Bixio, Giacomo, Alexandro
Biographie
Né le 20 novembre 1808 à Chiavari (Italie). Etudiant en médecine. Sur la participation de Bixio aux combats de Juillet, on trouve les indications suivantes dans le récit que fit Dhainault, Frédéric de sa propre participation : « […] J’étudiais la médecine en 1830. J’étais élève externe des hôpitaux civils, bachelier ès lettres et ès sciences, lorsqu’arriva la révolution de Juillet. Je pris part à la lutte avec toute l’énergie d’un cœur généreux, enthousiaste de liberté. La nuit, occupé à soigner les blessés, le jour combattant à la place de Grève et à la caserne de Babylone. J’avais alors pour compagnon d’études et de combats Jules Guyot (voir ce nom) et Bixio […]. » Alexandre Dumas fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet. Il en laissa un récit impartial et bien renseigné. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Bixio : « [Le 27 juillet] Nous nous remîmes aux barricades.
Une petite troupe d’étudiants arrivait par le haut de la rue de l’Université ; à sa tête marchait un grand jeune homme blond, vêtu d’une redingote vert pomme.
Le grand jeune homme blond seul avait un fusil de munition.
On fraternisa, et l’on se réunit pour travailler aux barricades. Le voisinage de la caserne des gardes du corps, qui était située quai d’Orsay, faisait craindre une attaque
Il était impossible que la sentinelle n’eût pas entendu les deux coups de feu, n’eût pas vu fuir le gendarme, et n’eût pas donné l’alarme.
J’étais fatigué de retourner des pavés. Je cédai ma pince au grand jeune homme blond. Il se mit à piquer les entre-deux à son tour ; mais la pince était lourde, elle lui échappa des mains, et vint me frapper à la jambe.
– Ah ! monsieur, s’écria-t-il, je vous demande bien pardon, car je dois vous avoir fait grand mal !
C’était vrai ; mais il y a des moments où la douleur n’existe pas.
– Ne faites pas attention, lui dis-je, c’est sur l’os.
Il releva la tête
– Est-ce que vous auriez de l’esprit par hasard ? me demanda-t-il.
– Parbleu ! répondis-je, belle demande ! c’est mon état d’en avoir.
– En ce cas, faites-moi le plaisir de me dire votre nom.
– Alexandre Dumas.
– Ah ! monsieur !... Il me tendit la main. Moi, je m’appelle Bixio (voir Bixio, Giacomo, Alexandro)... Profession étudiant en médecine. Si je suis tué, voici ma carte, ayez la bonté de me faire reporter chez moi ; si vous êtes blessé, je mets ma science à votre disposition.
– Monsieur, j’espère que votre carte et votre science seront inutiles ; mais n’importe ! je prends l’une et j’accepte l’autre. N’oubliez pas plus mon nom, s’il vous plaît, que je n’oublierai le vôtre.
Nous nous donnâmes une poignée de main. Notre amitié date de là.
Les barricades achevées, nous en confiâmes la garde à ceux qui nous avaient aidés à les faire.
– Maintenant, dis-je à Bixio, où allez-vous ?
– Je vais du côté du Gros-Caillou.
– En ce cas, je vous accompagne jusqu’à la Chambre... Je veux aller voir ce qui se passe au National.
– Comment ! me dit Bixio, vous allez comme cela par les rues avec votre fusil !
– Mais, lui répondis-je, vous y allez bien, vous, ce me semble.
– Oui, de ce côté-ci de la Seine.
– Bah ! je suis en chasseur, et non en combattant.
– Seulement, la chasse n’est pas ouverte.
