Bois, Alexandre
Biographie
Il est l’auteur de Notes adressées à MM. les membres de la Commission des vérifications des faits dans lesquels le sieur Bois, sergent au 15e léger, maintenant sous-lieutenant au 17e léger s’est trouvé pendant les mémorables journées de Juillet, ainsi rédigées, et dans lesquels il détaillait sa participation aux combats : « L’amour de la patrie et de la liberté me fit abandonner le drapeau du despotisme, sous lequel j’ai servi douze ans, pour me ranger sous celui dont les couleurs sont chères aux Français. Heureux si tous les soldats de la garnison de la capitale aient été imbus de mes principes, on n’aurait pas à pleurer tant de victimes. Le 28 juillet, à 10 heures du matin, un rassemblement nombreux eut lieu sur la place de l’Ecole-de-Médecine. J’y accourus pour en faire partie. Plusieurs élèves de cette école me témoignèrent la joie de voir un ancien sous-officier prendre part à leur noble dévouement. Ils se chargèrent de déposer mes effets militaires dans un endroit sûr. Ils le furent par les soins de M. Soulé, élève, chez le propriétaire de cabinet de lecture qui est sur cette place. La colonne se mit en marche par la rue de la Harpe, se dirigea sur le Panthéon, passant derrière l’Ecole de droit. Un bataillon du 15e léger, auquel j’appartenais, formait trois faces parallèles à la colonne de cet édifice. Le but du commandant qui était à notre tête était de mettre en liberté les prisonniers militaires de Montaigu (prison militaire dont l’entrée donnait sur la rue des Sept-Voies, actuelle place du Panthéon, N..DA.). Mais lorsque nous fûmes arrivés à hauteur de cette rue, deux pelotons de voltigeurs étaient placés devant la porte. Vu l’impossibilité, ayant un bataillon derrière nous qui serait venu au premier bruit, nous nous repliâmes sur la rue de la Montagne Sainte-Geneviève, nous débouchâmes dans cette rue vis-à-vis la grille de l’Ecole polytechnique. Nous dirigeant sur la place de Grève par la place Maubert, rue des Boucheries, Petit-Pont, place de Notre-Dame, nous aboutîmes au pont d’Arcole par une petite rue qui est en face ; on la bâtissait et où il y a quelques petits arbres donnant sur le quai. Nous étant placés le long du parapet opposé à la place de Grève, nous fîmes un feu si meurtrier sur la colonne serrée qui était sur cette place (l’infanterie était par division soutenue par deux escadrons placés derrière, de cuirassiers, de lanciers, deux pièces de canon placées à son flanc gauche, les caissons étaient tout à fait au bout de la place) qu’ils tâchèrent de se masquer avec quelques cabriolets mais ce fut inutile, nos coups et notre position étaient sûrs et la plupart de leurs balles passaient sur nos têtes ou s’arrêtaient contre le parapet. Nous restâmes dans cette position jusqu’à la nuit. J’ai brûlé six paquets de cartouches dont deux provenaient de la giberne d’un Suisse qui était resté mort, placé à travers sur le pont d’Arcole et que je fus chercher malgré le feu qu’on ne cessait de faire sur nous. Lorsque le corps, cerné de toutes parts sur la place de Grève, opéra sa retraite par le quai de la Ferraille, nous nous portâmes à la course pour lui défendre le passage mais nous ne pûmes traverser le pont Notre-Dame, de nombreux détachements de ligne étaient dans toutes les rues. Nous passâmes cependant par le pont au Change mais nous ne pûmes arriver assez à temps pour exécuter notre projet, arrêtés dans notre marche par trois compagnies qui étaient sur la place du Palais-de-Justice. Nous les avons accompagnés en tiraillant jusqu’au Louvre. Je restai le long des grilles jusqu’à 10 heures. Notre troupe s’étant dispersée par bande par la foule, une quinzaine d’hommes, dont je faisais partie, en longeant les quais, se portèrent dans la rue Saint-Martin, entendant du bruit de ce côté. Mais lorsque nous fûmes arrivés presque à la porte, le plus grand silence régnait. Je trouvais beaucoup d’hommes qui bivouaquaient dans cette rue, étant assis sur les portes d’alliés. J’y restais jusqu’à 3 heures du matin. Quelques coups de fusil ayant été tirés du côté du Palais-Royal, je m’y rendis. Mais c’était au Louvre. Nous traversâmes la rue Saint-Honoré, en face la rue du Coq. Une diligence de Caillard et Laffitte servait de barricade. Nous fûmes nous embusquer au coin de la rue Saint-Thomas-du-Louvre, où nous pouvions aisément tirer sur les Suisses qui se plaçaient aux fenêtres. Je restais là jusqu’à environ 6 heures, lorsqu’une forte fusillade s’engagea du clocher de Saint-Germain-l’Auxerrois. J’y accourus de suite et j’y restai jusqu’à 9 heures. Mon