Binet, Louis, Emmanuel, Barthélemy
Biographie
Né le 13 germinal an VIII (3 avril 1800) à Paris (ancien) IXe arrondissement. Ex-officier de marine, ayant participé à la guerre d’Espagne, devenu professeur de langues étrangères. Il fut blessé d’un coup de biscayen reçu au mollet droit, le 28 juillet 1830, dans la rue Saint-Denis (ou le mollet emporté par un biscayen). Il était porteur du certificat médical suivant : « Je certifie que M. Louis, Emmanuel, Barthélemy Binet, âgé de trente ans, demeurant rue Saint-Sauveur n° 11 […], à qui je donne des soins depuis le 29 de ce mois, a eu toute la peau et une grande partie des gastrocnémiens de la jambe droite enlevée par un biscayen ; plaie contuse (meurtrie), qui a exigé l’enlèvement de plusieurs escarres gangreneuses et fournit aujourd’hui une suppuration très abondante, assez louable à la vérité mais très douloureuse à l’application de l’appareil et causant des douleurs sympathiques du genou et du pied, qui font pousser des hauts cris au blessé nombre de fois dans les vingt-quatre heures. S’il ne survient pas de circonstances aggravantes et que la plaie tende graduellement vers la cicatrisation, j’augure que cet état maladif durera plus d’un mois encore et laissera une grande difficulté ou du moins une grande faiblesse dans les mouvements du pied et de la jambe. J’atteste en outre que Louis Binet est logé à un quatrième étage et me paraît dénué de toute ressource ; que les dames de charité se complaisent à lui fournir toutes choses nécessaires aux pansements et à m’aider elles-mêmes à les faire. Je crois que M. Binet a droit aux secours patriotiques. » Signé, le ‘ août 1830 : Serré, demeurant 7, rue Saint-Sauveur. La lettre que Santa-Maria, Raphaël (voir ce nom), adressa, le 1er octobre 1830, à la Commission des récompenses nationales, pour exposer sa propre conduite qu’il avait tenue, nous éclaire sur la conduite de Binet : « […] Le 28 juillet 1830, combattant rue Saint-Denis avec le sieur L. Binet (voir Binet, Louis, Emmanuel, Barthélemy), âgé de trente et un ans, il ne put continuer à défendre les libertés nationales. L’exposant, Santa Maria, voyant tomber à son côté le sieur L. Binet, ex-caissier chez M. Nunez, le ramassa et le transporta chez lui. Ledit blessé voulait se battre et continuer à défendre sa patrie. Malgré le feu d’un peloton de cinquante hommes, Santa Maria l’enleva et l’emporta. Transporté chez lui, [il] lui prodigua tous les soins ainsi que sa famille. » Binet délivra à Santa Maria le témoignage suivant : « Je, soussigné, blessé, certifie à tous ceux à qui il appartiendra que, le 28 juillet 1830, ayant été atteint en combattant rue Saint-Denis, pour la liberté et la défense de nos libertés nationales, fus atteint d’un coup de feu à la jambe droite, plaie contuse et meurtrie dont la nature porte à croire qu’elle durera encore deux mois dans un état maladif, fut enlevé par M. Santa Maria, réfugié espagnol, demeurant rue Saint-Sauveur, n° 11, lequel, sans craindre les balles d’un peloton de cinquante hommes, s’est élancé vers moi, me tira du milieu du feu, me prit dans ses bras et me transporta dans son humble réduit, m’empêchant ainsi de courir à ma perte certaine, puisque, me sentant pas mon mal, je voulais continuer à me battre. Je déclare en outre que Santa Maria est père de deux enfants et a sa femme à soutenir et depuis le 28 juillet sans ouvrage. Toute la famille m’a prodigué tous les soins nécessaires à ma position et, de plus, ne discontinua pas de m’en porter, jusqu’à ma parfaite guérison. Ils ont même passé des nuits (sic) et ne m’ont laissé manquer de rien, et avant même que la Commission des blessés y ait pourvu ils m’ont secouru. Je pense qu’une aussi belle action et conduite doit être récompensée. » Binet reçut deux secours de cinquante francs en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. Il reçut un secours de vingt francs, le 7 août 1830, un secours de quarante francs, le 13 août 1830, un secours de quarante francs, le 2 septembre 1830, un secours de vingt-cinq francs, le 20 septembre 1830, un