Bois, Innocent, Denis

Biographie


Né vers 1797 à Arras (Pas-de-Calais). Ancien militaire puis garçon de bain ou ébéniste. Il fut blessé d’une balle à la poitrine, le 28 juillet 1830 vers 15 ou 16 heures, rue Saint-Denis. La chronique de l’époque rapportait les faits suivants sur sa participation aux combats : « M. Bois, ancien militaire, demeurant passage Brady, faubourg Saint-Martin, étant embusqué rue Saint-Denis, renversa plusieurs gardes royaux ; au moment où, pour la dixième fois peut-être il ajustait un de ces soldats [un officier supérieur selon Fayot, N.D.A.], il fut frappé par une balle qui lui traversa la poitrine. Il eut encore le courage de faire plus de cinquante pas pour revenir près des camarades, et il leur dit : “Je suis perdu ; mais j’ai vengé mon pays.” Ce brave, qui oubliait ses douleurs pour ne songer qu’à la patrie, succomba le 1er août, malgré les soins assidus qui lui furent prodigués. La garde nationale du quartier, qui avait été témoin du courage de ce brave citoyen, a suivi son convoi et lui a rendu les honneurs militaires. » Le 11 août 1830, le docteur Beaude, médecin qui le soigna, devait donner le certificat suivant pour établir les conditions de son décès : « Je, soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, médecin inspecteur des eaux minérales et médecin du bureau de charité du (ancien) Ve arrondissement, certifie que Denis Bois, demeurant 47, rue du Faubourg-Saint-Denis, étant vers 4 heures du soir, rue Saint-Denis, à la hauteur de la rue des Filles-Dieu où depuis quelque temps, au dire de ses camarades, il avait renversé plusieurs gardes royaux qui tiraient sur les citoyens, fut frappé à l’instant où il mettait en joue, par une balle qui lui déchira l’avant-bras gauche et qui traversa les deux cavités de la poitrine du côté gauche au côté droit. Il put faire encore cinquante pas et venir jusqu’à la rue du Caire, où il fut reçu par ses camarades qui l’amenèrent dans ma maison et je lui donnai les soins qu’exigeait sa position, jusqu’au 1er août à trois heures de l’après-midi, heure à laquelle il succomba à sa blessure, que j’avais déclarée mortelle dès l’instant où il me fut amené. » Des détails de son inhumation furent donnés par le Constitutionnel du 3 août 1830 : « M. Bois, militaire en retraite, blessé mortellement mercredi dernier, après avoir tué six hommes à la porte Saint-Denis, est décédé bientôt après, en prononçant les mots de vive la charte ! il a été transporté au champ du repos, avec les honneurs militaires, et placé dans une tombe achetée au moyen d’une souscription des habitants de la rue du Caire, où il demeurait. M. Santonas, ancien officier de la garde impériale et amputé d’une jambe à la retraite de Russie, commandait le détachement de garde nationale qui a accompagné le brave à son dernier asile. M. Santonas a fait, au retour, une collecte pour les blessés. » Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Le 22 mars 1831, devant le juge de paix du (ancien) Ve arrondissement, comparurent : Rousseau, Marie, François (voir Rousseau, François, Marie), né vers 1793, marchand de parapluies, demeurant 90, passage du Caire ; Buisson, François, Joachim, né vers 1796, serrurier, demeurant 7, rue du Caire ; Bonnet, Pierre, Martin, Mathurin, né vers 1789, lampiste, demeurant 92, passage du Caire. Ils attestèrent « que le 28 juillet 1830, vers les 3 heures de l’après-midi, ils ont vu un citoyen qui s’éloignait lentement au coin de la rue des Filles-Dieu, dans la rue Saint-Denis où il venait de prendre part à l’un des glorieux combats qui ont, à cette époque, illustré la capitale, et s’est en quelque sorte traîné jusqu’au coin de la rue du Caire, où ils l’ont vu tomber ; que s’étant approchés de lui, ils ont reconnu qu’il était gravement blessé par une balle qui lui avait traversé la poitrine ; qu’il a été à l’instant transporté dans la maison du sieur Couverchel, rue