Boniface, Louis, Joseph
Biographie
Né le 16 octobre 1796 à Cambrai (Nord). Rédacteur du Commerce. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Ve arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement. Il refusa de prêter le serment de fidélité au roi, exigé pour retirer sa croix, et ne put en conséquence la recevoir. Il sollicita la décoration de la Légion d’honneur, en 1856, et son dossier contient de nombreuses indications biographiques. Telle cette note remise à son sujet par René, directeur politique du Constitutionnel et du Pays : « A travaillé au Journal du commerce de 1820 à 1844. Décoré de la Croix de Juillet. Entré en 1844 au Constitutionnel, imprimeur de ce journal depuis 1846, n’a reculé depuis lors devant aucune des responsabilités de sa double qualité comme imprimeur et comme rédacteur qui se sont présentées à partir de 1848. N’a pas quitté un seul jour son poste au Constitutionnel, au milieu des événements les plus graves qui ont marqué les années 1848 à 1851. En juin 1848, il n’a cessé de se tenir au journal, comme il l’avait fait depuis février, tenant tête aux réclamations des chefs de clubs et autres manifestations qui avaient lieu alors contre les journaux qui défendaient l’ordre et la société. » Ou cette autre note : « Boniface, Louis, Joseph, Désiré, ayant été rédacteur au journal du Commerce pendant vingt-cinq ans, est entré en 1844 au Constitutionnel avec M. Véron. Il est devenu l’imprimeur de ce journal en 1846. Depuis 1848, soit comme imprimeur soit comme secrétaire de la rédaction, M. Boniface n’a reculé devant aucune responsabilité pour la défense de l’ordre dans les temps les plus difficiles et pour celle des idées qui ont fini par triompher au 2 décembre. M. Véron a bien voulu le rappeler dans ses Mémoires ; M. Mocquard, chef du cabinet de l’Empereur, pourrait lui rendre le même témoignage. » Ce billet, signé de Véron, député de la Seine, en date du 27 avril 1856, et qu’il fit parvenir au ministre de l’Intérieur : « […] M. Boniface est le seul de mes collaborateurs au Constitutionnel, qui n’ait pas été décoré. Il a, dans les plus mauvais jours, accepté toute responsabilité et n’a pas quitté un seul jour le bureau de rédaction. M. Boniface est un galant homme, un écrivain instruit et dévoué au gouvernement de Napoléon III. M. Mocquard, mon ami, vous rendra bon compte, je crois, de la vie politique et du caractère honorable de M. Boniface. » Boniface fut fait chevalier de la Légion d’honneur le 22 août 1858. Les Grands journaux de France, de Brisson et Ribeyre, donnaient l’article biographique suivant, le concernant : « M. Louis Boniface, secrétaire de la rédaction et gérant du Constitutionnel, est l’un des doyens de la presse parisienne. Ses débuts dans le journalisme remontent à 1819, c’est-à-dire à l’année de la fondation de la feuille politique à laquelle il prête, depuis 1844, le concours de son expérience et de son activité. Lorsqu’il se décida à suivre la carrière laborieuse du journalisme, M. L. Boniface n’avait que vingt-deux ans et par conséquent pas de passé, si ce n’est qu’il s’était mêlé un peu au mouvement des affaires, ce qui l’amena à la rédaction de la partie économique du Journal du Commerce. Il y resta vingt-cinq ans, dans le poste analogue à celui qu’il occupe au Constitutionnel, c’est-à-dire qu’il était chargé de l’ensemble du journal, écrivant son article à l’occasion, et toujours sur la brèche dans les années qui suivirent 1830. Chaque jour sa part de collaboration augmentait. Il représentait en quelque sorte la tradition du journal ; aussi était-il non-seulement occupé, mais absorbé par cette lourde tâche. Un écrivain [Hippolyle Castille] qui fréquentait à l’époque dont nous parlons les bureaux du Commerce, situés rue Saint-Joseph, n° 9, nous a conservé la physionomie de cet intérieur de journal, dans lequel le héros de cette étude occupait un poste important. “On arrivait, dit-il, à la salle commune de la rédaction par un petit escalier étroit, raboteux, bas de plafond, et gras de noir d’imprimerie. Ce chemin menait droit à M. Boniface, qui, assis devant un petit bureau, au fond d’une chambre obscure et mal meublée, tournait le dos à la porte d’entrée. M. Boniface, dans lequel se combinaient la raideur d’un ancien militaire, celle de l’homme assis huit heures par jour devant une table, et l’humeur d’un journaliste dérangé vingt-cinq fois par heure, semblait fait exprès pour effrayer les débutants. Il. Coupait le journal. Il avait l’air si profondément enterré dans ses petits papiers, ses grands ciseaux avaient quelque chose de si menaçant, il tournait à demi la tête et se remettait au travail d’une façon si inhospitalière lorsqu’on entrait, qu’il fallait, pour lui adresser la parole et lui demander des nouvelles du manuscrit, plus de courage qu’il n’en faut pour croiser le fer ou échanger une balle.” L’auteur de cette description un peu réaliste s’empresse d’ajouter que M. Boniface était au fond un excellent homme, et qu’il dut à son obligeance la faveur de mettre au jour certains feuilletons qui n’étaient peut-être pas des chefs-d’œuvre. En 1844, le Journal du Commerce fut vendu, et M. Véron, qui venait d’acheter le Constitutionnel, proposa à M. Boniface de mettre au profit de cette feuille politique sa longue expérience des hommes et des choses. M. Boniface accepta avec empressement, et transporta ses pénates et ses longs ciseaux dans les bureaux du Constitutionnel. Depuis cette époque, c’est-à-dire depuis bientôt dix-huit ans, il n’a peut-être pas manqué un seul jour à son labeur quotidien, et il est resté immuable au milieu des orages et des commotions intérieures et extérieures. Aujourd’hui, M. Louis Boniface, qui compte quarante-trois ans de journalisme, est un des vétérans et des doyens de la presse française. Il joint une grande finesse à une grande prudence, et ayant vu beaucoup par ses propres yeux, il a beaucoup retenu. » Boniface demeurait rue Beauregard en 1831. Etat supplémentaire et définitif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 s les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat supplémentaire et définitif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, Le Moniteur universel 2 mai 1831 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Ve arrondissement et liste supplémentaire des décorés de Juillet, idem Préfecture de la Seine, noms des individus qui, ayant obtenu la décoration de Juillet ne se sont pas présentés pour la retirer et dont les croix sont restées déposées à la mairie (l’initiale des prénoms c’est M.L.J.) ; Archives nationales F/1dIV/B/12 ; Les Grands journaux de France, de Brisson et Ribeyre, paru à Paris en 1862, chez Jouaust, pp. 316-317.