Bonnecaze Saint-Albin, Jean-Louis
Biographie
Né le 19 février 1782 (bien le 19 février 1782 dans l’acte de baptême ; parfois mais par erreur le 20 février 1782) à Tournon (Ardèche), fils de Bonnecaze, Jean-Baptiste, notaire, et de Margerie, Anne, Françoise, son épouse. Chevalier de la Légion d’honneur. Enrôlé volontaire à l’âge de dix-sept ans dans les hussards. Il fut nommé le 10 septembre 1806 receveur à cheval dans la régie des droits réunis (1806, Tournon en Ardèche, 1808 à La Voulte, 1812 à Sospelle dans les Alpes-Maritimes, 1812 à Aiguebelle dans le département du Mont-Blanc, 1813 à Paulhaguet dans la Haute-Loire, 1813 de nouveau à Aiguebelle) et resta employé jusqu’en 1814, date à laquelle, à l’occasion de sa mutation à Lautrec dans le Tarn, il refusa de prêter serment au gouvernement des Bourbons et ne rejoignit pas sa place, renonçant aux appointements annuels de deux mille quatre cents à trois mille francs, malgré la grande nécessité dans laquelle il était, n’ayant d’autres ressources que son cautionnement de trois mille francs. Lors de l’invasion du département du Mont-Blanc, en 1814, il quitta sa recette et offrit, malgré ses nombreuses infirmités, ses services au général Marchand, qui les refusa ; il s’équipa et s’arma alors à ses propres frais, s’enrôla comme simple fusilier dans la compagnie de partisans organisée à Grenoble, donna « des preuves non équivoques de sa bravoure », tint « une brillante conduite dans la campagne de 1814 » et fut blessé, le 28 février 1814, à l’épaule droite. En mai 1814, il retourna depuis Grenoble vers son pays natal, Tournon. Il fut dénoncé à « à monsieur le sous-préfet de cet arrondissement, pour avoir à diverses reprises trop publiquement fait ressortir les ridicules de la famille des Bourbons » sans que l’on sache quelles furent les conséquences de cette dénonciation. En novembre 1814, il fit de nombreuses démarches pour obtenir un passeport afin de se rendre à l’île d’Elbe, où il préférait, disait-il, « se nourrir de pain noir que d’ortolans en France ». Lors du débarquement de l’Empereur, se trouvant à Chambéry, il engagea tous les officiers français et étrangers qu’il y connaissait à « acheter chacun un fusil, une giberne, des cartouches » et à rejoindre Napoléon à Lyon. Il arriva à Lyon le 10 mars, fit partie du bataillon sacré et fut présent à la revue que Napoléon passa aux Tuileries, le 24 mars 1815. Après les Cent-Jours, il revint incognito à Chambéry, et ne rentra à Paris qu’en 1817, après l’amnistie qui eut lieu à cette époque. Il resta treize années dans la capitale. Il était porteur du certificat suivant, qui reprenait toutes ces indications biographiques : « Nous, Jean-Baptiste Vibert, chef d’escadron au 14e régiment de chasseurs à cheval ; Paul, Jean Molin, chef de bataillon au 6e régiment d’infanterie de ligne ; François, Gentil, capitaine adjudant-major au 36e régiment d’infanterie légère ; Joseph Féré (sic), capitaine adjudant-major au 81e régiment de ligne ; Joseph Vespa, lieutenant au 1er régiment de voltigeurs de la jeune garde ; César Germain, sous-lieutenant aux chasseurs à cheval de la garde ; Félix Goveau, sous-lieutenant au 12e régiment des hussards ; Claude Barlet, sous-lieutenant au 39e régiment de ligne, chevalier de la Légion d’honneur ; Daniel Rossé, capitaine au 7e régiment d’infanterie légère ; Joseph Valin, sous-lieutenant au 133e régiment d’infanterie de ligne ; François Perret, sous-lieutenant au 7e régiment de chasseurs à cheval ; François, Antoine Tarrier, sous-lieutenant au 13e régiment de chasseurs à cheval ; Jacques Heurteur, sous-lieutenant au 31e régiment d’infanterie légère ; Epiphanie Franzon, sous-lieutenant au 13e régiment d’infanterie légère ; François Vernay, sous-lieutenant au 12e régiment d’infanterie légère ; François Pinot, sous-lieutenant au 53e régiment d’infanterie de ligne et autres officiers à demi-solde à Chambéry, soussignés. Certifions que pendant environ trois mois que nous avons vécu à la pension de madame veuve Lemoine avec M. Louis Saint-Albin Bonnecaze, militaire retiré, ex-receveur des droits réunis, il n’a discontinué de nous fournir des témoignages du plus entier dévouement à S. M. l’Empereur, que nous lui avons plusieurs fois ouï dire qu’au mois de mai 1814, étant allé de Grenoble à Tournon, son pays natal, il avait été dénoncé à M. le sous-préfet de cet arrondissement, pour avoir à