Bodu, Pierre

Biographie


Né en mars 1797 à Dinvennes ou Dyvonnes (illisible) pas trouvé de commune à ces noms (Indre-et-Loire). Charpentier ou entrepreneur de charpente (in le Constitutionnel). Le Constitutionnel, en date du 18 août 1830, rapportait les faits suivants sur sa participation aux combats : « M. Bodu, entrepreneur de charpente, boulevard de l’Hôpital, n° 32, s’est battu tous les jours, et a paru partout. Il a fait le plus grand mal à l’ennemi. » Il adressa à la Commission des récompenses nationales l’exposé suivant de la conduite qu’il avait tenue pendant les journées de Juillet : « Me trouvant, le mardi 27 juillet à 4 heures du soir à la porte Saint-Martin et voyant toute la troupe défiler du côté du boulevard Poissonnière, je demandai à mon voisin le plus près de moi s’il y avait quelque chose. Il me répondit qu’il y avait du bruit à la porte Saint-Denis et qu’il y avait eu un gendarme tué. Cette nouvelle anima le groupe que nous formions. Il était alors 5 heures. Je me mis de suite en route par les rues Saint-Martin, Grenetat, Saint-Denis, Marché-des-Innocents, les rues de la Ferronnerie et de l’Arbre-Sec. Revenu rue Saint-Honoré près le Palais-Royal, je trouvai partout les boutiques fermées et les patrouilles de gendarme étaient fréquentes. Nous commençâmes alors à dépaver les rues pour nous armer et nous nous mîmes à poursuivre plusieurs patrouilles de gendarmes, qui se reployèrent sur la place du Palais-Royal, où était leur état-major. Je traverse cette place et je fus jusqu’en face la rue Saint-Nicaise. Au moment même il paraît une patrouille de gendarmes, qui passa rue Richelieu. Nous nous portâmes en foule sous les galeries du Théâtre-Français, armés seulement de quelques pavés. La patrouille ne fut pas bien loin et, revenus sur leurs pas, ils voulurent faire dissiper l’attroupement qui stationnait sous les galeries. Mais nous n’étions pas placés là pour reculer. Nous commençâmes par nous servir du peu de pierres dont nous nous étions munis. Cette attaque leur fit peur. Ils prirent la fuite et regagnèrent la place du Palais-Royal. Il était alors 9 heures et demie. Je restai jusqu’à 10 heures et quart. Pendant ces trois quarts d’heure tout fut assez calme. Le public circulait librement et faisait entendre les cris de Vive la charte ! Vive la liberté ! A bas les ordonnances ! Je dirigeai mes pas du côté du Jardin des plantes, où je rencontrai jusqu’au pont Marie un grand nombre de réverbères cassés et que l’on cassait. Enfin, j’arrive chez moi à 11 h 20. Je me couche mais le sommeil me fuyait. Je me lève, ouvre la croisée, j’écoute, le temps était calme. J’entendis des cris, que je ne comprenais pas. Je restais jusque vers 1 heure, que le froid vint me saisir et, n’entendant plus de cris, plus de voitures, je me recouche, mais sans pouvoir dormir. Je me levais à 5 heures et à 6 heures je partis pour la rue Saint-Honoré, où je vis les débris des réverbères et des pavés que nous avions arrachés la veille. Je fus jusqu’au numéro 355, où je trouvais de mes amis. Nous nous entretenions des événements de la veille et de la journée qui commençait, qu’il fallait renvoyer tous nos ouvriers, cela les mettrait en colère et les ferait prendre les armes en grande partie. Cela décidé, nous partîmes d’eux et fîmes cesser les travaux à environ deux cent cinquante, qui étaient bien contents et qui n’osaient pas le demander. Il était alors 10 h 15. Nous sommes montés à l’ancien Tivoli, où nos affaires nous appelaient. Nous n’avons rien fait. Nous nous sommes assis à l’ombre pour écouter si l’on entendait quelques coups de fusil. Effectivement, vers midi, la fusillade commença à la porte Saint-Denis. Nous partîmes aussitôt par les rues du Mont-Blanc, les boulevards des Italiens, Montmartre, Poissonnière et Bonne-Nouvelle, où je rencontrai un poste de gardes royaux placés sur la droite du boulevard, qui empêchait de passer de côté. Je vais du côté opposé pour apercevoir la manœuvre des gardes royaux à pied et l’artillerie que l’on entendait sans relâche. Et, voyant que je pouvais approcher, je fis le tour par-derrière l’église Bonne-Nouvelle et la rue Saint-Philippe. Là, je rencontrai un homme tué par une balle. Cette vue m’excita de plus en plus. Je vais chez un ami pour avoir son fusil. Il ne veut pas me le prêter, en me disant qu’il voulait s’en servir lui-même. Effectivement, il partit de suite. Je fus d’un autre côté et je réussis à en avoir un. Je me mis en tirailleur rue Montorgueil contre la garde royale, qui prit la fuite du côté des Innocents. J’avais usé le peu de cartouches que j’avais pu me procurer. Je retournai sur mes pas et, m’adressant à quelques braves que je rencontrai, ils m’en donnèrent. J’en possédais donc quatorze. Au