Bonnard, Louis, Guillaume

Biographie


Né le 24 novembre 1786 (parfois mais par erreur le 26 novembre 1786) à Paris. Nommé vélite des grenadiers à pied de la garde impériale le 1er juillet 1806 ; réformé par suite de fatigues le 1er janvier 1808 ; nommé adjoint provisoire aux commissaires des guerres le 26 août 1809, cessa ses fonctions le 5 avril 1810, par décision du ministre directeur de l’administration de la Guerre, attaché au bureau de liquidation des dépenses de l’habillement comme vérificateur des comptes ; remis en fonction le 10 avril (ou 10 octobre) 1810, confirmé par l’Empereur le 1er janvier 1812 ; nommé commissaire des guerres de 2e classe par la commission du gouvernement le 5 juillet 1815, dépouillé de ce grade à la rentrée de Louis XVIII le 30 juillet 1815, mis à la demi-solde le 1er octobre 1816, nommé lieutenant de la garde nationale le 3 juillet 1823, mis en traitement de réforme avec l’expectative d’activité le 1er juillet 1828. Il fit les campagnes de Prusse et de Pologne, en qualité de vélite des grenadiers, se trouva à toutes les batailles en 1806, 1807. Celles de 1809 à 1814 aux armées de Flandre, Hollande, Catalogne, Aragon, Valence, Lyon et de la Garonne. Il fit le service des tranchées aux sièges de Taragone, Sagonte, Tortose, Valence et Sagonte. Participa à la bataille de Waterloo en 1815 puis à l’armée de la Loire. Une action honorable, dont il avait été le protagoniste était ainsi rapportée dans une lettre du ministre directeur à l’intendant général de l’armée : « Par votre lettre du 3 juin, vous me rendez compte que, dans l’attaque du fort Lolive devant Tarragone, l’adjoint au commissaire des guerres, Bonnard, suivit la colonne d’attaque et entra avec elle dans le fort, qu’il y faisait enlever les blessés sous le feu de l’ennemi et que plusieurs militaires lui sont redevables de la vie. Vous ajoutez que M. Bonnard est aussi distingué par son courage que par sa moralité. Enfin vous me demandez qu’il soit confirmé dans son grade. Au combat de Castalla dans la gouvernation d’Alicante. L’armée étant forcée de battre en retraite, il fut chargé par M. Bondurant, ordonnateur en chef, de faire enlever les blessés avec le plus de célérité possible. Après avoir employé tous les moyens qui étaient en son pouvoir, il restait encore sur le champ de bataille un fourrier, un sapeur et un grenadier du 114e, qui allaient tomber au pouvoir de l’ennemi. Il mit pied à terre, fit monter ces trois hommes sur ses chevaux et les conduisit lui-même à l’ambulance générale, à quatre lieues de là. » Il donna pour la Commission des récompenses nationales l’exposé suivant de la conduite qu’il avait tenue pendant les journées de Juillet : « Le 29 juillet, il partit à la pointe du jour du Bas-Meudon, après avoir engagé tous les habitants du pays connus de lui pour la cause de la liberté à se rendre isolément sur Paris. Il ne garda avec lui que le nommé Contesenne, Justin (voir Contesenne, Isaac, Justin), qui ne le quitta pas de la journée. S’est trouvé à la barrière de la route de Sèvres (Bonhomme) au moment où l’on empêcha le convoi de pain de passer. Ce convoi était escorté par des dragons et des gardes du corps. M. Payen et ses ouvriers lui barrèrent le passage sur le pont de Grenelle et décidèrent sa retraite par une décharge de mousqueterie. Il se dirigea, en traversant toute la garde royale, sur l’Hôtel de ville, pour prévenir le général Lafayette de toutes les dispositions militaires qui se faisaient à Sèvres et Saint-Cloud. A midi et demi, il se dirigea sur les Tuileries par la brèche de la rue de Rivoli, avec ses hommes qu’il avait fait armer. Il entra dans le château, où il tâcha de