Billoret, Hyacinthe
Biographie
Né le 11 mars 1804 à Paris. Tapissier. Il adressa la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de février, et dans laquelle il se présentait aussi comme combattant de Juillet : « Je m’y prends un peu tard pour vous exposer quelque droit que je crois avoir et que je n’aurais jamais fait valoir si ce n’était les circonstances qui m’obligent de solliciter, pour la première fois. Je ne parlerai pas de ce que j’ai fait en 1830, pour le renvoi de l’ancienne dynastie, que je n’ai jamais aimée. En 1832, j’avais un hôtel meublé, rue Monsieur-le-Prince n° 43. Dans mon logement se tenait la section de la Convention, faisant partie de la Société des droits de l’homme et de là nous avons organisé une quantité d’autres sections. Cela m’a valu assez souvent la visite de M. Foudras, commissaire du quartier, vu qu’en outre je donnais souvent asile à des patriotes persécutés. On m’a confié des missions assez importantes, dont je rendrais compte au besoin. J’ai toujours été présent à tous les appels et permanences. En 1835, j’ai contribué à sauver deux de nos frères en politique, échappés de Sainte-Pélagie ; ils m’avaient été amenés dans une petite maison barrière Monceau, que j’occupais à cette époque, par le citoyen Plocque (voir Plocque, Jean, Alexandre), avocat, et Barra (sic), maintenant chef d’atelier au chemin de fer de Sceaux. Je les ai gardés quinze jours, jusqu’à ce que le citoyen Plocque vînt les prendre pour les faire passer en Suisse. J’ai toujours fait opposition au gouvernement déchu pour les élections des chefs de la garde nationale. Le 23 février 1848, j’étais en uniforme et armé pour protester contre le gouvernement. Le 24 à 6 heures du matin, j’ai contribué à l’élévation de la première barricade du faubourg Saint-Antoine et à celle de la rue de Charonne. A 8 heures, je me revêtis de mon uniforme et pris mes armes pour aller rejoindre mes concitoyens à la Bastille. Après la fusillade que nous essuyâmes, nous revînmes à ladite barricade, dont mes concitoyens me confièrent la direction de la défense en cas d’attaque. Je suis connu des citoyens Vignerte, Bergeron, Auguste Legrand (voir ce nom ?), Lebon (voir Lebon, Napoléon, Aimé ?), Lisbonne, Tonus et autres patriotes. Citoyens, si vous jugez que j’ai rendu quelques services à la cause républicaine, à laquelle je me suis toujours dévoué, je vous serais reconnaissant si vous voulez me donner un emploi, soit comme chef dans les ateliers nationaux ou conservateur de mobilier dans les châteaux et propriétés nationales (ou tout autre place soit à Paris ou dans les départements), qui puisse me faire vivre honorablement avec ma femme et mes deux enfants. Comme je suis tapissier et que c’est un état de luxe, qui ne va aucunement en ce moment et qui ne reprendra pas de longtemps, c’est, citoyens, ce qui m’a forcé de solliciter auprès de vous. » Il était porteur de plusieurs certificats. Le premier, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, certifions que le citoyen Hyacinthe Billoret a fait partie de la Société des Droits de l’Homme, section de la Convention, (laquelle société se tenait chez lui rue Monsieur-le-Prince n° 43) et qu’il s’est toujours présenté à tous les appels et permanences nécessités par l’urgence. Il s’est acquitté avec zèle et dévouement de toutes les missions qu’il a été appelé à remplir dans l’intérêt de la Société, à partir de la formation de ladite société jusqu’au moment où elle a été dissoute par le pouvoir. » Signé : Rousselin, demeurant 1, rue Campagne-Première ; Auber, demeurant 1, rue Campagne-Première ; Brocard, demeurant 121, rue de la Harpe ; Bara, chef d’atelier au chemin de fer de Sceaux ; Empenat, demeurant 21, rue Saint-Hyacinthe-Saint-Michel ; Lisbonne (voir Lisbonne, Auguste), décoré de Juillet, capitaine de la garde républicaine parisienne. Le deuxième, ainsi rédigé : « Je certifie que le citoyen Billoret a participé à sauver deux de nos frères en politique, qui sont sortis par un souterrain pratiqué