secours de trente francs, le 2 octobre 1830 (indiqué pourtant comme étant le troisième secours), un secours de cinquante francs le 22 octobre 1830, un secours de cinquante francs le 5 novembre 1830, un secours de cinquante francs le 15 décembre 1830, un secours de cinquante francs le 15 janvier 1831, un secours de cinquante le 15 février 1831, un secours de seize francs et soixante-cinq centimes le 1er avril 1831, un secours de seize francs et soixante-cinq centimes le 15 avril, un secours de seize francs et soixante-cinq centimes le 2 mai 1831 à la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. Le 22 février 1831, le maire du (ancien) IIIe arrondissement certifia « d’après les informations prises que le sieur Binet, Louis, Emmanuel, demeurant passage Colbert escalier E, est sans fortune qui puisse assurer son existence ». Le 19 février 1831, devant le juge de paix du (ancien) IIIe arrondissement, comparurent : Delaquis, Marin, Joseph (voir ce nom), commissionnaire, demeurant 54, rue de Richelieu ; Desailloux, Michel, Gabriel, commissionnaire, demeurant 58, rue du Faubourg-Saint-Denis ; Carrier, Michel, commissionnaire, demeurant 16, rue du Faubourg-Saint-Denis. Ils attestèrent que Binet « a été blessé le 28 juillet dans la rue Saint-Denis, d’un coup de biscayen dans le mollet de la jambe droite et que par suite de cette blessure le requérant déclare éprouver des douleurs fort aiguës et l’empêchant souvent de pouvoir vaquer à ses affaires ». Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. Le Comité de médecine et de chirurgie près la Commission des récompenses nationales chargé de juger la nature et les conséquences des blessures pour chacun des blessés, donna à son sujet les conclusions suivantes : « A été atteint, dans les journées de Juillet, d’une blessure par arme à feu à la jambe droite, de sa partie moyenne et interne vers la partie postérieure, guérie mais avec lésion profonde des muscles et cicatrice adhérente, ce qui doit produire une incapacité durable mais incomplète des mouvements. » Admis dans la 3e classe des blessés, une pension de trois cents francs lui fut accordée. Il lui fut accordé par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. En 1833, il était instituteur de l’Université et sollicitait un emploi auprès du ministère des Travaux publics et du Commerce : « […] L’exposant vient vous faire part que la situation malheureuse dans laquelle il se trouve est plus que pénible pour lui. Il est chef d’institution, rue des Vieux-Augustins n° 35. Les parents qui lui confient leurs enfants n’ont pas seulement le moyen de payer leurs mois, ce qui a fait éprouver à l’exposant plusieurs pertes inattendues. […] Il attend, monsieur le ministre, un emploi dans votre ministère. Il peut vous soumettre les certificats et papiers qui constatent sa conduite, ne s’étant jamais mêlé à aucune émeute […]. » En mai 1834, amer au sujet d’une somme qu’il ne pouvait récupérer, il écrivait au même ministère : « […] Justice n’est plus rendue aux héros de Juillet, qui ont versé leur sang dans les trois immortelles journées de Juillet. Il est naturel que maintenant on ne leur accorde aucune place et que le gouvernement, géré aujourd’hui par des anciens agents de Charles X, s’empare des fonds appartenant à la souscription nationale faite en faveur des braves dont le nom ni la bravoure ne seront conservés dans l’histoire. Et dans deux cents ans, l’on écrira que la révolution de 1830 est une fable faite à plaisir […]. » Le 26 août 1834, il sollicitait un secours auprès du ministère de l’Intérieur, précisant : « […] Seul soutien de ma mère, appartenant à une famille distinguée. L’exposant est instituteur de l’université et décoré de Juillet. Privé depuis 1830 d’une place qui lui procurait près de dix francs par jour et dont il doit la perte au changement de gouvernement […]. L’exposant a également perdu près de deux mille francs depuis le gouvernement du 7 août. Il est auteur de plusieurs ouvrages, qu’il ne peut terminer faute de papier. Sans ouvrage depuis dix mois, victime de