Bescher, Tell

Biographie


Né le 19 ventôse an II à Laval (Mayenne). Relieur. Il fit partie d’un groupe de combattants qui, avec Serrot, François, Auguste, Marie, Folmer et Croupet s’étaient assemblés, le 29 juillet sur la place de l’Odéon pour attendre des ordres. Le groupe se dirigea vers la caserne de Babylone. A l’approche de la rue de Babylone, près de la caserne, le groupe reçut une décharge de coups de feu, qui tuèrent ou blessèrent plusieurs des assaillants. Parmi les tués, se trouva Serrot, qui fut atteint de deux coups de feu, un à la tête et l’autre à la poitrine ; son corps fut porté à la morgue par Bescher, Pandellé et Croupet. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIe arrondissement. Bescher reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement (sous le nom de Bécher, Tell sur les listes du Bulletin des lois, sur celles du Moniteur universel et sous celui de Becher, Tell sur les listes de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39 et in Archives de Paris VK3 41). Il signa un certificat de notoriété en faveur de Salmon, Pierre, pour attester qu’il avait vu de dernier chez lui blessé après les affaires de Juillet. Il signa un certificat en faveur de Marquiset, Jean-Baptiste, Désiré pour attester que ce dernier avait participé à la prise de la place de Grève et à celle de la caserne de Babylone et qu’il s’y était « comporté avec honneur et courage ». Il signa, le 10 janvier 1831, le certificat suivant qui constatait les circonstances du décès de Serrot, François, Auguste, Marie : « Nous déclarons et constatons que, dans la journée du 29 juillet dernier, étant assemblés sur la place de l’Odéon où nous attendions les ordres pour partir, nous nous dirigeâmes sur la rue de Babylone et nous avions dans nos rangs le nommé François, Auguste, Marie Serrot. A l’approche de la rue de Babylone, près de la caserne des Suisses, nous reçûmes de leur part une décharge dont plusieurs des nôtres furent tués et blessés. Après nous avoir emparé de la caserne (sic), nous secourûmes nos frères et nous avons reconnu dans les neuf morts, que nous avons portés à la morgue, le malheureux et brave François, Auguste, Marie Serrot, qui avait été atteint d’une balle à la tête et une autre dans la poitrine. C’est comme témoins oculaires que nous certifions et délivrons le présent. » De la même manière, il comparut, le 13 avril 1831, devant le juge de paix du (ancien) XIe arrondissement, pour attester avoir parfaitement connu Serrot, François, Auguste, Marie et « que le 29 juillet dernier ledit sieur Serrot étant avec eux à l’attaque de la caserne de Babylone, a été tué en leur présence par deux coups de feu, l’un à la tête, l’autre à la poitrine ; qu’ils ont également parfaite connaissance que le même jour 29 juillet dernier François, Antoine Serrot, frère plus jeune du défunt, a été blessé d’un coup de baïonnette au pouce de la main gauche à l’attaque de la caserne de la gendarmerie, faubourg Saint-Martin ». Il reçut, comme médaillé, la somme de vingt-cinq francs auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement, à l’occasion du premier anniversaire de la révolution. Bescher fut arrêté, le 22 juin 1834, pour les émeutes d’avril 1834, prévenu de complot contre la sûreté de l’Etat et libéré le 25 juillet 1834. Il faisait partie de la section Marat de la Société des Droits de l’Homme. Fieschi dit de lui que c’était « un homme à se battre dans la masse et voilà tout. » Sa femme dit sur la mauvaise fortune du ménage : « En 1829, mon mari a été ruiné. Depuis cette époque jusqu’à présent nous avons été constamment malheureux. » Il fut arrêté dans l’affaire du 28 juillet 1835, pour avoir fourni le livret à Fieschi, afin, si l’attentat réussissait, qu’il pût s’échapper. Au procès, Morey donna les explications suivantes : « Fieschi, au bout de trois mois, s’étant aperçu que je commençais à me fatiguer de l’avoir chez moi [...] avait témoigné le désir de s’en aller et d’avoir un passeport. Je savais que Bescher, qui avait demandé un passeport, n’en avait pas besoin et, un jour, j’en parlai à Bescher. Bescher m’apporta ce passeport et le laissa chez moi, où il paraît qu’il est resté. Je ne l’ai jamais donné à Fieschi, je l’ai rendu à Bescher, Fieschi n’a eu que le livret. [...] J’ai seulement dit à Bescher