Bonvalot, Antoine, François

Biographie


Né le 12 juin 1784 à Salins (Jura). Professeur au collège Charlemagne. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] VIIe arrondissement), pour solliciter la décoration de Juillet. Il lui adressa la lettre suivante : « J’avais adressé à la première Commission des récompenses nationales une demande afin d’obtenir la Croix de Juillet. Mon mémoire est resté sans réponse. Je réclame contre ce silence et vous prie de peser mes titres. Voici les faits. Le mercredi 28 à 10 heures et demie, après la classe, je cours à la Grève. Quelques gardes nationaux, et d’ailleurs assez peu de monde. Mais le tambour bat, une troupe paraît sur le pont d’Arcole. C’est la tête d’une colonne immense : c’est Saint-Marceau tout entier ; il marche, arborant le drapeau tricolore et aux cris de Vive Napoléon II ! Napoléon II… ce nom me fait frémir. Grand dieu ! dis-je en moi-même, si Saint-Antoine arrive avec un autre cri, au cri d’Orléans ou de la république, ces deux masses vont se heurter, choc terrible, effroyable, la guerre civile éclate et la liberté périt. Pendant que ces réflexions me passent par la tête, avec la rapidité de l’éclair, la phalange arrive. Je vole à sa rencontre. Ivre d’enthousiasme, de fureur, le chef brandit son sabre, me rase la figure et d’un accent forcené : Vive ! Vive Napoléon II ! Non, non ! avec le feu, l’enthousiasme supérieur de la raison. Non, non, plus de maître ! Français, au nom de la patrie, plus de maître ! et, à mon tour et de toute la force de ma voix Vive ! Vive la liberté ! A ce nom sacré, frappé d’une illumination soudaine, cet homme sent qu’il faut s’attacher aux choses et non plus aux personnes. Il se tourne vers sa troupe et change le mot d’ordre et de ralliement. Cependant l’impatience, l’agitation sont vives… Chacun voudrait marcher, agir, voler à l’ennemi. Mais point d’armes, mais point de moyens de communication quand tout devrait être levé (sic). Grand Dieu, criai-je, grand Dieu ! Personne ne peut-il monter au clocher ? Pour quoi faire ? demandent dix voix. Pour sonner le tocsin. A l’instant, le tocsin sonne. Tout le monde tressaille, s’agite. Moi : Aux armes ! Aux armes ! et, à la tête de quelques-uns des plus ardents, je cours… Où ? je l’ignore. Je courais, quand une vieille femme, qui s’aperçoit que je ne sais où courir Ici ! s’écrit-elle, au port au blé ! C’est le premier poste. J’y vole. Mais voilà la sentinelle. Exalté, tout en feu et sans connaître les dispositions des troupes, sans songer que la première balle serait infailliblement pour moi. Vive la liberté ! Camarade, vous êtes des nôtres ? Ne versez pas le sang français. Donnez-nous vos armes. Point de réponse. J’approche et, d’une voix éclatante : Au nom de la religion, de la patrie, de lhumanité, ne massacrez pas vos frères ! Vos armes vous sont inutiles. Donnez-les-nous pour vous défendre contre des assassins. Muet, immobile, le malheureux paraît se troubler ; on le presse, il m’abandonne son arme. Je croyais la tenir mais un Hercule me l’arrachant Laisse, petit. Jétais à Marengo. Je men servirai mieux que toi. Ta voix remue lâme, dirige des braves gens, qui pourraient commettre des imprudences. Je veux ressaisir l’arme, mais lui, d’un ton imposant : Respect aux anciens !... Obéis, petit. Je cède. Nous courons au poste du port au blé. Même succès. A la sentinelle de l’Abreuvoir, même succès encore. Celui qui emporte l’arme embrasse le jeune factionnaire. De là, aux casernes de l’Ave-Maria. En entrant dans la rue des Barres, dès que nous apercevons la caserne : Vive ! Vive le 50e ! Les sentinelles résistent ; trois officiers paraissent ; on les entoure. Ils sont inflexibles. J’en prends un en particulier : Capitaine, prévenez deffroyables malheurs, cédez. Impossible, en secouant la tête, des militaires ne rendent pas leurs armes. La