Besuchet, Jean-Claude
Biographie
Né le 13 octobre 1790 à Boulogne (Hauts-de-Seine), fils de Besuchet, Jean-Claude. Médecin. Ancien chirurgien-major au 6e régiment de chasseurs à cheval de l’Ancienne Armée, médecin du bureau de charité du (ancien) VIIe arrondissement, chirurgien-major du 4e bataillon de la VIIe légion de la garde nationale. Nous empruntons à Biographie des hommes du jour, par Germain Sarrut et B. Saint-Edme, tome IV 1re partie, Paris, 1838, le texte suivant qui reprend sa biographie avant la révolution de Juillet : « Issu d’une famille recommandable, dont les principaux membres résidaient à Lyon et en Franche-Comté, M. Besuchet naquit à Boulogne (Seine) le 13 octobre 1790. Son père, Jean-Claude Besuchet, a successivement occupé avant la révolution de 1789, divers emplois honorables dans les dépendances des Ponts et Chaussées ; on lui doit plusieurs travaux utiles entrepris et terminés d’après ses plans et sous sa direction pour l’assainissement des communes de Boulogne et Ville-d’Avray. Né dans les beaux moments du réveil de la liberté, le jeune Besuchet ouvrit les yeux sous l’ombre du drapeau tricolore, et ses premières années s’écoulèrent au bruit du triomphe des armées républicaines ; ses premières études se firent sous la gloire du Consulat, et l’aurore de l’empire le trouva studieux adepte de l’art d’Hippocrate. Malheureusement, il fut du nombre assez considérable d’adolescents qui trouvèrent la carrière des études préparatoires extrêmement bornée, la tourmente révolutionnaire ayant pendant plusieurs années interrompu le cours paisible des sciences et des lettres. Sa famille était de celles dont l’existence avait été brisée par les orages politiques, et les circonstances difficiles où elle se trouvait alors l’obligèrent de songer à pourvoir son unique rejeton (Besuchet était fils unique) d’un état industriel. L’imprimerie fut choisie, et l’atelier d’un de nos premiers typographes, Crapelet père, le vit commencer le noviciat des compositeurs. Mais le goût du jeune Besuchet le portant invinciblement vers l’étude des sciences, il se lia avec plusieurs élèves en médecine, étudia avec eux, et presque malgré ses parents, qui s’effrayaient des conséquences d’un pareil changement de direction. Il entra vers la fin de l’année 1806 en qualité d’élève à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce à Paris ; ses progrès furent assez rapides pour lui permettre de devenir en peu de temps le guide de ses condisciples. Déjà en 1807 il était répétiteur, sous la direction du respectable aide-major Coignier, des leçons d’anatomie du chirurgien en chef Barbier. Le canon d’Austerlitz avait fait tressaillir le cœur de notre jeune Esculape ; l’âge de la conscription approchait, il voulait à toute force ceindre l’épée de combat, et ce fut à grand-peine que sa famille obtint par composition qu’il se consacrât à la chirurgie militaire. Son impatience ne lui permit pas d’attendre le moment fixé par la loi, et le 18 avril 1808 il rejoignit, avec le grade de chirurgien sous-aide, les cantonnements de la Grande Armée en Pologne. Arrivé trop tard pour prendre part aux événements glorieux de la brillante campagne qui se termina par la paix de Tilsitt, il se livra avec ardeur dans les hôpitaux de la Prusse à l’étude pratique de la grande chirurgie. La campagne de 1809 se préparait. Préférant l’agitation et les dangers du champ de bataille au repos et à la sécurité du service sédentaire, notre jeune chirurgien, alors à Erfurt, sollicita et obtint (ce qui était une distinction) de faire partie des divisions d’ambulances de champ de bataille ; il fut spécialement attaché à celles du quartier général impérial. Bientôt Vienne vit de nouveau nos armées victorieuses ; soldats et chirurgiens se distinguèrent (Nous ne pouvons nous refuser au plaisir de citer un ordre du jour de l’Empereur, peut-être peu connu, mais qui mérite d’être conservé pour l’honneur des officiers de santé de l’armée à cette époque glorieuse de nos armes : “La chirurgie de l’armée s’est montrée, comme dans les campagnes précédentes, digne de sa noble et pénible mission ; les chirurgiens ont constamment fait leur service sous le feu de l’ennemi avec une intrépidité qui ajoutait à la reconnaissance du soldat.” [Extrait de L’ordre du jour distribué aux officiers de santé de l’armée]). Après la bataille de Wagram et