Boisseau, Jacques, Clément
Biographie
Né le 15 juin 1793 (mais le 5 juin 1791 in Archives de la préfecture de police AA 373) à La Flèche (Sarthe). Principal clerc de notaire puis contrôleur au charbon. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Il reste le certificat suivant, attestant de la conduite qu’il tint peu après la révolution de Juillet, certificat qu’il produisit devant la nouvelle Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de février (on peut rapprocher ce certificat du récit que fit Milon, Alexandre de la même manifestation) : « Le soussignés, ouvriers selliers, carrossiers, menuisiers, charrons, forgerons et serruriers en voitures, demeurant tous à Paris, tant en leur noms qu’aux noms de leurs camarades dont ils étaient commissaires, certifient que M. Clément, Jacques Boisseau, ancien notaire, demeurant à Paris, rue Chantereine n° 42, s’est présenté, le dimanche 15 août 1830, accompagné du sieur Alexandre Milon (voir Milon, Alexandre, fils aîné), ouvrier menuisier, à notre réunion à Montmartre, maison de la Boule-Noire, en face la barrière des Martyrs. Que M. Boisseau, seul, par son attitude, ses discours et sa franchise a gagné notre confiance, établi l’ordre parmi nous et a calmé les esprits échauffés. Qu’après la résolution prise par l’assemblée d’aller porter au roi la pétition qui contenait nos demandes, M. Boisseau nous en exposa l’inopportunité, en appela à notre amour pour le prince (il savait déjà comme toujours tromper, note de Boisseau mais en 1848 !!) et nous détourna de cette idée. C’est alors qu’il fut résolu d’aller à la préfecture de police, marche qui a eu lieu dans le plus grand ordre et avec le plus grand calme, par les soins de M. Boisseau. Qu’au moment de partir, deux officiers de la garde nationale de Montmartre, M. Borginet (de Grenoble) capitaine, et Delomel (voir sans doute Delomel, Jean-Baptiste, Isidore ?), lieutenant, vinrent au nom de la commune, inquiète, s’informer de l’objet de notre réunion. M. Boisseau tranquillisa ces messieurs, les engagea à nous accompagner avec lui, ce qu’ils acceptèrent. Quelques observations s’élevèrent dans le sein de notre assemblée sur la présence de ces messieurs mais M. Boisseau fit sentir que la vue de leurs uniformes à notre tête serait un moyen de tranquilliser les habitants de Paris sur un rassemblement aussi considérable (deux mille ouvriers environ). Nous nous plaisons à délivrer le présent certificat à M. Boisseau, comme une preuve de notre admiration de sa belle conduite dans toute cette affaire et de notre reconnaissance pour tous les soins qu’il a donné à nos intérêts, le dimanche 15 août et le lundi 16. Nous avons reconnu dans M. Boisseau l’homme vraiment conciliant, l’ami de l’ordre, en un mot de bon citoyen, et nous certifions encore que c’est à sa voix que l’assemblée s’est dissoute à Montmartre au retour de la préfecture. » Signé à Paris, le 21 septembre 1830 : Florence, demeurant 10, rue des Martyrs ; Rioudé, demeurant 5, passage Navarin dans la rue Saint-Lazare ; Chanu, demeurant 33, rue Bleue ; Roy, demeurant 104, rue Saint-Lazare ; Bleau, demeurant 103, rue Saint-Lazare ; Barré, demeurant 13, rue Cadet ; Guilmm sic, sans adresse. Le 4 avril 1848, Boisseau adressait la lettre suivante à la nouvelle Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de février : « Je soumets à votre examen et à votre conscience ma conduite dans la journée du 24 février. J’affirme sur l’honneur la vérité de tous les faits et je les prouve. Le jeudi 24 février, après avoir vu les Tuileries occupées par les citoyens, je me suis rendu sur le quai des Orfèvres et rue de Jérusalem. La préfecture de police tenait encore malgré les promesses du général commandant les troupes d’évacuer. Au moins une heure s’était écoulée depuis la convention arrêtée avec le lieutenant de la garde nationale, Berthonnier ; le peuple attendait une sortie désespérée et s’attendait au combat ; sa colère était grande, il craignait une trahison ; des matières inflammables étaient amoncelées près la porte ; le capitaine Parent-Laloge (voir ce