Bonnin, Jean-Baptiste

Biographie


Né le 16 août 1796 à Poitiers (Vienne). Ancien militaire au 4e régiment de ligne, enrôlé volontaire en 1813 sous les ordres du maréchal Soult, congédié en septembre 1822, devenu ouvrier cordonnier. Il fut blessé d’un coup de sabre reçu au-dessus du front. Il reçut, après la révolution, un total de cent soixante francs de secours auprès de la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement. Il signa, le 7 août 1831, le certificat suivant en faveur de Lagondé, Théodore, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Nous, soussignés, certifions qu’il est à notre connaissance que, dans les mémorables journées des 28 et 29 juillet, le nommé Théodore Lagondé a combattu avec un zèle sans borne. Le 28, il s’est joint à nous, rue Saint-Antoine, pour repousser les gardes royaux. Il a déployé la valeur d’un vieux militaire, dont quelques-uns ont tombé sous ses coups. Le 29 juillet, il déploya le même courage et fut un des braves qui les premiers firent l’attaque du Louvre et ensuite rue de Rohan […]. » Il avait épousé Fort…, Catherine, le 2 août 1823 à Paris, et était père de trois enfants en 1832. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Le 7 septembre 1831, conjointement avec Thiellement, Pierre, Louis (voir ce nom), Kreuder (voir Krender, Henri, Louis), Audille (voir Audille, Louis), Simon, dit capitaine la Blouse (voir Simon, Marie, Auguste, Simon), Falotte (voir Fallotte, Simon, François), Vicini (voir Vicini, Joseph, Albert), Petit, Armand (voir ce nom), il adressait la lettre suivante à Laborde, député de Paris : « Nous avons appris avec plaisir que vous étiez chargé près la Chambre des députés du rapport concernant les combattants de Juillet qui se sont rendus dignes de la récompense nationale en donnant des preuves de leur attachement pour le maintien de nos droits de citoyens, en s’opposant par la force des armes au parti contraire. Nous, décorés de la croix de ces trois mémorables journées, reconnus pour tels par la Commission chargée de recueillir les belles actions, nous soussignés, vous supplions de prendre pour agréable les observations qui nous paraissent mériter votre attention. Il est de fait, monsieur, que la Commission a été induite en erreur, qu’il y a eu beaucoup de décorés qui ont été blessés en combattant, d’autres qui l’ont été qui n’étaient que spectateurs, sans être munis d’armes. Enfin, on peut le dire et l’assurer il en est de ces décorés qui étaient absents de la capitale et d’autres chez eux, etc. Il serait bien dur, monsieur, de voir de ces individus profiter des dons patriotiques tandis que des braves en seraient privés, surtout après avoir encouru sans désemparer les plus grands dangers ; il en est parmi les soussignés qui ont reçu de légères blessures, qui ont commandé pendant ces mémorables journées, d’autres qui se sont fait remarquer par leur intrépidité. Il serait bien dur, dis-je, de ne pas participer à ces récompenses. Les blessés ne sont pas les seuls qui se sont rendus dignes de cette récompense nationale. Ceux qui ont tenu jusqu’à ce que la tranquillité soit rétablie ne doivent-ils pas être autant considérés (sic). Les soussignés, monsieur, ont l’espoir que vous prendrez en considération leur justes observations, qu’indistinctement ces récompenses seront partagées à tous les décorés qui les ont méritées en défendant la charte constitutionnelle et nos droits de citoyens, observant de plus que pour secours nous n’avons reçu que les vingt-cinq francs qui ont été donnés le 27 juillet dernier. Veuillez, etc. P.S. Les signataires observent qu’ils sont pères de famille et qu’ils ont un besoin extrême de secours. » Il fut condamné par la cour d’assises de la Seine, le 23 août 1832, à deux ans de prison, pour sa participation aux événements des 5 et 6 juin. A l’occasion, en mars 1833, d’une demande en grâce présentée par son avocat, le procureur général, pour empêcher cette grâce, rappelait, les circonstances qui avaient fait condamner Bonnin à deux années d’emprisonnement : « Le 5 juin dernier, à l’instant où venaient d’éclater les désordres que provoqua le convoi du général Lamarque, une bande d’environ deux cents individus envahit la mairie du huitième arrondissement située sur la place Royale, en escaladant les murs. Quelques gardes nationaux étaient réunis au poste ; ils furent aussitôt accablés par le nombre et les révoltés les désarmèrent. Du