Blanqui, Auguste, Louis
Biographie
Né le 7 février 1805 à Puget (Hautes-Alpes). En avril 1827, il reçut un coup de sabre dans la rue Saint-Honoré à l’occasion de la « loi de justice et d’amour » présentée par le garde des Sceaux pour museler la presse ; en mai 1827, il reçut un autre coup de sabre sur le pont Saint-Michel, dans un hourra d’étudiants contre le jésuite Récamier ; le 29 novembre 1827 au soir, rue aux Ours, dans l’échauffourée sanglante qui suivit les élections libérales de la veille, il fut atteint au cou par une balle tirée par un feu de peloton. Dans Histoire politique des écoles et des étudiants depuis le Moyen Age jusqu’à 1850, l’auteur précise (mais l’ouvrage est de seconde main) : « Auguste Blanqui […] reçut au cou une profonde entaille. Une femme, qu’il épousa plus tard, le recueillit, blessé, dans une sombre allée de la rue aux Ours. » Sténographe au Globe en 1830. Maintenant il faut des armes, textes choisis et présentés par Dominique Le Nuz, retranscrit l’affiche que Blanqui rédigea pendant les journées de Juillet. Elle était ainsi rédigée : « 27 juillet 1830.
Parisiens !
« Charles X a déchiré la Charte, renversé les lois, anéanti toutes les libertés. Plus d’imprimerie ! Plus de journaux ! Plus de livres ! Plus de Chambre ! L’Ancien Régime est rétabli, la France livrée pieds et poings liés aux nobles et aux prêtres.
Aux armes, citoyens ! Aux armes pour défendre la patrie, notre honneur, notre existence ! Consentirons-nous à devenir un troupeau d’esclaves sous le fouet des jésuites ? Non, non ! Plutôt mourir !
Mais ce n’est pas le peuple qui périra, ce sont les misérables qui prétendent l’asservir. Debout ! debout ! écrasons ces infâmes. Que le châtiment tombe comme la foudre sur leur attentat.
Article 1er. Tous les citoyens de seize à cinquante ans sont appelés à la défense de la patrie et de la liberté. Article 2. Les hommes de seize à trente ans, armés ou non armés, se rendront place de l’Hôtel de ville pour être organisés en bataillon. Article 3. Les hommes de trente à cinquante ans resteront dans leur quartier pour y préparer la résistance. Article 4. Des barricades seront construites dans toutes les rues, de cinquante mètres en cinquante mètres. Les rues seront dépavées et dans les principales voies de passage les pavés seront montés aux étages supérieurs pour être précipités sur les troupes de Charles X. Article 5. Les anciens militaires officiers, sous-officiers et soldats sont appelés à l’Hôtel de ville pour former les cadres des bataillons populaires. Article 6. Il sera établi des commissions pour : 1) le service des vivres ; 2) l’armement ; 3) l’amunitionnement. Les citoyens aptes à faire partie de ces commissions voudront bien se présenter à l’Hôtel de ville. Article 7. Le peuple s’emparera des armes à feu en magasin chez les armuriers ainsi que de la poudre et des balles. L’Etat leur remboursera le prix de tous ces objets avec une prime de 25 % pour les risques. »
Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. On peut lire dans le manuscrit de Victor Crochon les informations suivantes : « Le 12 janvier 1832, un jeune décoré de la Croix de Juillet, M. Blanqui, s’est exprimé en ces termes devant la cour d’assises : “Le mercredi 28 juillet, à 10 heures du matin, m’étant avisé de dire dans le bureau d’un journal que j’allais prendre mon fusil et ma cocarde tricolore, l’un des puissants personnages d’aujourd’hui s’écria plein d’indignation : Mais les couleurs tricolores peuvent bien être les vôtres mais elles ne seront jamais les miennes ; le drapeau blanc est le drapeau de la France. Comme à présent, ces messieurs faisaient tenir la France sur un canapé.” » Au cours d’un procès, en 1832, où il était accusé comme un des membres les plus influents de la Société des Amis du peuple, pour complot ayant pour but d’instaurer la république il donna des indications sur la participation qu’il prit aux combats de Juillet. En effet, acquitté par le jury, qui déclara tous les accusés non coupables, Blanqui fut condamné, par les seuls magistrats