l’affaire de Znaïm, M. Besuchet fut le seul des chirurgiens sous-aides désigné comme devant être porté sur l’état des croix de la Légion d’honneur ; mais son âge (il avait alors dix-neuf ans) et son grade firent qu’on le porta simplement sur le tableau d’avancement. La guerre terminée de ce côté rendit sans résultat cette distinction honorable, et le jeune chirurgien rejoignit son régiment, le 11e cuirassiers, dont il avait été momentanément détaché, et rentra en France avec lui. M. Besuchet appartenait à ce régiment depuis le 2 février 1809. Bientôt un noble but à atteindre se présenta à son émulation ; trois places de chirurgien au Val-de-Grâce furent offertes au concours parmi les chirurgiens militaires occupant les garnisons de Metz, Lille et Alexandrie : M. Besuchet concourut et obtint l’un de ces trois emplois. C’était un bonheur pour lui de pouvoir, dans l’âge de l’étude, venir compléter, au sein de sa famille, celles qu’il n’avait pu qu’ébaucher dans sa première jeunesse ; mais une intrigue d’hôpital rendit nulle cette excellente disposition ministérielle, et les trois lauréats furent envoyés avec avancement sur divers points de l’armée active : le 105e régiment échut au jeune Besuchet ; il le rejoignit en qualité d’aide-major ; ce corps était alors en Espagne. Quoique fort contrarié de passer dans l’infanterie, il montra pendant cette rude et malencontreuse campagne son zèle et son activité ordinaire. Le 11 mai 1812, étant dans l’exercice de ses fonctions, il reçut à Santa Cruz une première blessure à la cuisse droite ; cette circonstance lui valut les éloges de ses chefs et l’estime des soldats. Le 13 octobre, même année, il reçut, au passage dit du Karascal, près de Tafailla, une balle qui lui traversa la cuisse déjà blessée. Renversé sur le champ de bataille, loin de l’ambulance et entouré des blessés de son régiment, il leur prodigua tous ses soins, et ce furent eux-mêmes qui le transportèrent auprès des autres chirurgiens pour qu’il fût pansé à son tour. Cette seconde blessure, qui motiva la proposition qu’on fit pour lui de la décoration de la Légion d’honneur, l’obligea à rentrer en France. On lui promit alors, comme retraite, les fonctions de chirurgien au Val-de-Grâce, qu’il ambitionnait toujours : un protégé l’obtint. Envoyé à Perpignan (15 juin 1814), il y fut bientôt chargé en chef du service des salles militaires, et trouva là une belle occasion d’exercer, non seulement ses talents comme chirurgien, mais encore ce zèle de l’humanité dont il avait déjà donné tant de preuves. Ce service devint considérable par suite de l’évacuation des hôpitaux de la Catalogne ; trois hôpitaux se formèrent ; et à vingt-cinq ans M. Besuchet en dirigea la partie chirurgicale avec beaucoup de distinction, ayant sous ses ordres plus de trente chirurgiens militaires, ainsi que plusieurs praticiens distingués de la ville. La première Restauration n’apporta aucun changement apparent à sa position. L’aigle impériale reparut sur le sol de la France, la nation s’émut, et tous les militaires volèrent autour de l’étendard national (Le premier drapeau tricolore qui ait reparu à Perpignan fut fabriqué, pendant la nuit, par des soldats malades, avec des morceaux d’étoffe achetés séparément par leur chirurgien en chef. Ce drapeau fut arboré dès le matin au-dessus de la porte d’entrée de l’hôpital militaire ; jusqu’au soir la citadelle porta le drapeau blanc, parce que, à cause de la privation des communications, on ignorait l’arrivée de Napoléon aux Tuileries. Ainsi pendant tout un jour des couleurs si différentes flottèrent dans la ville : couleurs de liberté, puis de gloire ; couleurs de servilisme et d’abaissement). M. Besuchet, à peine guéri de ses blessures, et sacrifiant sans hésiter un bon poste et une belle perspective d’établissement à son ardeur militaire et à l’entraînement qu’il éprouvait pour le héros de la France, écrivit à Paris pour faire offre de ses services et de son expérience. Devançant les ordres de l’administration, il vint lui-même dans la capitale et fut de suite placé dans le 6e chasseurs à cheval, le 17 mai, comme chirurgien major en second, en attendant la vacance, le titulaire nommé par le roi étant encore en fonctions. Compris pour la décoration dans une promotion impériale du 17 juin 1815 (dernière que fit l’Empereur), il ne tarda pas à être dépouillé de son