porte de la caserne était fermée. Quelqu’un entre et j’aperçois sous la voûte deux pelotons rangés en bataille et prêts à faire feu. Mes amis, dis-je alors à ceux qui m’avaient suivi, retirons-nous, lheure nest pas propice. Non, me répond l’officier, mais courage vous allez recevoir du renfort. Trente mille Rouennais arrivent à Paris. Amis, point de violence et je répète la bonne nouvelle qu’on vient de me donner. De là, je cours rue Saint-Paul, rue Saint-Antoine, place Baudoyer, accomplissant partout la mission qui m’a été assignée par mon grenadier de Marengo. Puis je retourne à l’Ave-Maria. Le canon tonne. C’est à la Grève. J’y cours par les quais. Ils sont déserts. La mitraille les balaie. Je veux gagner par la place Baudoyer mais la foule reflue comme un torrent. Repoussé de ce côté, je remonte vers la rue Saint-Paul, mais, là, refoulé de nouveau par la multitude, que sabre la cavalerie, et n’ayant point d’arme, je fais comme tous les habitants de la rue Saint-Antoine, qui du haut des toits et des étages supérieurs des maisons écrasent sous les pavés les hordes royales. Voici maintenant l’attestation de ce que j’ai fait à la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement, au moment où on allait s’égorger sous les arcades. C’est la copie de la lettre que j’ai eu l’honneur de mettre sous vos yeux et que plusieurs de vous ont lue. “Le directeur de l’Institution Saint-Amand Cimttierre, à M. Bonvalot, professeur. Le 27 février 1831. Je m’empresse de vous donner mon témoignage pour attester que le 29 juillet 1830 à 9 heures du matin, lorsque nous étions réunis au conseil des notables à la mairie, le sieur Mouffle, maire et président, voulait arborer le drapeau blanc ; mais que, déployant une énergie toute libérale, vous vous y opposâtes de la manière la plus formelle. Je reconnais que votre opposition vigoureuse arracha certainement le brandon de discorde civile qu’on voulait lancer au milieu de la capitale en effervescence et que notamment le (ancien) VIIIe arrondissement vous est redevable du calme et de la tranquillité qui succédèrent, comme par miracle, aux tumultueuses et brillantes journées. Je vous autorise à faire de ma lettre l’usage que bon vous semblera et je vous prie d’agréer etc.” Signé : Saint-Amand Cimttierre, capitaine commandant des grenadiers du 2e bataillon, VIIIe légion. » On trouve dans son dossier la lettre de recommandation suivante adressée à son sujet à la Société des réclamants : « J’ai vu dans les trois journées un patriote qui est resté sans récompense ; je crois de mon devoir de vous soumettre ses titres. M. Bonvalot, professeur au collège Charlemagne, a subi trois destitutions sous les différents ministères de la Restauration : son patriotisme éprouvé les lui ont values. Enfant du Jura, M. Bonvalot n’a vécu que de privations depuis l’incendie de Salins, et le fruit de son travail a été consacré à réparer les pertes de sa patrie incendiée : il a surtout fondé des écoles ; il est béni dans son département. Voilà pour les antécédents, que je rappelle uniquement afin de faire connaître l’homme. Le 27 juillet au matin, M. Bonvalot a désarmé presque seul le poste du port au blé ; il a pris alors les armes pour les quitter le 29 au soir et ses trois journées ont été remplies à combattre, à amener au combat une foule de citoyens qu’a entraînés son énergie, à s’opposer à la faiblesse de l’ancien maire du (ancien) IXe arrondissement (sic), qui refusait de soutenir la lutte. M. Bonvalot jouait sa tête : sa vie l’y a accoutumé. Il n’y a aucune exagération dans mon récit. Faites venir M. Bonvalot. J’affirme sur l’honneur qu’il ignore que j’écris cette lettre et vous verrez qu’il vous confirmera les faits. Au mois de septembre 1830, il partit pour Salins. La ville était encore sous le joug d’une administration carliste. Ses concitoyens