Borde, Adrien, Jules, Germeuil

Biographie


Né le 16 octobre 1808 à Cognac (Charente). Commis libraire chez Laudois et Bigot. Il entassa un nombre considérable de pavés dans la maison de ses patrons, puis s’empara du fusil de l’un d’eux et partit combattre. Le 29 juillet, à peine arrivé à la barricade de la rue Saint-Honoré, il se précipita sur la place du Palais-Royal avec d’autres combattants pour enlever une pièce de canon qui tirait sur les insurgés. Il fut atteint d’une balle reçue à la hanche. Porté à l’ambulance du 29 de la rue de Grenelle-Saint-Honoré, il y fut rapidement opéré. Transporté à son domicile « il expira après douze heures de souffrances cruelles en exprimant le regret de n’avoir encore pu être utile à son père, chargé d’une nombreuse famille ; ses derniers vœux furent pour sa mère et pour sa patrie ». Il fut inhumé dans un caveau de l’église Saint-Eustache. Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement et aussi par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement puisque ses parents y furent pensionnés. Le certificat suivant retraçait la participation des trois frères Borde aux combats : « Parmi les jeunes gens qui se sont distingués pendant nos trois mémorables journées, les trois frères Borde méritent une mention honorable. L’aîné, imprimeur, s’est armé un des premiers et a pris la part la plus active à tous nos combats. Le jeune Adrien, Jules, Germeuil, commis chez MM. Landois et Bigot (voir Bigot, Joseph), libraires, après avoir approvisionné la maison d’un nombre considérable de pavés, s’empara du fusil de l’un de ses patrons, en disant Il est père de famille, il ne sexposera plus. A peine fut-il arrivé à la barricade rue Saint-Honoré qu’il se précipita sur la place du Palais-Royal avec beaucoup d’autres pour enlever une pièce de canon qui tirait sur eux. Atteint d’une balle qui lui traversa le corps, il tomba et fut conduit quelques instants après à l’ambulance établie rue de Grenelle-Saint-Honoré n° 29, où MM. Coqueteau de l’hôpital Saint-Louis lui ouvrit le côté droit pour en extraire la balle qui s’était arrêtée près de l’os de la hanche et mit le premier appareil. M. Bigot (voir Bigot, Joseph) le fit alors transporter chez lui, rue du Bouloy n° 10, où MM. les docteurs Bielt, Nauche et Pichon s’empressèrent de lui donner tous leurs soins. Malgré d’abondantes saignées, l’inflammation ne put être arrêtée et il expira après douze heures de souffrances cruelles, en exprimant le regret de n’avoir encore pu être utile à son père, chargé d’une nombreuse famille ; ses derniers vœux furent pour sa mère et pour sa patrie. Le plus jeune, commis dans la maison Savaresse, armé d’un fusil et d’une épée, fit deux prisonniers, qu’il conduisit au poste de la Bourse. Le commandant de ce poste prit son nom et son adresse, en l’assurant qu’il rendrait compte de sa bonne conduite. Un médecin lui avait donné l’honorable et périlleuse mission d’aller chercher les blessés et de les faire transporter à la Bourse. Il s’occupait de ce soin avec le zèle le plus ardent lorsqu’il rencontra rue du Bouloy un jeune homme grièvement blessé et porté par plusieurs citoyens. Il s’approcha et il reconnaît son second frère, Jules, Germeuil, qui lui tend la main et lui dit Venge-moi. Ce jeune homme en annonçant à leur mère la fatale nouvelle lui écrivait Glorifie-toi davoir eu un tel fils et si la liberté te coûte ce sacrifice pense que tes quatre autres enfants en jouiront. » Suivaient plusieurs apostilles. La première apostille, ainsi rédigée : « Je certifie que tous les faits énoncés ci-dessus me sont connus et particulièrement la conduite du sieur Charles Borde, mon premier commis qui malgré la perte douloureuse de son frère n’en a pas moins continué de combattre nos ennemis communs avec un courage au-dessus de tout éloge. » Signé : Savaresse. La deuxième apostille, signée de Landois et Bigot (voir Bigot, Joseph), libraires demeurant 10, rue du Bouloy qui certifiaient les faits relatés ci-dessus et à l’égard du sieur Borde, Adrien, Jules, Germeuil, leur commis « dont ils regrettent vivement la perte ». La troisième apostille, ainsi rédigée : « Je soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, membre du bureau de charité du (ancien) Ve arrondissement, certifie que les faits relatés ci-dessus sont de la plus grande vérité ; j’ai été à même d’apprécier