Bissette, Cyrille, Charles, Auguste
Biographie
Né le 9 janvier 1795 à La Martinique, homme de couleur et fils de Bissette, Charles, Borromée et de Bellaine, Elizabeth, Mélanie, son épouse et fille naturelle et affranchie de Joseph, Gaspard de Tascher de la Pagerie, le père de Joséphine de Beauharnais. Il fut condamné à l’exposition, à la marque et aux galères pour avoir soutenu une pétition qui demandait les mêmes droits civils et politiques pour les Blancs et pour les Noirs. On s’était servi, pour soutenir l’accusation d’un édit du 16 avril 1757 rendu contre les encyclopédistes. Le jugement fut cassé, et Bissette condamné au bannissement des colonies. En 1830, il était négociant à Paris. La chronique de l’époque rapportait les faits suivants sur sa participation aux combats : « On a souvent reproché aux hommes de couleur de nourrir des sentiments d’hostilité contre la personne des Blancs. Voici un exemple de modération, qui donne un solennel démenti à des accusations injurieuses : MM. Bissette et Fabien, victimes de la justice coloniale, se trouvaient à Paris aux mémorables journées des 27, 28 et 29 juillet : on a vu M. Bissette, sur tous les points où il y avait du danger, s’associer aux efforts héroïques de la population parisienne, et porter un secours bienveillant aux militaires blessés. Quoiqu’il ait été le plus maltraité par cette justice coloniale, et qu’il ait rencontré dans les rues de Paris le comte de Grenouville, colon de la Martinique, président de la cour qui l’a condamné aux travaux forcés à perpétuité, et encore qu’il fût armé, il ne s’est porté envers lui à aucun acte de violence. » Le Constitutionnel du 11 août 1830 publie la lettre suivante, adressée par Bissette au directeur de ce journal : « Paris, le 10 août. Monsieur. Je viens d’apprendre que M. Cabasse, procureur général à la cour de Limoges, pour conserver ses fonctions, se fait un mérite auprès du nouveau gouvernement d’avoir, en 1827, dans un réquisitoire à la cour de la Guadeloupe, que je m’abstiens de qualifier, requis contre moi l’application de la peine de mort, en vertu d’ordonnances de Blois et de Moulins, et d’une loi de Charles IX (1557), non promulguées dans les colonies, par conséquent inconnues aux citoyens. Cette prétention est, dit-on, appuyée par M. Bourdeau, membre de la Chambre des députés, mais je ne puis le croire, car M. Bourdeau, procureur général à Rennes, à l’époque de la déportation de mes malheureux compatriotes et de moi, avait témoigné par lettres à notre courageux défenseur, M. Isambert, une opinion toute favorable aux déportés. J’ai pensé, Monsieur, qu’il était du devoir d’un bon citoyen de faire connaître les principes de M. Cabasse, en matière de délit politique, et de justifier en même temps l’injure faite à M. Bourdeau, d’appuyer la nomination d’un homme qui s’exprimait ainsi au sujet d’un écrit politique et de pétitions présentées aux autorités coloniales : “Quiconque aura affiché ou semé des libelles séditieux ou diffamatoires sera pendu et étranglé jusqu’à ce que mort s’ensuive.” Que M. Cabasse se soit fait un mérite de ce réquisitoire sous le ministère de l’infâme Peyronnet, cela se conçoit, mais qu’il vienne s’en étayer aujourd’hui qu’une ère nouvelle a commencé pour la France et les colonies, c’est ce qui surprendra tous les gens de bien et tous les amis de l’humanité. » Le Constitutionnel du 18 août 1830 publie l’article suivant : « En réponse à la lettre de M. Bourdeau [à retrouver], M. Bissette nous écrit pour confirmer de nouveau tout ce qu’il a dit, et qu’il offre de prouver, à l’égard de M. Cabasse. » La France nouvelle, nouveau journal de Paris, en date du 31 août 1830, publiait l’information suivante : « Parmi les députations chargées de recevoir hier les drapeaux donnés par le roi à la garde nationale, on remarquait MM. Fabien et Bissette, victimes des persécutions de l’ancien gouvernement. Le premier est officier dans la deuxième légion, et le second, sergent dans la troisième. Poursuivis, condamnés pour avoir courageusement lutté contre la tyrannie, il était juste qu’ils reçussent, dans une occasion solennelle, le prix de leur dévouement à la cause de la liberté. » Il comparut le 29 avril 1831 devant un jury de la Commission des récompenses nationales (selon un mot envoyé par Laugier, Adolphe [voir ce nom] à Delestre [voir ce nom], membre du jury du (ancien) XIIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. Il obtint selon L’Ami de la religion et du roi, journal politique, ecclésiastique et littéraire, pour son fils une bourse dans un des collèges parisiens. On trouve dans L’Ami de la religion et du roi, journal politique, ecclésiastique et littéraire la mention suivante de Bissette : « (Chambre des députés) On passe au rapport des pétitions. Les sieurs Fabien et Bissette, hommes de couleur de la Martinique, demandent la mise en accusation de MM. de Peyronnet, de Chabrol et de Clermont-Tonnerre, à raison des abus d’autorité exercés par ces anciens ministres contre leur personne. Après avoir entendu MM. de Laborde, Salverte, Benjamin Constant, Labbey de Pompières et Persil, on renvoie la plainte aux ministres de la Justice et de la