– Eh bien, je l’ouvre, voilà tout. »
Dumas cite aussi le nom de Bixio parmi ceux des combattants qui ont le plus contribué à la victoire de Juillet : « Ceux qui ont fait la révolution de 1830, ce sont ceux que j’ai vus à l’œuvre, et qui m’y ont vu ; ceux qui entraient au Louvre et aux Tuileries par les grilles rompues et les fenêtres brisées ; c’est, hélas ! – qu’on nous pardonne cette funèbre exclamation, la plupart d’entre eux sont morts, prisonniers, exilés aujourd’hui ! – c’est Godefroy Cavaignac, c’est Baude, c’est Degousée, c’est Higonnet, c’est Grouvelle, c’est Coste, Guinard, Charras, Etienne Arago, Lothon, Millotte, d’Hostel, Chalas, Gauja, Baduel, Bixio, Goudchaux, Bastide, les trois frères Lebon – Olympiade, Charles et Napoléon, le premier tué, les deux autres blessés à l’attaque du Louvre –, Joubert, Charles Teste, Taschereau, Béranger... Je demande pardon à ceux que je ne nomme pas et que j’oublie ; je demande pardon aussi à quelques-uns de ceux que je nomme, et qui aimeraient peut-être autant ne pas être nommés. Ceux qui ont fait la révolution de 1830 c’est cette jeunesse ardente du prolétariat héroïque qui allume l’incendie, il est vrai, mais qui l’éteint avec son sang ; ce sont ces hommes du peuple qu’on écarte quand l’œuvre est achevée, et qui, mourant de faim, après avoir monté la garde à la porte du Trésor, se haussent sur leurs pieds nus pour voir, de la rue, les convives parasites du pouvoir, admis, à leur détriment, à la curée des charges, au festin des places, au partage des honneurs. » Bixio présida le jury de la Commission des récompenses nationales pour le (ancien) Xe. Ce jury était composé de quatorze membres, soit outre lui, de Brissot-Thivars Louis Saturnin, Campaignac Jean Joseph Antoine, Delaruelle Jean-Jacques Rousseau, Marie dit Aumont Joseph Bonaventure, Manteau Louis François, Lallemant dit Mazagrand Julien François, Rufz Paul Etienne, Plocque Jean Alexandre, Constant Georges Jean Louis, Robinet Stéphane, Montègre Horace, Gravier Jean-Baptiste Adolphe. Il fit partie avec Gautier Etienne Guillaume, Vincent, Labillois Charme Jean-Baptiste, Crépin Romain Antoine François, Moreau (demeurant à Vanves, mais lequel il y en a deux… à retrouver…), de Château Giron René Charles Hyppolyte, Leullier Armand, Lejemptel Guillaume Louis, Dumas Alexandre (voir ces noms), des dix membres composant le jury de la Commission des récompenses nationales pour le (ancien) XIVe arrondissement, sous-préfecture de Sceaux. Dans sa séance du 13 avril 1831, le comité des renseignements, chargé de recueillir des informations sur les différents candidats aux récompenses honorifiques et sur les contestations qu’il pouvait y avoir sur chacun des cas, il demanda l’ajournement de tous les prétendants à une récompense et dont « le théâtre des faits n’était point Paris ». Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il comparut, le 5 mars 1831, devant le maire du (ancien) Xe arrondissement, pour attester que Mignot, François, Etienne « n’a point reparu depuis les journées de Juillet ; qu’il était à l’attaque du Louvre le 29 et qu’il y est mort glorieusement pour la cause nationale ; et que sa mère, Marie-Louise Mignot, veuve Petit, n’a plus aucun moyen d’existence depuis qu’elle est privée de l’assistance de son fils ». En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Bixi), auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé ; il semble être deux fois sur les listes : la 2e Bixio demeurant 91, rue de Seine. Bixio soutint sa thèse de médecine le 26 août 1833, devant la faculté de médecine de Paris. Collignon, Paul, François (voir ce nom), quand il fit valoir ses droits auprès de la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, comme combattant de Juillet et militant républicain, donnait le nom de Bixio « dont l’honorabilité et le patriotisme vous sont si bien connus » comme garant de ses opinions et de ses actes politiques depuis la révolution de 1830. Le préfet Berger, dans une lettre datée du 27 avril 1849, sollicita pour Bixio, Jacques, Alexandre, la légion d’honneur : « Représentant du peuple, membre de la commission municipale et départementale, sans parler du concours que M. Bixio a prêté à l’administration de la ville, il me suffira de rappeler sa conduite courageuse dans les journées de juin [1848, N.D.A.]