Bonneville, Brutus

Biographie


Né le 25 fructidor 1794 à Paris. Elève interne de l’hôpital Saint-Louis. Il était porteur du certificat suivant : « Nous, soussignés, certifions et attestons que le nommé Brutus Bonneville, élève interne de l’hôpital Saint-Louis, demeurant rue Neuve-Coquenard n° 10, faubourg Montmartre, s’est trouvé dans nos rangs lors des mémorables journées de juillet 1830, qu’il a participé, comme nous, à la défense commune de nos droits, violés et méconnus, de notre indépendance et de notre liberté et contribué personnellement au renversement du trône de Charles X et de son gouvernement, qu’à la tête d’un nombre de dix individus, qu’il a rassemblés et dont nous faisions partie, il nous a d’abord conduits sur la place du Châtelet, qu’arrivés sur ce lieu, il s’est emparé du poste qui se trouvait occupé et défendu par des gendarmes, qu’il a désarmés, qu’ensuite ses dix hommes et lui, munis de leurs armes, ont pris une autre direction et sont allés grossir le nombre des combattants de la place de Grève, qui maintenait cette position dangereuse et qui résistait opiniâtrement aux attaques sanglantes et meurtrières des troupes de Charles X. Et de là sur divers points également attaqués, où nous l’avons suivi, toujours en combattant et où il s’est signalé comme un brave, que partout il était à notre tête et s’exposait le premier au poste le plus périlleux. Il n’a quitté ces lieux de carnage et de destruction que pour se rendre le lendemain 28 à l’hôpital Saint-Louis porter des secours et donner ses soins à nos frères blessés. Services honorables attestés par les certificats des médecins et chirurgiens chefs dudit hôpital, qu’il nous a exhibés. Nous déclarons que les faits relatés en ce certificat sont à notre connaissance, c’est pour quoi nous désirons que ce témoignage public que nous aimons à rendre de son dévouement et de son patriotisme lui serve de titre de recommandation parce que nous pensons qu’il a bien mérité de la reconnaissance de ses concitoyens en se comportant dans ces circonstances en véritable Français, ami de son pays ainsi que de sa gloire et de son honneur. En foi de quoi, nous lui avons délivré le présent par duplicata parce qu’il nous a déclaré avoir perdu son premier titre, pour lui servir au besoin. » Signé à Paris ce 8 juillet 1831 : Bernier, A., professeur de langue française, demeurant 28, rue de la Comtesse-d’Artois ; Gouvignon (voir Gouvignon aîné), dentiste, demeurant 8, rue de la Lanterne à la Cité ; Durin (ou Duvin ?), peintre, demeurant 15, rue Jean-Pain-Mollet ; Lemelle, dentiste, demeurant 4, rue de la Vieille-Draperie ; Bouchez (ou Boucher ?), demeurant 28, rue de l’Orangerie à Versailles ; Moisy, marchand de vins, demeurant 2, place du Châtelet ; Vaissiere (voir Vaissiere, Jean-Philippe. ?), vannier, demeurant 30, rue Coquenard. Le certificat suivant lui fut délivré, le 6 mai 1831, par le chirurgien de l’hôpital Saint-Louis, Jobert de Lamballe (voir Jobert de Lamballe, Antoine, Joseph) : « Je, soussigné, chirurgien dudit hôpital, agrégé de la faculté de Paris, chevalier de la Légion d’honneur, etc., certifie que M. Brutus Bonneville a fait le service à l’hôpital Saint-Louis, en qualité d’élève interne et que pendant les journées de Juillet j’ai été témoin de son zèle et de son dévouement. » En 1848, il fit valoir ses droits auprès de la nouvelle Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de février, expliquant ainsi la conduite qu’il avait tenue depuis juillet 1830 : « […] En 1830, suivi de dix hommes armés et ramassés à la hâte, j’ai coopéré à la prise du poste de la place du Châtelet, dont je suis porteur d’un certificat. Après la prise de ce poste, nous nous sommes portés sur le quai de Gèvres. Là, nous avons chargé deux pelotons de gendarmerie, l’un à pied l’autre à cheval. Nous avons eu deux hommes de tués mais nous avons débusqué l’ennemi. De là, nous sommes allés à la Grève, où nous avons chargé l’ennemi plusieurs heures. Ensuite, je me suis rendu à l’hôpital Saint-Louis, où je faisais le service d’interne, où j’ai donné mes soins aux blessés. Le lendemain matin de même à l’hôpital et après le service des blessés nous nous sommes rendus avec M. Coobert illisible, à la maison de santé faubourg Saint-Denis, où nous avons fait plusieurs amputations. Après le service, je suis allé foire Saint-Laurent, où j’étais attendu par soixante hommes. Nous sommes partis au Louvre, suivis de plus de cinq cents hommes. Là, nous avons chargé les Suisses et sommes entrés au Louvre. Je suis retourné à l’hôpital, où j’ai continué le service, dont j’en ai le certificat. Le 5 et 6 juin 1832, rue