Bonnain père
Biographie
Capitaine de la garde nationale à sa réorganisation en 1830. Il sollicita la décoration de Juillet pour la part qu’il avait prise dans les événements qui eurent lieu à Saintes (Charente-Inférieure). Etait joint à la demande un Rapport du maire de Saintes faisant connaître lors des événements de la révolution de Juillet la conduite et les services rendus par M le baron Lemercier, Bonnain père, capitaine de la garde nationale, Gustave Bonin avocat, maintenant sous-préfet de Rochefort, et David propriétaire, tous de la commune de Saintes, ainsi rédigé : « Les 28 et 29 juillet 1830 dans un instant où l’espérance prématurée des ennemis de nos libertés donnait un aspect morne aux habitants inquiets de la ville de Saintes, MM. Lemercier, Bonnain père et fils et David se réunirent dans le cercle où ils passaient habituellement leur soirée et, là, en présence d’un certain nombre d’habitués du salon, ils arrêtèrent à l’unanimité qu’il serait formée une commission municipale qui dirigerait tous les mouvements que les circonstances pourraient commander. Cette détermination ne tarda pas à être suivie de ses effets, qui firent pour ainsi dire méconnaître l’autorité, n’existant alors que de nom. L’incertitude sur les événements qui se passaient dans la capitale, l’absence de toute nouvelle politique durent nécessairement amener de l’irrésolution dans les premiers moments ; mais bientôt avec de la fermeté, de l’énergie, on se lança dans une sphère toute nouvelle, sans crainte d’être gravement compromis. Le 2 août 1830 à 6 heures du soir, les habitants de Saintes en grand nombre se rendirent à l’hôtel de ville, ayant à leur tête MM. Lemercier Bonnain père et fils et David et là, malgré la résistance de l’autorité en place, on planta sur l’hôtel de ville même les nobles couleurs de notre régénération politique, aux acclamations générales et aux cris mille fois répétés de Vive la liberté ! Pendant cette cérémonie, le capitaine qui commandait un détachement de militaires en garnison à Saintes était resté seul impassible mais il céda à un mouvement marqué de dépit et on l’entendit s’écrier qu’il allait chercher ses hommes pour arrêter un élan aussi spontané. Les cris longtemps prolongés A l’eau ! A l’eau le capitaine ! lui firent comprendre sa nullité et celle des cinquante hommes qu’il commandait et on le vit, au plus tôt, disparaître de la foule où dans un pareil moment d’effervescence il y avait quelques dangers à courir. La gendarmerie ne fut nullement hostile, elle semblait même dans les premiers moments satisfaite du changement qui s’opérait et, de sa part, on ne craignait guère, avec raison, une résistance quelconque. Sur la place Saint-Pierre, le même jour à 7 heures du soir, on planta encore un nouveau drapeau tricolore sur une fontaine publique. Là, comme à la mairie, on entendit les cris mille fois répétés de Vive la liberté ! Enfin, à 10 heures du soir, un grand nombre d’habitants de la ville se réunirent à ceux du faubourg Saint-Palais et ils plantèrent de concert sur l’arc de triomphe le noble étendard qui conduisit tant de fois les Français à la victoire. Le capitaine commandant le détachement encore présent à cette cérémonie fut encore menacé d’être jeté dans la rivière et alors, n’étant pas en sûreté, il se retira bien vite à sa caserne. Le lendemain 3 août, MM. Lemercier Bonnain père et fils et David se rendirent à la mairie et déclarèrent formellement qu’ils leur fallait des armes pour organiser la garde nationale. L’autorité s’étant refusée à les leur donner, ils s’en emparèrent pour avoir plus tôt fait. Il existait en magasin environ 150 fusils, qui furent enlevés avec deux pièces de canon. Ledit jour, 3 août, MM. Lemercier Bonnain père et fils et David se rendirent auprès de M. de Gigord, alors sous-préfet de Saintes, et lui déclarèrent positivement qu’ils allaient organiser une garde nationale, qu’ils le prévenaient, par égard pour son autorité, de leur disposition invariable dans cette circonstance mais que s’il avait l’intention de s’opposer ils n’en suivraient pas moins leur détermination, que rien ne pourrait arrêter. M. de Gigord déclara qu’il ne pouvait