, grenadier en 1814. » Signé : Boinville, ex-capitaine de grenadiers ; Nolette, Auguste, sergent-major. Le quatrième, ainsi rédigé : « Je certifie que le 28 juillet dernier, M. Berthe a, des premiers dans le (ancien) XIe arrondissement pris l’habit de garde national et [qu’il partit] avec le rassemblement qui s’était fait sur la place de l’Odéon. Ce n’est que le manque de cartouches qui le força à rentrer chez lui. » Signé, le 17 mars 1831 : Tardieu, Ambroise (voir Tardieu, André, Ambroise), major honoraire de la XIe légion. Les faits étaient certifiés par Chardel, député de la Seine, par Charrin, lieutenant en premier à la 1re compagnie du 1er bataillon de la XIIe légion, par Merlin, sous-lieutenant du conseil de discipline du 3e bataillon. Boulay de la Meurthe (voir Boulay de la Meurthe, George, Henri), lieutenant-colonel de la XIe légion, lui délivra le certificat suivant : « Je connais M. Berthe depuis plusieurs années, comme un des meilleurs et des plus estimables citoyens du (ancien) XIe arrondissement. Sous l’ancien gouvernement, il faisait partie du comité électoral, dont les efforts luttèrent contre ceux d’une administration qui fut trop souvent corruptrice et violente. Il prit part à tous ses honorables travaux, même aux dépens de ses intérêts. Lors de la révolution de Juillet, je l’appelai et il assista au comité qui s’assembla sous la présidence de M. Chardet, chez M. Huzard Courcier, comité où s’organisa la résistance aux ordonnances dans les (anciens) XIe et XIIe arrondissements. Depuis cette révolution, je l’ai toujours vu donner l’exemple du zèle, de l’exactitude et de l’amour de l’ordre dans la garde nationale et je suis convaincu que de la même manière qu’il a su défendre l’ordre, il saurait au besoin défendre la liberté, l’indépendance du pays. » Suivaient plusieurs apostilles. Lhuillier (voir Lhuillier, Jean-Baptiste ?), lieutenant en second des grenadiers du 3e bataillon, certifiaient que les faits ci-contre étaient exacts. Urguet de Saint-Ouen (voir Urguet de Saint-Ouen, Athanase, Marie, Georges) ajoutait l’apostille suivante : « Les faits relatifs aux journées des 27, 28 et 29 me sont particulièrement connus. D’ailleurs je sais de source certaine qu’il est difficile de trouver un meilleur patriote que M. Berthe. » Poulet, porte-drapeau du 3e bataillon de la XIe légion apostillait de la même manière. Aussi illisible : Rahon ou Rohm ou Rahm ?, capitaine adjudant major de la XIe légion ; Huzard Courcier, sous-lieutenant à la 4e compagnie du 3e bataillon de la XIe légion. Hacq, sous-lieutenant des grenadiers du 2e bataillon de la XIe légion ; Naquet, décoré de Juillet (voir Naquet, Charles, Adolphe, Rodrigue). Courcier, Amédée, Toussaint (voir ce nom) ajoutait l’apostille suivante : « Je, soussigné, remplissant dès le 28 juillet 1830 l’emploi d’adjudant-major de la XIe légion, certifie exacts les faits relatés dans la demande de M. Berhte relativement aux événements des trois journées, ayant été témoin oculaire de la part active qu’il prit aux événements qui firent triompher la cause nationale. » Signé, le 20 août 1831. Peyre, Antoine, Marie (voir ce nom), ajoutait, en date du 22 août 1831 : « Je, soussigné, ex-colonel provisoire de la XIe légion pendant la journée du 29 juillet et jours suivants, ancien colonel, aide-de-camp du général Lafayette, certifie les faits ci-dessus, ayant été constamment témoin du zèle et du patriotisme du sieur Berthe et des services qu’il a rendus à la patrie dans toutes les circonstances. » Boyenval, Marc, Louis (voir ce nom) ajoutait, le 22 août 1831 : « J’affirme que les faits ci-dessus énoncés sont à ma connaissance et qu’il serait difficile de mieux remplir ses devoirs de bon citoyen que M. Berthe. » Il est indiqué comme s’étant illustré sur le quai de Grève, des Augustins et à Saint-Sulpice. Il est indiqué comme ayant été membre de la Société électorale depuis sept ans en 1831. Il était grenadier au 3e bataillon de la XIe légion de la garde nationale en 1831. On trouve, dans Archives des découvertes et des inventions nouvelles […] pendant lannée 1834, son nom dans le dépôt d’un brevet « d’importation et de perfectionnement de cinq ans pour l’emploi de la toile, de la percale ou percaline, de la cotonnade et autres étoffes semblables, à tous les objets de reliure, cartonnage, gaineries et couvertures en tout genre, et pour les procédés de préparation au moyen desquels ces étoffes servent utilement à ces différents usages » Il demeurait 2, rue du Battoir-Saint-André en 1831-1836. Archives de la préfecture de police AA 372 (le dossier est au nom de Berthe, Etienne, René) ; Archives des découvertes et des inventions nouvelles […] pendant lannée 1834, Paris, Chez Treuttel et Würtz, 1836, p. 457 (au nom de Berthe, Noël, [Etienne, René]) ; Bulletin des lois, IXe série, 1re section, tome X, p. 88 (au nom de Berthe, Noël, [Etienne, René]).

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