Billiard, Auguste

Biographie


Journaliste au Temps. Il fut un des quarante-quatre signataires (voir la liste complète à Dumas, Alexandre) de la protestation des journalistes, ainsi rédigée : « On a souvent annoncé depuis six mois, que les lois seraient violées, qu’un coup d’Etat serait frappé. Le bon sens public se refusait à le croire. Le ministère repoussait cette supposition comme une calomnie. Cependant le Moniteur a publié enfin ces mémorables ordonnances, qui sont la plus éclatante violation des lois. Le régime légal est donc interrompu ; celui de la force est commencé. Dans la situation où nous sommes placés, l’obéissance cesse d’être un devoir. Les citoyens appelés les premiers à obéir sont les écrivains des journaux, ils doivent donner les premiers l’exemple de la résistance à l’autorité, qui s’est dépouillée du caractère de la loi. Les raisons sur lesquelles ils s’appuient sont telles qu’il suffit de les énoncer. La charte, article 8, dit que les Français, en matière de presse, sont tenus de se conformer aux lois ; elle ne dit pas aux ordonnances. La charte, article 35, dit que l’organisation des collèges électoraux sera réglée par les lois ; elle ne dit pas par les ordonnances. La couronne elle-même avait reconnu jusqu’ici ces articles. Toutes les fois, en effet, que des circonstances prétendues graves lui ont paru exiger une modification, soit au régime de la presse, soit au régime électoral, elle a eu recours aux deux Chambres ; elle ne s’est arrogé, à l’égard des articles 8 et 35, ni une autorité constituante, ni une autorité dictatoriale qui n’existent nulle part. Les tribunaux, qui ont droit d’interprétation, ont solennellement reconnu ces mêmes principes. Leurs décisions établissent qu’en matière de presse et d’organisation électorale, les lois, c’est-à-dire le roi et les Chambres, peuvent seuls statuer. Aujourd’hui donc le gouvernement a violé la légalité. Nous sommes dispensés d’obéir. Nous essayons de publier nos feuilles, sans demander l’autorisation qui nous est imposée. Nous ferons nos efforts pour qu’aujourd’hui au moins elles puissent arriver à toute la France. Voilà ce que notre devoir de citoyens nous impose, et nous le remplissons. Nous n’avons pas à tracer ses devoirs à la Chambre illégalement dissoute ; mais nous pouvons la supplier, au nom de la France, de s’appuyer sur son droit évident, et de résister autant qu’il sera en elle à la violation des lois. Ce droit est aussi certain que celui sur lequel nous nous appuyons. La Charte dit, article 50, que le roi peut dissoudre la Chambre des députés ; mais il faut pour cela qu’elle ait été réunie, constituée en Chambre ; avant la réunion et la constitution de la Chambre, il n’y a que des élections faites. Or, nulle part la Charte ne dit que le roi peut casser les élections. Les ordonnances publiées aujourd’hui ne font que casser des élections, elles sont donc illégales, car elles font une chose que la Charte n’autorise pas. Les députés élus, convoqués pour le 3 août, sont donc bien et dûment élus et convoqués. Leur droit est le même aujourd’hui qu’hier. La France les supplie de ne pas l’oublier. Tout ce qu’ils pourront pour faire prévaloir ce droit, ils le doivent. Le gouvernement a perdu aujourd’hui le caractère de légalité qui commande l’obéissance. Nous lui résistons pour ce qui nous concerne ; c’est à la France à juger jusqu’où doit s’étendre sa propre résistance. » Dans son Histoire de dix ans, Louis Blanc rapporte les faits suivants où on retrouve la participation de Billiard : « Le général Wall ayant aperçu M. Auguste Billiard, poussa son cheval vers lui et lui dit :“Monsieur, connaissez-vous Casimir Perier ? Il importe de le prévenir sans retard que le roi désire lui parler.” M. Billiard courut chez Casimir Perier : il était absent. [Peu après] Une colonne d’insurgés entrait dans la rue de la Paix par la rue Neuve-Saint-Augustin. Un courageux citoyen, M. Froussard (voir ce nom ?), la précédait et arrivait en courant, son fusil en bandoulière et un pistolet dans chaque main. Après avoir menacé le général Wall, il s’adressa militairement aux troupes, les conjurant de se rappeler leur origine, et que leurs ennemis, dans cette horrible lutte, c’étaient leurs frères. Profitant de l’hésitation des soldats, plusieurs hommes du peuple s’étaient peu à peu approchés des rangs, et du sein de cette foule animée sortaient mille exhortations énergiques ou touchantes. Bientôt l’entraînement devint irrésistible, et les soldats répandus le long de la rue de la Paix mirent leurs crosses en l’air. Casimir Périer, qui se trouvaient chez M. Noël, son notaire, dans une maison située à l’angle de la rue de la Paix et de la rue Neuve-Saint-Augustin, aperçoit d’une fenêtre le mouvement de la garde ; il descend rapidement, se fait reconnaître, et au milieu des cris dont on salue sa présence, un capitaine brise son épée. Casimir Perier comprit bien alors de quel côté penchait décidément la fortune, et il se rendit en toute hâte chez M. Laffitte. A peine était-il arrivé, que M. Auguste Billiard courut à lui : “Je suis chargé de vous dire que Charles X désire conférer avec vous.” Casimir Perier répondit à cette