nom) et une quarantaine de gardes nationaux étaient sur le quai et dans la rue de Jérusalem. Mû par un sentiment d’humanité, décoré de Juillet, portant ma décoration, j’abordai le peuple, je parlai à tous et à chacun ; je lui criai qu’il devait être généreux, que nous, hommes de Juillet, nous l’avions été envers les Suisses, qu’il était absurde de penser que la préfecture de police pût tenir après la prise des Tuileries. Ma voix fut entendue, tous me jurèrent de pardonner aux vaincus mais tous nous nous tenions sur nos gardes et nous apprêtions au combat. Deux rangs furent formés dans la rue de Jérusalem, depuis la porte jusque sur le quai. Le capitaine Parent-Laloge me seconda avec courage ; nous nous prêtâmes un mutuel secours. Les gardes nationaux se mêlèrent au peuple. Je m’étais placé à la porte de la préfecture ; si la sortie eût été hostile j’étais, comme bien d’autres, exposé aux premiers coups ; j’avais pris la résolution de me jeter au-devant des troupes et d’arrêter un massacre affreux dans un espace si rétréci. Dieu ne l’a pas voulu. La porte s’ouvre, un mouvement de vive anxiété se manifeste et bientôt disparaît. Les chasseurs de Vincennes paraissent les premiers, le fusil en bandoulière. Je me place à leur tête, je leur fais crier Vive la réforme ! et je les conduis sur le quai vis-à-vis les pompiers. Puis j’en fais autant pour la ligne, je la conduis aux cris de Vive la réforme ! Dans le trajet de ce corps, un incident qui pouvait devenir grave surgit tout à coup. Une lutte s’était engagée entre un jeune homme et un sergent pour le fusil de ce dernier. Un général, que je n’avais pas encore vu, cédant à un mouvement bien naturel, vint au secours du soldat. Mon œuvre pouvait être compromise, je m’élançai sur le général, je criai au peuple de se retirer, je dis ma qualité au général, qui se croisa les bras et me laissa faire. Restait la garde municipale à pied et à cheval. Des murmures se firent entendre, je les apaisai et je passai ces deux corps l’un après l’autre sans armes. La garde municipale à pied, tête nue. J’entrai dans la cour de la préfecture, à la tête du peuple, le capitaine Parent-Laloge et ses gardes nationaux (manque un mot ?). La cour était jonchée d’armes, jetées sur le pavé pêle-mêle, le peuple s’arma. A mon entrée, j’insiste sur ce point je dirai pourquoi plus bas, je n’ai trouvé dans la cour que le citoyen Coré, caissier, et son garçon de caisse, et pas d’autres. Il vint à moi, me prit la main et me demanda des sentinelles pour sa caisse. Je le conduisis au capitaine Parent ; quatre sentinelles furent placées à l’entrée des bureaux, deux autres à l’entrée de l’escalier qui conduit au secrétariat et dans les appartements. Le capitaine Parent en fit placer sous la voûte qui conduit au dépôt et à la porte de ce dépôt. Le peuple étant armé, voulant éviter tout accident, je lui criai Aux Tuileries ! Tout le monde sortit, les gardes nationaux coopérèrent à cette sortie. Je restai avec le citoyen Coré, caissier, et la garde nationale. Plus tard, un renfort très faible de citoyens nous arriva. Enfin, la compagnie du capitaine Parent fut relevée par un fort détachement de garde nationale. Les citoyens Caussidière et Sobrier (désignés du gouvernement provisoire) arrivèrent. Je fis allumer des feux de bivouac. Je passai la nuit dans la cour. Seul employé de la préfecture. Le lendemain sur les 9 heures, je me suis retiré après avoir rendu un léger service. Je ne suis point aller saluer le soleil levant, comme tant d’autres, et mendier la récompense d’une action qui m’honore. Enfant du peuple, j’ai eu confiance dans l’honnêteté de la république et j’ai eu raison car elle ne déplace personne. Non, il n’y avait dans la cour à mon entrée avec le peuple que le citoyen Coré, caissier, et son garçon de caisse. Le citoyen Collière, économe, était allé revêtir son habit de garde national. Le citoyen Helouin, chef de la police municipale, ne parut dans la cour qu’après la retraite du peuple. Ce n’est ni un reproche ni un blâme mais je suis forcé de dire la vérité parce qu’un homme a osé, devant