du Caire n° 6, où il a reçu les soins du sieur Baude, docteur médecin, qui habite la même maison ; que, là, ils ont entendu ce citoyen déclarer se nommer Innocent, Denis Bois, être natif d’Arras (Pas-de-Calais) […] ; qu’en effet, le lendemain, ils ont vu le nommé Louis, Stanislas Bois, son frère, venir le visiter et le 31 la demoiselle Appoline, Josèphe Bois, sa sœur ; affirmant également lesdits témoins qu’il est à leur parfaite connaissance que ledit Innocent, Denis Bois est mort des suites de sa blessure, dans la maison où il avait été transporté ; que son décès eut lieu le 31 dudit mois de juillet et que son inhumation a eu lieu le lendemain 1er août ». Le même docteur Beaude, J.-P., le 23 mars 1831, délivra le certificat suivant : « Je, soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, médecin inspecteur des eaux minérales, membre du conseil de salubrité, certifie avoir donné mes soins au nommé Bois, blessé dans la soirée du 28 juillet par une balle qui lui traversa les deux côtés de la poitrine. Le sieur Bois, qui me fut amené immédiatement après l’instant où il reçut cette blessure, fut recueilli dans ma maison, où il resta jusqu’au 1er août, jour auquel il mourut. » Curieusement une veuve Bois (demeurant bien 47, rue du Faubourg-Saint-Denis) reçut un secours de soixante francs, le 16 août 1830 à la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. Il ne laissait pourtant ni femme ni enfants mais une sœur : Appoline, Josèphe, née le 25 juin 1806 à Arras – dont il était le soutien étant tous les deux orphelins –, domestique, « dans une position excessivement malheureuse, attendu qu’elle est constamment malade, qui l’empêche de se livrer à la moindre occupation pour subvenir à son existence ». Elle était porteuse du certificat suivant : « Nous, soussignés, habitants de la ville de Paris, déclarons et attestons, pour rendre hommage à la vérité que le sieur Innocent, Denis Bois, ébéniste, […] demeurant à Paris, passage Brady, maison des bains, frère de mademoiselle Appoline, Joseph Bois, est décédé le 31 juillet dernier, par suite des blessures qu’il a reçues le 28 du même mois, en combattant pour la cause sacrée de la liberté ; que ledit feu sieur Innocent, Denis Bois était célibataire et était le seul et unique soutien de ladite demoiselle sa sœur. Nous certifions en outre que la susdite demoiselle Appoline, Joseph Bois est orpheline de père et mère depuis douze ans révolus et qu’elle n’avait d’autres moyens d’existence que ceux qui lui étaient donnés par ledit feu sieur Bois, son frère, au moyen du produit de son travail ; qu’étant maintenant privée de cet unique secours, mademoiselle Bois est aujourd’hui dans une position très malheureuse. » Signé, le 4 novembre 1830 : Denis illisible (sans doute Denisse où son frère demeurait ?), demeurant bains et passage Brady dans le faubourg Saint-Denis ; Fourcade, attaché à la maison du roi, demeurant 20, rue de l’Arbre-Sec ; Fourcade, instituteur, demeurant 307, rue Saint-Denis ; Desprez, inspecteur des bâtiments, demeurant 20, rue de l’Arbre-Sec ; Marc, propriétaire, demeurant 20, rue de l’Arbre-Sec ; Vanalphen, tailleur, demeurant 20, rue de l’Arbre-Sec ; Dasse, employé à la Banque de France, tailleur, demeurant 20, rue de l’Arbre-Sec. Un certificat médical, délivré par le docteur Hoffmann, Amédée, demeurant 1, rue des Petits-Augustins attestait qu’elle « souffrait de plusieurs maladies organiques assez graves, dont elle est presque constamment souffrante » qu’elle était « hors d’état de se livrer aux travaux d’aiguille par l’affaiblissement de sa vue », qu’elle était d’une probité irréprochable et « vraiment digne par ses sentiments et par ses malheurs d’obtenir un secours ». Le 23 mars 1831, devant le maire du (ancien) IVe arrondissement, comparut Desprez, Jean-Pierre, inspecteur des bâtiments, demeurant 20, rue de l’Arbre-Sec ; Vanalphen, Guillaume, tailleur, demeurant 