nombre des gardes nationaux désarmés, était le sieur Descombes : un homme se jeta sur lui et lui arracha son fusil et son sabre. Le lendemain 6 juin, Bonnin fut arrêté dans la rue Saint-Antoine, porteur d’un fusil de munition. Il se dirigeait vers la place de la Bastille et ses intentions paraissaient hostiles, son fusil était chargé à balle. Ce fusil était celui qu’on avait pris la veille au garde national Descombes. Le nom de Descombes était sur la bandoulière. Bonnin prétendit que, la veille, il avait rencontré dans la rue du Pas-de-la-Mule, un enfant porteur de ce fusil, et qu’il avait cru prudent de le lui retirer. Il ajouta qu’il ne s’en était armé le lendemain que pour s’en servir dans l’intérêt de la bonne cause. Mais les allégations parurent entièrement détruites par l’instruction. Le garde national Descombes reconnut positivement Bonnin pour un de ceux qui, le 5, avaient envahi la mairie du huitième arrondissement et qui avaient attaqué la garde nationale. On trouva en outre sur Bonnin un carte établissant qu’il faisait partie de l’Association dite Gauloise dont les manœuvres hostiles contre le gouvernement sont assez connues. » En 1839, les renseignements de police indiquaient : « […] Ses infirmités l’empêchent de travailler. Il sort tout récemment de La Pitié, où il était entré par suite d’un coup de timon de voiture dans la poitrine. On le représente comme tout à fait digne d’intérêt […] ». Il reçut quarante francs de secours en 1839. En 1840, il affirmait : « Ancien vétéran, marié, père de famille, deux enfants en bas âge, simple ouvrier, j’ai toutes les peines du monde à élever mes enfants, surtout aujourd’hui que tout est hors de prix et après un hiver traversé sans ouvrage et en manquant encore de temps en temps. » Il reçut, cette même année, vingt-cinq francs de secours, quarante francs en 1841. En 1842, les renseignements de police notaient à son sujet : « Ancien vétéran, père de quatre enfants, s’occupe à faire des chaussons de lisière, mais sa vue est tellement affaiblie qu’il travaille fort peu. Il est dans la plus profonde misère. Il passe pour un honnête homme. » Il reçut, en 1842, un secours de quarante francs. En 1843, « sans ouvrage et père de trois enfants en bas âge », il reçut un secours de vingt-cinq francs, de quarante francs en 1844, la même somme en 1845, de vingt-cinq francs en 1846. En 1847, il avait été « trois mois à l’hospice. […] Depuis huit jours seulement, il commence à se livrer au travail ; cette maladie l’a réduit ainsi que sa famille à un état de misère le plus déplorable ». Il reçut un secours de soixante-cinq francs en 1847, de quarante francs en 1848. Le témoignage de Fabry, ancien lieutenant de grenadiers au 1er bataillon de la IIIe légion de la garde nationale de la banlieue, rapporte ainsi sa participation à la révolution de Février : « Dans la matinée du jeudi 24 février, quelques patriotes du hameau de la Glacière, commune de Gentilly, se réunissaient en armes pour descendre à Paris, afin de concourir à la résistance contre l’arbitraire. Je remarquai avec satisfaction que sur six décorés de Juillet qui habitent ce hameau, cinq étaient sous les armes. Nous allions partir quand tout à coup un officier et quarante-trois gardes municipaux venant du poste du ministère de l’Intérieur débouchèrent par la barrière de la Santé. Courir sur eux et les forcer à se rendre fut l’affaire d’un instant. Sans aucune résistance de leur part nous les emmenâmes dans l’école communale où nous avons décidé avec monsieur le maire de les faire évacuer immédiatement, en leur fournissant des effets bourgeois ; la foule augmentait à chaque instant et sur ce monsieur le maire m’ordonna de prendre immédiatement le commandement des postes. Mais ici je dois le dire pour rendre hommage à la vérité, le citoyen Payard, caporal décoré de Juillet et une partie de mon détachement se composant entre autres des citoyens Toussard, décoré de Juillet, Bonin et Chauvin, tous deux également décorés, […] curent ne pas avoir assez fait pour la cause nationale et descendirent à Paris pour soutenir la résistance aussi bien commencée. » Il reçut un secours de cinquante francs en 1849, à titre de médaillé de Juillet. En 1850 les renseignements de police donnaient à son sujet les « renseignements les plus favorables ». Il reçut un secours de soixante-quinze francs en 1850, à titre de décoré de la Croix, un secours de la même somme en 