Bonnellier, Hippolyte, Louis

Biographie


Né le 10 août 1800 à Paris. Homme de lettres. On trouve la trace de Bonnellier dans un rapport confidentiel sur l’esprit public adressé, en date du 4 novembre 1829, par le colonel de la 1re légion de la gendarmerie royale, le marquis de Sanzillon, au ministre de l’Intérieur. Après s’être félicité de « la plus parfaite tranquillité » dont jouissait les départements de son ressort, le colonel rapportait les faits suivants concernant Bonnellier : « J’aurais l’honneur d’informer Son Excellence que monsieur le lieutenant de gendarmerie de Sceaux, se trouvant voyager en bourgeois dans les petites voitures publiques qui vont et viennent de ce chef-lieu de sous-préfecture à Paris a fait route avec M. Bonnelier, homme de lettres, que cet officier connaît beaucoup parce qu’il demeure à Aulnay, près de Sceaux ; que, chemin faisant, M. Bonnelier ne cessait de faire de mauvaises plaisanteries sur les ministres de Sa Majesté et plus particulièrement sur celui de la Guerre contre lequel il déclamait les vers les plus mordants, les plus injustes comme les plus insolents vers de MM. Barthélémy et Méry, intitulés je crois Waterloo. Monsieur le lieutenant, plus indigné encore de ses réflexions que des vers, dit à M. Bonnelier : Monsieur si vous ne me connaissiez pas je ne répondrais rien à vos injustes diatribes mais comme vous nignorez pas qui je suis, que vous nignorez pas davantage quelles sont mes opinions cest sans doute une offense directe et personnelle que vous voulez me faire. Je la regarde comme telle et si vous ne discontinuez pas je saurais my prendre dune autre manière pour vous faire taire. La raison qu’il put en obtenir, après cette leçon un peu dure, fut un silence parfait pour le reste de la route. Je ne rappelle cette scène à Son Excellence que parce qu’on m’a assuré que dans le même temps M. Bonnelier était en instance auprès de Son Excellence pour la supplier de vouloir bien lui accorder une sous-préfecture. Des hommes aussi vils, si toutefois cette assertion était exacte, sauraient-ils être dangereux et pourraient-il être bien redoutables ? De tels caractères, et ils ne sont pas rares, ne sont insolents et entreprenants qu’autant qu’on en a peur et malheureusement trop de preuves d’une grande circonspection ont été données et ont encouragé tous ces brailleurs, boursoufflés de vanité et d’ambition. » On retrouve Bonnellier dans les journées de Juillet. Il est présenté comme Ancien secrétaire du gouvernement provisoire de 1830 (selon une mention inscrite sur son dossier in Archives nationales F/1dIII/81, dossier Seine-et-Oise). Alexandre Dumas, qui fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet, en laissa un récit impartial et bien renseigné. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Bonnellier : « [Le 30 juillet, après la prise de l’Hôtel de ville] Je regardais de là un autre secrétaire qui venait de s’établir en face de lui [Odilon-Barrot, N. D. A.], comme un pouvoir rival. C’était M. Hippolyte Bonnellier, secrétaire de La Fayette ; il faisait, en effet, pendant à Odilon-Barrot, secrétaire de la commission municipale. Je n’oublierai jamais l’étrange façon dont M. Hippolyte Bonnellier était armé. Il portait en sautoir une poire à poudre suspendue par un ruban rouge. Dans sa ceinture était passé un petit poignard de quatre pouces de long. Chargeait-il son poignard avec sa poire à poudre, ou bourrait-il sa poire à poudre avec son poignard ! C’est un problème que je n’ai jamais pu résoudre. – J’ai abattu dix-huit arbres sur le boulevard ! disait-il à Etienne Arago. – Avec votre poignard ? demanda Etienne en riant. – Non, répondit Bonnelier en riant à son tour, je veux dire que je les ai marqués avec mon poignard, et que le peuple les a abattus. En attendant, il était secrétaire de La Fayette. » Et aussi, à propos de l’arrivée du duc d’Orléans à l’Hôtel de ville et du général Lafayette : « Un parti – le parti orléaniste – l’avait