et pour avoir cherché à troubler la paix publique en exprimant le mépris et la haine des citoyens contre plusieurs classes de personnes pendant le cours du procès à un an de prison et trois cents francs d’amende. A l’énoncé de ce curieux verdict supplémentaire, il exposa sa conduite, dans le même tribunal, le 29 juillet : « Le 29 juillet, je suis entré ici. Le hasard m’avait placé à la tête du peuple en armes… Avec la pointe de nos baïonnettes nous avons déchiré les fleurs de lys que nos yeux cherchent dans cette enceinte, Monsieur, et qu’ils n’y trouveront plus… Croyez-vous que c’était à de vains emblèmes que s’adressaient nos baïonnettes ?... Non !... C’était aux magistrats prévaricateurs qui avaient souillé quinze ans ces sièges de leur présence… Nous pensions avoir nettoyé le temple de la justice… En cela comme en tout, on a fait mentir notre révolution, mais le souvenir de ces journées devrait vous servir de leçon. » Compromis sitôt après la révolution dans des troubles étudiants, on trouve dans le Bulletin de Paris de la préfecture de police la relation suivante concernant les troubles auxquels il participa : « [15 janvier 1831] Les élèves des différentes écoles se sont réunis, aujourd’hui, sur la place du Panthéon, au nombre d’environ cinq cents mais n’ayant pu pénétrer dans l’intérieur de ce monument, dont les grilles avaient été fermées à l’avance, ils se sont rendus dans la cour de la Sorbonne, où le sieur Sambuc, élève de première année, qui excite une grande influence sur ses condisciples, a prononcé un discours portant en substance : que les élèves demanderaient l’autorisation de former une société politique et qu’ils avaient d’autant plus lieu d’espérer que cette permission leur serait accordée que le gouvernement tolérait plusieurs associations du même genre ; qu’alors ils publieraient un journal, où leurs intentions seraient développées et que leurs parents ainsi que le public pourraient apprécier leur amour pour l’ordre et leur patriotisme. Le même étudiant a lu un projet d’association en onze articles. Une commission spéciale serait chargée de tout ce qui pourrait intéresser les élèves et d’adresser au roi une pétition tendant à faire rapporter les ordonnances qui les concernent et à réclamer une organisation légale en vertu de laquelle ils pourraient exister et agir en toute liberté. Un autre orateur a invité tous ceux qui voudraient faire partie de l’association provisoire à se rendre tous les jours de midi à 4 heures, rue de la Harpe n° 83 (sic), chez M. Blaqui (sic), où ils trouveraient des commissaires qui leur donneraient tous les renseignements qu’ils pourraient désirer. Le premier orateur a ajouté que si la demande adressée au ministre n’était point accueillie toutes ces mesures provisoires seraient regardées comme non avenues et que dorénavant la société n’aurait rien à démêler avec les Chambres. Cette dernière allocution a été écoutée avec faveur. Tous les jeunes gens se sont séparés pour retourner à leurs demeures respectives sans que l’ordre et la tranquillité aient été troublés. [22 janvier] Un rassemblement d’environ trois cents élèves en droit et en médecine se forma dans la cour de la Sorbonne pendant que le conseil de l’académie était réuni pour rendre son jugement contre les étudiants signataires de la protestation déférée à sa décision ; le concours de la sortie de plusieurs cours à malheureusement augmenté le nombre. Vers 4 heures, M. le ministre de l’Instruction publique et M. le procureur général descendirent pour reprendre leurs voitures ; ils furent accueillis par des sifflets et des injures, par des cris A bas les renégats ! on leur jeta des œufs. Leurs voitures furent poursuivies par ces cris dans le trajet de la rue de la Sorbonne et on cassa la glace de celle de M. Persil. Des mesures seront prises pour punir les auteurs de ce scandale avec toute la sévérité qu’il mérite. [23 janvier] Une enquête se poursuit pour la recherche des auteurs des insultes faites hier à MM. Barthe et Persil, à leur sortie du conseil