grade et de sa croix par l’ordonnance de Louis XVIII, qui annula tout ce qui s’était fait pendant les Cent-Jours. Cependant M. Besuchet fut compris dans la réorganisation de l’armée, mais avec le grade d’aide-major, inférieur à celui qu’il possédait, et il refusa. Privé dès lors de tout traitement, et tourmenté jusque dans le sein de sa famille, il se consacra aux soins que la santé de ses parents exigeait, se livra avec ardeur à l’étude et à la pratique de la médecine civile, composa plusieurs ouvrages de médecine, fonda un journal politique et littéraire intitulé le Diable, imitation du Nain Jaune, journal dont il devint un des principaux collaborateurs, et contribua à la rédaction, pour toutes les branches des sciences naturelles, de L’Encyclopédie moderne, publiée par M. Courtin. Il refusa constamment, malgré l’appui que lui offrirent plusieurs amis, de solliciter sa réintégration dans l’ordre de la Légion d’honneur auprès de ceux qui l’avaient dépouillé de cette récompense de ses services, obtenue au prix de son sang. Une maladie grave et l’inquiétude que lui causait l’avenir de sa famille l’engagèrent à quitter momentanément l’exercice de la médecine pour la direction d’une entreprise commerciale. Devenu commerçant distingué, le tribunal de commerce le consultait souvent ; il fut maintes fois chargé de l’arbitrage d’affaires importantes et litigieuses. Sa fortune prospérait, mais son goût irrésistible le reporta vers sa carrière primitive. Il quitta sans regret un établissement qui lui donnait une ressource annuelle de 20.000 francs, pour se replacer dans la modeste position de médecin, profession qu’il exerce à Paris depuis 1826. Lors des élections de 1826 et 1828, M. Besuchet se fit remarquer par l’indépendance, la hardiesse de ses opinions, surtout par son antipathie pour tout ce qui lui paraissait coterie ou intérêt privé. Il eut souvent l’occasion de rompre des lances avec M. Barthe le carbonaro, aujourd’hui ministre du roi Louis-Philippe, qui se trouvait du même comité électoral que lui, et qui, quoique libéral, pérorait toujours en faveur des privilèges. Au mois de mars 1828, il publia une brochure ayant pour titre : Vœu d’un électeur constitutionnel, dans laquelle il proposait l’établissement de ces réunions préparatoires qui ont servi depuis à guider les choix des collèges. Nous citerons la dernière phrase de cette brochure, parce qu’elle renferme une recommandation utile à reproduire : “Electeurs, dit l’écrivain, réunissons-nous pour n’envoyer à la tribune que des hommes indépendants par leur position sociale, et surtout par leur caractère ; des hommes sur la probité desquels il ne s’élève aucun doute, dont la source de la fortune soit bien connue, des hommes enfin que la France puisse avouer pour ses mandataires. Il s’en présente un assez grand nombre, c’est à nous à bien choisir.” » Après la révolution de Juillet, il sollicita dans ces termes, le 25 septembre 1830, auprès de Louis-Philippe la décoration de la Légion d’honneur, avec des allusions qui pouvaient laisser penser qu’il avait participé à la révolution : « Est-il permis à un chirurgien militaire qui n’a jamais rien sollicité de saluer avec amour le glorieux avènement de votre dynastie nationale ; il a, comme tant d’autres, contribué à l’érection du trône sur lequel, pour le bonheur de la patrie, vous vous êtes assis au milieu des acclamations de trente millions de Français mais il n’a pas fait plus que tant de braves citoyens et aucune action particulière ne lui donne le droit de parler de lui dans ces circonstances mémorables. Mais, Sire, dix ans de services honorables, deux blessures reçues sur le champ de bataille sont restés sans récompense ; le tonnerre de Waterloo a éclaté sur lui comme sur les braves au secours desquels il s’était dévoué et qu’il suivait sous les balles et sous la mitraille. Depuis aucune plainte, aucune demande n’est sortie de sa bouche, serrant la cocarde sur son cœur, il n’a point fatigué les distributeurs de grâces et d’ailleurs elles n’étaient pas pour ses pareils. Depuis quinze ans, rentré dans la carrière civile, il a, par de laborieux travaux, pourvu au soutien de sa famille et acquis une existence modeste et indépendante ; de même qu’il a exposé sa vie pour renverser la tyrannie, il l’exposerait avec joie pour la défense de Votre Majesté et de son auguste famille. Sire, il