enveloppé (Lafayette, N.D.A.), entouré, circonvenu ; c’était un véritable siège dont les travaux étaient habilement dirigés par Laffitte et conduits par Carbonnel. De là venait ce mot si expressif de Bonnellier : “Vos diables de républicains nous ont donné bien du mal !” En effet, ce n’était plus qu’avec difficulté que les républicains pénétraient près du bon vieux général, et à peine l’un ou l’autre de ceux qui étaient connus pour professer cette opinion – et ils pouvaient être facilement connus, car ceux qui professaient cette opinion étaient encore rares à l’époque dont nous parlons – à peine l’un ou l’autre était-il près de lui, que l’on entrait et que, sous vingt prétextes différents, on coupait ou épiait la conversation. » Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il fit parvenir à la Commission le récapitulatif suivant de sa participation aux combats : « Le 27 à midi, je me suis présenté au journal Le Figaro, auquel je n’appartenais par aucun lien direct ; et, le propriétaire et le gérant absents, j’ai signé le procès-verbal de la saisie des presses disant au commissaire devant plusieurs personnes : « A un homme de lettres témoin d’un guet-apens, je le signe. » A 4 heures j’étais au National. Le 28, j’ai pris part au combat rue de l’Echiquier à 4 heures. J’ai fait abattre les arbres vis-à-vis la rue du Sentier. Deux hommes sont tombés à mes côtés. L’un sciait l’arbre avec moi. La Commission des récompenses a, entre ses mains, les certificats qui constatent ces faits. Le 29 à 12 heures, parti du palais de la Bourse avec le peuple, je suis monté à l’Hôtel de ville aux côtés du général Dubourg. J’ai pris la plume et j’ai écrit les premiers ordres. A 2 heures, le gouvernement arriva et m’adopta comme secrétaire ; je restais seul en cette qualité jusqu’à 11 heures du soir, heure à laquelle je signai la nomination de MM. Baude et Oilon-Barrot. Dans cette journée du 29, j’ai signé plusieurs centaines de cartes laissez-passer pour sortir de Paris. J’ai signé une circulaire aux mairies, une lettre à la municipalité du (ancien) XIe arrondissement, pour approuver sa constitution encore municipale. Si messieurs les membres de la Commission des récompenses veulent dépasser en ma faveur la journée du 29, comme ils l’ont fait à l’égard de plusieurs, ils trouveront la trace de plusieurs missions importantes que j’ai remplies au nom du gouvernement. Moi, soussigné, déclare véritables dans tous ces points le cours exposé ci-dessus. » On peut lire aussi dans son dossier cet autre récapitulatif qu’il avait rédigé à l’intention de cette même Commission des récompenses nationales du (ancien) Xe arrondissement : « Hippolyte Bonnellier, âgé de trente ans et père de famille, a fait partie des réunions insurrectionnels au National et rue Saint-Honoré, le 27 juillet au soir ; il s’est battu dans la rue le 28 et en a fourni les certificats. Le 29 à midi, il est monté à l’Hôtel de ville avec le peuple, il a rédigé les premiers ordres donnés par l’officier Dubourg (voir Dubourg, Frédéric, général). A 2 heures, il a été agréé comme secrétaire par le gouvernement provisoire et en cette qualité, que seul il a occupé toute la journée de 29, il a contresigné la circulaire aux douze municipalités, la nomination aux mêmes fonctions de M. Odilon-Barrot et Baude, les cartes laissez-passer (au nombre de 3.000) qui permettaient la sortie de Paris et l’accès à l’Hôtel de ville, plusieurs arrêtés de la commission qui ont été placardés, entre autres celui relatif à l’éclairage. Monsieur Baude ayant été délégué à l’Intérieur, Hippolyte Bonnellier a été chargé de la signature des subsistances ; deux cent mille francs ont été distribués par la caisse de l’Hôtel de ville sur ces bons ; il a été chargé de l’inventaire de cette caisse. Le 1er ou 2 août, le gouvernement le chargea d’opérer la saisie chez M. Charlet des valeurs appartenant à la duchesse d’Angoulême. Enfin, faisant partie de l’expédition de