diverses reprises trop publiquement fait ressortir les ridicules de la famille des Bourbons et hautement dit son opinion en faveur de l’Empereur ; qu’il avait vainement fait beaucoup de démarches pour se procurer les moyens d’aller le joindre à l’île d’Elbe, où, disait-il, il préférerait se nourrir de pain noir que d’ortolans en France. Qu’il est en notre parfaite connaissance que dans les premiers jours de décembre dernier, l’administration à laquelle il avait été attaché jusqu’à l’invasion du territoire français, le commissionna avec ordre d’être rendu le 21 dudit mois, en sa qualité de receveur, à Lautrec, département du Tarn mais que malgré la grande nécessité dans laquelle il était d’avoir de l’emploi (car il nous confessa qu’il n’avait d’autre ressource que son cautionnement de trois mille francs), il ne voulut se conformer à cet ordre, pour éviter de prêter le serment de fidélité exigé en pareil cas. Nous certifions en outre qu’au premier bruit du débarquement de l’Empereur, nous nous rassemblâmes chez madame Blanc, aubergiste à Chambéry, à l’effet d’y former un état nominatif des officiers qui voudraient aller le joindre, que le sieur Heurteur, l’un d’eux, fit observer à M. Gentil, chargé de dresser ledit état qu’en le remettant à Sa Majesté il serait à propos de lui adresser un compliment ; qu’alors ledit sieur Bonnecaze, homme plein d’honneur, qui plusieurs fois nous avait engagés à partir pour l’île d’Elbe, dit Mes camarades, ce n’est pas le moment de s’occuper de compliments, le meilleur, le plus honorable, le plus expressif et le plus nécessaire pour tous dans cette circonstance est d’acheter chacun un fusil, une giberne, des cartouches et aller au plus tôt nous rallier au braves qui ramènent notre souverain. Nous devons encore dire à la louange de M. Bonnecaze qu’en réclamant de nous ledit certificat il nous a recommandé de ne pas l’y flatter au détriment de la vérité, à laquelle il nous est bien doux d’avoir à rendre un aussi pur hommage. » Signé, le 24 mars 1815 : Vibert, chef d’escadron ; Barlet, sous-lieutenant ; Gentil, capitaine adjudant-major ; Rossé, capitaine ; Ferré (sic), capitaine adjudant-major ; Tarrier, sous-lieutenant ; Perret, sous-lieutenant ; Heurteur, sous-lieutenant ; Vernay, sous-lieutenant ; de Michaux ; Goveau, sous-lieutenant ; Molin, chef de bataillon ; Pinot, sous-lieutenant ; Vespa, lieutenant ; Valin, sous-lieutenant ; Franzon, sous-lieutenant ; Germain, sous-lieutenant ; Bénédicante, sous-lieutenant. Vers 1828, il sollicitait la place de messager d’Etat à la Chambre des députés, fortement appuyé par MM. Royer-Collard, Lafayette, de Bondy, de Laroche. En 1830, il fut présent aux diverses charges qui eurent lieu le 27 juillet dans les rues de Richelieu et Saint-Honoré. Félix, Joseph Froment témoigna dans ces termes des circonstances dans lesquelles Saint-Albin de Bonnecaze abattit un garde royal : « Je soussigné, Félix, Joseph, Froment, imprimeur en taille douce, déclare et atteste que, le 28 juillet entre deux et trois heures de l’après-midi, je me trouvais au nombre de quelques autres dans la rue de Lancry, armé d’un fusil ; j’allais à la course chercher une embuscade à l’angle de celle Neuve-Saint-Nicolas, qui y aboutit, lorsque, tout à coup, une personne, qui s’acheminait de ce côté vers le boulevard, m’arracha brusquement mon arme des mains, coucha en joue un garde royal qui, quoique encore dans la rue de Bondy, me poursuivait et l’abattit raide mort, me rendit mon fusil et fut se précipiter en toute hâte sur l’expirant, s’empara du sien, de quelques cartouches qui lui restaient dans sa giberne et, en continuant à faire feu sur les militaires qui se trouvaient sur les boulevards, il se dirigea du côté de la porte Saint-Martin. » Un peu plus tard, à la porte Saint-Denis, boulevard Saint-Martin ou boulevard Saint-Denis, Saint-Albin de Bonnecaze, fut atteint d’une balle à la cuisse droite. » Froment continuait ainsi son témoignage : « Environ une heure après, ayant été moi-même atteint d’une balle qui me cassa et traversa la cuisse droite, je fus transporté à l’hôpital Saint-Louis, salle Saint-Jean et placé dans le lit n° 12, que, le lendemain, un peu remis de mes premières douleurs, j’entrai en conversation avec mon plus proche voisin de droite, qui occupait le lit n° 13 ; je le reconnus de suite pour être la personne qui m’avait à l’improviste si brusquement