qu’il s’agissait d’obliger un malheureux, un homme dans l’embarras ; et c’est pour ce motif, et sans nulle autre cause, que Bescher me donna le livret et le passeport. » Bescher expliqua pourquoi il avait accepté de se procurer un passeport et un livret : « Comme je devais de la reconnaissance à Morey, qui m’avait soigné de plusieurs maladies, je lui ai donné ces papiers. » Il reconnut aussi, après quelques difficultés, avoir donné asile à Cahuzac, un des évadés d’Avril : « Il est venu chez moi à quatre heures du matin. Je l’ai gardé jusqu’au soir. Je lui ai dit de s’en aller, parce qu’il risquait d’être arrêté en restant chez moi, ce dont je ne me souciai certes pas. » Bescher nia avoir été mis au courant de l’évasion et dit avoir été fort étonné de revoir son ancien ouvrier, qu’il croyait en liberté. Fieschi précisa que Bescher (comme beaucoup d’autres républicains) n’avait pas approuvé cette évasion. Il fut aussi interrogé sur les pétards qu’avait confectionnés Herford : « – Bescher, vous avez dit tout à l’heure qu’une maladie vous avait ôté la mémoire, vous ne vous rappelez pas avoir fait des pétards, mais des cartouches ; à quelle époque ? – Il y a très longtemps, il y a trois ans. – Qui vous les avez commandées ? – Je ne sais pas à qui je les ai remises. C’est Herford qui me les a commandées. – Y en avait-il une grande quantité ? – Peut-être une dizaine.» A l’occasion de la perquisition faite à son domicile, il fut trouvé chez lui une lettre signée Martial : « J’envoie au colonel Cherretier un de mes amis et je le prie d’avoir tous les égards possibles pour lui. C’est un brave. » Et un récépissé signé O’Reilly des pièces déposées à la Commission des réclamants de Juillet. A l’issue du procès devant la Cour des pairs, il fut acquitté et renvoyé devant une juridiction correctionnelle. En 1835, Bescher était marié et père d’une fille. Bescher dut sans doute participer aux combats de février 1848 et fut en tout cas arrêté pendant l’émeute de juin, dans la rue de la Bûcherie, quand la troupe s’empara de la barricade de la rue du Petit-Pont. Paralysé de la main gauche, il ne parut pas avoir combattu et fut relâché. Il reçut un secours de cinquante francs en 1849, à titre de médaillé de Juillet et méritant par sa « position malheureuse l’intérêt de l’administration ». Il reçut un secours en 1850, à titre de médaillé de Juillet. Le père de Bescher était homme de lettres, demeurait 21, rue de Richelieu, et fut l’avocat de son fils au procès de l’attentat de Fieschi. Bescher demeurait 110, rue Saint-Jacques en 1831 ; 22, rue du Marché-Palu en 1831 ; 8, rue de Bièvres (au 3e étage sur le devant) en 1835 ; 20, rue des Bernardins en 1849-1850. Voir aussi Cahuzac, Delaquit et Pandellé. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris, VD6 631 n° 1, état nominatif des citoyens décorés de la médaille, auxquels il a été payé une gratification de vingt-cinq francs ; Archives de Paris VD6 631 n° 1 in dossier Marquiset, Jean-Baptiste, Désiré ; Archives de Paris VD6 633 n° 1, liste des citoyens décorés de la médaille, XIe arrondissement ; Archives de Paris VK3 41 ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) XIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) XIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/75 in dossier Serrot, François, Auguste, Marie ; Archives nationales F/1dIII/75 in dossier Salmon, Pierre ; Archives nationales CC//687 d 8 p. 11 ; Archives nationales CC//689, Interrogatoire de Fieschi du 18 août 1835, interrogatoire de la dame Bescher du 8 septembre 1835 ; Archives nationales CC//697 p. 90 ; Archives de la préfecture de police AA 369, Proposition d’accorder à vingt-cinq décorés, combattants et veuves de Juillet, domiciliés dans le département de la Seine des secours s’élevant ensemble à la somme de 1465 francs sur l’exercice 1849, minute 39 et minute 66, idem Envoi d’un état nominatif de décorés, blessés ou combattants de Juillet, sur le compte desquels il y a lieu de prendre des renseignements, à la date du 27 février 1850, minutes 100-104 ; Procès de Fieschi et de ses complices, chez A. E. Bourdin, Paris, 1836, 100, 208, 231, 241, 274, 275 ; LEpopée des régicides. Passions et Drames. 1814-1848, Louessard, l’Insomniaque, Paris, 2000.

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