20, rue de l’Arbre-Sec. Ils déclarèrent « bien connaître la demoiselle Appoline, Josèphe Bois […] et ils ont attesté que par le décès de son frère Innocent, Denis Bois, mort à la suite de blessures reçues dans les mémorables journées de juillet dernier, elle se trouve dans un état de gêne extrême, attendu que son dit frère contribuait du fruit de son travail à la faire subsister ». Sa demande de pension fut rejetée parce qu’elle était âgée de plus de dix-huit ans. Elle tenta, infructueusement, d’intercéder auprès du roi, expliquant : « […] La suppliante est dans une position très malheureuse, elle n’a point le plus modique moyen d’existence, elle est malade presque constamment depuis environ dix ans ; de plus, sa vue est tellement affaiblie qu’elle ne peut se livrer à des travaux de couture, son unique industrie ; elle a été forcée de l’abandonner. L’exposante vivait au moyen des secours journaliers que son frère, Denis Bois, lui donnait avant son décès. Maintenant, sans aucun moyen d’existence ni ressources, privée de son frère et son seul soutien, elle est dans un position très malheureuse et son avenir est des plus alarmants puisque la Commission des récompenses nationales a rejeté sa demande. Il ne lui reste d’autre espérance que dans la justice et la munificence de Votre Majesté […]. » Elle déposa un dossier devant la Commission des Réclamants. Bois demeurait passage Brady, maison des bains ou maison de M. Denisse, ou 47, rue du Faubourg-Saint-Denis ; sa sœur, 20, rue de l’Arbre-Sec en 1831. Il était le frère de Bois, Louis, Stanislas, médaillé de Juillet. Le nom de Bois (I.-D. Bois) est inscrit sur la colonne de Juillet, place de la Bastille et sur les tables du Panthéon. Le Constitutionnel, 3 août 1830 ; Le Constitutionnel, 4 août 1830 ; Histoire de la révolution des quatre-vingt-seize heures, de ses causes et de ses effets, Auguste Imbert, 2e édition, Paris, Guyonnet éditeur, 1830, p. 128-129 ; Histoire de la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830, Fayot, tome premier, Paris, Hocquart jeune éditeur, 1830, p. 75-76 ; Archives de Paris VD3 1-2, état des sommes payées par MM. les commissaires ci-après désignés aux combattants et blessés de juillet 1830 du (ancien) IIIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 288 n° 7, (ancien) IVe arrondissement, Etat des morts et des blessés par suite des événements de juillet 1830, Etat général contenant les noms, prénoms, âges, professions, demeures, états civils des victimes de la grande semaine, et les secours qui leur ont été donnés ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état de cent cinquante demandes formées en vertu des articles 1er, 2e, 3e, 4e et 11e, de la loi du 13 décembre 1830 et reconnues non fondées ; Archives nationales F/1dIII/45 ; Archives nationales F/1dIII/82, état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet, aussi liste des victimes de Juillet 1830, colonne de Juillet et aussi liste générale des citoyens morts dans les journées de juillet 1830, en combattant pour les libertés publiques et dont les noms sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet ; Bulletin des lois, IXe série, tome 21, n° 746, Paris, imprimerie royale, février 1841, p. 80, liste générale des citoyens morts ou blessés mortellement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, en combattant pour la défense des lois et des libertés publiques, les noms de ces citoyens sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (et aussi Archives de Paris D1K1 138, qui contient les mêmes informations puisqu’il s’agit de ce même numéro du Bulletin des lois) ; Colonne de Juillet, liste officielle et par ordre alphabétique des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de juillet 1830, Paris, chez Vve Demoraine et Boucquin, 1841 ; Archives de la préfecture de police AA 373.

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