Rambouillet, il fut chargé d’assurer les vivres de la colonne parisienne, approvisionnement qui n’a éprouvé de retard que par la négligence de la municipalité de Versailles. Hippolyte Bonnellier a fait son devoir de patriote et sollicite de messieurs les membres de la commission des récompenses nationales la croix décernée aux citoyens qui ont exposé leur tête dans la glorieuse époque de juillet. Disgracié par monsieur Guizot, il attend un puissant dédommagement de la faveur nationale. » Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement (sous le simple nom de Bonnelier sur les listes de cette mairie in Archives de Paris Vbis7K4 2, sur celles du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur). Suite à cette déconvenue de n’avoir reçu que la seule médaille, il sollicita la décoration de la Croix de Juillet devant la Commission des récompenses nationales pour le département de Seine-et-Oise. Il adressa la lettre suivante à cette dernière : « J’ai l’honneur de soumettre à votre équitable et bienveillant examen ma demande de la croix spéciale de Juillet, ainsi que les pièces à appui. Soldat de Paris pendant les deux journées du 27 et du 28, secrétaire de la commission municipale, gouvernement provisoire, dès le 29. Je dus me présenter devant la Commission des récompenses parisienne. Je l’ai fait. En taisant, par convenance, les raisons qui ont pu faire rejeter ma demande, je m’expose à exciter vos doutes sur le bon droit de mon appel devant un autre jury. Mais, outre que ces raisons tiennent à des passions privées qui ont influencé le jugement de plusieurs, j’ai, pour rassurer votre juste susceptibilité, le témoignage, imposant dans la question, des commissaires de mon arrondissement (le Xe) près la Commission des récompenses. Ces commissaires ont voté pour moi, au milieu d’une orageuse discussion à mon sujet, ils ont avec George Lafayette, président, élevé une forte voix en ma faveur : douze contre dix ont décidé mon rejet ; et toutefois vous remarquerez, Messieurs, que, sans que je l’eusse demandée, la médaille m’a été décernée, bien que j’aie signifié que je la refuserai. J’en ai laissé l’insigne et le brevet à la municipalité de mon arrondissement. Dans la position toute particulière où je me trouvais devant la Commission des récompenses nationales, elle devait ou me décerner la croix ou ne rien m’accorder : me décernant la médaille elle m’offrait une voie d’appel car, si elle me déclarait à moitié digne, elle commettait une injustice contre laquelle un jugement d’indignité absolue m’aurait laissé moins de recours. Cette position particulière tient à ce que seul secrétaire du gouvernement provisoire le 29 (ainsi que vous le verrez aux pièces), signataire de plusieurs actes publics, je rentrais dans la catégorie toute privilégiée des membres du gouvernement provisoire, catégorie contentée par la Commission des récompenses et dont deux personnes, secrétaires officieux à la date du 1er août quand le danger était passé, ont eu le bénéfice. Au reste, pour la justification de ce que je viens d’avoir l’honneur d’énoncer devant vous, vous avez, Messieurs, à consulter la note de M. Bessas-Lamegie (voir Bessas-Lamegie, Auguste), premier adjoint du (ancien) Xe arrondissement et de son collègue tous deux commissaires, membres de la Commission des récompenses de Paris. Maintenant, Messieurs, il me reste à vous expliquer les motifs qui me portent à me soumettre à votre décision, en vous présentant ma demande de la croix spéciale de juillet. Le droit d’appel ayant été reconnu par le président du Conseil et tous les hommes influents qui ont été témoins de ma participation vive à l’événement de juillet, ce droit demeurait sans effet s’il m’était impossible de prouver que j’eusse mis le pied sur un territoire autre que celui du département de la Seine ; et cela pour un but politique, dépendant de la révolution. Les membres du gouvernement m’engagèrent à me rendre à Rambouillet avec l’armée