Saint-Martin, à la barricade de la rue Maubuée et Aubry-le-Boucher, j’ai été blessé à la main droite, le fléchisseur superficiel de l’annulaire a été lésé, il s’en produisit un panaris, qui a déterminé l’adhérence de l’aponévrose palmaire ; depuis ce temps, l’annulaire est resté fléchi. après cette blessure, j’ai été frappé à l’épaule gauche par un éclat de la barricade et j’ai eu la clavicule fracturée. J’ai été trois mois sans pouvoir me servir du membre gauche. En 1839, à la barricade Greneta, en face la rue Royale-Saint-Martin près du poste Saint-Martin, nous avons été chargés par la garde municipale. Là encore, j’ai été blessé, au pli du bras droit. Cette blessure a déterminé une lésion de l’artère cubitale, l’artère est restée superficielle et de même pour une autre blessure de l’articulation tibio-fémorale au-dessus de la rotule. Dans les dernières émeutes, j’ai reçu sur la tête un coup de bâton, qui m’a été donné par un sergent de ville. Toutes ces blessures je puis, quand il plaira à la Commission, les lui faire voir. Les 24, 25 et 26 février, je me suis aussi transporté à la barricade du Palais-National, où j’ai fait déposer les blessés dans différents bureaux, pour leur donner mes soins. Ensuite, je suis allé au palais, afin de donner mes soins à d’autres blessés. Je suis aussi resté à la garde de l’argenterie et d’autres effets jusqu’à ce que le tout soit transporté à la mairie du (ancien) IIe arrondissement. J’en ai signé le procès-verbal. Je suis porteur de ladite copie et d’un certificat signé par M. Valentin, adjoint au palais. Je suis en outre porteur d’une vingtaine de certificats, que je pourrai faire voir à la Commission quand il lui plaira. Je les aurais bien inclus à cette demande mais je crains que, préoccupés comme vous l’êtes citoyens, ils ne se trouvent égarés ; il ne me resterait que mes blessures à montrer à l’appui de cette demande. Ainsi donc, s’il plaisait à la Commission de récompenser mon zèle et mon dévouement, en me faisant accorder par M. le doyen de la faculté de médecine une autorisation pour exercer mon art dans une campagne du département de la Seine, cela m’aiderait à vivre et à faire vivre ma famille puis à terminer mes études fort coûteuses, qu’une gêne continuelle m’a empêché de mettre à fin car j’ai dû avant tout subvenir aux besoins de ma femme et de mes enfants. Si cela ne se peut pas je laisserai à la Commission le soin de me destiner à une place qui me donne le moyen de pourvoir aux besoins de ma famille. Dans l’espoir, etc. » Sans réponse de la part de la Commission, il la pria, dans une nouvelle lettre en date du 10 mai 1848, d’annuler sa première demande relative aux facilités qu’eût pu lui faire obtenir la faculté de médecine et ne demandait plus qu’un modeste emploi dans la liste civile ou une place de gardien. Sa nouvelle lettre était apostillée des signatures de : Pagnerre, maire du (ancien) Xe arrondissement ; Hingray, colonel de la garde nationale ; Renouard, colonel de la IVe légion de la garde nationale ; Varin, chef du 3e bataillon de la IVe légion de la garde nationale ; Poirier, lieutenant-colonel de la IVe légion de la garde nationale, qui certifiait connaître Bonneville « comme un excellent patriote » : Dubail, chef de bataillon de la IVe légion de la garde nationale ; Terra, capitaine d’état-major ; Collet, capitaine ; Darra, capitaine ; Cure, sergent-major ; Rougeot, major de la IVe légion de la garde nationale. Il était porteur de plusieurs certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Le nommé Bonneville, chirurgien, a passé toute la journée d’hier et toute la nuit à porter tous les soins de son art. » Signé, le 26 février 1848 depuis l’ambulance du palais : Valentin, B., adjudant du palais ; Sibert. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Nous signons et certifions que le citoyen Brutus Bonneville a donné ses soins à nos citoyens blessés à la première barricade du Palais-National, rue Saint-Honoré le 24 février. » Signé : Vallienne ou Vallaine, J., demeurant 8, rue Croix-des-Petits-Champs ; Garnier, demeurant 6, cloître Saint-Honoré ; Mathieu, J. ; Guyot, H., demeurant 219, rue Saint-Honoré. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignons que le citoyen Bonneville, de la 8e compagnie du 3e bataillon de la IVe légion, se trouvait, lundi 15 mai, à l’Hôtel de ville et que dans la chambre de la 1re compagnie de la garde républicaine de l’Hôtel de ville il a prodigué ses soins à un officier de la garde nationale tombé malade. » Signé, le 20 mai 1848 : Lebœuf, Auguste, sergent de la 1re compagnie ; Royer, Pl., sergent de la 1re compagnie. Le quatrième certificat, ainsi rédigé : « L’an 1848, le 25 février. Nous soussignés, Eugène Sibert, commis marchand chez M. L. Leroux, marchand de fleurs, demeurant à Paris, rue Saint-Honoré n° 324 ; Charles Berche Valentin, adjudant du Palais-Royal, y demeurant ; Aimé Rouillard, commis chez M. Fourtour, rue Neuve-Saint-Mery n° 54 ; et Emile Duclos, avoué près le tribunal civil de première instance de la Seine, sous-lieutenant à la 1re compagnie du 1er bataillon, IIe légion de la garde nationale parisienne, demeurant à Paris, rue Chabannais n° 4. Avons dressé d’urgence et à la conservation des droits de qui il appartiendra l’état descriptif et inventaire, aussi court que possible, de divers objets d’argenterie, vaisselles, malles et ustensiles trouvés dans les appartements du Palais-Royal, dans la journée du 24 février courant et dont la désignation suit, lesquels ont été conservés lors de l’introduction du peuple dans les appartements du Palais-Royal, tant par les sieurs Sibert et Valentin ci-dessus dénommés que par MM. Hanc ou Hane (illisible), tailleur, demeurant à Paris, rue Monsigny n° 6 ; Bonneville, chirurgien, ayant donné des soins dans l’ambulance établie sous la galerie d’Orléans, demeurant à Paris, rue du Marché-aux-Poirées n° 24 ; Pichert, tailleur, demeurant à Paris, rue Laffitte n° 46 ; Trémont ou Détremont, mécanicien, demeurant à Paris rue Contrescarpe-Saint-Marcel n° 75 ; Mlle Lucile Leblanc, demeurant à Paris, rue de la Coutellerie n° 4, ayant à la connaissance de tous les soussignés porté secours aux blessés transportés à l’ambulance ; Houreau (ou Loureau), Louis, Joseph, demeurant à Montmartre, rue des Acacias n° 22, ayant aussi porté secours aux blessés ; Henry Dolhen, menuisier, demeurant à Paris, rue Beauregard n° 16 ; François Laborie, coutelier-orfèvre, demeurant à Paris, rue aux Ours n° 50, ayant gardé les objets, soigné les malades et maintenu le bon ordre dans la salle des blessés. Trente-huit pièces, tant grosses que petites (non compris un christ en argent) ; dix-neuf pièces en plaqué ; trente-sept objets en bronze et dorure ; une pièce d’argent retrouvée en plus des trente-huit désignées plus haut ; quatre volumes in-folio en demi-reliure, galerie histoire de Versailles, tomes 8, 9, 11 et 13) ; une draperie de velours cramoisi doré sur cuivre ; un grand traversin en satin jaune et un coussin en satin bleu broché ; un grand volume in-folio demi-reliure, intitulé The birds of America par Auduton (tome 4). Lesquels objets nous avons fait immédiatement transporter sur un brancard à la municipalité du (ancien) IIe arrondissement, sous l’escorte de seize gardes, dont huit gardes nationaux et huit des personnes qui les avaient gardés jusqu’à présent, sous la conduite et le commandement du sieur Ashié, Michel, l’un des sergents de la 1re compagnie du 2e bataillon, pour le tout demeurer en la garde et disposition de l’autorité et avons signé. » Ses propriétaires, Larchevêque et Garnot, lui délivrèrent, le 24 avril 1848, un certificat comme quoi il s’était « toujours parfaitement conduit » depuis les douze ans qu’il habitait le 24, rue aux Poirées. Il fut recommandé par la Commission des récompenses nationales pour un emploi de garde à cheval dans les Eaux et Forêts. En 1849, aucune réponse n’ayant dû lui être parvenue, il demandait encore une réponse à sa lettre. Il est noté sur la demande : « La demande antérieure avec certificats joints n’est pas parvenue au bureau des gardes nationaux. Classé en attendant une nouvelle demande. » Des renseignements de police indiquèrent à son sujet en 1850 : « Marié, père de deux enfants, […] chirurgien-dentiste. […] Sa moralité et sa conduite ne laissent rien à désirer. Sans travail depuis longtemps, le sieur Bonneville est dans une position très précaire. De nombreux certificats attestent que le sieur Bonneville comme combattant de Juillet a rendu à cette époque, ainsi qu’en février 1848, de véritables services et a fait preuve de dévouement, en se mettant à la disposition des blessés. Ses principes politiques paraissent libéraux. Toutefois on affirme qu’il est dévoué aux principes d’ordre. » Il était père de famille en 1848. Il demeurait 10, rue Neuve-Coquenard en 1830 ; 24, rue du Marché-aux-Poirées en 1836-1849. Archives nationales F/1dIII/45 ; Archives de la préfecture de police AA 369, Envoi d’un état nominatif de décorés, blessés ou combattants de Juillet, sur le compte desquels il y a lieu de prendre des renseignements, à la date du 27 février 1850, minutes 100-104 ; Archives de la préfecture de police AA 373.

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