à Sainte-Pélagie et qu’il les a cachés chez lui jusqu’à ce qu’ils puissent quitter la France et se rendre en Suisse. » Signé : Bara, chef d’atelier au chemin de fer de Sceaux. Le troisième, ainsi rédigé : « Je, soussigné, avocat à la cour d’appel de Paris, certifie que le citoyen Billoret a donné, en 1835, asile pendant plus de quinze jours à deux accusés d’avril, évadés de Sainte-Pélagie, et que pendant tout le temps qu’il les a gardés chez lui, il a veillé avec la plus grande attention, à assurer leur bien-être et leur sûreté. La conduite du citoyen Billoret, à cette époque, a été digne d’éloges et lui a concilié l’estime des républicains qui l’ont connu. L’un des citoyens accusés d’Avril, recueillis par Billoret, était mon pauvre client, Henri Leconte, qui avait contracté dans la prison une maladie de poitrine, dont il est mort à Genève après l’évasion. La position de Leconte exigeait des soins tout particuliers, qui ne lui ont pas manqué chez le citoyen Billoret. L’autre évadé réfugié chez Billoret était Rosière. » Signé, le 4 août 1848 : Plocque, Al. (voir Plocque, Jean, Alexandre), avocat. Le quatrième, ainsi rédigé : « Je certifie que le citoyen Billoret a paru, armé, dès le 23 février, pour protester contre le ministère. La nuit du 23 au 24, il éleva avec ses concitoyens les premières barricades du faubourg Saint-Antoine. Le matin du 24, il prit ses armes et alla rejoindre ses amis politiques à la mairie, d’où ils accompagnèrent le maire et les autorités du (ancien) VIIIe arrondissement jusqu’à la Bastille, où ils essuyèrent le feu d’un bataillon de ligne. Ils se retirèrent alors derrière les barricades afin de défendre le faubourg. Le citoyen Billoret fut nommé chef. Il organisa tous les moyens de défense et, le soir, il forma plusieurs postes autour de ladite barricade, afin de ne point être surpris, comme on le craignait. » Signé, le 5 août 1848 : Lefoire illisible T., demeurant 1, rue de Charonne ; Friand illisible, demeurant 7, rue de Charonne ; Lacay, demeurant 30, rue de Charonne ; Gallerand, demeurant 53 (ou 253), rue du Faubourg-Saint-Antoine ; Fayet, demeurant 143, rue du Faubourg-Saint-Antoine ; Campion, demeurant 75, rue du Faubourg-Saint-Antoine ; Damaltere illisible ; Barré, demeurant 133, rue du Faubourg-Saint-Antoine ; Kouhler, demeurant 75, rue du Faubourg-Saint-Antoine ; Scherer, demeurant 15, rue du Faubourg-Saint-Antoine ; Miné illisible, demeurant 75, rue du Faubourg-Saint-Antoine. Dans sa demande, il sollicitait, dans l’ordre de préférence, une place de directeur du garde-meubles de l’Etat ou de tapissier conservateur du mobilier d’un des ex-châteaux royaux soit à Paris soit en province ou à l’administration de l’Hôtel de ville (où précisait-il il devait manquer un tapissier) ou une place de concierge et régisseur du matériel d’un ministère ou d’une administration, ou une place d’économe dans un hôpital civil ou militaire, ou une place d’huissier à l’Assemblée nationale ou aux tribunaux ou une fonction dans un des marchés de Paris ou tout autre emploi de gérant ou surveillant dans une administration quelconque, en précisant que s’il était nécessaire de fournir un cautionnement sa famille le fournirait. Il fut recommandé à l’unanimité des membres composant la Commission des récompenses nationales pour l’emploi de conservateur des tapisseries et ameublements d’un château national, et pour le signe honorifique qui devait être institué pour commémorer la révolution (et qui ne le sera jamais). Il était l’inventeur des lits mécaniques pour malades et avait été admis, à ce titre, à l’Exposition universelle de 1844, avec la mention honorable ; le brevet d’invention avait été déposé le 24 juillet 1845 à la préfecture de la Seine. Il demeurait 43, rue Monsieur-le-Prince en 1832 ; 75, rue du Faubourg-Saint-Antoine en 1848. Il était marié et père de deux enfants en 1848. Archives de la préfecture de police AA 372 ; Bulletin des lois, IXe série, deuxième semestre de 1845, tome trente et un nos 1215 à 1268, p. 1304.