fusil s’étant dérangé, je fus obligé de descendre pour aller le faire réparer. En cherchant un armurier, j’entendis des personnes qui disaient la réunion est à l’Odéon, il y a des armes, des munitions. J’y fus et fis réparer mon fusil au carrefour de l’Odéon. On avait organisé les colonnes sur trois rangs. La place était pleine de citoyens. On confectionnait des cartouches sous le péristyle du théâtre. Le rappel battait dans tous le quartier. Dans une maison, tout près de l’arcade de l’Odéon, on distribua de la poudre extrêmement grosse. Tous les capitaines de compagnie furent pris parmi les élèves de l’Ecole polytechnique et reconnus d’après le règlement. Je fus désigné, après la formation de ce corps, pour aller lire une proclamation qui fut écrite à plusieurs exemplaires chez un marchand de vin de la place. Trois ou quatre envoyés comme moi, avec des détachements de douze à quinze hommes furent envoyés sur divers points. Je la lus au carrefour de l’Odéon, rue de la Boucherie, place de l’Abbaye, marché Saint-Germain. L’effet en fut admirable. De tous les points, on vit arriver de nouveaux renforts. Un instant avant de partir, il arriva une charrette de cartouches. Un élève de l’Ecole polytechnique était assis sur un baril de poudre. Une pièce de 12 arriva en même temps. On demanda ceux qui avaient servi dans l’artillerie mais, un moment après, on s’aperçut de la difficulté que l’on éprouverait à pouvoir la mener à travers les barricades et elle fut laissée au milieu de la place. Cette phalange citoyenne étant devenue formidable fut haranguée par un chef que je ne connais pas. Sa tribune fut la pièce de canon et sa devise Honneur et Patrie, la mort ou la Charte. Le corps se mit en mouvement, tambour en tête, drapeau déployé. Son ensemble, son dévouement réjouissaient toute la population des quartiers où il passait et l’enthousiasme était à son comble. J’étais sous-officier de remplacement au 7e peloton, commandé par M. Cochon (voir Cochon, François, Charles, Fortuné), élève de l’Ecole polytechnique. Notre route fut la rue de l’Odéon, Dauphine, Pont-Neuf, rue du Roule, Vieille-Monnaie, pointe Saint-Eustache. De là, nous arrivâmes sur la place des Victoires. Immédiatement après un autre corps arriva avec quelques autres trompettes. On dit qu’il venait du faubourg Saint-Antoine. Un accident assez remarquable eut lieu sur la place. Un jeune homme s’appuyant sur son fusil eut la main traversée par la balle, le coup étant parti au repos. Un élève, étant monté sur le piédestal de la statue de Louis XIV, lui plaça à la main un drapeau tricolore. Nous marchâmes sur le Louvre par le même chemin jusqu’à Saint-Eustache. Nous fîmes presque le tour du marché à la viande. Nous traversâmes une petite rue qui aboutit à la rue Saint-Honoré. De là, nous longeâmes la rue de l’Arbre-Sec. Il fut décidé, d’après ce que je puis croire, que l’on attaquerait le Louvre sur tous les points. Aussitôt toutes les compagnies qui étaient devant nous se dirigèrent vers le quai du Louvre. Celle dont je faisais partie s’avança par la rue Saint-Germain-l’Auxerrois. Etant arrivés au coin de la place qui est masquée par quelques maisons, mon capitaine et moi furent les premiers qui hasardèrent de traverser cette place au milieu des balles. Un grand nombre suivit notre exemple. Le feu qui ne cessait pas d’être fait par les fenêtres rendait le passage très difficile. Cependant nous n’avons eu qu’un nommé Saint-Germain, qui sortait du même régiment que moi, qui ait été atteint d’une balle qui lui a fracturé le bras (pas retrouvé ce nom…). La petite porte n’était pas un grand abri pour nous, ne craignant pas le feu des croisées mais celui que l’on faisait dans l’intérieur et du vestibule perçait à tout moment les planches qui nous voulions arracher. Plusieurs malheureux furent blessés et deux tombèrent morts à mes côtés. Une balle traversa seulement une casquette que je portais et que je garde précieusement comme un souvenir. Nous escaladâmes à plusieurs la grille de la petite porte et au bout d’un moment mais avec beaucoup de peine nous parvînmes à l’enfoncer. C’est alors que le grand nombre de ceux qui n’avaient pas osé traverser la place accoururent. Je n’avais pas fait deux pas en avant qu’une balle vint mettre obstacle à mon ardeur. Elle me traversa la jambe. Ma cravate fut de suite serrée autour de la jambe et me permit de tirer encore quelques coups de fusil. Mais le sang que je perdais ne me permit que de faire quelques pas. Je tombais et je fus porté chez le marchand de vin qui fait le coin de la rue