ne demande aucune place, aucune pension mais le signe de l’honneur, ce signe glorieux, pour lequel il a vingt fois exercé sa vie ; cette croix qui prend un nouveau lustre au milieu des couleurs nationales, voilà ce qui comblerait de bonheur celui qui croit l’avoir plus d’une fois méritée, le rêve seul de ce bonheur fait à quarante ans passés, palpiter le cœur, Sire, du plus etc. » Le 23 février 1831, le préfet de la Seine donna les renseignements suivants sur les titres que pouvait avoir Besuchet à être décoré : « […] M. Besuchet jouit dans son quartier d’une excellente réputation, tant sous le rapport de la conduite que sous celui des principes politiques. Mais, n’ayant rendu aucun service au gouvernement actuel et n’ayant même été vu nulle part pendant les trois journées de Juillet ainsi que le déclarent les voisins de M. Besuchet, les seuls titres sur lesquels il pourrait fonder sa demande seraient d’anciens services qui me sont inconnus et cette circonstance me met dans l’impossibilité d’émettre une opinion à cet égard. Quant à l’effet que produirait dans sa légion sa nomination de membre de la Légion d’honneur, M. le maire du (ancien) VIIe arrondissement pense qu’elle ne serait d’aucune utilité comme encouragement et qu’elle produirait plutôt de l’étonnement parmi ses camarades. » Le 21 mai 1831, après la publication des listes de décorés, il écrivit au ministre, afin de savoir s’il était le Besuchet (pourtant dénommé Besuchet, Charles, Samuel) dont le nom venait d’être publié sur les listes des décorés : « […] Ceux de mes amis qui connaissent mes sentiments sur cet objet et savent que je ne me suis pas montré indigne d’une honorable distinction me font des compliments sur cette nomination ; cependant comme il est fort rare qu’une décoration ou une faveur quelconque vienne chercher un homme qui ne l’a demandée à personne et qui se contente de faire son devoir quand l’occasion s’en présente, sans le proclamer partout, je dois croire que quelque heureux homonyme est le véritable décoré. » Dans la suite de sa lettre, il demandait en conséquence ce qu’il en était exactement. Autre réaction à la publication de son nom sur ces listes, une lettre de Le Foullon (voir Lefoullon, Louis) le dénonça comme n’ayant aucun titre à une récompense : « Monsieur, [J’ai] appris avec beaucoup de surprise que M. Besuchet, médecin, rue Saint-Martin, n° 98, sur le VIIe arrondissement, est porté sur les rôles des récompenses nationales. Demeurant vis-à-vis et ayant l’assurance que ce monsieur n’a quitté sa chambre pendant les trois grandes journées de Juillet que pour vaquer à ses affaires personnelles, que le seul point difficile où il se fût trouvé n’est que rue de Richelieu où le fiacre dans lequel il se trouva fut arrêté par des individus qui dételèrent les chevaux et prirent la voiture, probablement pour faire des barricades, ce qui nécessita à M. Besuchet de revenir à pied chez lui mais aussi sain qu’il en était parti. Voilà la seule bravoure qu’il a faite. Car tous les voisins du quartier s’étaient rassemblés pour former des corps de garde et par ce moyen maintenir l’ordre et la sûreté de chacun qui dans ce moment se trouvait en danger. On se présenta chez M. Bésuchet mais une indisposition empêcha qu’il ne fût du nombre et tous les voisins peuvent attester l’avoir vu à sa fenêtre pendant les divers combats qui ont eu lieu sur tous les points de la ville. Justice à qui de droit, il se glisse malheureusement toujours des individus qui réclament des récompenses acquises par d’autres et veulent jouir du bien décerné à ceux qui ont couru le danger de leur vie. Vous pouvez, Monsieur, vous assurer de ces faits. Les moindres renseignements dans le quartier vous en prouveront la vérité. J’ai la pratique de ce monsieur. Aucun sentiment ne me fait agir mais seulement l’indignation de voir une personne de son rang aller recevoir ce qui ne lui appartient à aucun titre et diminuer ainsi la dose de ceux qui ont si justement mérité des récompenses. Etant un de ses proches voisins, je désire que mon nom reste ignoré de tout autre que vous, sur qui, Monsieur, je compte entièrement pour le secret de ces renseignements. » Nous continuons d’emprunter à la Biographie des hommes du jour, par Germain Sarrut et B. Saint-Edme, les indications biographiques suivantes : « La révolution de 1830 ne procura à