académique. Deux commissaires ont été spécialement délégués pour procéder à cette opération avec le zèle qu’elle exige. Des mandats d’arrêt et des perquisitions ont été décernés contre quatre étudiants nommés Blanqui, Gerard, Sambuc et Plocque. [24 janvier] Les étudiants convoqués par des affiches placardées ce matin aux écoles de droit et de médecine se sont réunis à 2 heures sur la place du Panthéon. Ils étaient au nombre d’une centaine environ. Le plus grand nombre était groupé devant le Panthéon et sur les marches de cet édifice. Ils se plaignirent de l’arrestation de quelques-uns d’entre eux et la motion a été faite d’aller les délivrer de force à la préfecture de police ; elle a été promptement abandonnée. Quelques ouvriers, qui paraissaient mécontents de ces sortes de réunions dont l’effet est de paralyser l’industrie sont arrivés sur la place. L’un d’entre eux qui s’était mêlé parmi les étudiants ayant été repoussé et maltraité, ses camarades sont accourus à son secours en menaçant. Le rassemblement s’est dissipé de lui-même à 3 heures et demie. Il n’y avait plus personne sur la place du Panthéon. Les étudiants Sambuc, Ploque (sic) et Blanqui, contre lesquels il avait été lancé, hier, des mandats d’amener, ont été conduits aujourd’hui à la préfecture de police et remis de suite à la disposition du procureur du roi. On a manifesté dans le rassemblement du Panthéon l’intention de se porter demain à 10 heures au ministère de l’Instruction publique. [25 janvier] Les étudiants, au nombre d’une soixantaine, se sont réunis, aujourd’hui, à 1 heure, sur la place du Panthéon. Quelques individus de la classe ouvrière qui s’y trouvaient en même temps se plaignaient dans les termes les plus énergiques de ces réunions journalières qui troublaient l’ordre et achèvent l’anéantissement du commerce. Après avoir passé plus d’une heure sur la place, ils sont venus à la préfecture de police, où ils ont demandé la mise en communication avec ceux de leurs condisciples qui sont en état d’arrestation. Quatre seulement ont été entendus par le secrétaire général de la préfecture de police, le préfet se trouvant alors à une conférence à l’Hôtel de ville et sur ce qu’il leur a répondu que les étudiants arrêtés l’avaient été en vertu de mandats décernés par le juge d’instruction, à la disposition duquel ils étaient entièrement, ces quatre jeunes gens se sont retirés, suivis de leurs camarades ; ils se sont rendus vers M. le procureur du roi, qui les a entendus, après quoi le groupe s’est dispersé. [26 janvier] On a affiché, dans la cour de la Sorbonne, un avis portant qu’il a été déposé chez un sieur Trinquart, rue de l’Ecole-de-Médecine, n° 3, une protestation dans laquelle, tout en déplorant les scènes de la Sorbonne, on proteste énergiquement contre les ordonnances invoquées par M. Le ministre de l’Instruction publique et des Cultes et contre l’arrestation de trois élèves qui n’ont point participé aux désordres de la semaine dernière. M. l’inspecteur général des études a fait arracher cette affiche. [29 janvier] Des affiches séditieuses ont été placardés, ce matin à l’Ecole de droit et à celle de médecine. Elles convoquaient les étudiants aujourd’hui à 2 heures de l’après-midi sur la place du Panthéon pour y signer une protestation contre la détention de leurs camarades arrêtés par suite des troubles de la Sorbonne. A l’heure indiquée, quarante étudiants environ se sont réunis et ont proposé d’ouvrir une souscription destinée à fournir un cautionnement pour les détenus. Bientôt après ils se sont dispersés insensiblement et à 3 heures il n’y avait plus personne sur la place du Panthéon. La tranquillité n’a pas été troublée. Ces étudiants ont envoyé au petit parquet une députation qui a exposé ses griefs, à ce qu’il paraît avec peu de réserve. