Bocage, Pierre, François
Biographie
Né le 21 brumaire an VIII (11 novembre 1799) à Rouen (Seine-Maritime), fils de Touzé, Guillaume, toilier, demeurant quartier Marlainville, et de Porée, Marie, Anne, Elisabeth, Louise, son épouse (le père signa Touzé dit Bocage). Artiste dramatique. On trouve dans Le Figaro du 11 avril 1826, l’article suivant le concernant et qui indique déjà ses mauvaises dispositions à l’égard de la Restauration : « Boccage est rentré à l’Odéon. Le rôle de Tartufe est celui qu’il a choisi. Il ne pouvait mieux faire pour plaire au public, qui n’aime rien tant que de saisir toutes les occasions de flétrir dans cette admirable image des tartufes de religion, les originaux qui de nos jours surgissent de toutes parts. » Il participa à la révolution, sans qu’aucune trace ne nous soit parvenue. Le 21 octobre 1830, peu de temps après la révolution et alors qu’on s’enthousiasmait au théâtre de spectacles mettant en scène la légende napoléonienne, Le Figaro publiait l’article suivant : « Le drame de Napoléon à Schœnnbrun et à Sainte-Hélène par MM. Dupeuty et Regnier a obtenu hier un succès d’enthousiasme au théâtre de la Porte-Saint-Martin. Gobert, dans le rôle de l’empereur, et Bocage, dans celui d’un grenadier de la vieille garde, ont été criblés d’applaudissements. Nous reviendrons sur cette soirée, qui sera (nous n’en doutons pas) mémorable dans les archives de cette administration théâtrale. » Le lendemain, le même journal, en reprenant la critique de la pièce qui rappelait la tentative du jeune nationaliste allemand, Frédéric Staps, d’assassiner Napoléon parce qu’il empêchait l’unification de l’Allemagne, faisait ce commentaire élogieux sur Bocage : « Enfin Bocage a créé avec un grand aplomb de gaîté, de verve, de rondeur et de franchise le rôle d’un vieux grenadier, qui suffirait seul pour assurer le succès de de drame, esquissé d’ailleurs avec habileté et rempli de traits de vigueur et d’esprit. » Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. A la suite des troubles qui marquèrent la plantation d’un arbre de la liberté, le 14 juillet 1831, il fut avec Larive, Achille (voir Larive, François, Joseph, Achille, Mauduit) décoré de Juillet, V. Prêtot (voir Prêtot, Victor, Nicolas) médecin et décoré de Juillet, S. Duval (ou Duval, E. le lendemain) décoré de Juillet, Villain de Saint-Hilaire décoré de Juillet sous-intendant militaire adjoint et homme de lettres, August. Boniface (voir Boniface, Augustin, Jules), décoré de Juillet et courtier de commerce, Lebras, Auguste (voir Lebras, Auguste ?), homme de lettres, Ternot, Lacroix décoré de Juillet, H. de Comberousse homme de lettres et membre de la Société des auteurs dramatiques, l’un des signataires de la pétition suivante adressée au National et parue le 15 juillet 1831 dans ses colonnes : « Les soussignés, qui n’ont fait partie d’aucun rassemblement et étaient entrés dans le café des Ambassadeurs, aux Champs Elysées, où ils étaient assis tranquillement et prenaient de la bière, pendant que la force publique dispersait une foule de citoyens qui avait traîné un arbre jusque sur la place de la Concorde, déclarent qu’investis dans ce café par une troupe furieuse, ils ont été victimes de la plus illégale arrestation, comme les autres personnes qui étaient entrées avant ou après eux. Ils signalent comme coupables d’avoir présidé à cette odieux abus de la force brutale M. le général Tourton et un adjoint du maire du (ancien) Ier arrondissement, qu’on leur a dit être M. Lafontaine 1, et comme ayant provoqué la violence inouïe de ces messieurs, le sieur Dagneau, garde national à cheval, traiteur, rue Saint-Germain-des-Prés, Au Petit Rocher de Cancale. Les soussignés publieront une relation détaillée de l’expédition de ces singuliers amis de l’ordre. Ils s’empressent de déclarer qu’ils n’ont eu qu’à se louer des procédés de M. Froidefond, chef de bataillon, et de l’impartialité de M. le commissaire de police, qui les a fait mettre tous en liberté aussitôt après l’interrogatoire, qui en effet ne pouvait que tourner à la confusion des auteurs ou complices de l’attentat qu’ils dénoncent provisoirement au tribunal de l’opinion publique. » Le lendemain, les mêmes, et auxquels s’ajoutait Serres, artiste à la porte Saint-Martin, firent parvenir la pétition suivante : « La scandaleuse et illégale arrestation opérée sur nous hier par une force désordonnée est un fait tellement grave qu’éclairés par les conseils de nos amis et de jurisconsultes distingués, nous nous sommes décidés, pour obtenir plus de publicité et une justice plus éclatante, à en faire l’objet d’une pétition à la Chambre des députés. Cette pétition sera remise à la députation, qui en suivra la discussion. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Bocage), auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il demeurait 6, rue de Bussy en 1830 ; 58, rue de Vaugirard en 1831. Nous empruntons à la Galerie historique des acteurs français, mimes et paradistes, qui se sont rendus célèbres dans les annales des scènes secondaires depuis 1760 à nos jours, de Manne et Menetrier, la notice biographique qui est consacré à Bocage et ainsi rédigée : « Pierre, François Touzé, dit Bocage (1799-1862). Ainsi qu’il est arrivé à plus d’un artiste célèbre, Bocage eut longtemps à lutter contre les difficultés et les obstacles, dans les commencements de sa carrière théâtrale. Pierre, François Touzé, né dans la plus humble condition, commença par être ouvrier toilier chez son père. Le goût du théâtre s’éveilla en lui de bonne heure ; mais l’auteur de ses jours, peu touché de ses aspirations dramatiques, le tint en charte privée. Cependant, malgré la surveillance dont il était l’objet, le futur Antony trouva moyen de s’y soustraire, et le gousset garni de quelques piécettes blanches qu’y avait glissées sa mère plus indulgente, il prit la route de Paris, et dès qu’il eut mis le pied dans la grande ville, il courut se présenter au Conservatoire, où, vêtu d’un habit bleu barbot et d’un certain pantalon jaune citrouille qui firent sensation, il récita avec feu et force gestes une tirade tragique, contre laquelle son vêtement protestait, c’est à l’unanimité qu’il fut... refusé.
Découragé, au point d’être pris de dégoût pour la vie, il eut un moment la pensée d’ensevelir au fond de la Seine ses illusions perdues et son désespoir. Son frère aîné, qui avait toujours combattu son penchant artistique, lui remonta le moral, et, à défaut de conviction, le laissa, du moins, résigné à suivre une carrière plus solide que celle qu’il avait voulu embrasser. Bocage entra donc comme garçon épicier chez un oncle, établi dans le quartier Latin ; mais bientôt, laissant là la cassonade, il devint successivement clerc d’huissier, commis d’agent d’affaires et employé au greffe du conseil de guerre (en note : Ce qui est curieux, dit Paul Foucher, dans un de ses feuilletons, c’est que le greffier en chef du conseil de guerre, sous les ordres de qui était Bocage, était un ancien comédien, nommé Deschamps), menant une vie besogneuse et précaire, jusqu’au jour où, toujours attiré vers le théâtre, il alla offrir ses services au directeur de feu Bobino (en note : Ce théâtre, ouvert par tolérance en 1813, avec danses de cordes, marionnettes, pantomimes et parades extérieures, finit par répudier son premier nom et prit celui de théâtre du Luxembourg.). Bocage s’enrôla alors dans une troupe de comédiens ambulants, étudiant du mieux qu’il pouvait, et parvint, à force de persévérance, à obtenir de débuter à la Comédie-Française, où il parut, le 24 juin 1821, dans l’Abbé de l’Epée, drame larmoyant de Bouilly, par le rôle de Saint-Alme. On lui reconnut de l’intelligence et de la chaleur ; mais une absence totale de tenue et des gestes mal réglés l’empêchèrent d’être admis à l’essai. L’année suivante, il fut plus heureux lors de ses débuts à l’Odéon, dans les rôles de Dorante, du Menteur, et de Folleville, des Etourdis. Attaché pendant plusieurs années à ce théâtre, il fit, dans les premiers rôles de la comédie et du drame, des créations remarquées : l’Homme habile (de d’Epagny), l’Homme du Monde (d’Ancelot), Lancastre (de d’Epagny) et l’Espion, drame tiré du roman de Cooper, trouvèrent en lui un habile interprète. En 1829, il traversait les ponts et entrait au théâtre de la Gaîté, où il apportait des qualités dramatiques assez généralement inconnues de son nouveau public. Sir Jack, dans Alice ou les Fossoyeurs écossais, mélodrame de Charles Desnoyers et Edan (24 octobre), et le chevalier Wilfrid, dans Newgate, drame de Sauvage (20 novembre), commencèrent, sur le boulevard, une réputation qui grandit encore l’année suivante au théâtre de la Porte-Saint-Martin par les rôles opposés de ton et