faire mettre le bon ordre et cela en vain. Il fit sortir des appartements de la duchesse de Berry des hommes qui étaient montés par des échelles pour piller. M. Bonnard s’est particulièrement fait remarquer à la prise de la dernière pièce de canon défendue par les Suisses et les grenadiers au coin de la rue de Rohan battant (sic) sur la rue de l’Echelle. Il y arriva à 2 heures et demie environ ; il engagea les citoyens à s’en emparer et marcha dessus, à leur tête. Une décharge de mousqueterie tua deux hommes (l’un en redingote olive reçut une balle au cœur, l’autre à la droite de M. Bonnard ayant un habit suisse par-dessus sa blouse, reçut une balle dans le front) et les citoyens qui le suivaient se retirèrent. M. Bonnard revint sur eux et les traita de c…lons. Ceux-ci voulurent le tuer et l’appelèrent mouchard. Le nommé Contessenne écarta les plus mutins, qui voulaient le frapper, ce qui donna à M. Bonnard le temps de sortir de sa poche sa cartouche de grenadier de la garde impériale. A cette vue, on lui serra la main. Allons, dit-il, marchons de nouveau. M. Bonnard marcha dessus la pièce mais tous les autres citoyens qui occupaient la petite rue Saint-Louis et Traversine-Saint-Honoré, voyant l’élan arrivé de la rue de l’Echelle se précipitèrent sur la pièce et la prirent les premiers. […] Des hommes qui ont accompagné M. Bonnard, cinq sont portés pour la médaille et trois pour la mention honorable. » Il sollicita d’être réintégré dans son grade, expliquant : « En 1815, j’étais adjoint aux commissaires des guerres, attaché au quartier général du général Vandame, commandant le 3e corps à Waterloo. Après la bataille perdue, le maréchal Grouchy ayant remis son commandement au général Vandamme, celui-ci me chargea, le 19 juin au matin, sur les hauteurs de Wavres, de ne pas quitter le champ de bataille que tous les blessés ne fussent chargés sur les voitures. J’exécutais ces ordres et, le 20 au matin, pendant que le général arrêtait l’ennemi sur la route de Bruxelles, j’eus le bonheur de faire entrer à Namur trois cent cinquante voitures de blessés et de les confier aux autorités, qui en eurent le plus grand soin. Arrivé à Paris, le général Vandamme rendit compte de ma conduite à la commission du gouvernement et je fus nommé commissaire des guerres en pied, par arrêté du 5 juillet 1815, et je reçus ma commission du ministre de la Guerre à Orléans, à l’armée de la Loire. Le gouvernement renversé et Louis XVIII remis sur le trône, les nominations données pendant les Cent Jours furent annulées par une ordonnance de juillet ou d’août. Je redevins donc adjoint et de plus mis à la demi-solde et depuis en traitement de réforme avec quatre cent cinquante francs de pension, jusqu’à ce que je sois remis en activité. Le gouvernement qui avait cassé nos nominations, renversé à son tour, les grades et l’avancement donnés dans les Cent Jours redeviennent donc ce qu’ils étaient et même déjà plusieurs officiers viennent d’être réintégrés : je suis donc commissaire des guerres en pied. Mais comme les commissaires des guerres et les inspecteurs des revues ont été réunis dans un même corps, sous la dénomination d’intendants militaires, je viens vous prier […] de me faire accorder le grade de sous-intendant militaire, équivalent à celui que j’avais en 1815 et les derniers événements m’ont rendu. » Il joignait à sa demande le certificat suivant (signé sans doute un peu vite, puisque la date du 28 ne semble correspondre, selon la relation même que fit Bonnard, à aucune activité) : « Nous, soussignés, déclarons qu’il est à notre connaissance que, dans les journées des 28 et 29 juillet 1830, M. Bonnard, Louis, Guillaume […] s’est transporté sur divers points de réunion des citoyens armés dans Paris, qu’il les organisait et les encourageait à prendre des armes et à marcher contre la troupe qui tirait sur le peuple. Que, le 29, il contribua à la prise de la pièce de canon défendue par les Suisses au coin de la rue de Rohan, qu’il marcha deux fois sur la pièce, à la tête de citoyens et qu’il eut deux hommes tués à ses côtés. Qu’il était à la prise des Tuileries, où il est entré un des premiers. » Signé, le 2 août 1830 : Mons, Jean-Pierre (voir ce nom) « tirailleur, commandant rue Saint-Honoré, blessé », demeurant 9, rue Croix-des-Petits-Champs ; Basson, Valentin (voir ce nom), « capitaine en non-activité, commandant de plusieurs attaques », demeurant 15, rue de Surène ; Flandin (voir ce nom ?), « capitaine en non-activité, commandant la caserne de la Nouvelle-France », demeurant 15, rue Hauteville ; Stoffel, Ignace (voir ce nom), « volontaire », bottier, demeurant passage du Saumon ; Carel (voir Carel, Eustache, Auguste), major commandant le Louvre ; Delaborde, Alexandre, Louis, Joseph (voir ce nom), préfet de la Seine ; Victor Bernard, lieutenant-colonel, commandant supérieur des Tuileries. Il joignait aussi à sa demande une copie d’une « proclamation adressée aux ouvriers lors des troubles du mois d’août » (absente du dossier). Il fut choisi par plusieurs habitants de Sèvres et de Meudon comme intermédiaire pour faire valoir leurs droits de combattants de Juillet auprès de la Commission des récompenses nationales. A cet effet, ils rédigèrent la lettre suivante : « Les soussignés, habitants des communes de Sèvres et de Meudon, dont plusieurs ont eu déjà l’honneur de vous adresser leur demande, ont vu avec peine qu’ils n’étaient point compris dans les arrondissements communaux des environs de Paris qui doivent fournir un commissaire à la Commission des récompenses nationales chargée de recueillir les noms de ceux qui ont été tués, blessés ou qui se sont empressés de prendre les armes pour défendre la cause de la liberté pendant les mémorables journées des 27, 28 et 29 juillet à Paris, 30 et 31 juillet à Sèvres et Saint-Cloud, 3 et 4 août dans les journées décisives à Rambouillet. Comme l’article 14 de la loi porte qu’elle sera applicable aux autres communes dont les habitants ont pris part à la dernière révolution, nous avons l’honneur de vous prier d’avoir la bonté de nous faire connaître les mesures que nous avons à prendre pour nous conformer aux dispositions de la loi. M. Bonnard, Guillaume, commissaire des guerres, qui habite le bas Meudon depuis cinq ans, a bien voulu se charger de vous remettre notre demande et de nous faire connaître votre réponse. Il pourra d’ailleurs vous donner des renseignements sur la conduite que nous avons tenue dans les derniers événements et vous faire connaître les sentiments qui nous ont toujours animés pour le règne de la liberté. » Signé : Gouret, François (voir ce nom) ; Rousseau père, Pierre, Jean-Louis (voir ce nom) ; Rousseau fils, Marie, Antoine (voir ce nom) ; Contesenne, Isaac, Justin (voir ce nom) ; Deveaux, F. ; Hebert jeune (voir Hebert, Jacques, Marie ?) ; Daubert (voir le père de Daubert, Nicolas, François) ; Olivier, Jules ; Marion, Louis ; Brassier, P. Il fut à la fois décoré de la Croix de Juillet et reçut la médaille de Juillet auprès de l’arrondissement de Sceaux. Il intercéda ainsi pour un nommé Marchand : « M. Bonnard prend la liberté de dire à MM. les membres de la Commission qu’ils ont été bien sévères à l’égard d’un nommé Marchand, ex-caporal du 22e de ligne (du bas-Meudon) qui s’est mal expliqué lors de sa présentation au jury et auquel on n’a accordé que la