donner son consentement à une pareille mesure, qu’il ne pouvait qu’attendre des ordres et, le soir même, voyant son autorité entièrement méconnue, il envoya sa démission à M. le préfet mais il continua à signer jusqu’au 7 août et céda, ce jour-là, l’administration de l’arrondissement à M. Bayer, son conseiller d’arrondissement, désigné à cet effet. Le 4 août et jours suivants, tout ce faisait d’après les ordres de MM. Lemercier Bonnain père et fils et David. L’autorité municipale ne faisait absolument que signer et se prêtait d’assez mauvaise grâce aux actes dictés par ces messieurs. Une nouvelle organisation de la garde nationale se fit comme par enchantement, sous les auspices de Monsieur le baron Lemercier, reconnu colonel aux acclamations universelles. La confiance qu’il inspirait aux habitants de Saintes, ses qualités qui le caractérisent lui gagnèrent tous les cœurs et tout le monde se trouvait heureux de lui obéir. C’était vraiment un spectacle tout à la fois beau et imposant que ces groupes nombreux d’habitants, de tous les âges, allant signer sur un registre ouvert à cet effet par les soins de MM. Lemercier, Bonnain père et fils et David leur engagement de servir la patrie et la liberté si l’un ou l’autre avaient besoin de l’embarras. On se rappelle encore avec enthousiasme ces beaux moments où toute la population réunie sur toutes les places publiques désignées par le colonel choisissait les chefs qui devaient les commander. Le plus grand ordre régnait à travers les démonstrations les plus brillantes, parce que tout le monde ne formait qu’une masse compacte animée des mêmes sentiments. Des postes furent établis sur toutes les grandes routes qui traversent la ville. les voitures publiques furent l’objet d’investigations sévères et toutes les dispositions que commandaient tout à la fois la prudence et la sûreté publique furent prises par MM. Lemercier Bonnain père et fils et David auxquels on a de véritables obligations. » Signé, le 22 décembre 1831 : Lériget. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la préfecture de la Charente-Inférieure. Le conseil municipal, dans sa séance du 26 décembre 1831, reconnut le patriotique dévouement de Lemercier, Bonnain père, Bonnain fils et David, fit « un haut témoignage de son estime pour la noble conduite » de ces citoyens, reconnut « que leur exemple et leur attitude a dû en imposer à la malveillance et prévenir toute résistance mais n’y a pas trouvé de motifs suffisants pour adjuger une récompense qui ne paraît destinée qu’à ceux qui ont en effet couru risque de leur vie ». Ajoutant : « Cette résistance ne s’est manifestée sur aucun point. Si, au premier instant, le capitaine du 41e régiment de ligne, requis par le sous-préfet, a osé menacer de faire mettre sous les armes les cinquante hommes qui, sous son commandement, composaient la garnison de Saintes, il est constant que cet officier, comprenant vite sa position, s’est retiré et n’a ordonné aucun mouvement à sa troupe. » Le conseil municipal ajoutait cette précision sur l’état des esprits à Saintes : « Elle voit que l’élan donné par MM. Le baron Lemercier, Bonnain père, David et Bonnain fils a été immédiatement soutenu par la plus grande partie de la population. Elle se refuse à croire, ainsi que l’exprime l’un des pétitionnaires, que la ville de Saintes se trouve sous l’influence des opinions ultramontaines et de l’absolutisme. D’ailleurs cette influence ne s’exerce jamais à découvert. Elle trouve la preuve contraire dans ces cris mille fois répétés de Vive la liberté ! qui ont éclaté de toutes parts lorsque les couleurs nationales ont été déployées. […] Comme toutes les autres, la ville de Saintes a manifesté ses sentiments éminemment français aussitôt la connaissance des événements de Paris ; mais aucune circonstance particulière n’a accompagné le moment de la transition. Comme ailleurs, tout s’y est disposé pour affronter le danger quel qu’il pût être mais il faut en féliciter le patriotisme de la masse de ses habitants, ce danger n’y a pas existé. » Il demeurait à Saintes (Charente-Inférieure) en 1830. Archives nationales F/1dIII/79, dossier Charente-Inférieure.