moment où les Suisses battaient en retraite rue Montmartre, je me portais près d’eux par la rue Mandar. Là nous les attendions à passer. Ils vinrent jusqu’au bout de cette rue. Ils firent halte pour charger leurs armes. Pendant ce mouvement, je m’approche de la barricade et me dispose à tirer sur le capitaine qui commandait la manœuvre et, au moment même où il allait prononcer Feu, un de mes voisins de droite, armé d’un pistolet me dit Laissez-moi tirer, jen ferai mon affaire, jen réponds. Effectivement, il n’eut pas fini de prononcer ces mots que le capitaine fut atteint d’une balle qui lui traversa la poitrine et tomba en prononçant Feu, ce qui fut également exécuté. On l’emporta et ils prirent la fuite du côté de Saint-Eustache. Leur déroute leur fut funeste car ils laissèrent sur le champ de bataille environ quinze morts. Nous eûmes beaucoup de blessés et un mort, qui fut tué par la croisée dans la même rue n° 15. Cette victime était un peintre-vitrier. Ce même corps, ainsi que celui qui se trouvait rue Montorgueil, se sont réunis avec celui du marché des Innocents et avaient quelques pièces de canon. Ils ont soutenu le feu mais ont perdu trois chevaux et plusieurs blessés. Je ne puis évaluer la perte des hommes, tant d’un côté que de l’autre mais elle fut nombreuse ; un peu moins de blessés. Ensuite nous fûmes rue des Arcis et sommes revenus passer dans la Cité pour nous embusquer au bout du pont d’Arcole. Je me plaçais dans l’escalier à droite du pont, où je restais environ trente-cinq minutes. Les munitions nous manquèrent au moment où les boulets se dirigeaient vers nous. Plusieurs nous furent envoyés mais ils ne nous atteignirent pas. Nous remontâmes et nous nous plaçâmes dans l’embouchure d’un égout. Nous nous servions des balles que l’ennemi nous envoyait et ramassées par le public, on les frappait avec un pavé pour les arrondir et on les mettait de la manière la plus convenable pour les faire entrer. Nous restâmes environ vingt minutes. Ensuite, nous passâmes sur le pont Rouge pour revenir sur le Port au blé. Nous prîmes ensuite par la rue Geoffroy-Lasnier et fûmes à l’église Saint-Gervais, où nous y soutînmes le feu avec la troupe qui se trouvait dans la salle du conseil de l’Hôtel de ville. Là, nous perdîmes, dans une heure de temps, trois morts et quatre blessés et les munitions venant à nous manquer, nous retournâmes par la mairie. Je rencontrai, sur ma route, de la poudre et des balles. Alors, je me plaçais, avec plusieurs autres, au coin de la rue Geoffroy-Lasnier, pour soutenir le feu contre les gardes royaux qui étaient rue Saint-Antoine, entre la rue de Jouy et celle des Nonandières. Ils se retirèrent dans une cour et en sortaient l’un après l’autre pour tirer. Enfin, ennuyés de cela, ils sortirent plusieurs ensemble, en faisant feinte de vouloir se rendre. Au même moment, nous sautâmes par-dessus les barricades et nous courûmes sur eux pour les désarmer. Et lorsque plusieurs de nous luttaient avec eux pour avoir leurs armes, ils sortirent environ une quarantaine, qui firent un feu de peloton sur nous, et nous fîmes la sottise de battre en retraite, ce qui nous fut préjudiciable. Je fus légèrement blessé. La balle traversa mon habit et mon pantalon. Je me retirais alors rue de Jouy, où je fus bloqué par les deux bouts. Je fus obligé d’entrer dans un roulage, près la rue des Nonandières, où je restais à peu près une heure, il en était 8. Je reportai mon fusil où je l’avais pris et me retirai chez moi. Le jeudi 28 juillet (lire 29 juillet, N.D.A.), je partis de mon domicile à 6 heures et je descendis par l’île Saint-Louis et le port Saint-Bernard. Je passai la Grève, où je ne trouvai que les débris de la veille, entassés rue de la Tannerie. Je fus ensuite sur le Pont-Neuf. On se battait avec les Suisses qui étaient dans le Louvre. Je vais chez un de mes amis, rue de l’Arbre-Sec, n° 10. Je monte dans une chambre. Aussitôt la femme vint lui dire qu’on demandait des échelles pour monter sur l’église. Je l’engage à les donner, ce qu’elle fit. On monte sur une terrasse. On put aller plus loin. Je me décidai à aller trouver le bedeau pour lui faire ouvrir les portes de l’église afin de monter sur le clocher. Il fit un peu de résistance mais il finit par s’y décider. Je restai par la rue de l’Arbre-Sec pour dire que les portes étaient ouvertes. On courut alors dans le clocher mais on ne laissait entrer que ceux qui avaient des armes. Jusqu’alors je n’en avais pas. Je fus chercher le fusil que j’avais la veille. Je monte dans le clocher mais je n’y restai pas longtemps car, dans ce moment, nous apercevons encore quelques Suisses qui se cachaient entre les colonnes du Louvre et il était impossible de les atteindre. Je descendis et fis le