M. Besuchet d’autre avantage que celui qu’il ambitionnait le plus, c’est-à-dire sa croix. La chambre, usant pour la première fois depuis 1830 de son droit d’initiative dans la présentation des lois, avait, sur la proposition de M. Boissy d’Anglas, rédigé et discuté une loi qui réparait l’injustice commise par l’ordonnance de Louis XVIII et restituait aux élus des Cent-Jours leurs titres et leurs décorations. Cette loi, votée à une très grande majorité par la Chambre des députés, sans opposition apparente de la part des ministres, passa presque sans opposition à la Chambre des pairs ; mais le roi Louis-Philippe ne la sanctionna pas. De nombreuses et énergiques réclamations faites, d’un côté, par le colonel Touquet, au nom des légionnaires et gradés des Cent-Jours, et de l’autre côté, par M. Besuchet, s’étant élevées vives et unanimes, Sa Majesté citoyenne se décida à octroyer enfin aux légionnaires l’ordonnance du 28 novembre 1831, exécutive de la loi admise par les deux premiers pouvoirs de l’Etat. Aussitôt après les trois journées, plusieurs sociétés politiques s’étaient formées, entre autres celle des Hommes libres, qui plus tard prit le nom de Société parisienne, et qui dura jusqu’au moment où les gouvernants s’armèrent de l’article 291 du Code pénal, article que les patriotes croyaient avoir été abrogé par le canon de juillet ; M. Besuchet la présida. Il appartint aussi à l’association pour l’instruction du peuple. Durant l’épidémie de 1832, M. Besuchet se dévoua avec tant d’abandon au service des cholériques, qu’il reçut la médaille décernée par la Ville de Paris aux médecins qui s’étaient le plus distingués pendant ce temps de douleur publique. M. Besuchet a paru avec succès dans plusieurs assemblées publiques. Membre de l’ordre ancien ou nouveau des Templiers et de celui des Francs-Maçons, il a rempli avec éclat plusieurs éminentes fonctions dans ces deux associations d’espèces diverses. Il présidait le Grand Orient de France à la fameuse séance que ce chef d’ordre maçonnique tint en 1830 à l’Hôtel-de-Ville, le jour de la fête donnée par toutes les loges de France au général Lafayette. Il porta la parole au moment de l’entrée des députations dans ce local célèbre par la conquête populaire. Placé pendant le banquet à la droite du vénérable vétéran de la garde nationale, au milieu de l’enceinte également occupée par les grands dignitaires et les autres présidents du Grand Orient, ses collègues, il prononça un discours qui fut vivement applaudi par la nombreuse assemblée réunie dans la salle du festin. Le sujet de cette improvisation était le bonheur qu’éprouvaient les maçons à pouvoir publiquement et librement s’associer à la glorieuse régénération que venait d’opérer la révolution récente. Il y avait ce passage, recueilli par un sténographe, et inséré dans le procès-verbal de la fête (octobre 1830 ; Paris, in-8°) : “Députés des loges de France, en retournant dans vos foyers, vous direz que vous avez vu le Grand Orient tenant ses travaux au milieu de l’Hôtel-de-Ville de Paris, dans cet édifice consacré par la victoire du peuple, et tout couvert des marques de son triomphe sur le fanatisme et sur la servitude.” Il paraît que la maçonnerie l’occupa encore une fois sérieusement. Zélé défenseur des droits de l’égalité dans une institution toute de philosophie démocratique, il fit une vigoureuse opposition au sein du Grand Orient lui-même (octobre 1836) en faveur des droits des loges de France. Il éleva dans le sein de sa loge (les Arts et l’Amitié) une tribune où chacun venait défendre et expliquer les principes de la réforme nouvelle dont il était le créateur : il voulait ramener la franc-maçonnerie à sa pureté primitive, et faire supprimer cette longue kyrielle de titres pompeux dont le ridicule égale la niaiserie. Il se fit à cette occasion d’ardents ennemis parmi ceux qui aimaient à se faire appeler souverains princes ; il soutint avec talent une lutte opiniâtre. Lorsqu’on s’aperçut qu’il avait pour lui, non seulement la raison et le droit, mais encore la sympathie des loges de province, qui commençaient à s’éveiller, on se hâta de faire fermer sa loge, répondant ainsi à ce qu’il y avait de logique et de vrai dans ses convictions par la force brutale, on lui fit même l’honneur de le signaler comme un homme dangereux : action coupable qu’il méprisa sans peine, et dont, il