d’allures, du juif Shylock, du sergent Hubert, dans Schœnbrunn et Sainte-Hélène, et du vieux curé, de l’Incendiaire. Enfin, le rôle d’Antony (en note : Bocage alla, en septembre 1832, en représentation dans sa ville natale. II joua la Tour de Nesle, Theresa et Antony. Cette dernière pièce fut jouée sept sois de suite, mais toujours avec une opposition très forte [Histoire des Théâtres de Rouen]) dans le drame célèbre d’Alexandre Dumas, joué le 3 mai 1831, et celui de Didier, dans la Marion Delorme, de Victor Hugo, représentée le 11 août suivant, placèrent Bocage immédiatement après Frédérick Lemaître, au premier rang des acteurs les plus populaires du drame moderne. II devint, avec Mme Dorval, l’interprète le plus convaincu de la nouvelle littérature, et personnifia avec ses qualités, et, il faut le dire, avec ses défauts, les créations puissantes et hardies des novateurs dramatiques. Dans la force de l’âge et dans tout l’éclat de ses succès, cette époque est la plus brillante de sa carrière. Jeune encore, et de haute taille, le visage éclairé par deux yeux brillant d’un feu sombre, l’organe voilé, qui, dans les scènes de passion, vibrait avec éclat, la diction tantôt lente à dessein et tantôt saccadée avec violence, une verve nerveuse et fébrile, d’une poésie à la fois exaltée et concentrée, donnaient à son jeu une fougue ardente et mélancolique, qui exerçait une singulière et réelle attraction sur les spectateurs. Son individualité se confondait avec les héros qu’il était appelé à reproduire sur la scène et en demeurait, en quelque sorte, inséparable. Enfin, son nom devenait celui d’un emploi, et l’on disait jouer les Bocage comme jadis on disait jouer les Talma, les Préville, les Dugazon. En dehors du théâtre, Bocage affichait des opinions hostiles au gouvernement de la Restauration. II s’était battu aux journées de Juillet, et cette opposition il la continua sous la royauté de Louis-Philippe ; seulement, il eut le tort d’en transporter sur la scène l’expression exaltée et de les proclamer, en voulant, comme il le disait, séparer le citoyen de l’acteur (en note : Paul Foucher raconte que Bocage, oubliant un soir les plus simples convenances à l’égard du public, usait du droit d’interpellation pour rappeler aux spectateurs que deux révolutions avaient émancipé le citoyen, même quand il était sur les planches. Le silence se rétablit mais quelque temps après, Bocage étant encore en scène, un spectateur éternua. “Quoi ! s’écria Provost qui était dans la coulisse, après deux révolutions, un spectateur ose éternuer devant le citoyen Bocage !”), ce qui l’exposa plus d’une fois à des sarcasmes auxquels il était fort sensible.
Quelque peu compromis dans des manifestations politiques, fréquentes à cette époque, un soir qu’il jouait dans la Tour de Nesle le rôle de Buridan, au moment où, dans la scène de la prison, il demandait à Marguerite : “Quel tribunal me jugera ?” Une voix de la salle lui répondit : “Un tribunal d’exception !”
C’est par allusion à ses opinions bien connues, qu’Harel, ce spirituel directeur de la Porte-Saint-Martin, continuellement aux prises avec les prétentions de ses trois principaux artistes : Frédérick, Lockroy et Bocage, disait qu’il se tirait d’affaire, avec le premier, par un supplément d’appointements ; avec le second, par la réception d’une pièce ; “mais, ajoutait-il plaisamment, je ne peux pourtant pas donner la République au citoyen Bocage.” II est juste d’ajouter que les convictions politiques de celui-ci étaient sincères et qu’il les conserva toute sa vie.
Le 6 février 1832, Bocage allait jouer, au théâtre de l’Opéra-Comique, le rôle de Delaunay, dans Teresa, drame d’Alexandre Dumas, et, le 29 mai suivant, il retournait à la Porte-Saint-Martin créer brillamment le rôle de Buridan, de La Tour de NesIe.
Croyant avec raison que sa réputation lui donnait des titres à paraître sur notre première scène, il se présenta au Théâtre-Français et fut admis par le comité, quoiqu’une portion nombreuse des comédiens protestât contre cette décision. Bocage ne débuta pas moins dans L’Ecole des Vieillards et dans Clotilde ; le rôle de Christian lui fit honneur. II joua ensuite le Misanthrope avec plus d’intelligence que de respect des traditions classiques, et, le 27 mars 1833 il se fit applaudir, à côté de Mlle Mars qui jouait Clarisse, dans Clarisse Harlowe, drame de Dinaux.