le saluèrent d’unanimes acclamations ; ils le connaissent par les bienfaits. Ils voulurent le mettre à leur tête. Lui se contenta de les délivrer du préfet carliste, des administrateurs carlistes, le tout tandis que ces messieurs décrétaient la prison contre lui. Le courageux patriote les arracha au pouvoir et revint à Paris faire la classe, toujours la même, car il n’a jamais eu d’avancement, le pouvoir le lui refuse. Moi pourtant, appelé sans l’avoir demandé à faire partie du jury des récompenses pour le (ancien) IVe arrondissement et voyant combien on oubliait de braves citoyens, j’écrivis à M. Tonnet, président du (ancien) IXe pour lui signaler M. Bonvalot. Deux fois, j’allai à la mairie pour savoir la réponse. Je n’ai vu ni M. Tonnet ni un mot de lui : point de résultat. Monsieur, c’est de patriotes énergiques comme M. Bonvalot qu’il faut grossir nos rangs. Il mérite une croix et je sais qu’il la désire plutôt encore comme maintien du principe de la révolution que comme récompense. Il est digne de votre œuvre, Monsieur, de songer à réparer de pareilles omissions. » Signé : Verdot (voir Verdot, Jean, Maurice), membre du jury des récompenses nationales, (ancien) IVe arrondissement, porté pendant cinq mois pour la croix, qu’il croit avoir méritée, et enfin décoré de la médaille de Juillet, demeurant 4, place du Chevalier-du-Guet. Il était indiqué comme étant « peu fortuné » dans son dossier à la Société des réclamants. Il fut un des témoins interrogés au cours du procès intenté en diffamation par Perier (voir ce nom), ministre de l’Intérieur, et Vivien (voir Vivien, Alexandre, François), préfet de police, contre Paulin et Bascans, directeur des journaux le National et la Tribune, qui les avaient accusés d’avoir embrigadé des ouvriers pour assommer les manifestants, le 14 juillet 1831. Le National avait publié, le 15 juillet 1831, sur les désordres de la veille et au cours desquels des ouvriers avaient été embrigadés et payés pour assommer les manifestants, un article ainsi conçu : « Jusqu’ici du moins le ministère avait assez compté sur la force armée et la garde nationale pour ne s’appuyer que sur elle ; mais il a senti qu’il lui fallait une milice plus digne de lui. Toute la journée on a embrigadé dans le faubourg Saint-Antoine, au vu et au su de tout le monde, de soi-disant ouvriers sans travail ; on leur promettait trois francs par tête pour assommer les jeunes gens qui se désignaient eux-mêmes aux coups en portant la cocarde au chapeau et des rubans de juillet à la boutonnière. On ne manquera pas de dire demain dans le Moniteur que c’étaient de simples et bons ouvriers, cédant là leur seule indignation et au bon sens ; mais ce que nous avançons ici, nous le prouverons devant le tribunal, si l’on ose nous attaquer, et nous en portons le défi. Les 1.500.000 francs de la police ont servi aujourd’hui à payer les assommeurs, quand il y avait dix mille hommes sous les armes et que les environs de Paris étaient garnis de troupe. » Bonvalot fit la déposition suivante : « Je suis officier de la IXe légion ; le 13 j’étais de service ; le 14 au matin nous nous retirons ; peu après on vient nous chercher ; je trouve une partie du bataillon réunie : on nous engage à rester ; nous restons ; mais ne voyant pas d’attroupement, nous circulons ; c’est en circulant que j’eus l’oreille frappée de ces mots d’embauchage et d’embrigadement. Sur les 4 ou 5 heures, j’eus la douleur de voir les gardes nationaux affligés de ce qui s’était passé. Tous parlaient avec une vive indignation de ces événements. » A l’issue du procès et après de multiples témoignages qui confirmèrent l’article, les deux accusés furent acquittés. Il apostilla ainsi et comme « professeur au lycée Charlemagne depuis trente ans, lieutenant-colonel désigné », la demande présentée par Thuillier, Auguste, Félix devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, afin d’obtenir une récompense honorifique : « Je certifie que les citoyens Thuillier et Brécard ne sont pas des hommes du lendemain mais des hommes de la veille mais des républicains d’ancienne date, des républicains de tout temps. Ici, je n’ose pas dire tout ce que je sais mais dans l’occasion je parlerais. » Il mourut le 25 février 1872 à Salins. Nous empruntons au Comité des travaux historiques et scientifiques, Institut rattaché à l’Ecole nationale des chartes la notice, rédigée par Vincent Claustre, qui lui est consacrée et ainsi rédigée : « Professeur d’humanités, poète et littérateur. Fils de Jean Claude Bonvalot, vigneron à Salins, et de Jeanne Claudine Sauldubois, bachelier ès lettres et licencié en droit, Antoine-François Bonvalot entame en 1810 une carrière d’enseignant à Laval, Angers, puis Paris. Il est affecté en 1818 au Lycée Charlemagne où il restera en fonction comme professeur d’humanités jusqu’en 1843. Il se met alors en congé pour s’adonner pleinement à la littérature et partage dès lors son temps entre Salins et Paris. Il avait commencé à publier dans le milieu des années 1830. Il devient peu après membre correspondant de la Société d'émulation du Jura. Outre de nombreux recueils de poésie, son œuvre abondante aborde des sujets très variés : philosophie, histoire, politique, pédagogie, sciences... Il s’est Investi aussi dans l’éducation populaire, ouvrant un cours gratuit d’instruction pour les ouvriers de la capitale et coopérant activement au travail de diffusion des connaissances de la Bibliothèque populaire. Ancré politiquement à gauche, il collabore activement au journal La Démocratie salinoise, dirigée par son neveu Victor Richardet, tête de file des républicains et socialistes salinois. Elu, lors de la Révolution de 1848, lieutenant-colonel de la garde nationale à Paris, il figure sur la liste des candidats du comité républicain du Jura à la députation pour l’assemblée constituante en 1848, mais sans être élu. Il a obtenu une médaille d’or au grand concours de l’Académie universelle des Arts et manufacture en 1860. Il est décédé à Salins en 1872 dans sa 88e année. Sociétés : Société d'émulation du Jura : membre correspondant (1838-1864). Société d’agriculture, sciences et arts de Poligny : membre titulaire. » Bonvalot est, entre autres, l’auteur de nombreux recueils de poésie (Hommage au peuple, Le Chansonnier libéral (1830), La Nature, Jeanne d’Arc (1837), Les Fous et les Anges (1844), La Vie aux champs, Le Vieux Barde, Odes, fables et contes...), du Nouveau Plan d'éducation, 1828, 24 p., Biographie des hommes célèbres, Paris, Poussielgne, 1834, Petit cours d’éloquence, 1835, Les Vilains et contrebandiers, chroniques jurassiennes du Moyen-âge, 1836, L’Art d’étudier, 1843, Théosophie, ou les fondateurs des cultes primitifs devant la postérité, 1853, Les Trois Mondes, 1854, L’Epopée humaine, 1855, Harmonie des lois naturelles, morales, politiques et religieuses, 1859, Le Quatrième Monde, 1865. Il demeurait 120, rue Saint-Antoine, au lycée Charlemagne, en 1831. Archives de la préfecture de police AA 373 ; Archives de la préfecture de police AA 415 in dossier Thuillier, Auguste, Félix ; Cour dassises de la Seine, procès du National et de la Tribune, embrigadement de faux ouvriers le 14 juillet ; préventions de diffamation envers MM. Casimir Perier et Vivien, Grenoble, imprimerie de Barnel, décembre 1831 ; La Gazette des tribunaux, 30 novembre 1831, 1er et 2 décembre 1831 ; Dictionnaire biographique du département du Jura, Roche, Vernus, Lons, 1996, p. 78 ; Bulletin de la Société d’agriculture, des arts et lettres de Poligny, 1861, p. 198-199 (éloge) Société d’Emulation du Jura ; La Révolution de 1848 dans le Jura, Lons, 1948, p. 211-212.

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