se vengea à son tour en abandonnant des hommes livrés à des idées mesquines de vanité. M. Besuchet ne s’occupa plus que de ses études et des sciences qu’il chérissait. Conduit par le cours de ses travaux vers les recherches relatives aux maladies des voies digestives, il a réuni sur ces sortes d’affections un grand nombre d’observations qu’il n’a pas encore mises au jour, mais qui l’ont encouragé à appliquer à leur guérison un traitement qui lui est spécial, et dont il obtient depuis quelques années des succès remarquables. » En janvier 1853, inspecteur général des prisons, à l’occasion de sa demande pour être nommé officier dans l’ordre de la Légion d’honneur, il adressa (à M. le secrétaire général) la lettre suivante : « […] Dans notre dernière entrevue, vous avez dit, avec toute raison, que vous ne pouviez savoir qui je suis. La notice ci-jointe [absente du dossier, N.D.A.] que je me permets de vous adresser, quoique conçue peut-être en termes trop indulgents pour moi, me fera connaître de vous, au moins comme médecin. Cette notice, imprimée en 1845, n’a pas été, je vous prie de le croire, écrite sous ma dictée ; je l’ai acceptée uniquement parce qu’elle m’a paru être le résumé assez impartial de quelques-uns de mes travaux connus du public. La médecine n’a été pour ainsi dire qu’un épisode, un des côtés de ma vie car, doué d’une assez forte dose d’activité, j’ai fait beaucoup de choses en même temps et depuis ; ce n’est pas à moi qu’il appartient de dire si elles ont été bonnes mais ce que je puis dire c’est qu’il n’en est aucune qui ne puisse être avancée par la plus rigide probité, pas une que je ne sois prêt à recommencer. Bientôt d’ailleurs vous pourrez tout à loisir vous renseigner sur celui qui s’estime heureux d’être appelé à travailler sous vos auspices. Mon nom légal est simplement Besuchet, celui de De Saunois (des Bons de Saunois) est celui de ma mère, qu’à sa prière je joignis au mien en 1830, personne n’existant plus de la famille maternelle. » A cette même occasion, la préfecture de police donnait sur son compte les renseignements biographiques suivants : « Ancien chirurgien-major, décoré par l’Empereur, médecin inspecteur des écoles du (ancien) VIIe arrondissement, membre du comité local délégué au comité central, ancien administrateur du bureau de bienfaisance, membre de la Société royale des arts et sciences d’Anvers, de la Société d’Iéna, auteur de plusieurs ouvrages et mémoires sur la médecine et sur les établissements d’hygiène et de secours publics, neuf ans de services militaires, fonctions administratives, nommé inspecteur général des prisons de la Seine le 20 décembre 1849, inspecteur général de 1re classe, directeur des régies au ministère de l’Intérieur le 6 janvier 1853. » Besuchet est l’auteur de la Petite Médecine domestique. 1819, in-12 ; L’Ami Charlatan, ou Traitement raisonné de la syphilis, d’après l’état actuel de la science. In-12, 1819 ; Réflexions sur la mort de Napoléon, suivies de quelques Considérations sur l’empoisonnement par les substances introduites dans l’estomac. Brochure in-8°, 1821 ; Précis historique de l’ordre de la Franc-Maçonnerie, depuis son introduction en France jusqu’en 1829, suivi d’une Biographie des membres de l’ordre les plus célèbres par leurs travaux, leurs écrits ou par leur rang dans le monde, et d’un choix de discours et de poésies. 2 vol. in-8°, 1829 ; Le Choléra, sa marche, ses progrès, son traitement, appuyé sur des faits nombreux observés en France et en Belgique pendant l’épidémie de 1852. In-8°, 1837 ; Traité de (a gastrite et des affections des organes de la digestion, brochure in-8°. 1837. Besuchet fut aussi médecin des écoles gratuites communales du (ancien) VIIe arrondissement de la Ville de Paris, membre du comité local et du comité spécial d’instruction publique du même arrondissement, membre de la Société des sciences physiques et chimiques de France, de la Société royale des sciences et arts d’Anvers, de la Société médico-philanthropique, de la Société minéralogique d’Iéna. Il demeurait 98, rue Saint-Martin en 1830-1831. Archives nationales F/1dIII/44 ; Archives nationales F/1dIII/62 in dossier Le Foullon ; Archives nationales F/1dIII/92 in dossier Le Foullon ; Archives nationales F/1dIV/B/8 ; Biographie des hommes du jour, par Germain Sarrut et B. Saint-Edme, tome IV 1re partie, Paris, 1838.