le citoyen Caussidière, nier mes services et s’arroger à lui tout seul le travail de la journée. Eh bien ! non ! il n’était pas dans la cour quand je suis entré avec le peuple. Oui ! il était entré dans la préfecture avec le lieutenant Berthonnier pour parlementer. Oui, au lieu de sortir avec son lieutenant, il est resté. Où était-il ? Lors de l’entrée du peuple, je l’ignore, je l’aurais certainement vu. Il s’appuie sur le citoyen Heloui. Celui-ci n’a paru qu’après la sortie du peuple, alors que la cour n’offrait plus aucune trace de désordre. Je suis commissaire de police des poids et mesures. Je pouvais, comme tant d’autres, rester au coin de mon feu. Mon emploi est modeste, je ne le dois point à l’intrigue, ni à la faveur, ni à ma décoration de Juillet, je l’ai conquis le 15 août 1830, le certificat ci-joint le prouve ; on m’avait promis plus, sous l’impression de la peur ; quand on se sentit partie du manuscrit brûlé on oublia ses promesses. Décoré de Juillet, je n’ai jamais eu d’avancement : je n’avais pas et je ne voulais pas avoir de protecteurs (ce mot m’a été dit). J’ai dix-sept ans et demi de bons et loyaux services et je suis ancien principal clerc de notaire à Paris. Je n’ai point inscrit ma conduite dans les journaux. Preuves : certificat du général de brigade de Saint-Arnaud ; certificat du capitaine Parent-Laloge ; certificat du citoyen Collière, économe ; témoignage du citoyen Coré, caissier, qui m’a nommé dans le certificat qu’il a donné au capitaine Parent et à sa compagnie ; témoignage que j’invoque du citoyen Louchet, qui dans la soirée est venu à la préfecture avec des citoyens armés et non armés ; enfin, si cela était nécessaire tout un poste de garde nationale et des hommes de service de la préfecture. Jugez, citoyens, si j’ai droit ou non à une récompense. Quel que soit votre arrêt, je l’accepte avec reconnaissance ou résignation. Salut et Fraternité. » Il joignait à sa demande les certificats suivants. Le premier, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que dans la journée du 24 février j’ai vu, sous mes yeux, sur le quai des Orfèvres, M. Boisseau, commissaire de police, déployer autant de zèle que d’énergie pour le maintien de l’ordre. Il s’est conduit en bon citoyen, s’est interposé dans les circonstances les plus difficiles entre le peuple et la troupe et s’est montré plein d’humanité et de courage. » Signé, le 10 mars 1848 : de Saint-Arnaud, général de brigade. Le deuxième, ainsi rédigé : « Je confirme en tout point le certificat ci-dessus et j’ajouterai que le citoyen Boisseau, par son énergie et son courage, m’a été d’une grande utilité pour maintenir et faire entendre la voix de l’humanité à un peuple justement irrité par la lenteur de la sortie des troupes, après la convention faite par mes parlementaires et que dans l’intérieur il a contribué par tous les moyens à maintenir l’ordre. » Signé, le 11 mars 1848 : Parent-Laloge, capitaine et commandant la 4e compagnie du 2e bataillon de la IIe légion de la garde nationale. Le troisième, ainsi rédigé : « Je certifie que le citoyen Boisseau a contribué au maintien de l’ordre dans l’hôtel de la préfecture de police pendant la journée du 24 février dernier. » Signé, le 14 mars 1848 : Collière, économe. Il fut recommandé par la Commission pour obtenir la récompense honorifique qui devait être instituée pour commémorer la Révolution de février (et qui ne le fut jamais). En 1848, il était commissaire inspecteur des poids et mesures. Il était marié en 1848. Il demeurait 9, rue de Tournon en 1830-1831 (mais 42, rue Chantereine in Archives de la préfecture de police AA 373) ; 25, rue du Vieux-Colombier en 1848. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des médaillés de Juillet du (ancien) XIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 633 n° 1, liste des citoyens décorés de la médaille, XIe arrondissement, convocations des décorés à la mairie ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) XIe arrondissement ; Archives de la préfecture de police AA 373 (sous le nom de Boisseau, Clément, Jacques).