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, Blanqui reçut, auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. On trouve dans les archives de Lafayette, cette lettre adressée, le 8 février 1832, par Blanqui : « Monsieur, je me souviens toujours avec émotion que j’ai vécu trois jours à Lagrange sous le même toit que vous et notre glorieux général. Depuis ce temps, bien des joies et bien des peines ont agité mon âme ; car la France a été tour à tour pleine de gloire et de deuil. J’ai pris part aux triomphes de notre révolution et nul n’a eu le cœur plus froissé que moi des misères qui ont succédé à ce triomphe d’un jour. Maintenant, comme il y a quatre ans, vous êtes à la tête de ceux qui ne désespèrent point de la patrie. J’ai essayé le peu que je pouvais pour protester contre l’ignominie et je serai content si vous trouvez que j’aie fait acte de citoyen dévoué. Agréez, Monsieur, l’expression de mes sentiments respectueux. » Dans ses révélations, Pepin dit au sujet de Blanqui, le 19 février 1836 : « […] J’ai prévenu Blanqui… Il faut être véridique, c’est le jour de l’attentat, qu’en allant au faubourg Saint-Jacques je rencontrai Blanqui jeune, comme il entrait chez un libraire de la rue de l’Estrapade, ou comme il en sortait […]. » Pepin révéla aussi qu’on lui avait dit que Blanqui appartenait à la toute nouvelle société secrète des Familles. Dans l’exposé qu’il fit, devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, Olivier (voir ce nom), autre combattant de Juillet, donnait les informations suivantes sur l’endroit où avait trouvé refuge Blanqui, pour échapper à la police après l’émeute de mai 1839 : « […] Le 12 mai 1839, averti qu’un mouvement allait éclater, mais comprimé dès son principe (affaire Barbès) ce fut par ses soins empressés que Auguste Blanqui put se soustraire à toutes les recherches, caché comme il l’était et pendant plusieurs mois chez le citoyen David. Enfin il était toujours chargé de transmettre les diverses correspondances des sociétaires des Saisons si gravement compromis […]. » Nous reproduisons, sans connaître ni la part de la vérité ni celle de la malveillance, les propos très durs que Chambolle (voir Chambolle, Michel, Auguste), partisan de Louis-Philippe et exécrant la Commune de Paris, eut dans ses Mémoires, pour Blanqui, en 1871 : « La physionomie d’Auguste Blanqui est moins fière [que celle de Barbès, N.D.A.] ; elle n’a rien d’attrayant, tant s’en faut ; mais elle ne manque pas, non plus, d’originalité. Pas un complot souterrain dont il n’ait fait partie depuis quarante ans ; pas une insurrection, pas une émeute dans laquelle on n’ait surpris sa main. Grèves, coalitions, sociétés secrètes, clubs, journaux socialistes ou jacobins, tout lui est bon, tout lui est instrument pour agiter, pour entraîner les masses. A quelle fin veut-il les conduire ? Nul ne le sait, et il est douteux qu’il le sache lui-même. Conspirer est devenu pour lui un besoin, un métier, un art. Il a passé la plus grande partie de sa vie en prison ; il n’a jamais atteint ni aux honneurs, ni à la fortune ; s’il avait réellement une religion, une cause sainte, il pourrait mériter le nom qu’il se donne, celui de martyr ; et pourtant, ayant vieilli dans les cachots, dans l’indigence, il n’a pu échapper aux soupçons de ses complices, ni même aux accusations publiques de Barbès. Comment expliquer une telle existence, quand on est obligé de reconnaître que, dans son triste rôle, ce conspirateur émérite a déployé des facultés qui ne sont pas communes ? Puisque le citoyen Blanqui, dans ces temps misérables, est devenu un personnage, puisqu’il a été un des principaux instigateurs des émeutes du 31 octobre 1870 et du 22 janvier 1871 qui ont été réprimées ; puisque, réduit à se cacher, découvert dans sa retraite et emprisonné de nouveau, il brilla par son absence au sein de cette Commune si longtemps rêvée, et du Comité du salut public où sa place était marquée ; puisque, enfin, il vient de donner lieu à une négociation dont les feuilles officielles du jacobinisme nous ont raconté toutes les phases et qu’il a été question de l’échanger contre le malheureux archevêque de Paris, Mgr Darboy, détenu encore aujourd’hui comme otage, il ne me semble pas inutile de citer un fait qui a devancé la notoriété de ce martyr.