Mécontent de l’accueil peu sympathique de MM. les comédiens du roi, rebuté du mauvais vouloir de plusieurs d’entre eux, Bocage rompit son engagement et retourna à la Porte-Saint-Martin, où il reparut, le 25 septembre, par le rôle de Falkland, que Talma avait joué jadis et dans lequel il avait laissé des souvenirs écrasants. Bocage voulut prouver sans doute à ses ci-devant camarades de la Comédie-Française qu’il était tout aussi capable qu’eux de jouer le drame classique ; en effet, il composa ce rôle avec une profonde intelligence, une dignité mélancolique et une étude savante du caractère, auxquelles on rendit justice ; le reproche qu’on put lui adresser fut peut-être d’avoir poussé à l’excès sa science du détail et voulu attacher une intention presque à chaque mot, à chaque geste. Malgré cette exagération d’une qualité qui fut aussi le défaut de Baptiste aîné, il restait évident qu’aucun sociétaire de la Comédie-Française, à ce moment, n’aurait pu rendre ce personnage avec autant de profondeur et de vérité.
L’année suivante, il reprenait un autre rôle de Talma, dans Pinto comédie de N. Lemercier, et s’y distinguait également par la science des nuances et la variété du débit et du jeu.
C’est dans cette pièce que, toujours poursuivi par ses idées d’opposition au gouvernement, il se donnait la satisfaction puérile de pousser le cri de A bas Philippe ! avec une intonation significative, dont le public saisissait parfaitement l’intention séditieuse, et que l’artiste rappelait encore complaisamment en 1848, dans une discussion sur la censure.
Entre ces deux reprises, Bocage avait obtenu un grand succès dans un des rôles les mieux appropriés à son talent, celui de d’Alvimar, d’Angèle, et joué les rôles principaux dans Le Brigand et le Philosophe, et dans La Vénitienne, œuvres dramatiques d’une valeur tout à fait secondaire.
Ango, drame de Félix Pyat et d’Auguste Luchet, représenté Je 29 juin 1835 au théâtre de l’Ambigu-Comique, fournit à Bocage un double triomphe d’artiste et de républicain, en lui permettant, dans le rôle d’Ango, de tenir à ses pieds et d’humilier le roi François Ier, coupable, du reste, d’ingratitude envers le patriote dieppois. Les Sept Enfants de Lara drame inégal mais puissant de Félicien Mallefille, Don Juan de Marana, œuvre fantastique d’Alexandre Dumas, lui durent, en 1836, un succès brillant, mais éphémère. Plus tard, dans Riche et Pauvre, d’Emile Souvestre, il composait, avec une conviction émue et une simplicité poignante, le rôle d’Antoine, personnification du talent et de l’honneur sacrifiés à la toute-puissance insolente de la richesse.
De 1838 à 1839, Bocage, abandonnant le grand drame, passa deux ans au théâtre du Gymnase-Dramatique, et, dans un cadre plus restreint, se fit applaudir sans amoindrir son talent.
En 1841, il rentrait au théâtre de la Porte-Saint-Martin dans Jeannic le Breton, drame d’Eugène Bourgeois ; puis, après une tournée artistique en province, il revenait, en 1843, pour jouer à l’Odéon le major Palmer, dans La Main droite et la Main gauche ; Créon, dans Antigone, et Brute, dans la Lucrèce, de Ponsard.
En 1845, il devient directeur de ce théâtre. II reprend, après un silence de deux siècles, Le Véritable Saint-Genest, tragédie de Rotrou, et joue Notre-Dame des Abymes, drame de Léon Gozlan ; Diogène, drame violent et agressif, de Félix Pyat ; Echec et Mat, œuvre de son neveu Paul Bocage ; L’Univers et la Maison, comédie de Méry, et enfin, Agnès de Méranie, tragédie de Ponsard.
En 1848 (en note : Au mois d’avril de cette année, il publie Lettre de Bocage, artiste dramatique, au citoyen Lamartine), il fait à la Comédie-Française une nouvelle et dernière apparition, en reprenant, après Volnys, le rôle de Louis XIV, dans La Vieillesse d’un grand roi.
Un acte de l’autorité, dont on peut contester l’équité, lui enlève la direction de l’Odéon, et, compromettant sa modeste fortune, le force à reprendre, jusqu’à la fin de sa carrière, le pénible métier de comédien nomade sur les diverses scènes parisiennes. Sa réputation survit à sa mauvaise fortune ; mais si son nom appelle encore la foule au théâtre qui l’accueille momentanément, il n’a plus ni l’autorité ni l’éclat d’autrefois.