Marine, et seulement en ce qui concerne M. de Peyronnet à la commission de l’accusation des ministres. » On peut lire dans le Journal du maréchal de Castellane le récit suivant sur Bissette, lors du procès des ex-ministres de Charles X : « La garde nationale [chargée de la garde des prisonniers, N.D.A.] est très animée contre eux. Le maréchal de camp Daumesnil, malgré l’autorité de ses vingt blessures et de sa jambe de bois, a toutes les peines du monde à les empêcher d’exercer des rigueurs inutiles contre les prisonniers. Il dit que les quatre mille hommes qui ont passé à leur garde sont, sous ce rapport, de vrais cannibales. On avait construit, pour parloir, une véritable cage de fer. Les commissaires ayant demandé aux prisonniers s’ils pouvaient faire quelque chose pour adoucir leur position, M. de Peyronnet a répondu : “Je me suis d’avance soumis à tout, mais à moins de la force, rien ne me fera entrer dans cette cage ; je préfère me priver de la douce consolation de voir mes parents et mes amis. J’ai été très affligé ; on m’avait annoncé que je verrais ma fille qui, étant grosse et malade, ne peut monter ; au moment fixé pour descendre, on est venu m’avertir que cela n’était pas possible. Je ne m’en prends pas à M. le gouverneur ; nous n’avons qu’à nous en louer ; ni à MM. les commissaires de la Chambre des députés.” On n’a pas pu faire descendre M. de Peyronnet pour voir sa fille, parce que Bissette était de garde. Cet homme, condamné à la Martinique, sous le ministère de M. de Peyronnet, avait tiré son poignard en s’écriant : “Ah ! il va descendre ; je vais me venger de la marque que je porte sur l’épaule”. » Son nom est cité par Carré, Jacques, Narcisse, comme pouvant attester de la conduite qu’il avait tenue pendant les combats de Juillet. Le Figaro, en date du 8 octobre 1830, publiait le fait suivant : « M. Bissette, de la Guadeloupe, que M. Peyronnet a persécuté si longtemps, montait il y a quelques jours la garde à la porte de cet ex-ministre. Ainsi va le monde. » La Gazette des tribunaux, en date du 1er et 2 novembre 1830, rapporte qu’un de ses fils, avec l’un des fils de Bissette (voir ce nom), reçut une bourse pour étudier dans un collège royal. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Bisette), auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il est l’auteur de très nombreux articles dans le Constitutionnel, le Courrier français ou le Journal du commerce, de Lettre au ministre de la marine sur la nécessité d’arrêter la réaction aux Antilles françaises en 1831, de Demande en grâce pour Adèle, jeune esclave de la Martinique, condamnée à la peine du fouet pour avoir chanté la Parisienne, en 1831, de Mémoire sur les améliorations législatives et organiques à apporter au régime des colonies françaises, en 1831 et d’Observations sur les projets de lois coloniales, en 1832. En 1847, son nom est encore sur une liste d’anciens prisonniers politiques secourus de soixante-quinze francs par mois ; cette allocation est porté à 225 francs trimestriels en 1853. Il demeurait 14, rue du Mail en 1831. Le National, 7 août 1830 ; La France nouvelle, nouveau journal de Paris, 31 août 1830 ; Le Figaro, 8 octobre 1830 ; Les Enfans de Paris ou les Petits Patriotes, scènes de courage, de présence d’esprit, de magnanimité, de grandeur d’âme et de désintéressement de la jeunesse parisienne pendant les journées des 27, 28, 29 juillet 1830, A. de Saintes, chez Nepveu libraire, et Eymery, Fruger et Cie, libraires, Paris, 1831, p. 81 ; Le Constitutionnel, 11 août 1830 ; La Révolution de juillet 1830, Louessard, Spartacus, Paris, 1987, p. 81 ; Procès des derniers ministres de Charles X, tome Ier, Paris, chez Audot, 1830, p. 71 ; Etat supplémentaire et définitif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat supplémentaire et définitif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, Le Moniteur universel 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD3 1-2 in dossier Commission des récompenses nationales, correspondance (1830-1831) ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIIe arrondissement et liste supplémentaire des décorés de Juillet ; Archives de la préfecture de police AA 368, condamnés politiques résidant à Paris, notes pour l’état de secours du 2e trimestre 1853, en date de juin 1853 ; Archives de la préfecture de police AA 376 in dossier Carré, Jacques ; L’Ami de la religion et du roi, journal politique, ecclésiastique et littéraire, tome soixante-cinquième, 14 septembre 1830 n° 1684 p. 300 ; L’Ami de la religion, journal politique, ecclésiastique et littéraire, tome soixante-sixième, 4 novembre 1830 n° 1706 p. 27 ; Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862, tome deuxième (1823-1831), Paris, Plon, 1895, p. 385 ; Archives de la préfecture de police AA 366, Etat des allocations accordées pour le mois de janvier 1848 aux condamnés politiques de la Restauration qui résident à Paris (où il apparaît pour un secours mensuel de soixante-quinze francs) ; Archives de la préfecture de police AA 367, Condamnés politiques de 1814 au 24 février 1848, Etat des extinctions survenues depuis le 18 janvier 1847 jusqu’au 1er mai 1850.