dans le cours des derniers moments de cet infortuné et bien courageux jeune homme son désintéressement et son entier dévouement à la cause de la patrie. Je l’ai peu quitté pendant le peu d’heures qui ont précédé sa mort. » Signé, le 26 août 1830 : Pichon. Chapuis, capitaine en premier dans la IVe légion de la garde nationale ; Petit Fontaine, capitaine en premier dans la IVe légion de la garde nationale. La quatrième apostille, ainsi rédigée : « Nous soussignés docteurs en médecine, médecins de l’ambulance de la rue de Grenelle-Saint-Honoré n° 29, certifions véritable ce qui concerne la malheureuse blessure de défunt Borde, Adrien, Jules, Germeuil. » Signé : Piorry (voir Piorry, Pierre, Adolphe) ; Robiot ; Bocquet (voir Bocquet, Xavier, Joseph) ; Jacob. Délivré à l’ambulance de la rue de Grenelle-Saint-Honoré n° 29, le secrétaire Setier (Voir Setier, Louis, Paschal), imprimeur-libraire. Le 13 avril 1831, devant le juge de paix du (ancien) IVe arrondissement, comparurent : Landois, Camille, libraire, demeurant 10, rue du Bouloy ; Bigot, Joseph (voir ce nom), libraire, demeurant 10, rue du Bouloy ; Sétier, Louis, Paschal (voir ce nom), imprimeur, demeurant 29, rue de Grenelle-Saint-Honoré. Ils attestèrent avoir parfaitement connu Borde et savoir qu’il avait été « blessé le 29 juillet dernier par une balle qui lui a traversé le corps au-dessus des hanches, au moment où il combattait pour la liberté sur la place du Palais-Royal ». Ses parents, les époux Borde, Jean-Baptiste, Léonard, né le 6 octobre 1782 à Limoges (Haute-Vienne) (lui-même fils de Borde, Pierre, praticien puis secrétaire à la mairie de Limoges, et de Gamory ou Gaudry, Françoise son épouse), marchand orfèvre, et Jarrofroy (ou Jarofroy in Archives nationales F/1dIII/35 A et in Archives nationales F/1dIII/38 B ; mais bien Jarrofroy in Archives nationales F/1dIII/36 ; Jarofroy dans lacte de mariage ; Zaroffroy in Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusquau 31 décembre 1831), Elisabeth, née le 10 mars 1783 à Cognac (elle-même fille de Jarofroy, Etienne et de Roumage, Scholastique, Geneviève son épouse), dont il était le deuxième des fils, furent pensionnés de deux cents francs (sur la comptabilité de la Commission du [ancien] Xe arrondissement, les parents sont indiqués comme ayant reçu deux cents francs de la Commission de la mairie du [ancien] IVe arrondissement) et reçurent de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes de cinquante francs. Les parents s’étaient mariés le 17 juillet 1806 à Cognac. Le maire du (ancien) IVe arrondissement, en date du 23 mars 1831, leur avait délivré un certificat attestant l’était malheureux dans lequel il se trouvait, encore aggravé par la perte de son fils, qui le privait de l’assistance qu’il en recevait. Brissot-Thivars (voir Brissot-Thivars, Louis, Saturnin) avait délivré, le 13 avril 1831, le certificat suivant : « Je, soussigné, déclare qu’il est à ma connaissance que le jeune Borde, Adrien, a été l’une des victimes de notre révolution de Juillet ; qu’il n’a succombé qu’après avoir combattu loyalement et peut-être avec trop de témérité les ennemis de notre belle cause. Je n’ai pu être témoin des faits qui le concernent mais je tiens ma conviction du caractère du jeune Borde, que je connaissais particulièrement, et de l’attestation unanime de plusieurs personnes qui l’ont vu au moment où il a été frappé à mort. Le gouvernement ferait un acte d’équité en accordant sa bienveillance à la famille de Borde, famille recommandable sous tous les rapports. Il est juste d’accorder à ceux qui survivent la récompense qu’avait méritée à tant de titres celui qui a succombé. » Il était le frère de Borde, Charles et de Borde, imprimeur. Il demeurait 10, rue du Bouloy (9 rue de la Bibliothèque in Archives de Paris VD6 288 n° 7, mais aussi 10, rue du Bouloy dans la même source ; bien 10, rue du Boulois in Archives de Paris DM13 1) ; ses parents, 1, rue Mandar en 1831. Le nom de Borde (A.-J.