»Si l’on me demandait comment j’ai fait la connaissance d’Auguste Blanqui, à l’âge de dix-huit ou dix-neuf ans, je ne saurais que répondre. Est-ce par son frère aîné, qui est devenu un écrivain et un économiste distingué ? Je ne le crois pas, car les deux frères n’avaient guère de relations ensemble. Est-ce dans les cours publics ? C’est plus probable. Toujours est-il qu’après l’avoir perdu de vue, car je n’avais aucune liaison avec lui, je le retrouvai un soir sous les arcades de la place Royale, argumentant, qui le croirait ? sur des points de religion et de philosophie avec mon ancien camarade de collège, Drouyn de Lhuys, qui avait aussi été le sien au collège Louis-le-Grand. Je le vis ensuite chez la veuve du célèbre Montgolfier, qui, jusqu’à l’âge de plus de cent ans, a tenu avec grâce, rue Taranne et rue de la Michodière, un salon où se rencontraient plusieurs jeunes gens et quelques hommes politiques. Je l’avais perdu de vue de nouveau et complètement oublié, lorsqu’un matin (c’était entre les années 1832 et 1834), il se présenta inopinément chez moi pour me rendre compte de sa longue disparition. Voici, à peu près, ce qu’il me raconta :
»Résolu à consacrer sa vie à l’étude des misères sociales et à leur soulagement, il avait voulu connaître la misère par sa propre expérience. Dans ce dessein, il avait quitté Paris et parcouru la province avec un avocat de ses amis, couchant sur la paille, dans les granges, et quelquefois à la belle étoile. Son compagnon s’était lassé bien vite de cette vie de bohémien ; mais lui, Blanqui, avait persévéré ; et, jugeant que le mendiant français ne lui donnait qu’une imparfaite idée de ce qu’il voulait connaître, il s’achemina vers l’Italie et l’Espagne, pays classiques de la mendicité. A Turin, où il avait fait hors de propos de la propagande, il fut arrêté et mis en prison. C’était un bon début pour l’étude qu’il se proposait ; en effet, il se félicitait d’avoir passé par les cachots du Piémont. Mais c’était un champ d’expériences trop restreint ; il fit donc des démarches pour être rendu à la liberté, et, à peine eut-il réussi, qu’il se dirigea vers l’Espagne. Là, il rencontra à souhait les types qu’il avait cherchés ; mendiants, filous, infirmes, moines, bandits, devinrent successivement ses compagnons ou ses hôtes. Il avait connu et souffert avec eux la faim, la soif, la nudité, la piqûre des insectes, la fièvre, la gale, les insultes, le mépris, et je ne sais combien d’autres fléaux. Je l’écoutais en me récriant, d’un air de stupéfaction et de doute. “Vous croyez que j’exagère, me dit-il ; eh bien ! regardez et jugez !” Alors, il enleva, avec un horrible craquement, une perruque noire qui était collée sur sa tête, et, me montrant son crâne dénudé : “Vous le voyez, dit-il, tous mes cheveux ont été rongés dans les bouges que j’ai fréquentés. Je ne sais s’ils repousseront jamais ; n’importe ! je suis satisfait ; j’ai vu ce que je voulais voir, je connais ce que je tenais à connaître.” Je ne crois pas avoir revu le citoyen Blanqui depuis cette- étrange visite ; mais je m’en suis souvenu chaque fois qu’un nouveau complot, une nouvelle condamnation a remis son nom en évidence, et je me suis demandé si, dans cette passion bizarre et obstinée qui le poussait tout jeune à la découverte des misérables, il ne fallait pas voir le présage, le signe et peut-être l’excuse de l’espèce de démence qui l’a entraîné, depuis, dans de si nombreux attentats contre l’ordre social. » Blanqui demeurait 85, rue de la Harpe en 1830-1831 ; 96, rue de Montreuil en 1831 in Archives nationales F/1dIII/36. Tablettes universelles, répertoires des événements, des nouvelles, etc, par une société d’hommes de lettres, dirigée par J.-B. Gouriet, tome onzième, Paris, 1821, p. 268 ; Bibliothèque historique de la Ville de Paris, manuscrits, 8-ms-1025, ouvrage de Victor Crochon, f° 275 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris Vbis7K4 1, Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 545 n° 3 (liste des décorés du Xe arrondissement) ; Archives de Paris 6AZ 29 (6AZ 1770 portrait de Blanqui) ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/7/12329, préfecture de police, Bulletin de Paris du 15-29 janvier 1831 ; Archives nationales MI 217 23, ; Archives nationales MI 217 24 ; Histoire politique des écoles et des étudiants depuis le Moyen Age jusqu’à 1850, Watripon, Paris, chez Michel et Joubert, 1850, tome I, p. 126. ; Procès des quinze, publié par la Société des Amis du peuple, Paris, Auguste Mie, 1832 ; Nourrit, 1912, p. 167-170 ; Sur son arrestation après l’affaire de la rue de Lourcine voir Archives nationales CC//709 dossier Meunier ; Archives de la préfecture de police AA 405 in dossier Olivier ; La République clandestine, 1818-1848, Gilmore, Jeanne, Aubier, Paris, 1997 ; Maintenant il faut des armes, textes choisis et présentés par Dominique Le Nuz, éditions la Fabrique, Paris, 2006 ; L’Epopée des régicides. Passions et Drames. 1814-1848, Louessard, l’Insomniaque, Paris, 2000.