mention honorable. M. Bonnard croit, d’après les nouveaux renseignements qu’il a pris, que le nommé Marchand mérite la médaille comme les autres. » Il prêta son serment et reçut sa croix le 28 juin 1831 à la sous-préfecture de Sceaux ; le serment était ainsi rédigé : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. » Le 28 juin 1831, il écrivit au ministre de l’Intérieur et président du conseil, Casimir Perier, et à la Commission des récompenses nationales au sujet des difficultés qui s’élevaient sur le choix de la couleur du ruban qui devait suspendre la médaille de Juillet. Le ruban tricolore, qui avait été choisi pour suspendre la médaille, paraissait offrir quelque difficulté pour son adoption définitive puisque, reconnu comme couleur nationale, tout le monde pouvait en conséquence le porter et laissait penser qu’il était médaillé de Juillet. Bonnard proposait, pour éviter tout malentendu, de « faire suspendre la décoration spéciale (la Croix de Juillet, N.D.A.) par un ruban bleu à rosette et la médaille par un même ruban, mais simple, en exigeant en outre pour le ruban simple qu’il ne serait jamais porté sans une médaille de grande ou de petite dimension ». Il ajoutait que cette mesure « amènerait un résultat satisfaisant dans la circonstance présente, car vous ne doutez pas que déjà plusieurs gardes nationaux ont devancé la proposition que j’ai l’honneur de vous faire, en suspendant la médaille de Juillet par un ruban bleu ». Il se présentait lui-même comme « un partisan de notre révolution et un ami véritable du gouvernement de Louis-Philippe », précisant sur les intentions qui le motivaient : « J’ai cru devoir vous éclairer sur une réclamation dont vont s’emparer avec plaisir les journaux de l’opposition, et qu’il vous sera facile de dénoncer. » A la fin de décembre 1831, Lelièvre (voir Lelièvre, Antoine, ou Lelièvre, Nicolas, ou Lelièvre, Pierre, Ernest, fils cadet, ou Lelièvre, Pierre, François, Rémy ? à retrouver) et Dumas (voir Dumas, Jean-Louis, Antoine), décorés de Juillet, adressèrent une circulaire aux décorés de la banlieue pour les engager à se rendre dimanche 1er janvier 1832, chez le sieur Serre, traiteur à Beau-Grenelle, « à l’effet d’aller présenter ses respects à Sa Majesté ». Etonné de ne pas avoir été convoqué et qu’une telle convocation pût être faite sans la participation du sous-préfet de Sceaux, il demandait au sous-préfet des éclaircissements qui lui permissent de guider sa conduite. Il signait sa lettre comme « sous-intendant militaire ». Bonnard demeurait à Meudon en 1830 « à l’époque de la révolution » ; 13, rue du Lycée en 1830 ; 28, rue du Cadran en 1831. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VK3 13, lettres en dates des 26 et 27 décembre 1831 ; Archives de Paris VK3 37, dossier Médailles (l’observation suivante est bien inscrite en face de son nom : « Forme double emploi avec la croix qui lui a été décernée sous le numéro 1235 de l’état. Sa médaille lui a été remise à V. Rolin sur un certificat de M. Payen. »), idem état nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet, qui ont retiré leur croix des bureaux de la sous-préfecture de Sceaux après avoir prêté entre les mains du sous-préfet le serment prescrit par l’article 4 de l’ordonnance du roi du 30 avril 1831 (sous le nom de Bonnard, Guillaume, Louis) ; Archives de Paris VK3 41 (sous le nom de Bonnard, Guillaume, Louis) ; Archives de Paris VK3 45 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, arrondissement de Sceaux, noms des citoyens proposés pour la médaille, arrondissement de Sceaux et lettres en date du 28 juin 1831.

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