tour par la rue du Roule et Saint-Eustache pour aller à la Bourse. On m’avait dit qu’il y avait des rassemblements et que M. Casimir Perier était à la tête. Je n’y trouvai personne et tout était tranquille. Je marchai alors sur la place Vendôme, où je rencontrai la troupe de ligne et le général Pajol et le capitaine Vernon, qui nous demandent à faire une trêve de deux heures, assurant que le roi avait écrit aux ministres et qu’ils étaient tous au château. Cela nous est aussi confirmé par les maires des (anciens) Ier et IIe arrondissements. Nous eûmes assez de peine à le croire mais cependant nous vîmes l’artillerie, qui était braquée sur la place Vendôme et la rue de Rivoli, se retirer sur les Champs-Elysées. Cela nous confirma un peu ce que l’on disait. Ensuite les deux maires, qui invitaient une députation de vingt à trente hommes à aller au château avec eux. Il en partit environ soixante, que nous n’avons plus revus pour nous donner des nouvelles des ministres. Dans cette intervalle, la troupe se retira, à l’exception de trois compagnies qui se trouvaient sur les Pyramides et fut se placer dans la largeur du jardin des Tuileries. Ces trois compagnies s’en furent par la rue de Rivoli. Nous nous mîmes aussitôt à la poursuite de ceux qui étaient dans le jardin. Nous avons sauté par-dessus les barricades en face de la rue du Duc-de-Bordeaux et forcé les grilles avec des pinces. Ensuite, nous fûmes du côté du château. Les autres courent après la troupe qui laissait les marmites, avec la viande au trois-quarts cuite, enfoncée au bout de leurs baïonnettes pour la porter à la troupe de ligne qui était place Vendôme. Pour moi, je me portai du côté du château et lorsque je vis que l’on voulait sortir diverses choses, je me décidai à placer deux sentinelles à la porte du jardin, deux à chaque porte de la cour, en leur disant de ne plus laisser entrer et de ne plus rien laisser sortir. La consigne fut exécutée. Cependant le feu n’avait pas encore cessé rue Saint-Honoré. Je fis le tour par la rue Saint-Roch et la rue des Moineaux pour venir au coin de la rue Sainte-Anne. Là, je tirai quelques coups de fusil. Aussitôt un tambour s’est assis sur le parapet et bat la charge et un autre jeune homme se place dans le milieu de la rue et tire dans les croisées, c’est ce qui nous fit décider à monter à l’assaut. Dans les maisons, on fit débusquer la troupe et il en fut tué. Plusieurs s’enfuirent, une partie se rendit, l’autre fut tuée en se sauvant. Enfin, le carnage cessa, je me rendis chez moi. Le lendemain, je partis pour la barrière d’Italie, celles d’Enfer, du Maine, Vaugirard et Grenelle et je trouvais tout tranquille. Revenu place Vendôme, je me décidai à aller à Versailles, voir ce qui se passait. Je craignais qu’on ne me laissât pas passer mais on ne me fit aucune résistance. Nous traversâmes l’armée à Saint-Cloud et à Sèvres. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 18 avril 1831, à deux voix pour la croix, sept voix pour la médaille et aucune voix pour une mention. Bodu reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Le 14 mai 1831, il adressait la lettre suivante au président de la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement : « Je suis au désespoir d’être obligé de vous adresser la présente, en vous priant de me rayer sur la liste des récompenses nationales qui seront publiées au nom de chaque personne désignée pour avoir la médaille. Comme je m’y suis pris trop tard pour avoir la croix et toutes les personnes ayant connaissance de mon affaire me demandent pourquoi je ne l’avais pas obtenue. J’ai fait réponse à tous que je ne l’avais pas réclamée. Et plusieurs pourraient présumer, en voyant mon nom pour la médaille que ce serait la faute de la Commission. Comme la plupart se plaisent par jalousie à critiquer, je ne voudrais pas que ma négligence en fût le prétexte. Je viens donc vous prier, Monsieur, puisqu’il n’est pas possible d’être porté pour la croix de rayer mon nom de sur la liste des autres récompenses et regarder ma réclamation comme nulle et non avenue. » Il demeurait 32, bd de l’Hôpital en 1830-1831. Le Constitutionnel, 18 août 1830 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Pourquoi il ny a pas la médaille sur le Moniteur ? Archives de Paris VD3 1-2 in dossier Demandes de récompenses et de secours, et recommandations (1830-1831) ; Archives de Paris VK3 33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 18 avril 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien), en date du 19 avril 1831 ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives de Paris VK3 41 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) XIIe arrondissement.

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