Bonjean, Louis, Bernard
Biographie
Né le 4 décembre 1804 à Valence (Drôme). Avocat. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. En 1831, il reçut, comme décoré de la Croix de Juillet, non blessé, la somme de vingt-cinq francs auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement, à l’occasion du premier anniversaire de la révolution. Le 10 décembre 1850, comme ancien avocat aux Conseils et à la Cour de cassation, membre de la Commission communale et départementale, il fut fait chevalier de la Légion d’honneur. Le 27 décembre 1850, ayant appris qu’il avait été décoré, il faisait parvenir ce petit mot au ministre de l’Intérieur : « Je me suis présenté trois fois en dix jours à l’hôtel des ministres, sans avoir pu pénétrer jusqu’à vous… craignant le même sort aujourd’hui, je prends le parti de vous écrire pour vous exprimer combien j’ai été touché du nouveau témoignage d’estime que le gouvernement, sur votre rapport, a bien voulu me donner à l’occasion du 10 décembre. Je n’avais certes pas besoin de cet encouragement ; car j’ai voué ma vie à la sainte cause que nous défendons en commun, vous comme général, moi comme soldat obscur ; mais moins j’y pensais moi-même plus je dois vous savoir gré d’y avoir songé pour moi […]. » Il fut l’un des otages fusillés par la Commune de Paris en 1871. Nous empruntons au Dictionnaire des parlementaires français de Robert, Bourloton et Cougny, la notice biographique qui lui est consacrée et ainsi rédigée : « Bonjean, Louis, Bernard, représentant à l'Assemblée constituante de 1848, et sénateur du second Empire, né à Valence (Drôme), le 4 décembre 1804, mort à Paris, le 24 mai 1871, était originaire de la Savoie. Il vint à Paris faire son droit, fut reçu docteur (1830), prit part à la révolution de Juillet, et se destina à l'enseignement du droit ; il y renonça après avoir concouru, sans succès, pour une chaire à la Faculté, et acheta (1838) une charge d'avocat aux conseils du roi et à la Cour de cassation. Divers travaux de jurisprudence, un Traité des actions (1841-1844), une Traduction des Institutes de Justinien, etc., le mirent en réputation. Il entra dans la politique en 1848. Sur une profession de foi républicaine, il se fit élire, le 23 avril, représentant de la Drôme, le 1er sur 8, par 60.836 voix (76.005 votants, 92.501 inscrits), prit place néanmoins à la droite de l'Assemblée, et devint l'interprète des sentiments conservateurs et catholiques qui animaient la majorité, en dénonçant, dès le 16 mai 1848, le préfet de police Caussidière, qui donna sa démission le lendemain, et contre qui des poursuites furent votées trois mois après, et en appelant sur les circulaires de M. Carnot, ministre de l'Instruction publique, le blâme de l'Assemblée. Bonjean vota : 26 mai 1848, pour le bannissement de la famille d'Orléans ; 9 août, pour le rétablissement du cautionnement ; 26 août, pour les poursuites contre Louis Blanc et Caussidière ; 1er septembre, pour le rétablissement de la contrainte par corps ; 7 octobre, contre l'amendement Grévy ; 2 novembre, contre le droit au travail ; 25 novembre, pour l'ordre du jour : “Le général Cavaignac a bien mérité de la patrie” ; 12 janvier 1849, pour la proposition Rateau ; 22 janvier, pour le renvoi des accusés du 15 mai devant la haute Cour ; 21 mars, pour l'interdiction des clubs ; 16 avril, pour les crédits de l'expédition de Rome ; 18 mai, contre l'abolition de l'impôt des boissons. Non réélu à la Législative, bien qu'il eût, le 13 mai 1819, posé sa candidature dans la Drôme, et qu'au mois de mars 1850, il eût obtenu à Paris, dans une élection complémentaire, 125.000 voix, il n'en continua pas moins à se mêler à la politique, se rapprocha de plus en plus de l'Elysée, et fut même appelé par le président, au début de l'année 1851, à prendre le portefeuille de l'Agriculture et du Commerce ; mais il ne le garda que du 9 au 24 janvier. Il applaudit au coup d'Etat, fut compris parmi les membres du conseil d'Etat réorganisé (1852), et présida la section de l'intérieur. Puis, il entra dans la magistrature impériale, devint premier président de la Cour de Riom (1863 et président de chambre à la Cour de cassation (1865). Le 16 février 1855, il avait été nommé sénateur. On remarqua alors que ses opinions conservatrices prirent une teinte libérale, qui le mit parfois en contradiction avec la grande majorité de ses collègues : ainsi, en 1864, dans la discussion de l'adresse, il plaida la cause de la Pologne, et, en 1866, il fit, dans un discours qui eut quelque retentissement, le procès du pouvoir temporel. Enfin, il intervint dans le débat soulevé par le sénatus-consulte du 8 septembre 1869, en proposant un amendement qui avait pour objet de modifier les attributions du Sénat et même son mode de recrutement. L'amendement fut rejeté, et peu s'en fallut qu'on ne lui opposât la question préalable.
Après le 4 septembre 1870, Bonjean resta à Paris et prit part, comme garde national, à la défense de la capitale assiégée. Compris sous la Commune, parmi les personnes arrétées comme otages, il fut enfermé à Mazas ; après d'inutiles pourparlers tentés auprès de Thiers pour l'échange de ces prisonniers contre Blanqui, détenu alors en Bretagne au fort du Taureau, Bonjean fut compris dans l'exécution des otages fusillés à la Roquette par les troupes de la Commune, le 21 mai 1871. On doit à Bonjean, outre ses ouvrages juridiques, un certain nombre d'écrits politiques : Du pouvoir temporel et de la papauté (1862), Révision et Conservation du cadastre, Péréquation de l'impôt, etc. Grand officier de la Légion d'honneur du 14 août 1862. » Il demeurait à l’Ecole de droit en 1831. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) XIe arrondissement (sous le nom de Bonjan, Louis, Bernard) ; Archives de Paris, VD6 631 n° 1, mairie du (ancien) XIe arrondissement, état nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet non blessés, auxquels il a été payé une gratification de vingt-cinq francs ; Archives de Paris VD6 633 n° 1, Etat des citoyens décorés de la Croix de Juillet, dont la décoration n’a pas encore été retirée, idem liste des décorés qui n’ont pas retiré leurs croix ; Archives de Paris VK3 19, Mairie du (ancien) XIe arrondissement de Paris, état des citoyens décorés de la Croix de Juillet non blessés auxquels il a été payé une gratification de vingt-cinq francs ; Archives de Paris VK3 41 ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) XIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIV/B/12 ; Dictionnaire des parlementaires français, Robert, Bourloton et Cougny, Paris, Bourloton éditeur, 1891, p. 384-385.