. La glorieuse blessure que M. Bixio a reçue aux barricades de la rue Saint-Jacques l’a signalé à la reconnaissance du pays. » En 1854, il était médecin, rue Jacob à Paris. Nous empruntons au Dictionnaire des contemporains de Vapereau la notice biographique consacrée à Bixio et ainsi rédigée : « Médecin naturaliste et homme politique français, né à Chiavari, dans l’ancien département des Apennins, en 1808, fit ses classes au collège Sainte-Barbe, puis étudia la médecine et se fit recevoir docteur avec une thèse intitulée Propositions de médecine et de chirurgie. En 1837 il fonda le Journal d’agriculture pratique, de jardinage, etc., qu’il publie encore aujourd’hui avec M. Barral. En 1844, il reprit, avec M. Ysabeau, la Maison rustique du XIXe siècle, et publia l’Almanach du jardinier (1844, et suivantes), l’Almanach du cultivateur et du vigneron ; l’Annuaire de l’horticulteur (même année et suivantes). Lié avec les chefs de l’opposition libérale, M. Bixio était un des rédacteurs du National et jouissait d’une grande autorité, dans le Xe arrondissement de Paris, au moment où éclata la révolution de 1848. Satisfait de l’abdication du roi, il s’opposa, le 24 février, à la proclamation de la République, et retira une première fois de l’Imprimerie royale, avec l’autorisation de quatre des membres du gouvernement provisoire, la déclaration destinée au Moniteur. Il accepta néanmoins du nouveau pouvoir les fonctions de chef de cabinet et fut chargé d’une mission extraordinaire à Turin. Elu représentant du peuple, dans le Doubs, le sixième sur sept, par 23.863 voix, il résigna ses fonctions diplomatiques pour siéger à la Constituante, dans les rangs du parti démocratique modéré. Il prit une part courageuse à la pacification des luttes de juin et reçut une balle en pleine poitrine. Sa blessure, heureusement légère, l’éloigna quelque temps de l’Assemblée, qui, à son retour, le choisit pour vice-président M. Bixio fit partie, mais pendant huit jours seulement, du premier cabinet de Louis-Napoléon, comme ministre de l’agriculture et du commerce (20-29 décembre 1848). Réélu, dans le Doubs et à Paris, membre de l’Assemblée législative, il y soutint la cause libérale avec la même fermeté et la même mesure. La franchise de son langage lui valut un duel avec M. Thiers. Au 2 décembre il fit partie de la réunion du Xe arrondissement ; l’Assemblée ayant été dispersée, tandis qu’il portait à l’imprimerie le décret de déchéance, il revint se constituer prisonnier. Rendu à la liberté un mois après, M. Bixio se renferma dans ses travaux scientifiques. Il dirige, à Paris, une librairie spéciale d’agriculture. Outre leurs publications communes, MM. Bixio et Barral ont, en 1850, attaché ensemble leur nom à deux des plus hardies tentatives d’ascension aérostatique. » Il demeurait 38, rue Sainte-Marguerite en 1830 (mais 91, rue de Seine deux fois et aussi 1, rue Cadet in Archives nationales F/1dIII/36) ; 3, rue Guénégaud en 1831 ; 26, rue Jacob en 1854. Aubert, Marie, François, Hubert, ancien militaire, donnait in Archives nationales F/1dIII/33 l’adresse du 38, rue Sainte-Marguerite, chez M. Bixio. Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris Vbis7K4 1, Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, Xe arrondissement ; Archives de Paris VK3 29, séance du 8 avril 1831 décision contre Carbonnel, Antoine, François, dont il s’offrait de prouver l’insuffisance de ses titres, idem séance du 11 avril 1831 pour rectifier l’état civil de Danse, Charles, Olivier, idem séance du 13 avril 1831 décision contre César, Louis, Bienvenu, idem séance du 21 avril 1831, décision en faveur de Capet, idem décision contre Robinet, idem séance du 12 avril 1831 décision contre Petit, Jean du (ancien) IIIe arrondissement, idem séance du 13 avril 1831 où il demande l’ajournement de toute décision pour Drouineau, Pierre, Gustave, pour Renouard, Hippolyte, pour Baynaud, Camille, pour Dutraigneau, François, pour Saulnier, Charles, Pierre, pour Monthelier, Pierre, Auguste, pour Clavel, Eugène, pour Lelièvre, Antoine, séance du 15 avril 1831 où il prend parti en faveur de Duverger, Louis, Camille, Eugène, parti contre Renouard, Hippolyte, parti en faveur de Arnaud, Jean-Joseph, André, parti contre Clavel, Eugène ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés et non blessés du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement et état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/67 in dossier Mignot, François, Etienne ; Archives nationales F/15/2557-2559, état nominatif des membres de la Commission des récompenses nationales et des membres des jurys ; Archives nationales F/1dIV/B/10 ; Archives de la préfecture de police AA 379 in dossier Collignon, Paul, François ; Archives de la préfecture de police AA 385 in dossier Dhainault, Frédéric ; Archives de Paris VD4 11 pièce 3173 Préfecture du département de la Seine, Liste des médecins et chirurgiens, docteurs en médecine et en chirurgie, officiers de santé et sages-femmes, dressée le 31 décembre 1854 (sous le nom de Bixio, Jacques, Alexandre) ; Dictionnaire des contemporains, contenant toutes les personnes notables de la France et des pays étrangers, Vapereau, paris, Hachette, 1858 ; Souvenirs personnels et silhouettes contemporaines, Auguste Barbier, Slatkine, Genève, 1973, p. 141.