parisienne et me chargèrent d’assurer les vivres de cette armée ; ils donnèrent des ordres pour qu’un cheval fût mis à ma disposition. Je me rendis de suite auprès de l’intendant en chef de la 1re division militaire, je requis de lui un ordre pour les intendants de Versailles (voyez les pièces) et je rejoignis en tête de l’armée MM. Pajol, Jacqueminot et George Lafayette. Lorsque nous arrivâmes à 5 heures à Versailles, je me rendis à la municipalité de cette ville, j’exhibai les preuves de ma qualité et l’ordre de l’intendant. L’armée s’arrêta à Coignières. Je logeais dans la maison de poste et, comme exténué par huit nuits de veille, et quelle veille ! je m’étais jeté sur un lit, à 3 heures du matin, des cris affreux poussés sur la route me firent sortir. C’était une femme, la comtesse Léautaud, qui, seule, allant rejoindre son fils à Rambouillet, venait de lancer le cheval de son cabriolet au travers de la grande garde établie sur la route. Cette grande garde était composée d’une écume que nous avions ramassée en marchant : ces hommes étaient furieux. Ils hurlaient à l’espionnage, la scène était horrible. M. George Lafayette n’y pouvait rien. L’écharpe tricolore qui me ceignait les reins, en ma qualité de secrétaire du gouvernement, fit plus que tous les noms, toutes les épaulettes, j’arrachai Madame Léautaud de son cabriolet, je la conduisis avec monsieur George Lafayette à la maison où ce dernier habitait (voyez les pièces). A ces titres, messieurs, je vous demande de m’accorder le droit de citoyen parmi vous, je vous demande de m’accorder la croix spéciale de Juillet. Je suis avec respect, etc. » Il joignait à sa demande les pièces justificatives suivantes. La première, un billet ainsi rédigé : « M. le sous-intendant, M. de Launay, employé à Versailles, fera fournir le pain, la viande et le vin nécessaires pour la colonne commandée par le général Pajol et qui se dirige sur Rambouillet. » Signé, le 3 août 1830 : Hippolyte Bonnellier, secrétaire de la Commission municipale ; et une signature illisible (peut-être Loinay ?), intendant en chef de la 1re division. La pièce était certifiée par Jacqueminot, chef d’état-major de l’armée et député. La deuxième, un certificat ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie avoir vu M. Hippolyte Bonnellier, le mercredi 28 juillet 1830, entre 3 et 4 heures de l’après-midi, dirigeant un mouvement pour abattre les arbres du boulevard Poissonnière, et l’avoir vu lui-même s’efforcer d’abattre un poteau vis-à-vis mon établissement. Un homme a été tué près de lui et de ma porte. » Signé, le 23 janvier 1831 : Gaudiot, J., libraire, 8, bd Poissonnière. Le troisième, ainsi rédigé : « Je certifie que M. Hippolyte Bonnellier était près de moi à la Bourse le 29 juillet au matin et dans tous les lieux où le besoin du service l’exigeait ; ainsi qu’à l’Hôtel de ville. J’estime que M. Bonnellier, par sa conduite et ses principes, a des droits à la bienveillance du gouvernement né des glorieux événements de Juillet. » Signé, le 24 janvier 1831 : Dubourg, général (voir Dubourg, Frédéric, général). Le quatrième, ainsi rédigé : « Je déclare que, lorsque je suis parti avec le général Dubourg pour me rendre de la Bourse à l’Hôtel de ville, le 29 juillet, M. Hippolyte Bonnellier nous a accompagnés et qu’il est entré avec nous au susdit Hôtel de ville. » Signé, le 24 janvier 1831 : Dumoulin, Evariste (voir ce nom). Le cinquième ainsi rédigé : « Je, soussigné, membre de la commission municipale provisoire de Paris, certifie à tous ceux à qui il appartiendra que M. Hippolyte Bonnellier a été nommé le 29 juillet dernier en arrivant à l’Hôtel de ville secrétaire adjoint de ladite commission et que, pendant le temps que j’ai exercé les fonctions de commissaire, c’est-à-dire depuis le 29 juillet à 2 heures de relevé jusqu’au 2 août suivant matin, jour où je suis parti pour Rambouillet avec MM. le maréchal Maison, Odilon-Barrot et Jacqueminot, la commission municipale