Saint-Thomas-du-Louvre. Je retrouvais un médecin qui m’avait vu dans le fort de l’affaire, M. le docteur Boucher (voir Boucher-Dugua, Nicolas), digne chirurgien major de la IIe légion de la garde nationale, et à qui j’avais été d’un grand secours pour enlever un homme blessé au bras quelques moments avant que nous nous soyons décidés à traverser la place. Il me prodigua ses secours mais ayant plusieurs veines de rompues on me porta à l’hôpital de l’Hôtel-Dieu, où j’ai demeuré trente-cinq jours. Les premiers moments que je restais dans cet hôpital furent pour moi bien douloureux. Ce n’était pas encore les souffrances que m’avaient fait éprouver les incisions et les ligatures. Mais l’incertitude que le parti du despote ne prenne le dessus. Je me figurais déjà d’être condamné à être fusillé pour avoir trahi un drapeau que j’abhorrais. Ce ne fut que lorsque j’appris que tout était fini et que le duc d’Orléans entra dans Paris que je pus recueillir le calme nécessaire pour pouvoir guérir ma grave blessure, dont je me ressens tous les jours. Trois certificats : un de M. Cochon, élève de l’Ecole polytechnique comme mon capitaine, maintenant lieutenant à l’Ecole d’application d’artillerie à Metz ; un de M. le docteur Boucher-Dugua, rue Menars, n° 5 (lire n° 9, N.D.A.) ; un de plusieurs élèves de l’Ecole de droit et de médecine, certificats déposés aux bureaux de la Commission des récompenses nationales, attestent la manière dont je me suis comporté et le zèle que j’ai mis à combattre pour la liberté et la régénération des couleurs nationales. Mon dévouement pour la plus belle des causes m’a fait nommer sous-lieutenant. Si les faibles services que j’ai rendus peuvent me rendre digne d’obtenir la décoration spéciale instituée par ordonnance royale pour ceux qui ont mérité de la patrie, j’ose me flatter, messieurs, que vous daignerez m’accorder cette marque de distinction. Elle me sera d’autant plus chère qu’elle me rappellera pendant toute ma vie le jour où mon sang a été versé pour la France et pour élever sur le trône un monarque qui est digne de faire le bonheur des Français. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le registre du jury de la Commission des récompenses nationales, contient les indications suivantes sur sa participation aux combats : « Sergent au 15e léger, il quitta le corps le 28 au matin et vint se réunir aux étudiants place de l’Ecole-de-Médecine. Il fut avec eux combattre au quai de la Cité. Il fut sur le pont d’Arcole prendre les cartouches d’un Suisse qui était tué. Il en brûla six paquets. Il passa la nuit en tirailleur. Le 29, il combattit d’abord rue Saint-Honoré, place Saint-Germain-l’Auxerrois. Il traversa des premiers sous le feu de l’ennemi et à l’entrée du Louvre une balle lui traversa la jambe. » Le 19 décembre 1830, sur le rapport de la Commission des récompenses nationales, il fut compris dans la liste des cent neuf citoyens nommés au grade de sous-lieutenant (dans la proportion de deux par régiment), pour s’être « particulièrement distingués dans les journées de juillet ». Il fut affecté au 17e régiment d’infanterie légère, caserné à Colmar. Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 18 avril 1831, à neuf voix pour la croix, aucune voix pour la médaille et aucune voix pour une mention. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) 1er arrondissement. Le Moniteur universel, 20 décembre 1830 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VI1 1, (ancien) Ier arrondissement, décorés de Juillet, états pour la distribution de gratifications et secours à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet ; Archives de Paris VK3 17, deux feuillets séparés de décorés de la Croix de Juillet auprès du (ancien) XIIe arrondissement (avec l’indication Porté [ancien] au XIe) ; Archives de Paris VK3 25 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Ier arrondissement ; Archives de Paris VK3 27 Mairie du (ancien) Ier arrondissement, état nominatif des citoyens qui n’ont pas retiré de la mairie les croix et les brevets de la décoration de Juillet ; Archives de Paris VK3 33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 18 avril 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien), en date du 19 avril 1831 ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives de Paris VK3 41 ; Archives nationales F/1dIII/33 état des sous-lieutenants nommés sur la présentation de la Commission des récompenses nationales (sous le nom de Bois, Pierre, Alexandre) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) 1er arrondissement.