désarmé et tué le garde royal dont il est question ci-dessous. » Sa blessure était ainsi décrite par le chirurgien de l’hôpital Saint-Louis, le 16 septembre 1830 : « […] Est entré dans cet hôpital le 28 juillet 1830, portant une double plaie contuse, produite par une balle qui a traversé la cuisse droite dans sa partie supérieure et est sortie immédiatement au-dessous des bourses pour aller se ficher dans la fesse droite après avoir fracturé le fémur, accident très grave qui a pu compromettre pendant longtemps l’existence du malade et qui aujourd’hui, dans le cas le plus heureux, doit être considérée comme devant nuire à la facilité des mouvements du membre. » Saint-Albin de Bonnecaze mourut des suites de sa blessure, le 24 septembre 1830. Il fut enterré au cimetière du Père-Lachaise. Il avait reçu cinq cent quatre francs de secours auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il voulut, à sa mort, que son frère, Bonnecaze, Jean, Silvère, bénéficiât de ses droits acquis en combattant (pension, décorations) et supplia le gouvernement de « reporter sur ce frère toutes les faveurs auxquelles ses services et le sacrifice de sa vie pourraient lui donner droit ». Bonnecaze avait eu le temps, le 30 juillet 1830, d’adresser la lettre suivante au général Lafayette, comme « chef du gouvernement provisoire » : « Je suis contraint de recourir à une main étrangère pour me procurer l’honneur de vous présenter mes respectueux hommages et vous témoigner les regrets que j’éprouve de ne pouvoir aller vous offrir de disposer des quelques gouttes de sang qui me restent encore pour la défense de la liberté française. Après m’être trouvé présent aux diverses charges qui eurent lieu mardi dernier dans les rues de Richelieu et Saint-Honoré le mercredi 28, au moment où je venais d’abattre un de ses oppresseurs, je fus moi-même atteint à la partie supérieure de la cuisse par une balle de calibre qui la brisa et la traversa. Ramassé sur le boulevard Saint-Martin, je fus transporté à l’hôpital Saint-Louis, où, depuis lors, étendu sur le lit n° 13 je ne puis plus que faire des vœux pour l’accomplissement de la régénération à laquelle vous êtes de nouveau appelé à présider. J’ai l’honneur, etc. » Cette demande fut rejetée par la Commission. Le 24 juillet 1840, les restes de Bonnecaze furent exhumés du terrain situé au cimetière du Père-Lachaise, où ils avaient été placés, puis renfermés avec ceux de quatre-vingt-sept autres victimes dans quatre sarcophages, afin d’être transférés dans le caveau prévu à cet effet sous la colonne de Juillet, construite place de la Bastille, pour honorer la mémoire de tous ceux qui moururent en combattant pour les libertés publiques. Bonnecaze Saint-Albin demeurait 17, rue du Marché-Saint-Honoré. Le nom de Bonnecaze (S.-A.-L. Bonnecaze) est inscrit sur la colonne de Juillet, place de la Bastille et sur les tables du Panthéon. Archives de Paris VD6 172 n° 6 ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état de cent cinquante demandes formées en vertu des articles 1er, 2e, 3e, 4e et 11e, de la loi du 13 décembre 1830 et reconnues non fondées ; Archives nationales F/1dIII/45 in dossier Bonnecaze ; Archives nationales F/1dIII/75 in dossier Saint-Albin de Bonnecaze ; Archives nationales F/1dIII/82, état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet, aussi liste des victimes de Juillet 1830, colonne de Juillet et aussi liste générale des citoyens morts dans les journées de juillet 1830, en combattant pour les libertés publiques et dont les noms sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (sous le nom de Bonecaze, Saint-Albin, Louis) ; Bulletin des lois, IXe série, tome 21, n° 746, Paris, imprimerie royale, février 1841, p. 80 (sous le nom de Bonecaze, Saint-Albin, Louis), liste générale des citoyens morts ou blessés mortellement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, en combattant pour la défense des lois et des libertés publiques, les noms de ces citoyens sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (et aussi Archives de Paris D1K1 138, qui contient les mêmes informations puisqu’il s’agit de ce même numéro du Bulletin des lois) ; Colonne de Juillet, liste officielle et par ordre alphabétique des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de juillet 1830, Paris, chez Vve Demoraine et Boucquin, 1841 ; Archives de la préfecture de police AA 420.