proposition par un refus hautain. Déjà son âme appartenait au succès. » Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Caffin d’Orsigny, dans le récit qu’il fit de sa propre participation aux événements, retraçait ainsi celle de Billard, dans une lettre qu’il adressait au duc de Choiseul, le 9 août 1830 : « M. le duc. La lettre aussi noble que généreuse que vous venez d’adresser aux Parisiens m’impose le devoir de vous faire connaître comment votre nom s’est trouvé parmi ceux des membres du gouvernement provisoire. Le mardi 27 juillet, je me trouvais chez M. Bérard, député de Seine-et-Oise, avec quelques-uns de ses collègues, lorsqu’on vint nous prévenir qu’une réunion devait avoir lieu, à huit heures et demie, chez M. Audry de Puyraveau. Je m’y rendis à neuf heures. Il y avait peu de monde ; on s’entretenait des ordonnances et du sang qui venait d’être versé : mais on ne prenait aucune mesure. Je m’adressai pourtant au général Lafayette, et lui demandai s’il accepterait le commandement en chef de la garde nationale. Il me répondit qu’il n’hésiterait pas s’il en était requis par ses concitoyens. Rentré chez moi, nous réfléchîmes avec quelques amis sur tout ce qui avait été dit, et nous résolûmes de sauver la cause du peuple, que nous voyions compromise, si on le laissait ainsi à lui-même. Il lui fallait des chefs, et nous pensâmes à lui en donner, en composant un gouvernement provisoire. Parmi tous les hommes dont nous avions entendu prononcer les noms, comme devant rallier les partis, nous choisîmes ceux des généraux Lafayette, Gérard et le vôtre. Le 28, à six heures du matin, je vis à la mairie du VIIe arrondissement MM. Pagès frères et Fessard, capitaines de la garde nationale, et leur confiai mes projets, qu’ils approuvèrent. En moins de quarante minutes, nous parvînmes à réunir chez M Pagès, à l’hôtel Saint-Aignan, environ cent vingt gardes nationaux. Nous leur dîmes que j’avais assisté la veille à la réunion des députés, qu’ils avaient nommé un gouvernement provisoire, et ordonné la réorganisation de la garde nationale. Nous donnâmes sur-le-champ tous les ordres nécessaires pour la formation. Nous fûmes parfaitement secondés par tous ceux qui étaient présents. Une force suffisante fut immédiatement dirigée sur l’Hôtel de ville, pour en prendre possession. Une commission fut alors nommée pour aller prendre les ordres du général Lafayette, et nous partîmes pour la lui présenter. Nous entrâmes en passant à l’administration du journal Le Temps : nous y trouvâmes M. Billard, un de ses rédacteurs, que je priai de nous accompagner. Arrivés à dix heures et demie chez M. Laffitte, nous fîmes demander au général Lafayette s’il voulait recevoir une députation de la garde nationale, qui venait lui offrir de marcher à sa tête et proclamer le gouvernement provisoire. M. Lafayette nous fit répondre qu’il désirait en conférer avec les députés qui se trouvaient en ce moment réunis chez M. Laffitte, et, dix minutes après, il vint lui-même recevoir la députation, en lui disant que MM. les députés approuvaient la nomination de commandant en chef de la garde nationale, mais qu’il lui fallait un lieu convenable pour établir son état-major. Nous lui proposâmes l’Hôtel de ville, qui était déjà occupé par la garde nationale du VIIe arrondissement, sous le commandant du capitaine Fessard, mon beau-frère, et il s’y rendit sur-le-champ avec la députation. Tous les autres arrondissements de Paris furent simultanément prévenus de la formation du gouvernement provisoire et de l’ordre d’organiser la garde nationale. M. Billard se rendit au journal Le Temps ; je fus moi-même aux autres journaux et les noms des généraux Lafayette, Gérard, le duc de Choiseul, furent imprimés et proclamés partout ; ils donnèrent un nouveau courage aux Parisiens, et la victoire du peuple ne fut plus douteuse. C’est alors que MM. les députés commencèrent à nommer des commissions provisoires, que la garde nationale a été organisée, et qu’en peu d’heures l’Hôtel de ville, le Mont-de-piété, les Archives, et tous les établissements publics furent mis sous sa sauvegarde. Voilà, M. le duc, toute la vérité pour la formation de gouvernement provisoire ; permettez-moi de vous remercier, au nom de mes concitoyens, du silence que vous avez gardé si généreusement ; combien je me félicite d’avoir si bien compris votre noble caractère ! Si les noms que nous avions choisis ont été assez puissants pour conjurer les maux qui nous menaçaient, nous ne doutons pas que nos succès n’eussent été encore plus étonnants si votre coopération eût été plus active. J’ai l’honneur, etc. Caffin d’Orsigny. » Il fut nommé secrétaire général du ministère de l’intérieur le 6 août 1830 puis préfet du Finistère. Il donnait comme adresse celle du journal Le Temps en 1831. La France nouvelle, nouveau journal de Paris, 9 août 1830 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Histoire des préfets, Pierre-Henry, Nouvelles éditions latines, Paris, 1950, p. 125 ; Histoire de dix ans, 1830-1840, Louis Blanc, Paris, Pagnerre, 1841, tome I, p. 265 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement.

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