Après avoir donné dans les départements, où sa réputation est demeurée entière, des représentations fort suivies, il revient, en janvier 1851, créer à la Porte-Saint-Martin, dans un drame pastoral de Georges Sand, Claudie, un rôle de vieux paysan, admirablement composé.
Au mois de mai suivant, nous le retrouvons au théâtre de la Gaîté, reproduisant dans un autre drame de Georges Sand, et avec une science merveilleuse, la grande figure de Molière.
Quelques années s’écoulent et le voici, en mai 1854, jouant au Vaudeville, dans Le Marbrier, drame d’Alexandre Dumas, un rôle de père privé de son enfant, qu’il rendit avec un profond sentiment de douleur et de tendresse résignées.
L’année suivante, il remplit, au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, dans un drame de Paul Meurice, sorte de panorama dramatique de l’Histoire de Paris, les rôles successifs de Merlin, d’Abailard et de Molière.
En 1857, il créa, au Théâtre du Cirque-Olympique, le rôle de l’amiral Bing, cette victime infortunée de l’orgueil national anglais.
Lorsqu’on le déposséda de la direction de l’Odéon, on lui promit un dédommagement ; cette promesse, tant de fois éludée, on finit par la tenir, en lui accordant le dérisoire privilège du Théâtre Saint-Marcel. Bocage ne recula pas devant ce problème insoluble de trouver un public pour cette salle et ce quartier perdus. II réunit une troupe de jeunes artistes, dont il se fit le professeur, et, le 2 décembre 1859, il rouvrait les portes de cette pauvre salle et donnait, avec plus de courage que de succès, plusieurs drames, parmi lesquels nous citerons L’Amour, de Mme Eugénie Niboyet, et Faire son chemin, de Paul d’Hormoys. Malgré la sympathie qu’inspiraient au public lettré et à la presse la personne et la position peu heureuse de Bocage, la tentative échoua.
L’artiste découragé et vieilli d’ailleurs, dans cette lutte contre la mauvaise chance, quoique à bout de forces, alla encore donner çà et là quelques représentations, même sur les scènes les plus obscures. II semblait désormais réservé à l’oubli, cette mort anticipée, plus terrible pour les artistes que la mort même, quand à l’Ambigu-Comique, dans Les Beaux Messieurs de Bois-Doré (en note : Drame de Georges Sand, tiré d’un de ses romans portant le même titre, représenté le 26 avril 1862), il eut un dernier triomphe, triomphe éclatant et vengeur. Jamais, peut-être, son talent multiple et varié n’atteignit une pareille élévation ; cette création, l’une de ses plus complètes, fut la dernière joie de sa vie d’artiste. Les représentations épuisées, Bocage retomba dans son isolement, et ses derniers jours furent bien tristes. Condamné par la nécessité à continuer ce que, depuis des années de désillusion, il n’appelait plus un art, mais un métier, on le vit plus d’une fois, à défaut de scènes plus dignes de son talent dont l’accès lui était fermé, le corps courbé, le visage fatigué, monter sur l’impériale de l’omnibus allant au théâtre de Belleville, où, en échange d’un jeton de vingt francs, il interprétait un de ses beaux rôles d’autrefois. La maladie, contre laquelle il luttait depuis plusieurs mois, eut à la fin raison de cette organisation brisée par le chagrin plus encore que par l’âge, et Bocage cessa de vivre et de souffrir le 30 août 1862. » Le Figaro, 11 avril 1826 ; Le National, 15 juillet 1831 ; Le National, 16 juillet 1831 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis (par erreur sous le nom de Boccage) ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 (par erreur sous le nom de Boccage) ; Archives de Paris Vbis7K4 1, Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Xe arrondissement ; Le Figaro, 21 octobre 1830 ; Le Figaro, 22 octobre 1830 ; Galerie historique des acteurs français, mimes et paradistes, qui se sont rendus célèbres dans les annales des scènes secondaires depuis 1760 à nos jours, de Manne et Menetrier, chez Scheuring, Lyon, 1877, p. 248 et suivantes. Il participa peut-être à la Révolution de Février…
Le lendemain, le journal devait rectifier que le magistrat municipal qui avait opéré cette arrestation n’était pas Lafontaine mais Bégé, adjoint au maire du (ancien) IIe arrondissement, auquel était venu se joindre un autre adjoint Gabillot.