1851, de soixante francs en 1852. En 1853, il était « presque paralysé de la langue et de tout le côté droit, ce qui l’empêche de travailler » et ne savait pas « par quel motif il est privé depuis dix-huit mois du secours qui lui avait été accordé annuellement, sa seule ressource en ce moment pour le faire exister […] ». En 1853, les renseignements de police toujours indiquaient : « […] Tient en outre une petite boutique de peu de valeur, barrière des Deux-Moulins. Il est sans ressources personnelles et dans un état voisin de la misère. Cet individu est signalé comme ayant des opinions démagogiques très exaltées, ancien condamné politique de 1832 et transporté à Belle-Ile en 1848 à l’occasion des journées de juin. » En 1854, c’était sa femme qui sollicitait les secours, « réduite à la plus affreuse misère attendu que son mari est tombé en enfance et paralytique. Depuis près de dix-huit mois, elle n’a pour toute ressource que le faible gain pour tresser des couronnes pour les sépultures. C’est ce qui fait que souvent elle manque de pain pour elle et son mari et que chaque jour elle craint quelque malheur attendu qu’elle ne peut le laisser seul […]. Voilà trois fois qu’il se perd depuis le 1er novembre […] ; date où il a été arrêté et mis au dépôt de la préfecture ; il lui a été rendu le 8 du même mois. » En 1855, Bonnin était décédé depuis peu « après dix-sept mois d’une cruelle et douloureuse maladie » et sa veuve restait « dans un dénuement de toutes choses ». Il demeurait 37, rue de Bercy-Saint-Antoine en 1828-1831 (quatre années au total) ; à Gentilly à la Maison-Blanche, 63, barrière de Fontainebleau de 1838 à 1842 ; 82, Grand-Rue au lieu-dit la Glacière à Gentilly en 1843 ; 12, rue du Pot-au-Lait à Gentilly en 1847 ; 55, rue de Lourcine en 1849 ou 1850 ; aux Deux-Moulins, n° 4, commune d’Ivry en 1850-1851 ; à Ivry-sur-Seine, 12, rue Nationale, devenue 12, rue Impériale aux Deux-Moulins en 1853 ; puis 6, rue de Parque près de Bicêtre à Gentilly en 1854. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) VIIIe arrondissement ;Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement et état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) VIIIe arrondissement (sous le nom de Bonnin, Jean, faire le changement de prénom ?) ; Archives nationales BB 24 136-154 S 8 7750 ; Archives nationales F/1dIII/45 ; Archives nationales F/1dIII/70 in dossier Payard, Pierre, Antoine ; Archives nationales BB/18/1330, Etat des individus condamnés par la cour d’assises de la Seine, du 31 juillet au 15 septembre 1832, pour avoir pris part aux événements des 5 et 6 juin (sous le nom de Bonnin, Jean) ; Archives de la préfecture de police AA 369, Etat nominatif des décorés, blessés, combattants de Juillet 1830 et des veuves de décorés ou médaillés qui ont formé des demandes de secours et sur lesquels il y a lieu de prendre des renseignements, minute 78 (sous le nom de Bonin, Jean), idem Proposition d’accorder à cent quarante décorés, blessés et veuves de Juillet domiciliés dans le département de la Seine des secours s’élevant à la somme de 6.980 francs, minutes 94 à 99 (sous le nom de Bonin, Jean-François), Archives de la préfecture de police AA 369, Envoi d’un état nominatif de décorés, blessés ou combattants de Juillet, sur le compte desquels il y a lieu de prendre des renseignements, à la date du 27 février 1850, minutes 100-104 (sous le nom de Bonnin, Jean), idem Proposition, en date du 18 juin 1850, d’accorder à 194 décorés, combattants et veuves de Juillet 1830, domiciliés dans le département de la Seine, des secours s’élevant à la somme de 10.390 francs, minutes 110-116 (sous le nom de Bonnin, Jean), idem, Proposition, en date du 6 mai 1851, d’accorder à 153 décorés, médaillés, veuves, combattants et orphelins de Juillet 1830, des secours s’élevant à la somme de 8.025 francs, ladite somme imputable sur le chapitre 26 du budget de l’Intérieur, exercice 1851, minutes 181-184 (sous le nom de Bonnin, Jean), idem Proposition d’accorder à 128 décorés, médaillés, veuves, ascendants, orphelins et blessés de Juillet 1830, des secours s’élevant à 6.895 francs, imputables sur le chapitre 6 du budget de 1852, en date du 19 avril 1852, minutes 217-220 ; Archives de la préfecture de police AA 396 in dossier Lagondé, Théodore ; Archives de la préfecture de police AA 415 in dossier Thiellement, Pierre, Louis.

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