a été satisfaite du zèle et du patriotisme de M. Bonnellier, qui l’a assistée dans la plupart des actes en sa dite qualité. » Signé, le 7 mai 1831 : de Schonen (voir ce nom) ; le certificat était apostillé par Lobau, membre de la même commission municipale dont il est fait mention dans ce certificat. Une note de la Commission des récompenses nationales récapitulait ainsi sa participation aux trois journées : « Il a fait partie des réunions insurrectionnelles au National, le 27 juillet au soir. Le 28, il s’est battu dans les rues de Paris. Le 29 à 12 heures, il est monté à l’hôtel de ville avec le peuple et y a dirigé le premier ordre donné par l’officier Dubourg. A 2 heures, il a été agréé comme secrétaire par le gouvernement provisoire. En cette qualité qu’il a eue seul, il a contresigné la circulaire aux douze municipalités et la nomination de M. Odillon Barrot et Baude aux mêmes fonctions de secrétaire. M. Bonnellier s’est présenté à la Commission des récompenses de Paris. Il prétend que sa demande a été rejetée par suite de manœuvres, à la majorité de douze voix contre dix et qu’on lui a seulement accordé la médaille, qu’il a refusée. Il se présente aujourd’hui, comme ayant rendu d’éminents services à la cause de Juillet dans le département de Seine-et-Oise. Il prétend que les membres du gouvernement provisoire l’engagèrent à se rendre à Rambouillet avec l’armée parisienne, le chargèrent d’assurer les vivres de cette armée et mirent un cheval à sa disposition ; qu’il se rendit de suite auprès de l’intendant en chef et rejoignit les généruxl Pajol, Jacqueminot et George Lafayette ; que, l’armée s’étant arrêtée à Coignières, il logea à la poste ; qu’exténué de fatigue, il se jeta sur un lit ; qu’il fut réveillé à 3 heures du matin [il manquerait la suite…] ». Dans sa séance du 16 décembre 1831, la Commission des récompenses nationales réunie pour le département de la Seine-et-Oise donna l’avis suivant sur la Croix de Juillet que demandait Bonnelier : « Les faits allégués par M. Bonnelier ne sont pas appuyés de preuves suffisantes et d’ailleurs ne sont pas tels que ce soit le cas d’accorder une récompense. » Il participa à une assemblée générale des décorés de Juillet, au Wauxhall, le 12 juillet 1831, dont le but était de préparer une pétition adressée aux membres de la Chambre des députés, pour faire cesser la distinction faite entre ceux qui avaient été décorés de la Croix de Juillet et ceux qui n’avaient reçu que la médaille de Juillet. Le procès-verbal de cette réunion était ainsi rédigée : « La première partie de la séance est consacrée au rapport des travaux de la commission des réclamants de Juillet. A cette occasion, Me Floriot prononce un discours dicté par les sentiments du plus pur patriotisme, et plein d’une sage modération. Son intention était d’obtenir l’adhésion des décorés de la croix spéciale à d’équitables représentations. M. Capot de Feuillade parle dans le même sens. M. Thourel, prenant aussi la parole, invite tous les hommes de Juillet à établir entre eux des rapports plus intimes, et à ne former qu’une même famille, comme aux jours du danger. Il propose de signer une pétition qui sera présentée à la Chambre des députés. Toute distinction, dit-il, doit cesser entre ceux dont le péril fut le même. Ses intentions pures et patriotiques, bien comprises de l’assemblée, produisent la plus profonde sensation, et excitent les plus vives sympathies. Il se livre ensuite à quelques observations pleines d’intérêt sur le programme public des fêtes des 27, 28 et 29 juillet et sur l’avis affiché par la commission des blessés de Juillet.

»M. Bonnellier prend ensuite la parole pour le même objet. Pendant son improvisation, M. Thourel a rédigé la pétition dont il avait précédemment parlé. Cette pétition, lue dans le plus grand calme, est accueillie par d’unanimes applaudissements ; on la dépose sur le bureau du président, où elle est à l’instant couverte de nombreuses signatures.