son bon cœur, il ne peut faire imprimer ses ouvrages […]. » Il reçut un secours de cinquante francs en 1849, en 1850, en 1851 et en 1852, à titre de médaillé de Juillet. Il demeurait 11, rue Saint-Sauveur (chez Santa-Maria, Raphaël) en août 1830 ; 6, galerie Colbert, escalier E de 1831 à 1833 (mais 13, galerie Vivienne en 1831 sur les listes – peu fiables – de la mairie in Archives de Paris VD6 3 et surtout in Archives nationales F/1dIII/39 et in Archives de Paris VK3 43 (couverture du dossier Delahaye) et aussi plusieurs fois in Archives de Paris VD3 1-2 ; mais bien passage Colbert in Archives nationales F/1dIII/34) ; 35, rue des Vieux-Augustins en 1833 ; hôtel Bulliou 3, rue Jean-Jacques-Rousseau en 1834 ; 39, rue de la Grande-Truanderie en 1849-1850 ; 20, rue de la Grande-Truanderie en 1851-1852. Deuxième état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Troisième et dernier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Liste des morts, des blessés, des veuves et des orphelins, 2e édition, Paris, chez A. Barbier, imprimeur, rue des Marais S.-C., 17, 1830, p. 53 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Liste n° 7, des blessés de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Citoyens blessés pendant les événements de juillet, qui ont obtenu, aux termes de l’article 5 de la loi, la pension de 300 fr. à 1.000 fr., le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du IIIe arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 96 (sous le nom de Binet, Louis, François) ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 13 ; Archives de Paris VD3 1-2 in dossier Commission des récompenses nationales, (ancien) IIIe arrondissement, idem état des sommes payées par MM. les commissaires ci-après désignés aux combattants et blessés de juillet 1830 du (ancien) IIIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la médaille de Juillet du (ancien) IIIe arrondissement ; Archives de Paris VK3 43 (couverture du dossier Delahaye) ; Archives de Paris VD6 173 n° 1 in dossier Santa-Maria, Raphaël ; Archives nationales F/1dIII/33 dossier indemnités et récompenses, envoi du 3 décembre 1830 du ministre de l’Intérieur à la Commission des récompenses nationales ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux blessés pensionnés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIIe arrondissement et par la caisse municipale, pendant le mois de novembre comprenant les arrérages à partir du 1er août 1831 (une fois sous le nom de Binet, Louis, François, Barthélemy et une fois sous le nom de Binet, Louis, Emmanuel, Barthélémy) ; Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/44 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) IIIe arrondissement, blessés de 3e classe (sous le nom de Binet, Louis, François) ; Archives de la préfecture de police AA 369, décorés de juillet 1830 et blessés de juin 1848, Etat de secours accordés de 1849 à 1853, projet d’accorder à 289 décorés, médaillés, blessés, combattants de Juillet et veuves, etc., rapport approuvé le 26 avril 1849, minute 21 et suivantes, idem minute 26 et suivantes, idem Envoi d’un état nominatif de décorés, blessés ou combattants de Juillet 1830, sur le compte desquels il y a lieu de prendre des renseignements, à la date du 20 mai 1850, minutes 105-109, idem rapport du 3 septembre 1850, Allocation de secours s’élevant ensemble à 12.610 francs à 218 décorés ou blessés de juillet, 25 veuves de décorés et 1 ascendant de blessé de Juillet, minutes 129-134, idem Proposition, en date du 6 septembre 1851, d’accorder à 286 décorés, médaillés, blessés, combattants, ascendants et veuves de Juillet 1830, des secours s’élevant ensemble à la somme de 15.600 francs, ladite somme imputable sur le chapitre 26 du budget de l’Intérieur, exercice 1851, minutes 194-199, idem Proposition d’accorder à 130 décorés, veuves et blessés de juillet 1830 des secours s’élevant ensemble à 7.510 francs, imputables sur le chapitre 6 du budget de 1852, minutes 225-229, en date du 19 juin 1852 (sous le nom de Binet, Louis, Emmanuel).