Bony, René

Biographie


Propriétaire. Le journal du Temps rapporta à son sujet, peu après la révolution : « M. Bony, propriétaire de la presque totalité des maisons de la nouvelle rue des Pyramides-Saint-Honoré, après avoir partagé les dangers des mémorables journées des 27, 28 et 29 juillet, a établi des ambulances, où tous les secours sont prodigués aux braves blessés en défendant nos droits. » Il adressa sans doute une première demande auprès de la Commission des récompenses nationales, mais, n’ayant reçu aucune récompense de la part de cette Commission, il déposa, le 3 juillet 1831, un dossier à la Commission des Réclamants sise rue Bourg-Labbé, lui adressant la lettre suivante : « La part que j’ai prise aux événements de la révolution a été trop grande pour que je ne doive pas attribuer à une omission l’absence de mon nom sur la liste des décorés de la Croix de Juillet. J’espère, messieurs, que vous pourrez vous faire représenter les dossiers d’un réclamant et, pour le cas où ma position se trouverait égarée, je viens vous mettre sous les yeux ma conduite dans les journées qui ont suivi les ordonnances. Dès le 26, je me rendis dans diverses maisons que je faisais construire rue des Pyramides-Saint-Honoré et place de la Madeleine. Je fis rassembler tous mes ouvriers, au nombre de six cents : maçons, menuisiers, peintres etc. Je leur annonçai que, par suite des circonstances, je suspendais tous mes travaux ; je leur payai une indemnité de dix jours et je leur dis que pour avoir désormais de l’ouvrage il fallait aller demander au roi le report de ses ordonnances. Je fus de là à la Bourse, où régnait une grande agitation. J’annonçai à mes amis, à tous les chefs d’atelier le parti que je venais de prendre et les engageai à faire de même. C’était un sûr moyen de résistance que de renvoyer les ouvriers des ateliers où ils gagnaient leur vie. Le 27 au soir, je contribuai avec le commandant Dumoulin (voir Dumoulin, Evariste) à la culbute du poste de gendarmerie de la place de la Bourse ; nous ameutâmes le peuple et le feu fut mis au corps de garde. Le 28, je me rendis dans mes maisons en construction, rue des Pyramides-Saint-Honoré ; j’y livrai au peuple une immense quantité de bois de construction, échafaudages, équipages et matériaux qui serviront à établir beaucoup de barricades (la valeur de ces équipages, matériaux était d’environ trois mille francs). J’engageai alors mes ouvriers à se réunir et s’armer ; je remis à plusieurs six carabines que j’avais. J’ai assisté à diverses réunions chez M. Audry de Puyraveau et Laffitte, pour les presser de faire des proclamations et de se montrer. J’ai distribué au peuple, au roulage de M. Audry, faubourg Poissonnière, une grande quantité de vieilles armes que ce brave citoyen avait mises à ma disposition. Dès le 28, je me suis revêtu de mon uniforme d’officier de la garde nationale (on en voyait peu ce jour-là). J’ai organisé des compagnies au manège rue Cadet et suis parti à la tête d’un bataillon avec lequel j’ai rejoint le général Dubourg. Le 29, j’ai participé à la capitulation du 53e de ligne, à la tête duquel je suis arrivé dans la cour de M. Laffitte. Le même jour, j’ai conduit à l’Hôtel de ville, deux pièces de canon qui se trouvaient rue Richer, maison du maréchal Maison, à côté de chez moi. Ayant appris que nos blessés avaient été entreposés dans mes maisons achevées, rue des Pyramides, j’y envoyai de suite mes domestiques, avec des matelas. Je m’y rendis ensuite et m’entendis avec M. Desgenetais (voir Desgenetais, Charles), pharmacien du voisinage, pour établir des ambulances. A cet effet, je livrai deux hôtels venant d’être peints à neuf et prêts à habiter. On y a reçu et bien soigné plus de deux cents blessés. Le général Lafayette est venu visiter ces établissements et m’en a témoigné sa satisfaction. Ces hôtels ont été occupés pendant trois mois et demi par les blessés. J’ai dû être obligé à beaucoup de réparations et restaurations et à supporter une non-valeur de location d’au moins six mois. Ce n’est pas trop d’estimer tout cela à vingt mille francs. J’en ai cependant réclamé aucune indemnité de l’autorité. Les journaux de l’époque ont rendu compte de l’utilité et de la bonne administration de ces ambulances. Le 30, j’ai été nommé tout à la fois colonel de la IIIe légion par le général Dubourg et lieutenant-colonel par le général Pajol, pour être attaché à son état-major. Voulant m’occuper de l’organisation de la IIIe légion de la garde nationale, je trouvai M. Loubers, qui venait d’obtenir ce commandement. On prétendit que les nominations faites par le général Dubourg n’étaient pas valables. Déjà on cherchait à dépopulariser ce brave général. Voulant continuer à être utile à la révolution, je pris mes fonctions auprès du général Pajol, que j’accompagnai à Rambouillet, et ce n’est que lorsque tout est rentré dans l’ordre que je me suis remis à la tête de mes affaires particulières. Je crois avoir mérité, sous tous les rapports, la décoration spéciale de Juillet, par mon dévouement à cette glorieuse révolution, malgré que je prévisse très bien, d’après la nature de mes affaires, qu’elle entraînerait la perte d’une grande partie de ma fortune. Je n’ai pas perdu par ces événements moins de quinze cent mille francs. Malade, dans ce moment, à la campagne, il ne m’est pas possible de faire apostiller cette réclamation par MM. Pajol, Dubourg et autres, qui ont certifié ma première demande mais, pour y suppléer, je joins ici quelques pièces à l’appui de ma juste réclamation, à laquelle j’espère que vous ferez droit. J’ai l’honneur, etc. » Il demeurait 13, rue Bleue en 1830-1832. Le Temps, 9 août 1830 ; Archives de la préfecture de police AA 373 ; Almanach des 25 000 adresses des principaux habitants de Paris pour lannée 1832, contenant les noms et demeures de tout ce que Paris renferme de personnes distinguées par leur rang ou par leurs fonctions… 18e année, Dulac, Paris, chez Panckoucke éditeurs, p. 68.

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