-G. Borde) est inscrit sur la colonne de Juillet, place de la Bastille et sur les tables du Panthéon. Le Courrier français, 3 août 1830 ; Ambulance de la rue de Grenelle-Saint-Honoré, n° 29, et souscription pour les blessés de la journée du 29 juillet. Rapport du secrétaire, présenté à la commission de lambulance et soumis à lautorité municipale, imprimerie de Sétier, s.d., p. 16 ; Souvenir glorieux du Parisien, précis historique des journées des 26, 27, 28, 29, 30 et 31 juillet 1830, par P. G. Prosper L***, nouvelle édition revue et augmentée, Paris, chez l’auteur, place Saint-André-des-Arts, n° 26 et chez les principaux libraires, p. 101 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, Nom des personnes qui se sont distinguées dans les mémorables journées p. 271 ; La Liberté reconquise ou histoire complète et détaillée de la révolution de Paris en juillet 1830, J.-B. Ambs, troisième édition revue et corrigée, Paris, Terry jeune, libraire, Palais-Royal, galerie de Valois, n° 185, 1830, p. 257 ; Révolution mémorable des journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, Cousin d’Avalon, Paris, Stahl, imprimeur-libraire, quai des Augustins, n° 9, p. 48 ; Liste n° 6, des ascendants de victimes de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Ascendants de citoyens qui ont succombé pendant ou à la suite des trois journées et qui ont obtenu une pension, Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des ascendants auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du IVe arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 98 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusquau 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 15 ; Archives de Paris DM13 1, préfecture de la Seine, tableau des décès qui ont eu lieu pendant les mois de juillet, août et septembre 1830, (ancien) IVe arrondissement (sous le nom de Germeuil, Borde, Adrien, Jules) ; Archives de Paris VD6 288 n° 7, Rapport sur les faits et actions honorables et les accidents éprouvés, et sur les autres renseignements recueillis et relatifs aux événements des 27, 28 et 29 juillet 1830 dans les rues […] faisant partie du IVe arrondissement municipal de la Ville de Paris, Etat des inscriptions de rentes qui ont été envoyées à la mairie du IVe arrondissement de Paris, comme appartenant à des veuves, orphelins, ascendants ou blessés de Juillet, domiciliés dans cet arrondissement, Etat des morts et des blessés par suite des événements de juillet 1830, Etat général contenant les noms, prénoms, âges, professions, demeures, états civils des victimes de la grande semaine, et les secours qui leur ont été donnés ; Archives de Paris VD6 559 n° 1, mairie du (ancien) Xe arrondissement, citoyens dont les noms ne sont point inscrits au Panthéon et dont l’acte de notoriété constate la mort dans les combats ; Archives nationales F/1dIII/33 Commission des récompenses nationales, deuxième état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet avec indication du champ de bataille où ils ont été frappés (201 citoyens) (ancien Xe arrondissement) ; Archives nationales F/1dIII/35 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux ascendants pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IVe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux ascendants pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 B, Commission des récompenses nationales, Ascendants des citoyens tués dans les journées de Juillet (5 états pour un total de 325 ascendants) ; Archives nationales F/1dIII/45 ; Archives nationales F/1dIII/82, état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet, aussi liste des victimes de Juillet 1830, colonne de Juillet et aussi liste générale des citoyens morts dans les journées de juillet 1830, en combattant pour les libertés publiques et dont les noms sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (sous le nom de Borde, Adrien, Jules, Germeuil) et aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) IVe arrondissement, ascendants ; Bulletin des lois, IXe série, tome 21, n° 746, Paris, imprimerie royale, février 1841, p. 80, liste générale des citoyens morts ou blessés mortellement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, en combattant pour la défense des lois et des libertés publiques, les noms de ces citoyens sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (et aussi Archives de Paris D1K1 138, qui contient les mêmes informations puisqu’il s’agit de ce même numéro du Bulletin des lois) ; Colonne de Juillet, liste officielle et par ordre alphabétique des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de juillet 1830, Paris, chez Vve Demoraine et Boucquin, 1841.

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