»Me Floriot fait la proposition d’offrir une épée d’honneur aux généraux Dubourg et Dufour. L’assemblée vote par acclamation, et l’on arrête qu’à dater de ce jour des listes de souscription sont ouvertes dans les bureaux de la commission des réclamants de Juillet et dans ceux des journaux La Tribune et La Révolution.

»Avant de se séparer, un membre de l’assemblée donne communication du programme des fêtes qu’on se proposait de célébrer le 14 juillet pour l’anniversaire de la prise de la Bastille. Après lecture faite de ce programme, on se sépare dans le plus grand ordre, et en entonnant l’hymne patriotique la Marseillaise. » Le texte de la pétition que la réunion voulait adresser à la Chambre était ainsi conçu : « Lorsque la France s’est levée comme un seul homme pour élever l’étendard de la liberté sur les débris d’un trône, les citoyens n’ont établi entre eux aucune distinction ; tous, ils ont couru aux armes, le même héroïsme les animait, et la même tombe recouvre quatre mille d’entre eux ; et cependant au jour des récompenses, des catégories sont établies, les titres sont égaux, et nous, que l’on voudrait placer sur la première ligne de ceux avec lesquels nous étions confondus dans le danger, nous venons hautement protester contre une telle distinction, et réclamer les honneurs militaires et l’étoile le Juillet pour nos frères jugés dignes de la médaille, et ceux dont les droits auraient été méconnus. Une commission a été établie dans le sein de l’assemblée de ces braves ; nous venons appuyer auprès de la Chambre une réclamation aussi juste, de toute l’autorité des droits qu’on nous a déjà reconnus. Suivent les signatures des décorés de Juillet. » Sa médaille et son brevet lui furent délivrés le 18 novembre 1831. Dans ses Mémoires de ma vie, Rémusat, le dit « écrivassier du dernier ordre, braillard et subalterne, besogneux, un peu mercenaire et qui prétendait avoir épousé la fille, apparemment naturelle, de François de Neufchâteau. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il est l’auteur, en 1835, et comme ancien secrétaire de la Commission municipale du gouvernement provisoire d’un ouvrage intitulé Mémorial de l’Hôtel de ville de Paris, paru à Paris, chez Houdaille. Phrénologue, amateur, il écrivit à Lacenaire, le célèbre assassin, et le rencontra plusieurs fois avant son exécution. Il est l’auteur du Mémorial de l’hôtel de ville, paru en 1835 chez Houdaille et d’une Autopsie physiologique de Lacenaire, mort sur l’échafaud le 9 janvier 1836, paru chez Mathias en 1836 à Paris. Une note de Mémoires de ma vie, Rémusat, Plon, Paris, 1958, T II, p. 323, dit à son sujet, mais sans qu’on sache la part de crédit qu’on peut y apporter : « Auteur d’un certain nombre de romans, il avait ouvert, en 1826, un cours de débit oratoire et de lecture à haute voix. Guizot le nomma sous-préfet de Senlis. Il entra en 1845 comme acteur à l’Odéon, puis revint à la littérature et, en 1848, à la politique. Il fut à nouveau quelque temps en 1849 sous-préfet de Sceaux. » Il demeurait 6, rue des Beaux-Arts ou aussi 9, rue des Beaux-Arts en 1830-1831 ; au château de Ville-d’Avray en 1831 ; à Versailles (Seine-et-Oise) en ???. Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Mémoires de ma vie, Rémusat, Plon, Paris, 1958, T II, p. 323 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Album des décorés de Juillet, contenant les noms des décorés de Juillet, Paris, chez Mie, Prevot et Levavasseur, 1831 ; Archives de Paris Vbis7K4 2 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille Xe arrondissement ; Archives de Paris Vbis7K4 4, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 545 n° 4 (sous le nom de Bonnellier, Hyppolyte, Louis) ; Archives nationales F/7/6777 police générale, affaires politiques ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/81, dossier Seine-et-Oise ; L’affaire Lacenaire, Demartini, Aubier, collection historique, Paris, 2001, p. 116, 249, 294-295, 300, 310-316, 323.

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